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 Divine Providence [PV Kamui](CLOS)

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Andrew
Sulfureux et indestructible prétendant de Kamui

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MessageSujet: Divine Providence [PV Kamui](CLOS)   Ven 6 Mai - 16:12

Tiré du Sommeil Éternel

La mort avait souvent été sujette à de nombreuses allégories. Au delà de l'image banale d'une faucheuse venue pourfendre votre âme dans un désir vengeur, il existait tant d'images représentant la mort. Qu'était la mort, au fond ? Andrew s'était longtemps posé la question. Sur son lit de mort, il ne craignait pas cette cruelle fatalité. Il se demandait plutôt comment c'était « de l'autre côté ». Existait-il un Paradis ? Un Enfer ? Revoyait-on les êtres que l'on avait perdu ? Toutes ces questions furent les dernières pensées qui hantèrent l'esprit d'Andrew. Un dernier regard vers le ciel bleu, Andrew ferma les yeux. C'était une belle journée d'été. L'Héritier venait de rendre son dernier souffle, s'offrant à qui désirerait de lui dans l'Au Delà.

Noir. Tout était si noir. La Mort était-elle réellement la paix tant souhaitée dont l'Église vantait les mérites ? Andrew n'avait jamais cru en ces balivernes. Mais au fond de lui, il souhaitait plus que tout pouvoir reposer auprès des êtres qui l'avaient prématurément quitté. Pourtant, croire à ce genre d'enfantillage, n'était-ce pas risible de la part d'un homme qui tout au long de sa vie avait profité des moindres plaisirs accessibles dans le commun des mortels ? Il avait eu son temps, il n'aurait rien de plus.
Cependant, un jour vint où le noir se dissipa. Étrange songe dont il fut le principal protagoniste. Pouvait-on rêver dans le Royaume des Morts ? Jamais il n'aurait pensé cela possible. Néanmoins, l'être étrange qui s'élevait face à lui stipulait tout le contraire. Des noms étranges vinrent s'échouer au creux de ses oreilles. Des responsabilités, une guerre, mais surtout une quête. Andrew engourdit observait d'un œil ingénue celui qui semblait lui édicter la parole d'un Dieu qui lui était inconnu. Le Purgatoire ? L'être qui se tenait face à lui sembla agacé, et dans un cri insupportable qui vrilla les tympans du blond, Andrew se retrouva à nouveau plongé dans un profond sommeil. Nébuleuse noire étouffante qui tentait de ronger jusqu'à la moindre parcelle de son âme.

Une douleur cinglante se répandit dans les membres du jeune homme. Il avait conscience d'un corps qui ne devait plus rien avoir de matériel aujourd'hui. Peut-être avait-il une sépulture, et avait eu la grâce d'être inhumé. Sa chair flétrie et probablement inexistante n'aurait certainement laissé de lui qu'un tas d'ossement infâmes qui n'avaient plus en rien la beauté de cet être si parfait qu'il fut. Toutefois, cette brûlure qui animait ce qui aurai dû être sa tête lui fit lâcher un grognement sourd. Quelle était donc cette migraine infecte qui l'arrachait de son repos ? Il serra les dents et porta sa main à son front, sifflant de peine. Quel était donc le pauvre fou qui avait osé marteler sa tête ainsi ? Il crispa ses doigts sur sa chevelure blonde, les yeux fermement clos. Un son articulé échappa de sa gorge, guttural et éteint.

« Bordel... »

Andrew sembla subitement être pris d'un choc. Une vive décharge électrique venait de se propager dans son corps. Son corps. Se concentrant un instant pour repenser les choses de façon logique, il tenta d'ouvrir les yeux. Mais les referma presque immédiatement. La lumière violente du soleil venait de l'éblouir. Incrédule, il se força à rouvrir les paupières. Il fronça d'abord les sourcils, tentant de s'adapter à la luminosité importante. Ceci fait, il observa vaguement les alentours. De la roche, des escaliers, le vide, et... Le ciel. Le regard céruléen resta rivé un long moment sur cette étendue qui lui rappelait tant de souvenirs. Pourtant, une interrogation vint interrompre sa contemplation fébrile de la toile céleste. « Je suis en vie ? ». Son premier réflexe fut de se redresser, et contre toute attente il y parvint. Les yeux rivés sur un corps qui semblait être le sien, il resta planté là de longues secondes. Lever les mains fut un exploit, et il observa avec minutie cette enveloppe charnelle qui en tout point semblait être la sienne... Mais quels étaient ces étranges peintures qui recouvraient sa chair ? Glissant ses doigts sur ses poignets, mais aussi sur son torse nu, il fut plus qu'étonné de remarquer que la couleur ne s'effaçait pas sous le frottis de ses doigts. Comme gravée, l'encre semblait faire partie intégrante de sa personne.
Un rire s'éleva de sa gorge, l'air entrait et quittait ses poumons. Ses membres répondaient à ses désirs. Il était ressuscité ? Était-il le nouveau Jésus Christ fils de Dieu ? Un sourire carnassier se dessina sur son faciès parfait. Un coup de vent souffla, soulevant les mèches blondes et un pan de la veste rouge qui protégeait son dos. Sa voix fut elle aussi emportée par le souffle de la bourrasque, tel un murmure révélateur.

« Par tous les Enfers... Je suis en vie...! »

Se remettant rapidement de cette nouvelle plus qu'improbable, il se releva, et s'attarda à un examen plus minutieux des lieux. Il semblait se trouver au beau milieu de la montagne. Très probablement sur l'un de ses pics, les falaises escarpées du mont s'éloignant quelque peu de la place où il se tenait. Un immense mur de pierre semblait s'élever du sein même de la montagne, immense bâtisse indestructible greffée à ce sommet rocheux. Il prit alors le parti de mieux observer le pic où il se trouvait. Les marches sur lesquelles il se tenait semblaient avoir été taillées à même la pierre. Un colimaçon parfait s'étalait jusqu'au sommet de cette hauteur. Là où il s'attendait à apercevoir de la neige, il vit une chose plus qu'incroyable. Une loge semblait avoir été construite en haut de cet escalier naturel. La pierre blanche qui l'en composait laissait pleinement comprendre que c'était l'œuvre des Hommes... Et de toutes façons, comment la montagne aurait-elle pu concevoir ceci ? L'érosion ? Quelle blague.
Andrew bien trop curieux pour laisser ce mystère intact commença son ascension. Son corps semblait toujours aussi musclé, voire bien plus que celui qu'il avait abandonné au jour de sa mort. La bête idée qu'il n'était peut-être qu'en train de rêver lui effleura l'esprit. Mais Andrew fidèle à sa propre personne balaya cette idée saugrenue de son esprit et ne s'attarda qu'à l'observation de plus en plus proche de ce qui, au fur et à mesure, s'apparentait à une chapelle. Le souffle glacial du vent léchait sa peau, ravivant chaque parcelle de son corps. Qu'il était bon de se sentir à nouveau vivant. Le léger mistral qui accompagnait son avancée laissait planer au creux de ses oreilles un son apaisant. Son auquel vint timidement se mêler une mélodie. Quelle était donc cette étrange berceuse ? Avait-il trouvé le sanctuaire des Anges ?

Rendu au pied de la maisonnette sacrée, Andrew ne prit pas le temps de faire une étude détaillée de la bâtisse. Il n'était pas maçon, et de ce fait, s'en moquait éperdument. Tout ce qui l'intriguait, c'était cette voix céleste qui faisait écho au beau milieu de la chapelle. Une grande grille en fer était entrouverte. Il y avait donc bel et bien une personne à l'intérieur. Se faufilant sans un bruit entre les deux battants, il monta les quelques marches qui menaient aux grandes portes de bois sculptées. Il n'aurait plus qu'à les franchir pour pénétrer dans cette antre sanctifié.
Protégé par la voute qui servait d'entrée à cette chapelle, Andrew jeta un rapide coup d'œil à la salle obscure. Aucune lumière ne s'élevait réellement de cette pièce. La lueur solaire laissait filtrer quelques rayons colorés au fond de la chapelle, au travers d'un vitrail. L'œuvre représentait deux créatures aux allures démoniaques, allégories du Soleil et de la Lune. Toutes deux mordaient la queue de l'autre, symbole du renouvellement perpétuel du jour et de la nuit. Andrew baissa son regard vers le contrebas de cette illustration, et aperçut des centaines de lueurs danser au pied d'un autel. Des cierges tapissaient le sol, illuminant d'une lueur blafarde ce lieu de prière. Mais son attention fut à nouveau attirée par la mélodie. Un chant s'élevait du fond de la chapelle. Il n'y avait ni paroles, ni même le son quelconque d'un instrument. Simplement une voix qui au gré des notes semblait adresser un vœu aux cieux. La voix était douce et raffinée, le ton gracieux et épuré, rien ne laissait deviner le sexe de l'auteur de cette composition angélique. Qui en ce monde disposait d'un don si singulier pour le chant ? Andrew était bien trop curieux. Ce lieu emplit d'une atmosphère pesante de piété ne pouvait être une église anodine. A quel Dieu vouait-on grâce au sein de ces murs ? Le blond se devait d'en avoir le cœur net. Il devait savoir.
Andrew avança à pas feutrés dans la chapelle baignée par une sereine obscurité. Il y régnait une ambiance si étrange. Mystique. Le chant résonnait contre les imposants murs de pierre, inondant la salle de notes célestes. Avançant au milieu de l'allée centrale où était déroulé un lourd tapis rouge sombre, Andrew observait avec intérêt tout ce qui l'entourait. Face à l'autel se tenaient plusieurs rangées de bancs en bois massif, qui se faisaient face, de part et d'autre de l'allée qu'il longeait. La lueur des cierges s'accentua au fil de ses pas. Et face à l'autel où reposait un coffret en or, il put distinguer une silhouette. Y prêtant plus attention, Andrew vit clairement le corps bouger, au gré de la mélodie. Cette personne était-elle la source de cet air harmonieux ? Andrew continua de se rapprocher. Apparemment, pris dans son activité, la personne ne sembla pas remarquer la présence du blond.
Arrivé à quelques pas de l'objet de sa curiosité, il eut le souffle coupé. Agenouillé face à la mer de cierges incandescents, se tenait un jeune homme à l'allure gracile. Son dos droit couvert d'une fine chemise blanche qui lui seyait à merveille laissait deviner des courbes parfaites. Le col laissait légèrement entrevoir la peau blanche de son cou fin. Relevant lentement les yeux, savourant chaque goutte de son examen, Andrew fut subjugué par la beauté de la chevelure. Un blond doré, pareil au sien. Arrêté là, à quelques pas du dos de ce parfait inconnu, Andrew était tout bonnement émerveillé par la grâce et la délicatesse qui émanait du soliste blond face à lui.

Mais cette vision enchanteresse ne pouvait être éternelle. Le chant sembla toucher à sa fin, et dans une ultime note, la sublime mélodie mourut sur les lèvres du petit blond. Un souffle léger s'échappa du jeune priant. Pourtant, la paix qui émanait de sa personne s'envola à toute vitesse, alors qu'un sursaut vint soulever son corps frêle. Sans qu'une seule seconde Andrew n'ait le temps de comprendre comment, l'agenouillé se releva prestement, restant dos à lui. La voix si parfaite s'éleva alors, non plus en de belles notes mélodieuses, mais en quelques mots intelligiblement prononcés, marqués par un sentiment d'ennui et de sévérité.

- Qui que tu sois, sache que tu n'es pas le bienvenue en ces lieux.

Cette voix claire et teintée d'une légère menace fit frissonner Andrew de plaisir. Comment une si jeune personne pouvait-elle proférer pareilles paroles sans jamais avoir vu à qui elle s'adressait ? Andrew allait prononcer une réplique dont il avait le secret d'un ton plus que moqueur. Son éternel sourire narquois se dessina sur son visage, mais ce ne fut que pour une brève seconde. L'éphèbe blond venait de se retourner, offrant à la vue d'Andrew un corps et un visage parfait. Et ces yeux. L'azur céleste qui habitait le regard de l'éphèbe était la plus belle chose qui lui ait été donné de voir depuis désormais des années. L'azur croisa le regard céruléen d'Andrew, et en une fraction de seconde, le trouble vint envahir les deux paires d'iris bleues. Sidéré, Andrew ouvrit la bouche pour prononcer ce que son cœur lui hurlait de crier haut et fort. D'une voix qui venait de perdre toute trace d'assurance, Andrew commença.

« Mais tu... »

Sa phrase mourut dans sa gorge, alors qu'avec précipitation le jeune blond vint poser un doigt sur les lèvres charnues et sensuelles d'Andrew. Un nouveau frisson parcourut l'échine du tatoué, ses pupilles fixées avec envie sur le visage parfait du jeune blond. La voix du plus petit s'éleva à nouveau, dans un murmure serré et strict, son regard azuré planté dans le sien.

- Ne prononce plus un seul mot.

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Kamui
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MessageSujet: Re: Divine Providence [PV Kamui](CLOS)   Sam 21 Mai - 20:15

Mélodie séraphine. Envoutante, apaisante. Capable de vous transporter jusqu'aux contrées les plus lointaines. Étaient-elles nombreuses, ces personnes qui en un chant, une note, une mélodie, étaient capables de mener votre âme jusqu'aux cieux ? Les portes du Paradis s'ouvraient-elles à ces cœurs innocents qui au long d'une simple chanson pouvaient vous transporter à mille lieux de la Terre ? Un son, une gamme, toute une symphonie qui s'échappe du plus profond du corps d'un être qui pour un court instant accepte d'être le guide d'un tout nouveau genre de voyage. Tant par sa voix que par son corps tout entier possédé par la musique. Les yeux clos, ses lèvres et sont corps vous transportent ailleurs. Chant des anges qui l'espace d'un moment vous autorisent à imaginer et voir le plus fou. Créature en prière qui de toute sa dévotion court après les Dieux. Parviennent-ils à entrer en contact avec le divin ?

Les paupières closes, chantant de tout mon être, je priais pour qu'un Dieu entende ma prière.
Layca. Père. Saurez-vous écouter les mots de votre enfant ?

L'écho de ma voix résonnait inlassablement contre les murs de ce lieu sanctifié. Les notes s'échappaient de mes lèvres en une litanie profonde, comme enchantée. Était-ce de la magie que je tentais de faire là ? Non, en aucun cas. Pareille à la religion à laquelle les Hommes fervents s'adonnent corps et âme, je voulais être l'enfant pieux qui sans relâche implore la grâce de son Père. Quels étaient les mots que je prononçais ? Il n'y en avait pas. Y avait-il ne serai-ce qu'un mot de notre vaste vocabulaire qui pourrait décrire l'ampleur des sentiments qui m'habitaient en cet instant d'harmonie ? L'osmose parfaite qui règne dans ce sanctuaire, contact fragile qui lie une créature terrestre aux cieux. C'était probablement ça que les croyants appelaient la communion. Cet instant d'éternité au cours duquel vous avez la folle impression que les bras d'une entité bien plus puissante que vous vous enserre et vous protège. A cet instant, j'étais comme dans un cocon. Bulle impénétrable dans laquelle Père me protégeait. Bercé par les bras salvateurs, je m'abandonnais entièrement à cette humble supplication.

Bien que je fus le seul auteur de la musique qui s'élevait ici bas, mon cœur battait au même rythme que chaque son qui coulait gracieusement de mes lèvres. Avais-je un jour eu un don pour le chant ? Je ne m'en souvenait pas réellement... J'avais toujours aimé fredonner les airs rassurants que les mères chantent paisiblement à leurs enfants pour les aider à trouver la paix, et le sommeil. Cela faisait-il de moi un chanteur averti ? Il ne me semblait pas. Loin de là. Ce n'était aucunement par vanité, ou présomption d'une quelconque aptitude à envouter les anges. J'avais à cœur de m'offrir. Faire don de ma personne à celui qui m'avait recueilli, élevé et chéri. Les mains jointes, reposant sur mes genoux, j'étais accroupi, servile face à cette grandeur que j'implorais de ma voix. Enfant perdu qui tente de trouver la sérénité dans le noir. Ma voix qui résonnait contre les murs de cette bâtisse sacrée vibrait en moi. Y avait-il autre personne que moi capable d'entendre l'air mélodieux qui accompagnait mon chant ? Chœur céleste, les anges s'étaient-ils joints à moi afin de vouer un culte digne de ce nom à mon Père ?

Mais je me savais irrémédiablement seul.

Tous, tous autant qu'ils étaient. J'avais été clair quant à l'importance de cette chapelle. Si elle était isolée, ce n'était pas pour une banale raison. Lieu de recueillement, de prière, de plénitude. Une chaleur se diffusa dans tout mon être. Ma voix s'éleva plus claire, dans une succession de notes dépourvues de sens. Fallait-il mettre des mots sur l'idée de miséricorde ? J'étais l'enfant dévoué. L'Innocence qui jamais ne se détournera du chemin sacré de son Père. La sensation que deux bras chauds encerclaient mon corps raviva la flamme de ma voix. Éperdument je faisais offrande de mon âme.

Dans une ultime note, j'exprimais toute la reconnaissance, l'adoration, la piété que j'éprouvais. M'avait-il entendu ? J'osais croire qu'il en était ainsi. Père avait toujours su porter considération à mes prières. Aujourd'hui ne serait probablement pas une exception. Ma voix finit par se tuer dans un faible souffle. Les paupières toujours closes, je prenais une profonde inspiration. L'air frais de la chapelle raviva mes sens. Cette heure de confession m'avait quelque peu ankylosé l'esprit. Bien que mon âme fut alerte à tout signe de Père, j'étais comme déconnecté du monde réel... Si ce monde pouvait effectivement être appelé « réel ». Pourtant tout ici laissait à penser que la Terre était encore sous nos pieds. Le monde luxuriant n'avait rien de si différent que les paysages de la planète bleue. Cependant, Belzeneff avait fait de ce potentiel havre de paix un Enfer. Là où tous les rêves auraient pu devenir réalité, il ne subsistait que des cauchemars sempiternels qui jamais ne cesseraient de hanter le cœur et le corps des pions de cet immense échiquier.

Tout à mes pensées, un sursaut vint secouer mes épaules alors que je ressentais une présence en ces lieux. L'aura était étrange. Je ne l'avais jamais perçue auparavant... Un nouvel arrivant..? Pourtant, quel qu'ai été le temps où les pas de l'inconnu avaient foulé les terres de ce monde, personne n'avait eu la folie de s'introduire ici en ma présence. Quelques uns de mes plus fidèles camarades m'avaient parfois dit que l'atmosphère qui se dégageait de la chapelle lorsque j'y étais semblait si pesante qu'il en devenait difficile d'y entrer. Alors comment un simple inconnu aurait-il pu ? Mais là n'était pas la question. Nul ne pouvait venir profaner ce saint lieu. Encore moins si son rang ne lui autorisait pas l'accès de cette chapelle.

Je me redressais dans un élan souple et assuré. Les yeux toujours fermé, ne daignant pas une seule seconde me tourner pour voir qui était cet intrus, je prononçais d'une voix claire et nette, toute trace de dévotion envolée. Personne ne pouvait interférer dans mes prières.

- Qui que tu sois, sache que tu n'es pas le bienvenue en ces lieux.

Pourtant l'inconnu ne sembla pas lever le pied. Était-il fou pour ne pas répondre à ma demande ? Je n'avais jamais aimé imposer des choix en dehors du champ de bataille. Mais il y avait des choses sur lesquelles j'étais intransigeant. N'entendant pas l'intrus bouger, j'ouvris les yeux et me retournais pour faire face à celui qui avait osé s'introduire dans cette antre sacrée. J'étais prêt à en découdre avec quiconque serait là dans cette allée. Nouveau ou non, il y avait des règles qu'il fallait éternellement respecter. Néanmoins, lorsque mon regard croisa le bleu intense des yeux de mon vis à vis, je sentis une décharge électrique parcourir mon corps. Qu'est-ce que...? Comment..? Un jeune homme aux traits parfaits se tenait devant moi. De longues mèches d'or, des pupilles aussi bleues que le ciel. Et ce sourire narquois qui en une seconde s'était effacé. Mon émoi semblait partagé, et bien plus. Ce corps était sans défaut. Bien malgré moi je me pris à observer l'espace d'une fraction de seconde ce torse somptueusement dessiné, où les fabulations d'un pinceau avaient peint les arabesques du Diable. J'étais perturbé. Mes sens en ébullition, je sentais l'adrénaline de ce choc se propager jusqu'au plus profond de mon être.

Le silence dura ce qui me sembla des heures, où le regard scrutateur du blond étudia chaque partie de mon être. Pareils aux âmes sœurs qui d'un regard se reconnaissent. Je me sentais la moitié d'un tableau longtemps disparu. Effacé par les méandres du temps, estompé par les tumultes de la vie. J'eus l'impression qu'en moi résonnait l'écho d'une vieille réminiscence. Je secouais vivement la tête. Non, je ne devais pas me laisser prendre au jeu. Décidé, bien qu'encore troublé, j'ancrais mon regard dans le bleu céruléen du blond. Et alors que je reprenais mes esprits, lui aussi sembla être mu par la volonté de comprendre. Sa voix n'était plus si calme qu'elle aurait dû l'être. Et dès que les premiers sons s'échappèrent de ses lèvres, je m'élançais vers lui, les yeux écarquillés.

« Mais tu... »

Mon corps à quelques centimètres du sien, je vins précipitamment poser un doigt sur ses lèvres. Je plongeais mon regard dans le sien. Les cieux qui habitaient nos pupilles se rencontrèrent et ne firent plus qu'un. Étendue infinie de la voute céleste. Je fronçais les sourcils, lui faisant comprendre que le silence était de mise, quand d'une voix stricte et serrée je prononçais.

- Ne prononce plus un seul mot.

Le frisson qui vint parcourir son corps sembla se propager jusqu'à moi. Mon index qui effleurait ses lèvres, son souffle qui chatouillait mes doigts. Son corps à quelques centimètres du mien. J'étais comme électrisé par sa simple présence. La tempête sembla se lever au creux de nos iris azurées. Je ne comprenais plus. Comment était-il possible qu'il soit là ? Personne ne pouvait accéder à ce lieu si facilement. En temps normal, c'était à moi de me déplacer pour trouver les âmes perdues. Alors pourquoi cette fois-ci avait-elle été menée directement à moi ? J'observais son visage avec désarroi. Lentement, mon doigt vint effleurer ses lèvres, et je laissais redescendre ma main le long de son menton. Ma main glissa dans une caresse délicate le noir qui recouvrait sa peau. Sans jamais quitter ses yeux, je l'interrogeais silencieusement. Comprendrait-il ?

Mais je devais m'ôter d'un doute. Je devais savoir. Je pris une inspiration tremblante et murmurais à peine.

- Que fais-tu ici et...

J'arrêtais ma main sur son torse, quelque peu grisé par la sensation de cette peau fraîche contre mes doigts. Qu'étais-je en train de faire.. Et si...?

- Qui es-tu...?

Je me décidais à reculer un peu, récupérant ma main près de moi. Je collais ma main fugitive contre mon torse, l'enfermant au creux de ma main libre, comme si le contact m'avait subitement brûlé. Mais qu'est-ce qui me prenait..? Le doute était trop grand. Les interrogations se multipliaient dans ma tête. Mes yeux rivés sur lui, j'étais pris par un profond scepticisme. Dès que mon regard avait croisé le sien je m'étais senti comme... Différent.
Je reculais encore d'un pas. Je ne pouvais décemment pas rester ici. Un malaise venait petit à petit s'emparer de moi. Non vraiment. Le sentiment que je ressentais perturbait l'intégralité de mes sens. J'avais l'oppressante envie de me rapprocher de lui... Pourtant un profond paradoxe m'habitait. Je devais fuir. Comme pris dans les mailles d'un filet, aucune échappatoire ne m'était possible. Je resserrais ma main avec force, la plaquant contre mon torse. Non. Je ne devais pas reculer. Je ne devais pas fuir. Tout ceci n'était qu'un mirage. Une baliverne, pure invention de mes sens troublés par cette prière. L'océan de mes prunelles couvraient une houle enragée. L'azur posé sur le bleu céruléen vacillait.

Non. Je ne fuirai pas.

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Andrew
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MessageSujet: Re: Divine Providence [PV Kamui](CLOS)   Dim 22 Mai - 23:42

Désir Charnel

La peau délicate des doigts qui effleurait le visage d'Andrew était en train de le rendre fou. Quelle créature sur Terre pouvait avoir un toucher si doux ? Cet index fin qui caressait ses lèvres lui donnaient l'envie irrémédiable de le lécher. Peut-être serait-il sucré ? Peut-être que le corps tout entier de cet Ange blond n'était qu'une désirable sucrerie qui ne demandait qu'à se faire dévorer avec passion ? Il sentait la main fébrile trembler faiblement contre ses lèvres. L'éphèbe était-il lui même enivré par les tentations ardentes que pouvaient proposer sa cavité buccale ? L'envie de croquer cette chair tendre et mielleuse consumait Andrew de l'intérieur. Leurs deux regards profondément ancrés l'un dans l'autre exprimaient un message que le tatoué déchiffra comme de l'appréhension, de l'interrogation, une petite note d'envie... Mais surtout, cet azur céleste était empli d'un nombre incalculable de révélations. Le souffle coupé, Andrew ne pouvait que se rendre à l'évidence. Il avait face à lui la pièce manquante de son existence. Plus il cherchait à déceler d'informations au fond de ces iris bleutées, plus il sentait le désir monter en lui. Les saints avaient-ils précisé dans la Bible que les Anges, au-delà de leur beauté sans égale étaient le fruit même de la tentation ?

Le trouble qui petit à petit envahissait le regard d'Andrew était tel qu'il fut pris d'un profond frisson de plaisir lorsque les doigts du jeune blond vinrent commencer une exploration de son épiderme chauffé à blanc par la convoitise. Chaque parcelle que les longs doigts laiteux effleuraient laissaient à Andrew l'impression d'une chaleur insupportable. Était-il devenu masochiste ? Il s'en moquait bien à cet instant là. Tout ce qu'il souhaitait et voulait, c'était que l'Ange continue de parcourir son corps. Ce fut son menton, puis son cou. Jusqu'où daignerait-il aller ?

Mais Andrew n'avait plus d'yeux que pour les lèvres roses du jeune garçon qui se tenait si près de lui. Dieu qu'il aurait aimé s'approprier ces deux pétales de rose et les déguster avec délectation. Ces lèvres tendrement entr'ouvertes, offertes, qui appelaient à la séduction. Pourquoi ne pas boire le jus de ce fruit trop mûr qui ne demandait qu'à être amoureusement croqué ? Y avait-il une chance que cette divine créature lui accorde un baiser ? Ou serait-il forcé de voler le fruit défendu ? Andrew dût donc se contraindre à ne plus fixer ces lèvres si parfaites avec avidité. Bien que la tristesse de quitter des yeux cette merveille du monde lui pourfendait le cœur, il se devait tout de même de prêter attention à autre chose que le fruit de la passion... Quoique... L'hésitation qui se développa lentement dans le cerveau d'Andrew lui arracha un sourire emplit de perfidie et de spéculation. Ho oui, il goutterait le nectar de ce jardin secret. Inspirant profondément, son odorat fut envahit par l'enivrante fragrance du paradis. Se pouvait-il que tant de perfection soit réunie en un seul être ? Andrew en venait à douter que la créature soit un Ange. Même les asexués ailés ne pouvaient disposer de pareils atours. Les séraphins représentaient la piété et la dévotion. Cet Ange-la s'apparentait plus à la progéniture du Diable. Que l'Enfer l'enchaîne pour l'éternité. Andrew ne laisserait point filer l'objet de ses désirs. Plus jamais.

Les deux océans bleutés vinrent à nouveau s'affronter. Les vagues de sentiments qui s'étalaient avec ardeur au fond de leurs prunelles n'étaient en rien innocentes ni même inexpliquées. La main glissa dans le cou d'Andrew, et alors qu'il focalisait à nouveau son attention pleinement sur l'azur, il comprit. Sa première impression ne l'avait pas trompé. Le souffle coupé, il avait perdu le fil de sa pensée. Mais la voix claire et délicate de l'autre blond s'éleva.

- Que fais-tu ici et...

Quel sort l'avait envouté ? Andrew s'en moquait bien. Il était subjugué. Cette voix. Ces lèvres qui l'appelaient à venir violer leur intimité. Profaner ce sanctuaire qui ne demandait qu'à être visité inlassablement. Andrew serait le voleur qui déroberait jusqu'à la moindre goutte d'air dont disposait l'Ange. Et ses doigts qui ne cessaient d'incendier sa peau. Voulait-il qu'il le prenne et le fasse sien dans la seconde ? Si tel était le désir du plus jeune, quelque soit l'évangélisme du lieu, il n'hésiterait pas à déflorer cette créature tout droit venue des Cieux... Ou peut-être finalement était-ce des Enfers..? Il avait trop longtemps attendu ce moment. Instant d'infini où il aurait une créature de cette beauté uniquement pour lui. Personne ne viendrait l'empêcher de faire ce dont il rêvait. La langue mutine d'Andrew vint taquiner la commissure de ses lèvres. Pourtant la lueur d'inquiétude qui vint illuminer le regard azuré qui lui faisait face le fit douter. L'Ange avait-il compris ? L'hésitation qui acheva sa phrase, après le court silence qu'il avait marqué ne fit qu'accroître son envie de ravager ce corps si chétif qui se tenait près de lui.

- Qui es-tu...?

Une pointe de contrariété s'éleva dans l'esprit de l'aîné. Cette question... Et cette main qui venait de fuir la chaleur de sa peau. Pourquoi ? … Et d'un coup tout sembla plus clair. Un pas, deux pas. L'Ange fuyait. Le sourire carnassier qui vint s'étendre sur le faciès d'Andrew n'avait aucunement pour but de rassurer. L'Ange serait sa proie. Aucune échappatoire ne lui était possible. Le plus jeune ressemblait à ces Princesses de contes de fée. Celles qui face à un danger éminent reculent sans jamais savoir comment se défendre. L'Ange s'était-il piqué à une épine en effleurant sa peau ? Andrew espérait que la charmante créature saurait apprécier le traitement qu'il lui préparait. Ses soins promettaient d'être inoubliables. L'éphèbe voulait savoir ? Il saurait. Gardant la distance qui les séparait, il pris un air insouciant, son éternel sourire narquois plaqué aux lèvres. Une canine vint briller au coin de sa bouche alors qu'il venait en mordre la commissure avec envie. Ho oui. Il désirait cet Ange. Il l'aurait.

« Ce que je fais ici ? Je t'avouerai n'avoir moi-même pas réellement compris ce que m'a expliqué ce fou... Mais je crois que je viens de trouver une excellente raison d'établir résidence en ces lieux. »

Un léger rire vaniteux s'échappa des lèvres d'Andrew. Il dévorait l'Ange du regard. Oui, il serait sien, plus rien ne le retiendrait. S'il avait été appelé ici, avec cette magnifique Princesse... Ce ne pouvait être que pour honorer sa grâce, n'est-il pas ? Il humidifia ses lèvres d'un langoureux mouvement, promettant mille plaisirs cachés à la jouvencelle... Comment pouvait-on dire être un homme lorsque tout en vous criait que vous n'étiez qu'un pauvre être sans défense. Et il s'en moquait. Plus rien ne pourrait retenir ses pulsions. Il brûlait de cet être fragile qui se retenait fièrement de prendre ses jambes à son cou. Andrew fit un pas, puis deux. Quelle agréable danse que celle qu'ils étaient en train d'amorcer. De nouveau à quelques centimètres à peine de ce corps qui n'invitait qu'aux plaisirs charnels, l'aîné susurra d'une voix sensuelle.

« Ho là bel Ange, fuir ne servira à rien. Tu. Es. À. Moi. »

Il avait détaché chaque syllabe avec une lenteur infinie. Et d'un geste vif, il vint saisir la main fugitive qui avait quitté son torse, la collant de nouveau à lui. Les doigts blancs se crispèrent contre l'étoffe rouge qui couvrait son corps. La Princesse jouait aux vierges effarouchées ? Elle allait comprendre qu'il ne mangeait pas de ce pain. Se penchant pour être à sa hauteur, leurs visages n'étant plus séparé que par une distance quasi inexistante. Cet air sur le minois de l'éphèbe était juste délectable. Andrew abandonna quelques instants son sourire pour reprendre une expression neutre. Il ne plaisantait plus. Et l'Ange devait le savoir. Les doigts d'Andrew se resserrèrent sur le poignet gracile, tandis que sa main libre se releva et vint survoler la nuque du petit blond. Ho oui. Il allait savoir.

« Princesse... Qui je suis ? Un sourire carnassier revint s'installer sur ses lèvres alors qu'il se les pourlécha avec lascivité. D'une voix marquée par la lubricité, il prononça. Andrew. Et crois-moi, tu ne l'oublieras plus jamais. »

Sans crier gare, Andrew vint anéantir la distance qui séparait leurs deux visages. Sa main laissée en suspend vint se glisser contre la nuque chaude et délicate, ses doigts s'enfouissant dans les soyeuses mèches d'or. Ce qu'il désirait depuis plusieurs minutes et dont il avait rêvé pendant des années s'était enfin réalisé. Il vint cueillir de ses lèvres ardentes le fruit défendu.
Les lèvres de l'Ange n'appartiendraient désormais plus qu'à lui. Andrew s'en fit le serment.

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MessageSujet: Re: Divine Providence [PV Kamui](CLOS)   Sam 28 Mai - 3:18

La Réalité. Qu'était-ce ? On nous explique lorsque l'on est enfant qu'il s'agit de ce que nous vivons. Des expériences et des événements qui se déroulent au cours de notre vie. Pourtant, comment pouvions nous décemment faire la différence entre Rêve et Réalité ? Les Chimères que nous sommes tous capables d'inventer pour nous rassurer dans les moments de solitude. N'avions nous pas tous eu des moments où nous croyions si fort à une chose qu'à nos yeux elle était réelle ? Pourtant, ces songes que nous inventons pour nous réconforter... Quelle est donc la preuve qui nous permet de les différencier ? Comment peut-on différencier le vrai du faux ? On vous dira parfois que le vrai est tangible. Combien de fois n'a-t-on pas entendu la rengaine du « pince moi je rêve »... Pourtant. Il vient un moment où même lorsque l'on nous pince on ne peut y croire. Ces instants où rêve et réalité semblent si proches qu'ils ne feraient en fait plus qu'un. Certains parlent d'apparitions, d'autres de providence. Mais que doit-on comprendre quand un être surnaturel vous tombe dessus alors que vous êtes en pleine possession de vos moyens ? Ne vous était-il jamais arrivé de vous retrouver dans une situation si irréaliste que même toute la douleur du monde ne saurait vous y faire croire ?

Les yeux rivés sur le blond face à moi, j'osais espérer que tout ceci était un mauvais rêve.

La distance qui me séparait du tatoué ne me semblait en aucun cas être suffisante. J'étais paniqué par sa simple présence. Mais pourtant, tant de choses me retenaient de fuir. Combien de sentiments pouvaient être lus dans mes prunelles azur ? Je n'aurais probablement pas moi-même su qualifier chaque émotion qui venait hanter mon esprit. Pourtant...

Le sourire qui vint étirer les lèvres du plus grand m'arracha une frisson d'appréhension. Je connaissais ce sourire. Jamais il n'avait été de bon augure. Je réfrénais tout mon corps d'effectuer le moindre mouvement en arrière. Je ne pouvais pas m'autoriser à montrer la crainte qui petit à petit prenait possession de chaque fibre de mon être. Ce fut cependant avec regret que je réalisais que si ma fierté n'avait pas été en jeu, j'aurais tout fait pour fuir ce grand prédateur. Je me sentais petite créature insignifiante sur le point d'être attrapée par un grand fauve. Petite sourire fugitive qui tentait d'échapper aux griffes acérées d'un lion assoiffé de sang. Un appétit insatiable qui ne pourrait être apaisé que par le goût de la chair fraîche et tendre d'une jeune créature pleine de vie. J'observais avec inquiétude l'air négligent de mon aîné. J'étais intimement persuadé que le pire était sur le point de m'arriver. Je resserrais mes doigts contre mon torse, sentant la vive brûlure qui léchait mes doigts s'étendre avec perfidie jusqu'à mes veines.

Mais mon sang ne fit qu'un tour, lorsqu'une dent pointue vint croquer avec envie sa lèvre que j'effleurais plus tôt. Un profond tressaillement vint animer mon corps. D'autant plus que ce ne fut pas la voix suave qui s'éleva qui eu le don de calmer mon âme tourmentée. Il parlait d'un fou...? Probablement s'agissait-il de Belzeneff puisqu'il avait atterri ici... Ce maudit vautour me paierai cet affront. Pourtant je n'eus pas le luxe de pouvoir m'attarder sur la haine que j'éprouvais à l'égard du marionnettiste encapuchonné. Le sous entendu que m'avait laissé entendre le blond n'était que bien trop gros. Je fronçais légèrement les sourcils, incrédule. Ce comportement... Je tentais désespérément de chercher un point d'accroche pour ne pas succomber à la frayeur infernale qui peu à peu venait ronger ma Réalité. Dans quel affreux cauchemar avais-je été plongé ? Le rire hautain qui s'échappa des lèvres vermeilles qui me faisaient face me fis crisper la mâchoire. Je sentais doucement le mince espoir d'échapper entier à cette confrontation se dissiper. Les yeux céruléens qui dévoraient chaque parcelle de mon corps d'un regard débordant d'une envie sulfureuse me firent déglutir avec difficulté. J'étais l'œuvre d'art qu'un voleur aguerri convoitait avec envie pour remporter le plus grand des pactoles. Ce regard qui fantasmait sur mon corps me rendait malade. Comment osait-il...?

La langue qui vint humecter les lèvres de son vis à vis fut l'élément déclencheur de ma peur. En deux pas, dont l'écho résonna contre les parois de ce sanctuaire, l'aîné se retrouvait à nouveau face à moi. Bien malgré moi, j'esquissais un mouvement de recul. Mais non. Je plantais mon regard déterminé dans le sien. Je ne flancherais pas. Je montrerais toute la résistance du monde. Je ne laisserais pas cet être abject profiter de moi. Je ne pouvais pas laisser ça ce produire. Pas encore. J'en avais déjà trop fait en effleurant son corps. Quelle folie l'avait-il donc habité pour qu'il dépasse ainsi les limites de la raison et se plonge lui-même dans ce sombre songe ? Un frisson vint brûler chaque parcelle de mon corps alors que d'une voix emplie d'une sensualité mordante, je l'entendais déclarer que j'étais à lui. Je voulus rétorquer à ces propos outrageux, mais sa large main vint se saisir de mon poignet droit. Ma second main vint se dresser face à son torse, prêt à le repousser. Pourtant la poigne ferme du plus grand vint coller sa main kidnappée contre la peau de son torse. Jouant de mes minces forces, je tentais de me débarrasser de la poigne douloureuse qui aurait pu m'arracher un gémissement plaintif si je n'avais pas été habité par tant de vanité à cet instant là. Usant de mes forces, je tentais de repousser sa main. Toutefois, craignant de perdre l'équilibre, ou même de le satisfaire en agissant de la sorte, je finis par empoigner le tissu rouge d'une main ferme.

Son visage se rapprocha dangereusement du mien. Je fronçais les sourcils, m'attendant définitivement au pire. Je plantais un regard perçant et froid dans l'océan qui rageait au fond des prunelles du blond. J'étais offusqué, mais n'aurais su tolérer de faiblir face à un pareil assaut. Je me dressais fièrement face à cet animal. J'étais l'Élu Primordial de Layca. Je n'avais pas le droit de céder à une si basse agression. Je sentais les doigts du plus grand se resserrer un peu plus contre mon poignet déjà endolori. Un souffle rauque s'échappa de mes lèvres alors que je tentais tant bien que mal de contenir le geignement qui suppliait d'échapper à mes lèvres. Je pus percevoir le mouvement de sa main libre, pourtant toute mon attention fut captée par ses lèvres qui se mouvèrent pour répondre à mon ultime question. Son visage rembruni et son air sérieux me firent clairement comprendre qu'il ne s'agissait point d'une plaisanterie. Je grinçais des dents au sobriquet que m'affubla l'homme. Mais mon monde sembla cesser de tourner au moment même où le nom de mon interlocuteur fut prononcé.

« Andrew. Et crois-moi, tu ne l'oublieras plus jamais. »

Était-ce encore la Réalité à laquelle j'assistais ? Alors que son prénom résonnait dans ma tête comme un glas funeste, son ultime promesse ne pris sens qu'au moment où ses lèvres vinrent rencontrer les miennes. Je sentais sa main libre se faufiler au creux de ma nuque, finissant de coller mon corps au sien. Mes doigts crispés sur l'étoffe rouge se resserrèrent avec force tandis que mon autre main vint se poser sur la peau brûlante d'Andrew dans une vaine tentative de conserver mon équilibre.

Dans la plus grande des incompréhensions, je papillonnais des yeux quelques instants, les yeux grands ouverts. Le regard céruléen d'Andrew débordant d'une envie non dissimulée fit monter en moi une chaleur invraisemblable. Mes joues prirent feu alors que mon sang sembla bouillir sous ma chair. Trop choqué pour réagir, j'eus l'immense idiotie de fermer les yeux une seconde, tentant de reprendre mes esprits. Ces lèvres entêtantes qui caressaient fermement les miennes. Cette odeur de cannelle et de pomme qui venait envahir par effluves mon odorat. Mes oreilles bourdonnaient, mes doigts brûlaient au toucher de sa peau. Mon corps tout entier au contact du sien semblait s'embraser. Plus aucun de mes sens ne semblait vouloir répondre. Ce fut la langue taquine qui vint quémander davantage qui m'extirpa de l'incandescente torpeur dans laquelle j'avais été plongé contre mon gré. Les doigts d'Andrew sur ma nuque me rapprochèrent un peu plus de lui alors que de ses dents assassines il venait mordiller ma lèvre, demandant l'accès à plus. Je fronçais les sourcils alors que ma décision fut prise.

J'entrouvrais les lèvres autorisant Andrew à plus...

Toutefois... quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'avec avidité il vint conquérir mes lèvres. D'un puissant coup de dent je venais mordre sa lèvre inférieure. Il sembla avoir un mouvement de recul, et je profitais de cette occasion pour me dégager de l'emprise d'Andrew. Le goût métallique qui vint envahir mon palais me signala que mon acte avait été récompensé. Je reculais vivement, m'éloignant rapidement du blond. J'avais atteint les quelques marches qui menaient à l'autel. Posant ma main sur le bois massif qui composait l'édifice. Les bougies autour de moi éclairaient la scène d'une lueur lugubre. J'observais avec haine celui qui avait ainsi osé s'attaquer à ma vertu. D'une main crispée, j'essuyais mes lèvres. Le sang que je pus y voir m'arracha un sourire victorieux. Je prononçais d'un ton sombre et profond. Menace cinglante et acerbe.

- N'essaye plus jamais de faire ceci Andrew...

Le regard brûlant de colère que je jetais au blond était synonyme de mille et une morts douloureuses si encore une fois il osait me toucher.

Ce jour-là, la Réalité portait un nom. Andrew. Et le goût de cette Réalité était aussi âpre que le sang.

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MessageSujet: Re: Divine Providence [PV Kamui](CLOS)   Lun 30 Mai - 11:42

Le Jeu du Chat et de la Souris

Les lèvres d'Andrew scellées à celles du plus jeune lui arrachèrent un soupir de sublime. Cette extraordinaire douceur. L'aîné se sentait porté dans un autre monde. Le plus jeune avait bien essayé de se débattre, mais la poigne d'Andrew avait su le maintenir en place. La Princesse s'était retrouvée enchaînée à son bourreau. Et il savait exactement comment la faire ployer face à lui. Grisé par le contact chaud et humide de cette fleur aux doux pétales rosés, Andrew se sentit brûler d'une flamme ardente nouvelle lorsque la donzelle cessa enfin de se débattre. Capitulant face aux assauts de ses lèvres, l'Ange resserra ses longs doigts sur l'étoffe qui le couvrait tandis que son autre main vint chercher le réconfort sur mon torse... Ce corps si svelte qui, assoiffé de contact, se collait un peu plus à lui.

La main glissée dans la nuque de l'éphèbe raffermit son emprise. Andrew désirait plus, tellement plus. Les yeux mi-clos, il observait ces grands lagons d'azur briller d'une lueur de surprise mais aussi de tentation. Ces longs cils qui battaient à tout rompre. Papillon nocturne cherchant désespérément la lueur rassurante d'une bougie. Se brulerait-il les ailes..? Andrew l'espérait avec ferveur. Il voulait dévorer cet Ange jusqu'à la dernière parcelle de sa peau. Cette Princesse serait sienne. Combien de temps pourrait-il encore résister à l'appel insidieux du désir charnel ? Alors que la couleur des pivoines vint teinter les joues de celui qu'il étreignait avec convoitise, Andrew comprit. La course du temps avait déjà bien trop érodé son insatiable appétit de la créature lovée entre ses bras. La Princesse n'échapperait pas au piège de la passion ardente.

L'océan d'émotions qui s'étendait au fond du regard de l'Ange transportait Andrew vers des contrées à l'érotisme insoupçonné. Les plus belles merveilles du monde étaient désormais au creux de ses bras. Ses doigts agrippés au trésor le plus inestimable. Tout l'or du monde aurait eu un sens bien futile à côté des mille et une promesses que lui réservaient la caverne d'Ali chastement conservée par l'Ange. S'enhardissant, il voulait plus. Beaucoup plus. Il voulait tout de cet Ange. Andrew voulait pervertir jusqu'à la dernière étincelle de pureté de cette créature onirique. Il ferait connaître perfidie et impétuosité à cet amant sacré.

Cependant, Andrew n'eut pas à convaincre la Princesse de quoique ce soit. Le regard céruléen ancré dans l'azur céleste, les paupières du plus petit semblèrent céder à la gourmandise de cette envoutante douceur. Ces joues rosies sur lesquelles vinrent se refermer les longs cils, voilant à jamais le ciel divin furent le signal de départ vers la longue descente aux Enfers qu'Andrew promettait à l'Ange. Après s'être gorgé encore une longue seconde de la beauté séraphique de la créature étroitement collée à son corps, Andrew vint lui aussi clore ses paupières. Ses sens s'éveillèrent. Le contact léger et candide de la peau tiède contre lui n'était qu'une démoniaque invitation à la luxure. L'entêtante odeur de pêche et de jasmin vint envahir son esprit. Le paradis semblait lui ouvrir ses portes. Sensuelle et suave fragrance. Y avait-il seulement une chose déplaisante en cet Ange...?

Mais tout ceci n'était que trop de bavardages inutiles. Pourquoi donc réfléchissait-il tant...? Il voulait cette Princesse. Il se devait de goûter cette merveille de la nature. Sa langue vint caresser les lèvres tendres de l'Ange dans une somptueuse mignardise. Cette saveur. Un râle échappa du fond de la gorge d'Andrew alors qu'avec avidité il vint quémander plus au plus petit. Ce goût de fruit rouges... Très probablement le met le plus succulent qu'il lui ait été donné de jouir. Cet arôme délicat de fraise vint envahir sa bouche. Vorace, il titilla avec gourmandise ce fruit défendu. Ses dents vinrent taquiner la lèvre inférieure si pulpeuse. Les doigts d'Andrew glissés dans le cou de l'Ange resserrèrent leur étreinte sur l'autre. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque sans rechigner la Princesse lui autorisa l'accès à l'antre chaud de ses lèvres. Lui aurait-elle caché son penchant pour les badinages fripons ?

Ce fut pourtant avec amertume et violence qu'il se recula lorsqu'une vive douleur vint contrecarrer ses plans. Là où il avait cru à un élan passionné de l'Ange, il n'avait en fait qu'été berné. Il sentit le corps chaud se détacher prestement de lui. Ses pas précipités résonnèrent en un écho pesant dans cette chapelle. Les yeux toujours fermés, la tête baissée, Andrew leva sa main à sa lèvre meurtrie. Du bout des doigts il effleura le sang qui s'échappait de la coupure qui lui avait été infligée. Le bleu céruléen s'ouvrit sur ses doigts maculéss de cette substance carmine si plaisante.

Andrew releva lentement la tête vers l'Ange. Celui-ci s'était réfugié contre l'autel face auquel il priait quelques instants plus tôt. La lueur des bougies qui dansait sur sa peau lui conférait une teinte mordorée des plus alléchantes. Alors que la main frêle vint essuyer d'un revers rageur l'hémoglobine qui coulait faiblement à la commissure de ses lèvres, Andrew fut à nouveau happé par l'appel à la débauche qui émanait de la Princesse. Pucelle farouche qui tentait désespérément d'échapper aux griffes du Diable. Savait-elle seulement que tous ses efforts étaient vains ? L'Ange aurait dû savoir que les contes de fée que l'on racontait aux enfants n'étaient en fait que des chimères adaptées aux mœurs délicates des poupins. Comme la Belle aux Bois Dormant qui inlassablement se faisait posséder par le Prince fougueux dans son sommeil éternel, la Belle qui me faisait face subirait le même sort. Qu'elle se débatte autant que cela lui chantait. Ce n'était pas pour déplaire à Andrew. Au contraire. Tout ceci rendait l'appât du gain d'autant plus désirable. Qu'y avait-il de plus stimulant que les difficultés ?

Pourtant l'Ange semblait se croire sauvé. Le sourire triomphant qui orna ses sublimes lèvres fit rire le plus vieux silencieusement. Que ce bel Ange reprenne donc confiance Andrew saurait le punir dignement le moment venu. La réplique tranchante qu'il offrit au tatoué eu le don de le faire frissonner d'un désir bestial.

- N'essaye plus jamais de faire ceci Andrew...

Si tout ceci n'avait tenu qu'à lui, Andrew aurait poussé un rugissement sauvage et lubrique à l'entente de son nom aux lèvres de la Princesse. La décharge électrique qui venait de parcourir son corps ne l'excitait que d'autant plus. Ho oui, il allait lui faire gémir son nom. L'Ange le supplierait et l'implorerait à en perdre haleine. Le rire qui franchit alors les lèvres d'Andrew fut des plus menaçants. Le regard courroucé de sa Princesse blonde posé sur lui n'arrivait qu'à attiser la flamme de son intérêt. Comment pouvait-on agir de façon si désinvolte lorsque l'on cherchait à tout prix à éviter les pires situations ? L'Ange se tenait là, la lueur vacillante des bougies léchant sa peau, la peignant des couleurs de l'or. L'image qui s'affichait face à Andrew était la plus belle œuvre qu'il lui eut été donné de contempler. Ainsi agrippé au rebord de bois, ses mèches blondes voilant partiellement l'azur de ses yeux, la créature était la perfection incarnée.

Quelques gouttes de sang coulaient lascivement le long du menton d'Andrew. Il vint cueillir lentement les perles rougeoyantes de ses doigts déjà souillés. L'idée qui sournoisement s'insinuait dans son esprit lui fit esquisser un sourire méphistophélique. Lucifer n'aurait aucunement à lui venir en aide. Le plan machiavélique qui s'orchestrait pièce par pièce dans sa tête finit de plaquer un air dément sur son visage. Un sourire sauvage vint étirer ses traits fins. La Princesse allait regretter ses actes. La langue véloce d'Andrew vint pourlécher ses lèvres, emportant avec elle le liquide à la saveur métallique. Ce goût âpre mêlé aux réminiscences sucrées des lèvres de l'Ange lui firent tourner la tête. Le démon anthropophage refaisait surface, affamé et impatient. D'une voix pénétrante il prononça.

« Rien ne sert de fuir. Tu es prise au piège belle Princesse. »

Accompagné d'une démarche féline, Andrew rejoignit sa Princesse en un clin d'œil. Il ne lui laisserait pas le temps de filer à nouveau. Plaquant ses mains sur l'autel de part et d'autres du corps fragile du blond, il ficha son regard céruléen dans l'azur. Son sourire ne l'avait pas quitté, et une lueur diabolique vint luire au fond de ses orbes bleues. L'Ange avait déjà trop longtemps fuit ses assauts. L'heure était venue de passer au jugement dernier. Quelle ironie que ce soit en ce lieu sanctifié qu'Andrew ait rencontré cet Ange. Bientôt l'enfant abandonné à ses prières deviendrait un être avili sous les yeux de il ne savait quelle divinité.

« Regarde Mon Ange... Tu n'as plus aucune issue... »

Ses doigts maculés de sang vinrent déposer leur sceau rougeoyant sur les lèvres entrouvertes. Un rire infernal s'éleva de la gorge d'Andrew alors qu'il statua d'un ton dégoulinant de perversité

« Tout ceci est si fantasmagorique. Tu es si... Parfait... »

Un râle de satisfaction résonna dans la chapelle à ce dernier mot. Il reprit d'une voix profonde et libidineuse.

« Aurais-je enfin trouvé le Jardin d'Eden...? »

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MessageSujet: Re: Divine Providence [PV Kamui](CLOS)   Mar 7 Juin - 15:59

L'hémoglobine avait toujours été quelque chose qui avait attiré ma fascination. Cette couleur vermeille qui rougeoyait d'une étincelle lugubre et pourtant si incroyablement belle à la fois. Ce liquide rouge que l'on aperçoit après s'être coupé, blessé, et tant d'autres choses encore. Teinte pure et profonde qui attire le regard. Rubis liquide qui coulait en notre sein. Il était si improbable qu'un simple fluide coloré maintienne la majorité des êtres vivants du monde en vie. Indispensable à l'existence tout être animal ou humain il était la raison même pour laquelle notre cœur battait. Comment cette substance si anodine pouvait-elle être la source de tant de choses ? La source de la vie. Pourtant ce carmin si particulier n'était qu'impossible à décrire. Poisseux mais pourtant si élégant. Qui n'avait pas passé plusieurs secondes à observer un goutte de sang perler d'une petite plaie ? La nature avait créé les choses avec un génie inouïe. Car c'était ce sérum qui nous permettait de respirer, d'être ce que nous sommes.
C'était très certainement la chose qui faisait que nous étions tous des semblables. Le même sang coulait dans nos veines.

Alors comment pouvait-on expliquer que nous soyons pourtant si différents les uns des autres...?

Suffoquant faiblement, j'observais l'homme qui se tenait face à moi. Beaucoup auraient pu dire que nous avions des similarités immanquables. La même chevelure d'or, des iris d'un bleu céleste, des traits fins... Chaque partie de notre être n'était finalement qu'indéniablement identique. La même base faisait de nous des êtres humains. Le même sang pulsait dans notre corps.

Alors comment expliquer que nous soyons si opposés ? Nous étions constitués de la même manière, mais nos vies n'étaient qu'un profond paradoxe. J'étais à la candeur et la naïveté ce que lui était à la perfidie et l'avarice. Là où je m'évertuais à rechercher le bien être d'autrui, c'était son propre bien être que lui voulait obtenir. L'Innocence contre l'incarnation du Diable. Un Ange contre un Démon. Y avait-il autre chose à ajouter ? Le chaos finirait-il par éclater dans ces prunelles célestes au fond desquelles résidaient l'Enfer et le Paradis ?

Au fond de moi j'osais espérer qu'il en serait autrement.

L'appréhension vint petit à petit envahir mon être lorsque son visage baissé se releva, plongeant un regard prédateur sur ma personne. Créature inoffensive et traquée, je me sentais pris au piège. Appuyé contre le grand autel de bois, j'essayais d'évaluer mes chances de pouvoir prendre la fuite... Certes j'aurai pu m'esquiver en courant... Mais la force physique n'étant clairement pas ma plus grande qualité, je craignais d'avance qu'Andrew ne me rattrape et me fasse subir son courroux... Et à première vue, le genre du jeune homme n'était clairement pas à la torture sanglante. Une grimace contrite se peignit sur mes traits. Je posais à nouveau un regard contrarié sur Andrew. Quelle ne fut pas mon horreur lorsque ses yeux rivés sur les miens, il lécha chaque goutte de sang qui maculait ses lèvres. Venait-il par ce sang de sceller notre Malédiction...?

La réponse sembla toute naturelle. Lorsque les premiers regrets de ne pas avoir tenté ma chance pour prendre ma fuite me vinrent, la voix d'Andrew commençait déjà à s'élever. L'air de folie qui régnait sur son visage m'arracha un violent frisson de peur. La lueur malsaine qui dansait au fond de ses yeux ne promettait rien de bon. Et ce fut lorsqu'en quelques pas il vint me rejoindre que je compris mon erreur.

Bloqué entre le corps d'Andrew et l'autel de bois, j'étais confiné dans un étau inextricable. Ses bras qui bloquaient toute possible tentative de fuite. Je reculais de mon mieux contre l'autel, m'y collant, tentant par tous les moyens d'échapper au contact de la peau qui me faisait face. Les deux océans de nos regards qui se faisaient face exprimaient tant de sentiments.. Mais tous si contradictoires. L'ouragan qui rageait au fond ses yeux d'Andrew me faisait frémir de mal être. Tant d'envie condensée en un seul regard, et celui-ci ancré dans le mien. Et cette étincelle qui brûlait d'un éclair ardent lui octroyait cette petite chose que l'on trouve au fond des yeux des fous... L'envie irrépressible d'obtenir ce que l'on veut, par tous les moyens, même si mort doit s'en suivre. L'azur de mon regard protégeait toute les inquiétudes qui traversaient mon esprit. Tant d'éléments se propageaient dans ma tête, et dans mon cœur...

Ses mots vinrent encore résonner à mes oreilles. Je n'avais effectivement plus d'issue... Je voulais lui montrer qu'il avait tort... Mais je fus tétanisé lorsque sa main s'approcha de mon visage. Le liquide vermeille qui coulait le long de ses doigts vint peindre mes lèvres alors qu'il les effleurait du bout des doigts. Mes paupières s'ouvrirent de surprise. Pétrifié, j'observais cette scène comme extérieure à mon corps. Le goûté métallique brûlant se propageait en moi, les effluves âcres mordant mes sens. Et toutes ces émotions qui véhiculaient en moi par le biais de son toucher. Un tremblement de dégoût fit vibrer chacun de mes membres. Il me voulait. Il me désirait et voulait me posséder... Une plainte s'échappa de mes lèvres closes alors que ses doigts caressaient ma lèvre inférieure d'une façon obscène. Un grognement provint à nouveau du fond de la gorge d'Andrew, porteur d'un vent de luxure meurtrier.

« Tout ceci est si fantasmagorique. Tu es si... Parfait... Aurais-je enfin trouvé le jardin d'Eden...? »

Tout semblait s'être arrêté autour de moi. Mes pupilles extatiques fixées sur Andrew, je sentais le froid s'emparer de mon être. Sensation insupportable qui sembla proliférer jusqu'à mon cœur. Mon âme hurlait d'une douleur insoupçonnable alors que mon esprit se terrait dans la plus obscure noirceur. Une terreur sans nom vint s'immiscer au fond de mes iris célestes alors que le souffle commença à me manquer. Tout ceci n'était pas possible. Il ne pouvait pas... Pas ici...? Tant de sous-entendus... Il n'oserait pas...? Mais le râle de plaisir et l'ardeur avec laquelle il accentuais chaque mot me fit échapper un sanglot. Aucune larme ne vint brouiller cette scène. Tout était trop claire. J'étais pris au piège. Un piège duquel personne ne pourrait plus jamais me tirer.

Je devais réagir, je ne devais pas lui offrir ce qu'il désirait. Il ne devait pas obtenir satisfaction. D'un geste démesurément lent, je vins poser ma main sur la peau de son torse. Mon épiderme glacial me procura une sensation électrique alors que je rencontrais le torse brûlant d'Andrew. Agir. Mon sang ne fit qu'un tour alors que d'une pensée je déclenchais mon don. N'hésitant pas une seule seconde à y mettre toute ma puissance, j'appliquais une contrainte mentale forte à Andrew. Je vis ses sourcils tiquer alors que je m'évertuais à lui offrir la plus grande douleur du monde. Il n'avait jamais été dans mes habitudes de vouloir faire du mal volontairement. Mais il en dépendait ici de ma dignité et de ma propre vie.

Je sentais son esprit contraint par mon don. Crispant mes doigts sur la peau de son torse, y plantant profondément mes ongles, je sentais un légère douleur s'insinuer dans ma tête. Fronçant les sourcils, je renforçais la puissance de mon attaque mentale. Repoussant d'un geste vif la main d'Andrew encore posée sur mes lèvres, je soufflais d'une voix rendue rauque par l'effort.

- Cesse ce petit jeu tout de suite Andrew ! En ces lieux je suis le maître. Alors n'aies plus jamais l'audace de m'affubler de ces petits noms ineptes.

J'ancrais l'azur déterminé de mes yeux dans les siens, prêt à tout pour me protéger. Un sourire victorieux vint étirer mes lèvres encore tâchée de sang frais donnant une allure démoniaque à mon visage d'ange. D'une voix menaçante, je crachais.

- Ici, je suis Kamui. Ton élu Primordial. Et rien d'autre.

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MessageSujet: Re: Divine Providence [PV Kamui](CLOS)   Lun 20 Juin - 11:04

Enfer & Paradis

Il ne pouvait y avoir plus succulent qu'une Princesse se débattant dans les mailles d'un filet étroitement tissé pour coller à chaque courbe de sa peau. L'esprit rendu fou, l'envie exacerbée, le désir consumait Andrew de l'intérieur. Comment pouvait-on être si désirable ? Comment un seul être si angélique et pur pouvait-il procurer pareilles sensations à autrui ? Tout son corps hurlait au harcèlement. Chaque fibre de son être vibrait au nom de la Luxure. Qu'y avait-il de plus délectable dans ce monde Terrestre que le regard luisant d'inquiétude d'une vierge effarouchée ? Toutes ces émotions qui défilaient au fond de ces perles océaniques. Il ne pouvait décemment que s'en délecter. Bon sang, comme il était jouissif de lire tant de choses au fond du regard captivant de l'Ange. Qui aurait cru qu'un jour...

Au fond de lui, Andrew savait qu'il avait gagné. Plus rien ne pourrait laisser s'échapper la belle captive. Le plus petit voulait se cacher derrière un masque et fuir l'appel insidieux de leurs deux corps qui ne demandaient plus qu'à faire un ? Qu'à cela ne tienne... Il saurait lui faire oublier tout ses doutes. Lui apprendre à connaître chaque parcelle de lui-même, et à ne plus pouvoir réclamer que lui. Le marquer au fer rouge. Le marquer de son sceau. Ho oui, il encrerait sa chair de la plus vicieuse des traces. Ancrerait son être jusqu'au plus profond de ses entrailles. Le petit blond serait sien. A lui et à personne d'autre.

Il se délectait de tout ceci. De tant de perfection. De tout ce théâtre fantasque qui se jouait entre ses bras. Ses doigts effleurant avec envie ces lèvres voluptueuses qui ne demandaient qu'à être baisées jusqu'à plus soif. Andrew était dévoré d'une folle envie de le prendre là, sur cet autel. Ce Dieu inopportun pour témoin voyeur d'un accouplement qui demandait à exister depuis des siècles. L'Ange et le Démon... Quoi de plus naturel...? Pénétrer violemment cette chair immaculée. Souiller avec jubilation ce petit bout de Paradis. Croquer à pleine dents dans la pomme perfidement tendue par le serpent du jardin d'Eden. Rompre les chaînes qui retiennent un Ange au pays céleste et l'entraîner dans sa chute immémoriale. Briser ses ailes. Le faire sien. Son exclusivité. Sa chose. Son amant éternel.

Le faible sanglot qui vint soulever ses frêles épaules fut perçut avec délice par l'aîné. Que l'Ange pleure s'il le désirait. Plus rien ne retiendrait Andrew de pécher. Il sévirait avec indolence, seulement pour mieux profiter de cette créature si parfaite. Le plaisir se greffait tendrement à chaque cellule de son corps. Combien il la voulait. Et cette lueur rebelle qui luisait faiblement au fond de l'azur de ses immenses iris aux couleurs de l'océan. Andrew avait tellement envie de la voir lutter. Petite Princesse prise au piège d'une cage dont jamais elle ne pourrait trouver l'issue. Barreaux de dépravation qui n'attendaient plus que ses doigts viennent vivement saisir leur hampe pour gémir son plaisir. Caressant ses lèvres avec une envie non dissimulée, ce fut avec une pointe de surprise qu'il sentit la main fébrile de l'autre se poser sur son torse. Un sourire victorieux vint se peindre sur son faciès. Ainsi, il n'avait pas oublié qu'il était le plus fort. L'Ange rendait les armes, grimpant les treize marches d'un échafaud où seules ses ailes seraient guillotinées. Le théâtre sanglant dont il avait écrit le scénario semblait enfin dérouler son fil sous ses yeux céruléens hantés par son désir insatiable d'elle.

La Princesse serait sienne.

Ses doigts glacés sur la peau enflammée par l'envie d'elle lui procurèrent d'abord une sensation électrisante. Stimulation expérimentale du plaisir qu'il n'allait tarder à partager avec elle. Mais l'électricité s'amplifia. Les sourcils du plus grands vinrent se froisser alors qu'une douleur sourde s'insinuait en son sein. Sa tête sembla devenir le chœur d'un orchestre désaccordé. Cacophonie criminelle qui lui vrillait l'encéphale. Quelle était donc cette douleur insupportable qui étreignait violemment sa tête ? Andrew se sentait faillir, son corps tout entier crispé, la mâchoire grinçante. C'était intolérable. Il rouvrit les yeux, cherchant à comprendre l'horreur qui s'abattait sur lui. L'océan d'azur luisait d'une fureur jamais vue.

Non, Andrew ne voulait pas. Il devait lutter. Il ne laisserait pas la Princesse filer à nouveau. Jamais plus il ne la laisserait glisser entre ses doigts. S'il y avait bien une chose qu'il ne pourrait tolérer, c'était bel et bien de la voir à nouveau s'enfuir loin de lui. Cette flamme ardente qui brûlait au fond des iris bleutés de l'Ange n'étaient là que pour alimenter le brasier de ses envies. Et ce fut sans s'en rendre compte que la pression sembla perdre en intensité. Il était déjà bien trop hypnotisé par les lèvres de l'Ange qui ornées d'un sourire triomphant laissaient entendre le son séraphique de sa voix.

- Cesse ce petit jeu tout de suite Andrew ! En ces lieux je suis le maître. Alors n'aies plus jamais l'audace de m'affubler de ces petits noms ineptes. Ici, je suis Kamui. Ton élu Primordial. Et rien d'autre.

La main d'Andrew qui avait été rejetée d'un geste vif par l'Ange vint retomber le long de son corps. L'analyse fut brève mais intense. Une ferveur nouvelle crépita soudain au fin fond de l'esprit du plus âgé. Un sourire carnassier vint se peindre sur son faciès, alors que sûr de lui, il posa à nouveau sa main sur l'autel de bois, bloquant le passage à...

« Kamui... »

Les doigts de l'Ange répondant à ce doux nom se crispèrent davantage dans la chair de son torse nu. La langue d'Andrew caressa avec félonie ses propres lèvres. Il l'aurait... Cet Ange, quel que soit son nom, il serait à lui. Sentant son sang s'échauffer, métal en fusion crépitant dans ses veines, la douleur vint à s'effacer progressivement sans raison évidente aux yeux de l'aîné. L'air accablé qu'il pouvait lire sur le visage du plus jeune était un pur délice. Subitement, les choses semblaient se corser pour celui qui s'autoproclamait d'un titre qui ne pourrait aucunement lui convenir. La douleur presque dissipée, il se saisissait à nouveau des rennes d'un jeu millénaire dont l'hymne n'était autre que le claquement de deux chairs en osmose s'activant avec vivacité. Un rire dangereusement machiavélique et sourd s'échappa des lèvres d'Andrew alors que d'une voix rauque il prononça.

« Maître...? Mais que dis-tu...? Tu sais pourtant très bien que de nous deux, c'est moi qui te domine... »

Il se pencha vers le visage de l'Ange et vint essuyer du pouce la goutte de sang qui venait de tracer son sillage de son nez à son menton. La pression était-elle trop forte pour lui...? Un rire psychédélique résonna entre les murs de pierre alors qu'il vint coller son bassin à celui du plus petit.

« N'est-ce pas... Kamui...? »

Le prénom fut articulé d'une voix outrageusement moqueuse. L'Ange voulait jouer à ce petit jeu...? Il serait le gagnant. De plus, aux vues de la mine décomposée qu'affichait ledit Kamui, Andrew ne pouvait que se pourlécher les lèvres. D'un mouvement svelte et précis, le tatoué vint accentuer la pression de son bassin contre le sien. Ramenant lentement ses mains de l'autel vers les hanches aux courbes délicates du plus petit, un râle de satisfaction s'échappa de ses lèvres. Cette brûlure qui parcourait tout son corps. Cette expression inscrite sur son visage... La lueur blafarde qui luisait au fond de ses yeux. Andrew sentait son corps tout entier réagir à l'appel muet de l'Ange. Comment pareille créature pouvait-elle être laissée ainsi en liberté...? N'était-ce pas un appel au viol que d'afficher pareil minois...? Ho oui, Andrew saurait rassurer ces traits... Lui faire oublier tout. Dans une grandiloquente explosion aux couleurs d'immaculé. Rapprochant son visage du faciès de sa captive, Andrew se pencha doucement à son oreille et y murmura sournoisement.

« Alors Princesse, tu sembles perturbée...? Quelque chose ne se passe pas comme tu le souhaiterais...? Ho, quel dommage... Laisse moi donc te réconforter... »

Dans un déhanchement prononcé qui vint brutalement plaquer les reins de l'Ange contre l'autel béni, Andrew éructa sauvagement.

« Et cette fois-ci, rien ni personne ne viendra te sauver... »

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MessageSujet: Re: Divine Providence [PV Kamui](CLOS)   Mer 29 Juin - 23:34

La douleur est une chose que tous les êtres vivants peuvent ressentir. Elle peut-être de formes diverses et faire suite à différentes causes. En dehors des êtres qui éprouvent le besoin de se blesser volontairement pour des raisons que les bonnes mœurs n'ont pas encore réussi à expliquer, les êtres vivants n'ont pas été créés pour souffrir. Quelles douleurs pouvons-nous tolérer de plein gré ? Une blessure ? Perdre un être cher ? Pourquoi donc alors pleurons-nous si tout ceci nous est dû ? Souffrir, n'est-ce pas au fond la finalité de l'existence ? Quel être n'a jamais ressenti la douleur ? Qui n'a jamais eu si mal qu'il en est resté muet ? Cette morsure pernicieuse qui fait de nous des êtres vivants. Cette brûlure immonde qui nous fait réaliser que quand tout va bien, la vie est bien plus belle. La douleur reste une chose que l'on ne peut expliquer. Par une pensée ou un geste, on peut ressentir des maux inexplicables. Mais tout ceci reste involontaire...
Que doit-on penser lorsqu'elle est infligée par la volonté...?

Faire ployer les êtres sous la souffrance était une chose qui me répugnait. Quand le dialogue et les mouvements pacifistes pouvaient régler une affaire sans jamais verser une goutte de sang, pourquoi donc les Hommes s'obstinaient-ils à prendre les armes ? Voir la douleur se peindre sur le visage de l'un de nos semblables. Comment peut-on ressentir de la satisfaction en voyant cette figure pareille à la notre se tordre et se contorsionner sous l'effet de ce mal que l'on a nous même provoqué ?
J'avais horreur de tout ceci. Horreur de devoir faire mal. Horreur d'être celui que j'étais. Cet homme capable de briser une âme si facilement.

Toutefois, c'était l'idée que j'avais jusqu'à ce que les choses dégénèrent avec Andrew...

Les doigts fermement posés sur le torse imberbe et exempt de toute imperfection du blond, j'usais au mieux de mon don pour le faire reculer. Il devait battre en retraite. Quitte à en souffrir. A cet instant, je n'avais pas peur de blesser, je n'avais pas de regrets. Non, il devait s'éloigner. Ma propre dignité était en jeu. Je ne pouvais pas me laisser faire de la sorte. Pénétrant son esprit, je lui promettais les pires maux que l'univers ai créé. S'il fallait que j'aille jusqu'à lui brûler chaque neurone pour qu'enfin il me laisse en paix, je le ferai. Personne n'avait plus ce droit sur moi. Personne ne pouvait sciemment m'imposer sa volonté. Ici j'étais le pion maître. Et aucun fou qu'il soit ne me ferait tomber.

C'était tout du moins ce que je me forçais à penser. Oui la douleur fut visible sur son visage. Ses membres crispés, ses sourcils froncés, la grimace de douleur placide qui salissait ses traits en étaient une preuve indéniable. Pourtant... Ses yeux céruléens ancrés dans les siens, ses traits qui reprenaient déjà leur allure démoniaque. Pourquoi...? Pourquoi ? Comment était-ce possible...?

Sans même comprendre quelle en était la raison, je sentais mon emprise sur son psyché diminuer, alors que la douleur qui me vrillait le crâne elle allait crescendo. Me prenant le revers d'une médaille envenimée. J'étais le fou qui avait tenté de briser l'acier sans penser au contre-coup. Je me débattais mentalement, sentant mes oreilles siffler sous la puissance que je tentais désespérément de déployer.

Mais je compris que tout était perdu lorsque sa voix perfide et pleine d'une assurance renouvelée souffla mon nom d'un ton qui aurait pu m'achever sur place. Non. Non ça ne pouvait pas se passer de la sorte. J'insistais, je poussais mes limites bien au-delà de toutes les forces que j'avais pu mettre pour lutter contre des Élus... Tout ceci était insensé. Comment alors qu'il y a quelques secondes à peine la douleur semblait le dévorer... Comment était-il possible que désormais je sois celui qui reçoive le mal...?

Un gémissement de douleur m'échappa alors que le rire d'Andrew s'élevait. Ses paroles me firent blêmir.
Il avait raison. Je n'étais pas le maître contre lui.

Son visage se pencha vers moi alors que son pouce vint essuyer le sang qui s'était échappé sous la pression. Alors que j'étais le plus fort dans ce domaine... Alors que je sentais pertinemment que mon don exerçait encore un effet sur lui... Pourquoi était-ce moi dont la tête tournait en une fureur infernale. Pourquoi étais-je celui qui écopait de saignements.
Père, pourquoi m'avez-vous imposé ceci...?

Pourquoi...?

Ce fut à l'instant où le bassin d'Andrew vint fermement se coller au mien que mon monde bascula. Mon nom entre ses lèvres avait le goût de la débauche. Nos deux bassins si intimement collés sentaient l'odeur de lubricité. Ses yeux posés sur moi exprimaient le désir d'orgie et de luxure. Ses doigts qui vinrent agripper mes hanches parlaient dans la langue du vice. Son déhanché contre moi réveilla en moi un tonnerre d'impuissance. Chaque fibre de mon être crispée face à l'assaut ravageur d'un corps brûlant d'envie qui ne le cachait en rien... Le souffle pantelant suite à l'usage si intense de mon don, ses doigts sur moi, son corps contre le mien, je sentais petit à petit l'envie de me débattre m'échapper.

Observant ma défaite d'un œil morne, j'entendais ses mots résonner dans un écho sordide dans ce saint lieu. Père... Père pitié sauvez-moi... Je fermais les yeux, déglutissant de désespoir. Ma main toujours crispée sur son torse, mon souffle rendu chaotique sous la pression de l'instant. Je me sentais enchaîné autel. Vierge offerte en sacrifice à l'appétit vengeur d'un Démon que jamais personne n'avait réussit à vaincre. Sa bouche près de mon oreille, sa voix suave me fit trembler de tout mon corps. Dans un déhanché langoureux, il affirma sa prise sur mes hanches, me laissant faire pleinement connaissance avec son désir de me faire sa propriété exclusive. Accompagné d'une promesse à l'arôme d'extase perfide, ma deuxième main vint se plaquer sur son torse.

Mes doigts posés sur ce tatouage à l'encre noire qui ornait sa clavicule, je le repoussais du bout des bras. Je baissais la tête, sentant mes joues brûler de gêne et d'énervement. Tout ceci ne pouvait se dérouler de la sorte. Je serrais les dents, forçant de mes faibles forces pour éloigner son souffle brûlant de ma peau si sensible. Ses doigts fermement crispés sur mes hanches, son bassin si profondément ancré contre le mien. Tout ceci ne pouvait être vrai. Je vivais un cauchemar éveillé.

Une plainte m'échappa. Suivie d'une deuxième qui se transforma rapidement en un gémissement de désespoir. D'un ton éraillé, tête baissée, les yeux fermement clos, je m'abaissais à une chose que jamais en ce monde je n'avais fait contre l'un de mes adversaires.

- Je t'en supplie... Laisse-moi...!

J'étais pathétique. Sans l'usage de mon don, je n'étais qu'une vulgaire poupée de chiffon. Sans mes pions, j'étais une vierge effarouchée sans défense. Sans mes Élus, j'étais un être faible. M'abaisser à supplier de la sorte, demander grâce.. Un moins que rien. J'étais ce souillon qui pour échapper à sa sentence vend son âme et son honneur pour sortir indemne d'un combat. Mais quel combat...? Parlais-je donc de cette lutte inéquitable qui m'avait coincé entre les griffes de ce fauve enhardi...? Avais-je seulement un autre choix que de rendre les armes et d'implorer sa pitié...?

Serrant les dents, les doigts crispés sur son torse, je déclarais forfait. Par tous les moyens il fallait que je me libère de cette impasse. Dans un souffle désespéré, posant mon front contre sa clavicule robuste, je l'implorais.

- Par pitié Andrew...

Était-ce donc là ma punition ? Père, n'avais-je pas été à la hauteur de vos attentes...? J'avais pourtant exécuté vos ordres à la lettre. J'avais été un leader affirmé et sûr auprès de mes Hommes. J'avais mené d'une main de maître cette lutte sans jamais broncher. J'avais oublié jusqu'à ma propre existence, perdu corps et âme au milieu de cette guerre sans fin. Père, n'était-ce donc pas assez à vos yeux...? Devais-je réellement subir cet affront pour pardonner mes erreurs passées ? N'avais-je donc pas auparavant essuyé assez d'humiliations...?

L'azur tremblant caché sous mes paupières, mon front contre le torse de mon bourreau... Mes mains fermement agrippée à cette chair qui demandait ma disgrâce. Mes hanches vibrant au rythme d'un désir qui n'était pas le mien...

Père, me faites-vous payer pour toute la douleur que j'ai infligé...?

Père... Pourquoi me faire si mal...?

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MessageSujet: Re: Divine Providence [PV Kamui](CLOS)   Dim 4 Sep - 16:04

[/!\ Ce post contient des scènes à caractère sexuel, prière de ne pas s'aventurer si vous n'êtes pas en âge.]

They Lived Happily Ever After

Existait-il dans ce monde une chose plus appétissante qu'une proie abandonnée aux bras de son prédateur ? Frêle et fragile créature qui bercée par la paralysie du désespoir ose encore croire qu'elle pourra s'échapper de l'emprise diabolique de son bourreau. Que ces êtres étaient délectables... Tendrement blottis dans un aveugle espoir de fuir. Fermement accroché à la lucide réalité qu'était leur captivité imminente. Oh oui, Andrew ne pouvait que se pourlécher les lèvres avec envie face à pareil tableau. L'Ange tout droit tiré de l'une de ces toiles d'un artiste illuminé aux goûts non répréhensibles pour la beauté. Oui.. L'Ange était parfait... Dans ses traits, sa façon d'agir et de parler... Comment pareille perfection était-elle capable de respirer le même air que lui ? Comment le symbole même de la virginité humaine pouvait-il arpenter cet univers avili et talé ? Mais au fond, il s'en moquait. Andrew n'était que trop heureux de pouvoir enfoncer passionnément son envie contre le bassin de celui qui le rendait fou d'excitation.

Les doigts agrippés à ces hanches enchanteresses. L'avidité profondément ancrée au fond de son âme, Andrew ne demandait plus qu'une chose au gré de ses allers et venus prononcés contre le plus jeune. Folie dévorante d'arracher ce voile de tissu qui protégeait la peau de nacre de l'Ange. Tout ceci ne pouvait qu'être utopique. Les doigts tremblants et glacés du plus jeune vinrent se poser sur le torse glabre et encré de l'aîné. Tentait-il de le repousser ? Andrew aurait pu rire à plein poumon de cette vaine tentative. Croyait-il réellement qu'il pourrait lui échapper ? Les doigts du plus grand resserraient leur prise sur les courbes menues de la créature. Sa proie serait sienne. Il la possèderait. Il la prendrait avec un désir si ardent que ses entrailles se consumaient à la simple idée d'effleurer sa plus profonde intimité. Le désir n'en était que bien trop important. Son seul et unique souhait à cet instant fut celui-ci. Allonger l'Ange sur cet autel afin d'honorer chaque parcelle de son corps de sa soif d'elle. La Princesse serait sienne. Chevalier brutal et assoiffé d'un appétit lubrique envers ce corps si succulent.

Les cloches du Paradis semblèrent enfin appeler Andrew à l'extase. Ce souffle heurté qu'il venait de percevoir. L'Ange avait-il gémit...? Se léchant les babines, animal affamé prêt à dévorer sa proie, Andrew ne voulait plus patienter. Un autre gémissement échappa de la gorge gracile de la créature. Existait-il des sons plus fantasmagoriques que ceux-ci...? L'idée que ces sons pourraient le conduire à l'orgasme fit frissonner l'aîné. Kamui était un appel au viol. Cette affirmation fut confirmée à l'instant même où la voix du soliste s'éleva en une complainte sanglotante. Le regard céruléen se posa sur l'Ange, les paroles forgées de l'essence même du désespoir s'échappaient de ses lèvres en un souffle brûlant.

La Princesse s'abandonnait.

La prise du fauve se relâcha alors que l'Ange laissa son front reposer contre son torse, suppliant d'une voix brisée. Les mains du plus vieux relâchèrent leur emprise sur ces courbes séduisantes. Une emprise ferme se resserra sur la taille gracile alors qu'Andrew vint enfouir son visage dans la chevelure d'or. Humant avec délectation l'odeur du Paradis, sa voix rendue rauque par son désir inassouvi s'éleva d'un ton profond et chargé d'extase.

« Supplie-moi bel Ange. Supplie-moi de t'offrir les clés du Paradis. Désormais tu es à moi. Plus rien ne t'arrachera de mon étreinte. »

D'une inspiration mesurée, le tatoué fit remonter sa main le long du dos cambré, caressant avec appréhension et précipitation l'étoffe qui l'empêchait de saisir à pleine main cette chair si tentatrice. La main furtive se glissa prestement sous le menton de l'Ange. Son autre main posée au creux de ses reins, Andrew repoussa délicatement la Princesse. Elle était l'une de ces créatures de contes... Il était donc de son devoir de lui faire croire monts et merveilles... N'est-ce pas ? Relevant le visage de sa jeune proie d'une main tendre, l'océan de leurs regards se croisa à nouveau. Était-ce les larmes qui faisaient ainsi miroiter le regard d'azur de l'Ange ? Andrew n'en savait rien. Mais tout ceci était bien trop beau pour qu'il laisse sa chance lui échapper. D'une lenteur calculée la silhouette de l'aîné se courba vers le visage de l'Innoncence abandonnée au creux de ses bras. Un premier baiser, suivi d'un autre. Les lèvres d'Andrew parcoururent la peau si douce, papillons nocturnes cherchant la bénédiction de la flamme d'une bougie pour pouvoir l'effleurer sans s'y brûler les ailes. Marquant leur passage d'un sillon brûlant. Cette créature séraphique serait traitée avec toute la considération du monde. Ne fallait-il pas chérir son plus beau rêve...?

« Ne crains rien mon Ange. Je te mènerai jusqu'à la liberté... »

Un sourire carnassier s'empara des lèvres d'Andrew alors que cette sotte idée perturba son esprit. Il ne chérirait pas l'Ange. Il le briserait.

Encore une fois, il vint prendre possession du fruit défendu. Savourant ce délice interdit, y passant sa langue humide avec allégresse. Dévorer les lèvres de l'Ange raviva ses désirs... Mais comment pareil feu aurait-il pu être apaisé...? L'incendie qui ravageait son corps ne trouverait sa délivrance qu'au moment où leurs deux corps ne feraient qu'un dans un court moment d'éternité. A cet instant, tout pour Andrew n'était qu'une recherche du temps perdu. Savourer jusqu'à la moindre goutte du nectar que lui offrirait cette créature.

La Princesse se débattait-elle...? Andrew n'en avait cure. Ses lèvres avaient quitté les siennes, son souffle rendu dur et sec. Charogne reniflant avec félicité l'odeur de la terreur qui ronge le sang d'un animal perdu entre ses griffes. Il n'avait que faire des états d'âme. Que faire des mœurs. N'était-il pas au contraire sujet à fantasme que de faire jouir un Ange au sein même de l'autel béni de son Père ? Saisissant la chevelure d'or d'une poigne forte, il tira fermement sur ces mèches soyeuses, dévoilant à son regard cette gorge offerte. Un rire dément s'étouffa au fond de sa gorge alors que ses dents vinrent s'enfoncer dans cette chair tendre qui pulsait à un rythme endiablé. Un cœur corrodé par la détresse. Son autre main s'offrit le chemin de la luxure. Saisissant un pan du col blanc d'une prise ferme. D'un coup net, Andrew vint arracher l'étoffe qui recouvrait ce buste ridiculement fluet.

Le temps s'arrêta. Seulement marqué du bruit aigu des boutons de nacre qui rencontrèrent le sol de marbre dans un tintement sonore. Les yeux céruléens se posèrent sur la figure dénudée. Sa chemise ne tenant que par ses frêles épaules, le torse exposé de l'Ange dévoilait ses courbes délicates à la vue du fauve. Du bout des doigts, Andrew effleura les bandelettes de tissu qui enserraient la carrure svelte de l'éphèbe. Dans un grondement macabre, la voix du plus vieux s'éleva.

« C'est donc ainsi que tu caches notre petit secret, Kamui...? »

Posant un œil moqueur sur le visage rendu blême, la main d'Andrew se plaqua sur le torse de l'Ange. Oui... L'emplacement de ce cœur battant d'un rythme effréné. Un sourire étira le coin des lèvres du tatoué. Se penchant à l'oreille de la Princesse, il lui susurra.

« Calme-toi mon Ange... Tu sais bien que je suis doux... »

Un dernier regard.

D'un preste mouvement, Andrew mit un genou à terre, laissant ses mains glisser le long des flancs de l'Ange, caressant cette taille offerte... Tout ceci était trop... Tendre. Un rire s'éleva alors que le visage de l'agenouillé se rapprocha des hanches de l'Ange. Un sourire sinistre aux lèvres, il souffla.

« Je vais te prendre jusqu'à ce que tu perdes conscience, Princesse. »

Sans crier gare, les dents d'Andrew vinrent se refermer sur la ceinture de cuir qui retenait l'étoffe noire couvrant les jambes fines. Tirant sur la lanière, le cliquetis de la boucle de fer se fit entendre. Sa main gauche se posa fermement sur la hanche du plus jeune, plaquant la créature contre l'autel d'une poigne inextricable. Son autre main quant à elle vint caresser avec envie les courbes tremblantes des jambes vulnérables de l'Ange. Dans un geste brusque, la mâchoire serrée sur le cuir, Andrew tira sur la ceinture, qui dans un claquement sec quitta les premiers passants du pantalon noir. Face à lui, un simple bouton restait là, obstruant son parcours vers le chemin du paradis. Persifflant entre ses lèvres, l'euphorie lui faisant tourner la tête, Andrew éructa.

« Tu es mienne Princesse. »

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MessageSujet: Re: Divine Providence [PV Kamui](CLOS)   Sam 17 Sep - 1:32

Il y a des moments dans une vie où l'on croit que tout est fini. On sent son heure venue. Rien ne peut être pire que ce qui se déroule actuellement sous nos yeux. Si bien ancré au fond d'un gouffre à l'obscurité rebutante, traumatisés par les maux qui nous ensevelissent, on se dit au fond de nous qu'il n'y a plus rien à faire. Lorsque toutes les peines et toutes les misères du monde semblent s'être abattues sur vous et que l'idée que vous trempez dans la plus sombre des détresses que le monde ai porté. Lorsque le poids le l'univers s'abat sur vos épaules sans vous octroyer une seule seconde de répit. Que vous reste-t-il comme possibilités ? Pleurer ? Abandonner ? Ou... Vous défendre ? Mais finalement. Si vous osez espérer que rien de pire ne peux vous tomber dessus... N'êtes-vous pas un optimiste ? Car si vous êtes encore en vie pour constater l'horreur qui vous fait face, cela signifie qu'il existe encore quelque chose de pire que vos maux.
Ne dit-on pas que la Mort est le dernier mal auquel doit faire face l'être humain ? Alors si nous sommes encore capables de nous plaindre sur notre condition, peut-être qu'au fond nous ne sommes que des êtres doués d'une capacité considérable à ne jamais être satisfaits de ce que nous avons ?
De plus, qui ne savait pas que le pire n'est jamais arrivé...?

J'avais voulu croire que le pire était déjà fait. J'osais espérer que le dernier stade de cette humiliation abjecte était ce qu'Andrew venait de m'imposer par ses coups de reins bestiaux. Comment aurai-je pu imaginer que la démence de ce démon pouvait atteindre pareils seuils de lubricité...? Peut-être que mon âme était trop innocente. Peut-être que je n'étais pas fait pour tout ceci...

Pourtant, ce fut bel et bien l'infâme théâtre dans lequel je fus impliqué... En tant que rôle principal.

Existait-il pire avanie pour un dirigeant que de se retrouver à supplier face à l'ennemi ?

A mes yeux, il n'y en avait pas.

Aussi loin que mes souvenirs me portent, jamais je ne m'étais rabaissé à tel affront... Particulièrement pas face à l'adversité. Alors pourquoi aujourd'hui ? Pourquoi ?

Tout me semblait perdu. Lui le fauve qu'aucune chaîne n'entravait. Quelle serait donc la raison pour laquelle il cesserait ainsi ses agissements face à mes suppliques. Qui étais-je, proie incapable entre les griffes d'acier d'un monstre avide d'une soif qui m'était purement ineffable. Pouvais-je dignement porter le sobriquet d'Innocence en étant un être souillé par les propres membres de mon camp ? Quel dirigeant fier de ce nom oserait ne serai-ce que continuer à exister suite à pareil affront ? Je n'étais pas de ces êtres là. J'avais beau être assuré de mes propres convictions vis à vis de la signification de ce monde et du combat que je faisais mener aux miens. Jamais je n'aurai eu le courage d'affronter le regard de ceux qui croient en moi en sachant que j'avais failli face à l'adversaire. Je me devais de lutter de mon mieux. Bec et ongle. Quitte à y laisser mon orgueil.

J'avais déjà abandonné tout espoir de subsister à cette lutte en en ressortant intact. Dénué de tout pouvoir, je n'étais qu'une vulgaire poupée de chiffon agitée entre les mains furieuses d'un enfant excité par l'envie de jouer.

Mais mes craintes s'envolèrent en même temps que la pression qui agressait mes hanches. Mon souffle s'arrêta en même temps que je sentais les mains de mon contraire fuir ma peau. Avais-je gagné ce combat ? Père avait-il entendu ma prière ?

Cette liesse fugace fut cependant de courte durée. Des doigts charnus et brûlants remontèrent le long de mon épiderme, dessinant au travers du tissu volage la courbe arc boutée avant de se resserrer fermement autour de ma taille. Le torse s'effaça en un mouvement bref de ma vision, offrent à ma vue ébahie l'issue de secours. Pantelant, éberlué face au spectacle dont j'étais l'inepte pantin, l'azur désespéré s'accrocha à la forme des grandes grilles de la chapelle qui me faisaient face. Ces portes qui grandes ouvertes m'offraient leur bras. Mais rien n'y ferait, n'est-ce pas ?

J'étais fichu.

Un frisson dérangeant remonta le long de ma colonne vertébrale alors que le souffle d'Andrew ancré dans mon cou fit vibrer mon être de tourment. Sa voix ténue résonnait dans un écho sordide au fond de ma tête. Chaque palabre perdait son sens. Le monde vacillait à nouveau. Diaphragme fébrile obstrué par toutes les lueurs d'un monde obscur. Une réalité qui glissait comme l'eau insaisissable entre mes doigts. Un monde qui s'effondrait sous mes pieds. Mes oreilles sonnaient en une litanie macabre, glas fatal d'une sentence irrémédiable. Le contact acerbe d'une chair contre la mienne, de lèvres qui parcouraient impunément ma peau. Mes lèvres.

L'azur croisa le ciel. Voûte aux couleurs de supplice et de vengeance. L'encre céruléenne vibrait d'un ton sinistre qui promettait ma fin.

Rien ne me sauverai.

Ce qui me semblait pourtant être l'Enfer devint le plus infâme des purgatoires lorsque les mains rustres d'Andrew se saisirent du col de ma chemise. D'un mouvement vif, mon cœur se brisa. Tendue à l'extrême, l'étoffe céda sous la pression hargneuse de la poigne de mon vis à vis. Et dans un tintement au goût de géhenne, le monde cessa de tourner.

L'Ange déchu de son âme serai déchu de son corps. Le feu éternel préparé pour le Diable et ses Anges était à mes pieds, léchant avec insatiabilité les dernières parcelles de Lumière de mon être. N'était-il pas dit dans le Livre de l'Apocalypse que la queue du dragon entraîna le tiers des étoiles du ciel et les jeta sur la Terre ? Lucifer n'avait-il pas lui-même déchu les Anges dans sa lutte sans merci contre Dieu ? J'étais l'Ange pêcheur. L'Innocence déchue qui a été châtiée de sa propre demeure.

Dans ma tête un écho dément persiflait, serpent de la Genèse vorace de la faute des Anges.

« Maintenant, le temps du salut est arrivé. Maintenant, notre Dieu a manifesté sa puissance et instauré son règne. Maintenant, son Messie a pris l'autorité en mains. Car l'Accusateur de nos frères, celui qui, jour et nuit, les a accusés devant Dieu, a été jeté hors du ciel. Mais eux, ils l'ont vaincu grâce au sang de l'Agneau et grâce au témoignage qu'ils ont rendu pour lui, car ils n'ont pas aimé leur vie jusqu'à redouter de mourir. Réjouis-toi donc, ô ciel, et vous qui habitez au ciel, réjouissez-vous ! Mais malheur à la terre et malheur à la mer : le diable est descendu vers vous rempli de rage car il sait qu'il lui reste très peu de temps. Les anges seront déchus. Jusqu'au dernier. »

Reconnecté à un monde qui n'était plus consciemment le mien par la main ardente du Diable, la brûlure infecte de ce contact me fit pâle. Mon cœur eut un soubresaut alors qu'un battement erratique amplifia la douleur qui vrillait mon encéphale. Sa patte ignominieuse reposant à l'emplacement où bat mon cœur, j'eus peur. Peur qu'il m'arrache ce pour quoi ma vie était encore supportable

Avais-je un instant pensé que le pire m'était arrivé... ? Cela aurait probablement été une offense à la folie démoniaque de mon aîné que de croire qu'il s'arrêterait en si bon chemin. Une fois mon torse dévoilé, ses griffes vinrent caresser mon corps avant de rencontrer une barrière de tissu qui sembla le réjouir d'un sentiment malsain. Et le dragon entraîna l'Ange dans sa chute.

Un genou à Terre, ma figure immobile, la stupeur pétrifiant chaque fibre de mon être, j'observais la scène comme étranger à mon propre corps. Mon âme fut rappelée à l'ordre lorsque le bruit du cuir fouettant l'air vint claquer en un écho accablant contre les murs de la chapelle. L'azur écarquillé, son visage si près de mes hanches, le sablier du temps sembla à nouveau reprendre du service dans mon être. Le son carnassier de la voix de mon prédateur s'éleva en même temps que tout vint se bousculer dans ma tête.

Je devais agir, et vite.

Dans un élan de sottise, mon premier réflexe fut de plaquer l'une de mes mains sur le sommet du crâne d'Andrew pour tenter de repousser l'assaut imminent qu'il présageait de faire. Jamais personne ne pourrait aussi impunément s'en prendre à moi. Je me devais de réagir. De me défendre, aussi maigres soient mes pauvres forces. Il n'avait jamais été de mon tempérament de me laisser ainsi dévorer par la torpeur et de n'être qu'une créature faiblarde s'abandonnant à l'attaque finale d'un bestiaux affamé.

Avec toute la hargne qui rongeait mon être, ma seconde main vint s'agripper à celle d'Andrew qui maintenait mes hanches contre l'autel. Ne serai-ce que pour une seconde, débloquer mon bassin pour...

Un coup de genou puissant vint percuter la mâchoire d'Andrew par en-dessous. La surprise avait été ma seule arme, et la défense ma meilleure attaque.

Sentant l'emprise du plus vieux se relâcher, je posais rapidement mes mains sur le haut de l'autel, me hissant d'un élan rapide dessus. D'abord en position assise, j'eus rapidement fait de sauter de l'autre côté du petit édifice de pierre, renversant au passage le coffret et les étoffes qui recouvraient l'autel.

Maintenant séparé momentanément de mon bourreau, je reprenais mon souffle, cherchant une échappatoire. Mais y en avait-il seulement une autre que ses grandes portes qui me faisaient face. Si proches mais si loin.

Je serrais les dents, refermant le tissu de ma chemise sur mes épaules, essayant de mon mieux de voiler ma peau à la vue avide de ce monstre.

Reculant de quelques pas, l'azur emprunt d'une fougue tumultueuse, je vociférai d'un ton menaçant, bien que mal assuré.

- Ne t'approche pas de moi d'un pas de plus. Je ne me laisserai pas faire. Ici, le monde n'est par régit pas ta domination. Et je ne serait aucunement le jouet qui servira à assouvir tes pulsion malsaines!

Plantant un regard flamboyant de détermination sur les orbes céruléennes qui venaient à nouveau de se poser sur moi suite au choc que je lui avais infligé, j'osais espérer que mes minces chances d'échapper à mon tortionnaire n'étaient pas passées à zéro.

Je ne serai pas l'Ange déchu qui suivra Lucifer. L'Innocence de Layca jamais ne se détournera du chemin de Dieu.

Moi, Kamui, jamais je ne me détournerai de la voie tracée par mon Père.

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Dernière édition par Kamui le Sam 17 Déc - 20:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Divine Providence [PV Kamui](CLOS)   Mar 15 Nov - 21:40

The wolf said, « You know, my Dear, it isn't safe for a little girl to walk through these woods Alone. »

Les contes et fables que l'Ange lui rappelait étaient innombrables. De la petite souris pernicieuse qui sans fin tente d'échapper au chat. Que cette créature était futile et volage. Ne réalisait-elle pas que le chat désirait tant la dévorer pour pouvoir ne faire plus qu'un avec elle ? Pauvre félin. Pourquoi la petite souris ne comprenait-elle pas que l'affection qu'il lui portait n'était autre qu'un besoin fusionnel. Non. Charnel, de ne faire qu'un avec elle. La petite souris était bien sotte. Près du chat elle aurait été à l’abri. Mais peut-être y aurait-il eu quelques dommages collatéraux au moment de la « fusion ».

Passé ce détail, une autre histoire lui vint en tête. Le petit chaperon rouge. Aah... La grande et fabuleuse histoire de la jeune demoiselle en détresse sauvée par le preux bûcheron. Qui en avait concrètement quelque chose à taper de cette vieille mégère malade dans son pieux ? Un rire diabolique raisonna dans sa tête. N'était-ce pas évident que le loup s'était tendrement épris de sa belle à capuche et ne souhaitait que lui démontrer son amour en lui assurant qu'il pourrait très bien remplacer sa grand-maman mourante ? Les enfants sont tous ingrats, c'est bien connu. Devant vous, ils se font passer pour des saints, et derrière vous. Hop ! Que disait-il, pas hop. Pouf. Vlan ! Sbaff ! Disparu les miettes du loup. Cher petit canidé incompris qui se fait maltraiter à coup de hache. Les demoiselles n'ont pas de cœur. N'était-il pas évident pourtant que le tailleur d'arbre ne valait pas mieux que le roi de la forêt ? Aussi velus, aussi, têtus, et ils mangeaient autant d'arbres l'un que l'autre. Un soupir exaspéré. Après, que l'on vienne nous parler de ces demoiselles douces et innocentes. De leurs belles et douces phrases « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants ». Façon bien diplomatique d'exprimer ouvertement « et ils forniquèrent toute l'année, et copulation sans protection oblige, eurent plein de rejetons, et toutes les couches qui vont avec ». Quel tableau idyllique.

Répugnant. Tout ceci était répugnant. Lui ne voulait que prouver que tous ces contes n'étaient pas ineffables. Prouver que dans toute cette encre qui avait tâché tant de pages, il demeurait un peu de logique. Oui, de la logique. Andrew en voyait de toutes tailles et de toutes formes ici. Il voulait être le chat qui violerait ce petit rongeur si mignon qui, de son air innocent et apeuré n'appelait qu'à la torture. Il voulait être ce loup qui pourrait remplacer n'importe lequel des êtres chers de cette petite et fragile créature. Il voulait être celui qui baiserait avec acharnement cette chair d'immaculé et qui... Stop. Ils n'auraient pas d'enfants. La souris n'était pas de ce genre là. Le petit chaperon rouge n'avait pas encore connu les grandes marrées... Enfin, si l'on pouvait s'exprimer en toute subtilité de la sorte. Les enfants ne sont-ils pas le frein à la jouissance ? « Non mon amour, ça va réveiller le petit ». Diantre. Foutaises. Ils réveilleraient bien toute la Forteresse et les Cieux s'il le désirait. Mais il la ferait hurler jusqu'à ce que conscience s'en fusse. Il serait un... Mammouth dans un magasin de porcelaine. Oui, l'Ange ferait plus que certainement entendre le son de sa parfaite voix.

Pourquoi ces idées saugrenues parcouraient son esprit alors qu'à cet instant il était si près de son Eden ? Si près de croquer la pomme juteuse d'un petit bout de chou qui tremblait d'un seul de ses souffles ? Peut-être pour ralentir ses ardeurs ? Il fallait lui accorder du répit, à la petite souris. Le match ne se ferait pas en un round. Mais il resterait éternellement le grand vainqueur de cette partie de jambe en l'air.

Le but était si proche. Exhalant avec passion le venin de son envie, le blond afficha un air de pure complétion. Qu'y avait-il de plus délicieux lorsque la vie vous offre une seconde chance que de pouvoir obtenir le plus grand réconfort pensé par l'être humain. Les mains ancrées sur ces hanches diablesses qui s'agitaient en soubresauts d'inquiétude l'excitaient au plus haut point. L'esprit et le corps tendu à l'extrême, il n'en pouvait plus de patienter. Il devait le faire. Il devait la consumer. La faire brûler d'un feu indéfinissable. Déchirer cette créature de perfection de son immaculé voile de blancheur et de sainteté, la rendre insipide aux yeux de tous. Mais ô combien deviendrait-elle encore plus délectable à ses yeux ? Andrew dévorait l'Ange d'un regard fou. Son degré de conscience s'échappant au fur et à mesure que le seuil de son désir devenait inextricable.

Et il crut que la Princesse le voulait aussi.

Cette main tremblante qui vint se poser au beau milieu de la chevelure de blé du plus vieux. Ces doigts laiteux qui ne demandaient qu'à être graciés de tout labeur. Ces objets de Dieu qui semblaient d'une candeur et d'une sublime indescriptible.

Que nenni. L'oiselle semblait vouloir se débattre. Encore. Et vainement. Un rire narquois s'échappa des lèvres de l'étalon. Kamui croyait pouvoir s'échapper ?

Lorsque le contact électrique de leurs deux mains se fit sentir, Andrew ne put s'empêcher de frémir de délice. Cette peau glacée d'effroi. Un seul mot lui venait à l'esprit, susurré d'une voix gutturale.

« How appetizing »

Mais ce dernier commentaire ne sembla pas plaire à l'interlocuteur de l'aîné. Dans un geste insoupçonné, la main pâle arracha celle plus imposante d'Andrew. Aurait-il simplement imaginé que les choses tournent ainsi ? Dans un bruyant craquement, sa mâchoire du bas vint brutalement percuter celle du haut. Un sifflement de haine fut proféré alors que la vive douleur de sa langue mordue s'insinuait dans chaque pore de son être.

« Bordel de...! »

L'encapuchonné s'était recroquevillé sur lui-même. Fronçant fermement les sourcils, serrant les dents pour tenter de laisser s'apaiser la douleur. Le coup n'avait pas été particulièrement puissant. Il se trouvait simplement que par surprise, l'impact s'était révélé efficace.

Ce fut le tintement de l'or rencontrant dans sa chute le granit qu'il releva la tête. Sa proie s'en était allée. S'emmitouflant dans l'insipide reste de tissu qui lui couvrait le dos, il avait cette lueur de vierge effarouchée qui suite à une gifle puissante s'était débarrassé d'un prétendant un peu trop collant. Andrew eut un sourire carnassier face à la fourberie de ce final d'un comique drame. La voix cristalline s'éleva dans un écho vibrant, annonçant la sentence délicate de l'Ange perdu à son trouble.

- Ne t'approche pas de moi d'un pas de plus. Je ne me laisserai pas faire. Ici, le monde n'est par régit pas ta domination. Et je ne serait aucunement le jouet qui servira à assouvir tes pulsion malsaines !

Ce regard moribond que le petit être posa sur le plus grand fit frémir ce dernier d'impatience. Comment dans pareille situation un spécimen si chétif pouvait-il afficher une telle détermination. Se pouvait-il que l'Ange ai succombé à la démence ? Il n'en savait rien. Mais sous le joug de cet air qui le dardait, il ne put réprimer la once d'orgueil qui vibrait au fond de chaque fibre de son être.

Se relevant dans un mouvement d'une lenteur calculée, ne détachant pas les perles céruléennes des océans d'azur, Andrew prononça intelligiblement, d'un ton hautain et ravageur.

« Je vois que tu n'hésites pas à te défendre bec et ongle. Je reste fasciné par ta capacité à te sortir du pétrin, Kamui. Il me semble même que... »

Passant son pouce d'un geste dédaigneux sur son menton. Un reniflement appréciateur venant clôturer ce parfait spectacle de snobisme de bas étage, le tatoué s'approcha de l'autel de pierre. Posant ses avant bras sur la surface plane, s'inclinant pour prendre un air commercial et doucereux.

« Te voir te débattre ainsi m'excite encore plus. »

Se pourléchant les lèvres d'un air de carnivore affamé, son regard rivé sur le délectable éphèbe qui reculait encore face à la menace imminente qu'était son aîné, Andrew souffla.

« Sais-tu pourquoi le jeu du chat et de la souris est si attractif ? Parce que le chat attrape sa proie, l'effraie, puis la relâche sans une seule égratignure pour mieux la capturer ensuite. Parce que ce félon sait que voir la peur planer autour de son casse croûte est probablement aussi ithyphallique que le fait de se l'approprier. »

Toujours accoudé à l'autel, le blond vint soutenir son menton de la paume de l'une de ses mains. Esquissant un sourire méphistophélique il lâcha, dans un effet de déflagration.

« Alors fuis. »

Tic tac tic tac. Boom. Et le loup souffla sur la maison de paille. Qui s'effondra dans un son macabre.

Mais le petit cochon n'était plus là.

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MessageSujet: Re: Divine Providence [PV Kamui](CLOS)   Lun 26 Déc - 22:50

Parce qu'il n'est au monde aucun supplice plus douloureux que l'échec. Car tout être vivant souhaite à chaque instant se surpasser. Rien n'est plus dur que les courtes secondes où la réalisation vous coupe le souffle. Le monde se remet à tourner à toute vitesse alors que l'inertie vous a scié. Temps d'arrêt infini qui jamais plus ne reprendra sous cours originel. Mais face aux grandes marrées et aux ouragans... Quelle est donc la seule échappatoire qui reste à l'Humanité ? Fuir ? N'étions nous finalement qu'une vulgaire vermine tout juste assez bonne pour mordre la poussière ? Vilenie impitoyable. Ne préféreriez-vous pas mourir plutôt que de subir cet affront ? Votre garde trop basse, le coup qui vous met à Terre n'est pas celui qui se trouve être le plus puissant. Non. Vous pourriez déjà vous êtes retrouvé six pieds sous Terre que rien ne pourra plus vous enfoncer que cette douleur. La défaite. L'impuissance. L'Homme face aux imprévus et à la difficulté même de l'existence n'a que peu de choix. Va-t-il mourir ? N'est-ce pas là la facilité ? Mais la mort n'existe pas en ce monde. Que vous reste-t-il ? L'éternel argument de la partie faible ? Votre plaidoirie est ignominieuse. Vous n'êtes qu'un incapable de plus dans ce monde qui n'a pas été conçu à votre mesure. Vous êtes chétif. Frêle. La Terre ne vous a pas offerts les atouts des gagnants. Vous avez le pouvoir. Vous êtes la hiérarchie. Vous êtes celui qui dirige. Oui. Tout ceci est si parfait. Idyllique. Mais à quoi bon ? A quoi bon être le maître de votre petit jeu lorsque quiconque peut vous réduire à néant... ? La violence ne fait pas tout. Être d'une fierté si inébranlable qu'elle vous fait ployer plutôt que fuir est tout à votre honneur. Mais à quoi bon résister quand votre cause est d'ores et déjà perdue ? Vous avez cru que vous résisteriez. Vous avez lutté. Grand bien vous en fasse. Mais pour quelle raison ? Y tirez-vous une quelconque satisfaction ? Sauvez-vous votre fierté en agissant ainsi ? Pour ne pas laisser l'Homme se réduire à la misérable entité qu'il est depuis la nuit des temps ? Pourquoi devoir jouer les Maîtres quand vous n'êtes que l'Esclave ? Quand le Roi lui-même se voit achevé par ses propres pions. Quand même vos propres forces ne vous sont plus suffisantes pour affronter le Mal... Que nous reste-t-il ? Que reste-t-il à l'être humain lorsque tout s'écroule. Ses acquis, ses mœurs et sa volonté. Lorsque votre seule être est réduit ainsi au néant. Quelle est donc la raison de notre entêtement ? Pourquoi ? Qui ?

Père, m'entendez-vous ? Je ne peux que m'en remettre à la grâce de vos mains protectrices... Car à part vous...

Je n'ai plus rien.

La colère me tenaillait les entrailles. Pourquoi fallait-il que tout ceci me soit adressé ? Pourquoi moi ? Mais par dessus tout, je me sentais anéanti. Je n'étais plus qu'une poupée de chiffon entre les griffes acérées de cet animal aux vertus réprobatrices. Les mœurs n'avaient de sens qu'au cœur même de sa passion déchaînée. Lorsque les objectifs de l'un ne pouvaient que rompre le chemin durement tracé de l'autre. Lorsque son envie dévorait mon destin d'une vélocité sordide. D'un désir accru par la nouveauté, d'une démence rendue instable ? Les décisions m'ont échappé dès lors que le cours de sa destinée à croisé la mienne.

Faites donc que sa passion le mène en enfer. Que ce sorcier diabolique croupisse dans les flammes qui l'ont appelé en ce monde. Qu'il retourne souiller l'Enfer qui a marqué sa chair des arabesques noirâtres du vice et du pêché. Que son âme damnée soit purifiée par les flammes ardentes de ce sanctuaire. Père, sanctifiez donc cet être ineffable aux mœurs aussi malsaines que les obscènes entrailles de cette Terre où sont reclus les Démons. De ses ailes déchus, le Malin persifflant à son oreille, il aura tenté immondices et délits pour s'approprier cette personne. Mais nul ne peut s'évertuer ainsi de conquérir les conscience de tout être que le sien.

- Je ne t'appartiendrai jamais.

Observant ces traits et ces orbes céruléennes assouvies d'une lueur de ténèbres indescriptible. Dévoré par les vices de l'Humanité. Rongé par les maux de toute une race. Flétri par un mal qui pourri jusqu'au cœur même de vos entrailles. Alors que je t'ai ainsi exprimé mon désaccord, pourquoi ne cesses-tu donc pas d'épancher ta soif enhardie en consumant mon être de ton regard ? Pourquoi n'as-tu de cesse de salir mon âme de ces pensées méphistophéliques que tu nourris à mon égard ?

Je t'observe te relever. Je ne reculerai plus. Tu n'es pas le maître. Je ne me laisserai plus entraver par cette frayeur subreptice qui noue mon souffle dans une douleur insoupçonnée. Pour quelles raisons n'arrêtes-tu pas de me dévisager ainsi...? Tais-toi. Tais-toi, tu n'es qu'un Diable de plus sur cet échiquier. Un monstre de plus qui s'était entiché d'une quête qui n'aurait donc pas de fin de mettre ma misérable existence en péril. Tout ceci ne tenait plus debout. Père. Qu'avais-je donc fait à votre vénérable personne pour qu'ainsi le Monde se retourne contre moi ? Pourquoi... ?

L'acerbe réponse de mon vis à vis me fit frissonner d'effroi. Son ton ancré dans un cynisme inquiétant. Cette stature emplie de prestance, d'un charisme diabolique que nul ne saurait lui arracher. Pas même moi. Pas même le fils de Layca. L'horreur brilla au fond de mon regard alors qu'il fit un pas, essuyant de sa main robuste et virile l'hémoglobine s'étant faufilée à la commissure de ses lèvres. Pourquoi Andrew ? Pourquoi ? Dans un souffle emprunt de douleur, je murmurais.

- Tais-toi...

Mais ces iris. Cette détermination. Ce sentiment tétanisant de désir qui enflammait mon encéphale alors qu'il me dardait de ces orbes aux couleurs d'une neige carbonique aussi brûlante que pétrifiante. Alchimie infernale qu'était la rencontre de deux êtres de l'espèce vivante. Le souffle coupé, les cœur battant. Je reculais. Fuir. Mais y arriverai-je ?

Les poings resserrés, le regard perturbé d'une houle d'émotions contradictoires, je ne savais clairement plus quelles étaient encore mes chances de m'échapper sain et sauf de cette souricière. En avais-je seulement le pouvoir ?

Comme face à un destin déjà tracé, mon regard suivait les mouvements sensuels de cette créature aux allures humaines renfermant une bête sauvage. Il prit position sur l'autel, s'y accoudant d'une manière profane. Me déconcertant, un hoquet m'échappa lorsque nos deux regards se croisèrent à nouveau. Incendiaire.

Mon sang se glace au fil des mots que ses lèvres béotiennes insufflaient en ce lieu sain. M'adressant le conte d'une bien terrible fin...

Pourtant...

« Alors fuis. »

Le temps s'arrêta.

Je n'osais y croire. Je fixais d'une mine incrédule ce visage qui me semblait si familier. Ces mèches blondes qui caressent sa peau alors que ce sourire ravageur étire ce faciès de dandy. Un seul mot m'échappe... Un seul nom.

- Andrew..

Que faire ? Agir. Rapidement. Il ne fallait pas que cette opportunité, piège ou non ne m'échappe. Il fallait que je saisisse cette occasion. Absolument. Alors sans même que mon esprit n'ait à formuler le principe même de mon action, j'avançais. D'un pas hésitant d'abord, puis plus assuré, plus pressé. Ne détachant pas mon regard de la silhouette imposante de ce Démon, je contournais l'autel, imposant entre lui et moi une distance raisonnable, assez loin pour ne pas qu'il puisse se saisir trop aisément de ma personne. Mais enorgueilli de cette défaite, j'osais prendre la folle décision de ne pas vouloir montrer mon tourment plus qu'il n'en avait déjà été le cas.

Sans qu'un geste le l'anime, je le dépassais. Un souffle m'échappa alors que de grandes enjambées me menaient désormais vers la porte, sur ce long tapis d'étoffe rouge qui couvrait le sol de cette chapelle aux airs de malédiction. La lumière salvatrice de l'extérieur m'ouvrant les bras, sur le point de poser le pied sur la pierre taillée du parvis de ce lieu de culte, les talons de mes semelles claquèrent une dernière fois avant de cesser. J'expirais profondément.

Relâchant la poigne qui blanchissait les jointures de mes mains. Rendant à la peau diaphane un peu de sa liberté, je me retournais doucement vers ce geôlier des Enfers. Fixant ce dos qui ne s'était aucunement meut, j'entendis l'écho de ma propre voix résonner contre les parois ancestrales de cette maison d'emprunt de mon Père.

- Je ne sais pas ce qui t'a mené ici aujourd'hui. Pourquoi as-tu... Non... Un soupir peiné s'échappa de mes lèvres alors que je reprenais d'une voix teintée d'une douleur que je tentais même pas de lui cacher. Peut-être qu'un jour tu sauras pourquoi... Mais sache qu'ici...

Ma gorge se serra vivement alors que cette réminiscence me détruisais de l'intérieur. Détournant la tête les larmes aux yeux, ne pouvant contenir tout ceci plus longtemps... Jamais je n'avais pu en souffler mot. Pour la première fois, je pouvais me l'autoriser.

- Je ne suis pas le seul.

Mais comprendrait-il... ?

Serrant la mâchoire, je fermais mes paupières quelques secondes, reprenant mon calme. Le temps n'était pas venu. Et ce moment ne viendrait jamais.

Le claquement net de mes souliers reprit l'écho de mes paroles alors que je franchissais les grandes portes de la chapelle. Descendant les quelques marches qui me retenaient encore prisonnier de ce lieu, je levais les yeux vers le ciel dégagé. Et soufflais.

- Père ? Est-ce donc ceci que vous appelez la « Divine Providence »... ?

L'Innoncence de Layca n'aurait donc jamais le droit au repos. Un rire serré m'échappa.

Qu'il en soit ainsi...

Retirant l'étoffe qui couvrait mes bras, je déployais mes ailes d'immaculé pour quitter ces lieux. Partir loin. Se recueillir sur ce passé déchiré.. Sur cette boîte de Pandore qui scellée au plus profond de mon cœur venait de briser l'un de ses sceaux...

À tout jamais.

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MessageSujet: Re: Divine Providence [PV Kamui](CLOS)   Sam 28 Jan - 22:20

Heaven Shall Burn.


On peut parfois se retrouver face à d'étranges situations. En l'espèce, l'évidence était de signifier qu'Andrew n'avait pas jouer le plus finaud des tours. Lorsque l'on a passé son existence à chiner l'être parfait. Lorsque votre quête vous a poussé à fouiller les quatre coins de la planète. Comprendre. Expliquer comment. Il n'avait jamais abandonné. Il s'était intéressé à un monde auquel il n'avait jamais eu que faire. Un univers construit autour de son être. Égocentrisme. Quelque soit le nom qu'autrui attribuait au blond pour qualifier sa trop grande foi en sa seule personne, jamais il ne s'était rabaissé à prendre en considération une seule palabre. Un seul vermisseau. Qui donc pouvait se mettre à la place du seigneur tout puissant ? S'infiltrer dans la tête rongée du vice de l'être tatoué ? Lui et son or. Lui et les femmes. Lui et son pouvoir.

Il n'avait jamais manqué de rien. Jamais eu besoin de quiconque. Encore moins aurait-il nécessité l'intervention d'une tierce personne dans sa parfaite existence. Il était auto suffisant. Comblait lui-même ses propres désirs, ses envies. De sa main ou du corps de ces diablesses charnelles. Les pièces d'or roulaient en une sonate assourdissante sur le sol de marbre. Gémissements. Jouissance.

Andrew demeurait éternellement seul. Se fourvoyant de ce délice. S'offrant la douceur et l'extase d'un bonheur solitaire. Qui diable pourrait donc pénétrer l'antre de son cosmos.. ? Qui donc aurait eu la force de briser la barrière d'or qui protégeait l'être Narcisse ? Qui se serait introduit dans cette prison de verre que lui-même avait dressé... ?

Sûrement pas elle. Et pourtant. Quelle ne fut pas sa surprise. Sa tendre geôle rendue vétuste d'un simple regard. Le paysage venait de se faner sous ses yeux provocateurs. L'apercevoir avait amplement suffit à donner un nouveau sens à sa misérable vie.

Et de Lui, le monde devint Elle.

Alors pourquoi laissait-il fuir l'image idéale de cette Princesse qu'il avait tant désiré chérir ? Pourquoi n'avait-il pas imposé son joug coriace et indestructible sur ces frêles épaules ? Pourquoi n'avait-il pas prévu la réaction de la jouvencelle ? Pourquoi n'arrachait-il pas ces vêtements à l'oiselle aux traits d'éphèbe ? Un jeune homme aux allures si parfaites. Une donzelle qu'il avait désiré croquer des nuits durant. Les catins n'avaient plus aucun goût. Le vin n'était plus que de l'eau. L'or brillait d'un terne éclat. Il ne voulait qu'elle.

Andrew lui avait pourtant sommé de fuir. De déguerpir.

Entendre ses pas s'éloigner. Suivre d'un regard le supplice exquis de ces courbes ce mouvant avec délicatesse. Ne pas se retourner. Le blond avait peut-être laissé l'opportunité à la demoiselle de prendre la fuite.. Mais s'il posait encore son regard sur ce corps si désirable. La langue d'Andrew vint pourlécher les lèvres rendues sèches par le brasier laissé par les baisers de l'Hélène. La fureur du feu de l'enfer lèche les entrailles. Astique le désir. Caresse les envies.

L'écho discordant de la démarche légère sur le velours de cette paillasse. Une chapelle... Quelle plus belle prison pour sauver pareille Innocence. Fuis. Cours. Vole... L'horreur ne tarderait pas à guetter chacun de ses faits et gestes... Les griffes acérées du prédateur ne tarderaient plus à planter leurs pointes corrosives au plus profond de la chair immaculée. Perfection ne serait plus qu'un court instant réalité.

Alors pourquoi la Princesse cesse-t-elle d'avancer ?... ? Aurait-elle finalement succombé à l'attirance qui unit les âmes enchaînées ?

Un son cristallin. L'hésitation. Alors ainsi Princesse... Tu considères qu'il est encore temps de racheter ta faute auprès de ton bourreau... ? L'esprit alerte du blond se fit rage. Ne pas se retourner. Donner encore le temps à l'oiselle de respirer... Pour mieux l'étouffer.

- Je ne suis pas le seul.

Un battement de cœur manqué. Les ailes bruissantes d'un oiseau qui s'envole. De quoi parlait l'oiselle... ? Que voulait-elle dire ?

La silhouette demeurée de marbre jusque là se crispa brutalement. Dans un mouvement bestial, les longes mèches d'or se soulevèrent. Les orbes céruléennes rendues tranchantes se posèrent sur la seule issue de cet lieu Maudit. Dans un bruit guttural, un grondement s'échappa de la gorge du fauve.

Qui ?

Les salves de souvenirs vinrent brûler la conscience miséricordieuse du Démon. Dévorant jusqu'à la moindre once de bonté. Qui... ?

Un regard perçant.

« Lui. »

Dans un cri impétueux, les poings d'Andrew vinrent s'abattre sur l'autel, l'ébène se craquelant sous l'impact. Le souffle rendu rauque, la respiration saccadée, les yeux déments. Ses poings encastrés dans le bois d'une sublime oubliée, il éructa d'une voix glaciale.

« Je le tuerai. »

Arrachant ses mains de leur point d'ancrage, craquant les articulations d'un geste sec et violent, Andrew se retourna vers la sortie, foulant le chemin vers la Lumière d'un pas décidé. Sa promesse d'une hideuse Fin gravée au fond de son âme, un sourire carnassier vint étirer le visage du forcené.

« Je le retrouverai... Et je te ferai mienne... Kamui. »

S'échappant de cet Enfer pieux, l'hérésie reprit contact avec le monde des Vivants. Une seule idée en tête.

La vengeance.

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Divine Providence [PV Kamui](CLOS)

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