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 Aux petits soins : Lorsque guérison rime avec... [PV Alvaro](CLOS)

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Kamui
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MessageSujet: Aux petits soins : Lorsque guérison rime avec... [PV Alvaro](CLOS)   Jeu 9 Juin - 3:52

Hallucination. Un mot couramment employé pour désigner ce que l'on ne peut croire. Chimère incroyables qui nous semblent bien trop invraisemblables pour notre piteuse réalité. Moment où l'on se dit que cette fois-ci, le coup que l'on s'est pris a réellement altéré notre perception du monde. Peut-être que finalement on aurait mieux fait de rester couché tranquillement chez soi plutôt que de voir ce genre de choses. Pourtant au fond, une hallucination, ce n'est pas un moment que l'on vit pleinement éveillé. C'est ce passage à vide entre la conscience et le néant où notre esprit se démène avec lui-même pour savoir où le monde s'arrête. Mais qu'en était-il lorsque ledit monde ne semblait pas avoir de fin ? Cela signifiait-il que l'on avait succombé à une nouvelle forme de démence ? Parce qu'au fond, ces hallucinations n'étaient-elles pas le fruit de notre propre folie intérieure ? Amalgame de nos peurs enfouies et des événements récents. Si familier au cauchemar, pourtant, l'on pouvait halluciner éveillé... Moment éphémère où tout se mêle en un chaos absolu dont on ne peut s'extraire par soi-même. Il existait tant de raisons de succomber à ces représentations oniriques qui vous transportaient dans un autre monde. Mais existe-t-il un moyen de s'en échapper ? Lorsque la fièvre vous mord au sang et vous transporte là où même votre âme ne sait distinguer si elle erre ou si elle vit. N'était-ce pas le deuil de l'être humain que de se laisser engloutir par l'irréalisme surnaturel de ces instants ? Fallait-il fuir, ou bien se laisser bercer...?

Devais-je craindre ces illusions... Ou me faire dévorer..?

Je baignais dans une brume lugubre. Lieu d'inconnu et de mystères. Mes paupières étaient-elles closes ? Je n'aurai su le dire. Tout était si noir. Un abysse d'une noirceur infinie semblait s'étendre tout autour de mon être. Mais était-ce bien moi ? Je ne percevais rien. Ni même mes membres, ou ne serai-ce que mes propres sens. Pourtant, je réfléchissais, non ? L'écho de ma propre voix résonna dans ce lieu d'éternel néant. Un silence pesant régnait dans ce nulle part. Entrecoupé par ma respiration saccadée. Tout semblait si étranhe. Jusqu'à ma propre voix qui d'une faiblesse extrême gémissait en plusieurs plaintes déchirantes. Plus ce son se répétait, plus ma douleur était vive... Quelle douleur ? N'étais-je pas sensé ne rien éprouver ? Pourtant... Ce mal qui rongeait chaque parcelle de mon être... Mon être..? J'étais en vie...?

Plongé dans ce vaste nulle part, j'étais l'âme errante qui n'a pu trouver le repos. Ces esprits souffraient-il de la sorte ? Je tentais de poser ma main sur l'endroit où semblait être localisée la douleur. Mon front, je croyais. Mais mes doigts serrés en un poing ferme n'exécutaient pas mes ordres. Néanmoins... était-ce vraiment ma tête qui cognait ainsi...? Une vague nauséeuse me repris subitement.

Ce noir ambiant, cette lourdeur dans l'air. Je suffoquais. L'oxygène fuyait mes poumons au rythme du tambourinement entêté des pulsations de mon sang dans mon crâne. Et ce froid... La pellicule aqueuse qui recouvrait mon corps le rendait poisseux... C'était si désagréable. Puis toute cette humidité qui attirait l'air glacial, semblant l'inviter à l'étreindre toujours plus douloureusement. Glace hivernale qui vient épouser la rosée du matin sur les pétales glacés d'une rose. Comment était-il possible que la froideur qui m'entourait me brûle ainsi la peau...? J'étais si mal. Plongé au fond d'un bassin glacé, je sentais mes membres devenir lourds. Mon épiderme et mon âme frémissaient au contact de cette sensation aussi brûlante que la glace sur un brasier exacerbé. Léchant chaque parcelle de mon corps, cette sensation s'empara de mon esprit. Somnifère puissant qui petit à petit endort votre réflexion. Étais-je donc en train de mourir...? Un frisson vint parcourir mon corps. La caresse légère d'une feuille d'automne vient balayer les mèches claires d'un enfant endormi sous le soleil de plomb. La chaleur l'étouffe, les feuilles l'entourent. Caresse inquiétante... Caresse rassurante.

Puis un étau. Prise ferme et brutale qui contraint vos os. Allais-je me briser tel une poupée de porcelaine ? Une plainte fut succédée par une autre, accompagnée elle-même d'une semblable qui trainait à sa suite sa jumelle... Et cet écho incessant qui n'arrêtait pas. Et cette chaleur qui rumine au fond de ma poitrine. L'air manque. Mais il ne veut pas entrer. Invité indésirable et pourtant vital.

Balloté dans ce noir aux extrémités inexistantes, je perdais la notion de la réalité. Avais-je passé toute ma vie dans le noir..? Semblant tomber dans un vide dont la profondeur n'a d'égal que les interrogations de l'homme sur sa propre existence. Y avait-il un fond à ce puits d'ignorance ?

Entraîné vers le fond par de lourdes chaînes qui m'empêchaient le moindre geste, un brouhaha s'élevait des entrailles de nulle part. Était-ce l'antre du Diable dont j'avais osé profaner la demeure ? Serai-ce la punition que Dieu réservait à ceux qui avaient pêché...? Dieu...? Les yeux grands ouverts, une lueur sembla éclairer ce monde aux métaphores noirâtres. Point lumineux qui guidait ce monde d'oubli et de perdition. Tentant de tendre la main vers cette lueur accueillante, je la vis pourtant s'éteindre aussi vite qu'elle était apparue.

Père...? Père, pourquoi me faire ceci...? N'avais-je pas été l'enfant que vous aviez désiré....? N'avais-je pas exécuté vos ordres...? Alors pourquoi...? Pourquoi m'envoyer aux portes de l'Enfer...? Mais l'essence de la rédemption s'estompa, étouffée par une atmosphère qui jamais n'aurait du l'accueillir en son sein. Descente aux abîmes mêmes de la Terre. Lucifer m'y attendait-il...?

Le grondement du tonnerre s'éleva au lointain. Au-delà même du monde dans lequel j'étais immergé. Englobant toute cette bulle d'obscurité. Les foudres allaient-elles donc s'abattre sur moi...? Un gémissement. Une litanie d'appels à l'aide s'éleva. Geignement pathétique d'un chiot battu jusqu'à son dernier souffle. Et ma bulle qui peu à peu semblait se refermer sur moi. Le noir se faisait plus sombre, si cela était seulement possible. Le poids de ce lieu semblait graduellement se comprimer sur chacun de mes membres. Étreinte d'un adieu, stricte et indestructible. Et le tonnerre qui ne cessait de gronder... Et cette présence... J'essayais en vain de me retourner. Je cherchais d'un regard frénétique la source de cette voix profonde qui se joignait aux grondement des éléments déchaînés. La bulle se resserrait inexorablement.

Une plainte suivie d'une ribambelle d'autres. La bulle de mal être se greffait à ma peau. Je n'étais plus qu'une toile noire et brûlante, dont la chair ne demandait qu'à s'embraser au contact du vide qui l'entourait. Était-il possible que le vide soit si pesant ? Emmitouflé dans ce voile d'une obscure noirceur, la foudre sembla trouver son point de chute en plein milieu de ma poitrine. Je voulais hurler, crier mon désespoir et ma peine. Mais un bâillon féroce restreignait mon souffle et ma voix.

Puis, contrant toutes les théories physiques, la foudre s'abattit une deuxième fois sur ma poitrine. Le noir s'effaça. Tempête de sable de jais qui s'envolait sous le souffle ravageur d'un ouragan. Du rouge. Un vermeil à l'éclat aussi sinistre qu'un rubis n'ayant pas vu la lumière du soleil pendant un millénaire. Emporté dans un tourbillon à la fragrance âcre, je sentais ma gorge se serrer alors que mes pupilles se dilatèrent d'horreur. Je levais mes mains devant mon visage et j'y vit le liquide rouge si précieux. Hémoglobine brûlante qui s'écoulait le long de mes doigts laiteux. Mes mains se crispaient à intervalles réguliers, comme prises de spasmes incontrôlables. La vue troublée, le souffle erratique, je relevais un regard d'azur effrayé sur cette étendue sanguine. Une mer rougeoyante s'étendait à perte de vue. Ressac poisseux d'un océan à la saveur du métal.

Pourtant dans cette toile unicolore, je pus distinguer une ombre. J'avais beau n'en distinguer que les contours, sa présence m'oppressait. Dans un brouillard sanglant, l'ombre s'approcha d'une démarche féline. Qui...?

Mon cœur manqua un battement lorsque des yeux d'azur vinrent croiser les miens. Une chevelure blonde, un corps finement dessiné. Le silence. Rien ne parvenait à franchir la barrière de mes lèvres. Tremblant de tout mon être, je tentais de reculer. Mais rien n'était possible. Incontestablement pris au piège, je sentais chacun de mes membres se crisper. Je voulais hurler. Faire savoir au monde entier l'effroi qui faisait vibrer jusqu'à la moindre parcelle de mon corps. Les mains levées et couvertes de sang, je cherchais désespérément à me mouvoir. Le blond s'approcha de moi. Imposant, tellement plus grand que moi. Un sourire carnassier aux lèvres, il vint déboutonner les premiers boutons de mon col. Tétanisé, tout semblait s'être arrêté autour de moi. Les doigts de l'homme continuèrent leur progression. Chaque bouton ôté provoquait un vacarme effroyable. Vase en porcelaine que l'on jète impitoyablement au sol, se brisant en milliers d'éclats. Ses doigts effleuraient ma peau. La sensation d'une vibration remonta le long de ma colonne vertébrale alors qu'arrivé à ma nuque, un profond frisson fit se crisper tout mon être.

Sentant l'étoffe de ma chemise quitter mes épaules, je constatais avec effroi que ma peau nue s'exposait au regard vorace du blond. Ses doigts vinrent parcourir d'un effleurement mon torse, partant du bas des côtes jusqu'à ma clavicule. Rien n'arrêta la course de ces mains brûlantes. Chaque once de mon épiderme touchée par ce contact ardent m'arrachait un frisson. Le froid petit à petit reprenait possession intégrante de mon entité.

Les doigts vinrent se poser contre ma gorge. Une brûlure vive vint foudroyer mon cou. Lave destructrice qui sans pitié ravageait ma gorge. Les larmes me montèrent aux yeux, perles salées qui trouvèrent leur chemin en ruisselant calmement le long de mes joues blêmes.

Puis tout dérapa.

Les doigts nichés dans mon cou se resserrèrent sur ma gorge. D'abord en une pression supportable, je sentis le ensuite le souffle me manquer. Ma trachée impitoyablement plaquée au fond de ma gorge, je sentais mes poumons me brûler sous l'absence imminente d'oxygène. Je fermais les yeux avec force, sentant la douleur violente des mains qui enserraient ma gorge se propager dans tout mon être.

Jusqu'à ce que le froid soit la seule sensation à persister, accompagnée de cette pression insupportable autour de ma gorge. Et ce noir...

Usant de toute ma volonté, un souffle saccadé parvint enfin à pénétrer ma cage thoracique alors que mes paupières s'ouvrirent sur une lumière vive. Le froid faisait tressauter chacun de mes membres d'une impulsion glaciale qui semblait vouloir paralyser mon être.

Mais une ombre penchée sur moi me fit entrouvrir les lèvres. Un souffle léger s'en échappa.

Mes pupilles vidées de tout discernement s'ouvrirent de terreur alors que dans une profonde inspiration, un cri de pure détresse s'échappa de mes lèvres. Repoussant de toutes mes maigres forces quoique ce soit qui se trouvait si près de moi, je finis par porter mes bras en signe de défense contre mon torse supposément nu, tentant désespérément de fuir ces mains vengeresses qui s'évertuaient à vouloir m'étouffer. Cherchant à me redresser pour prendre la fuite, je ne parvins qu'à me tourner sur le côté dans un glapissement effrayé alors que vaincu, je me recroquevillais, cherchant par tous les moyens à fuir l'agression qui pesait sur moi.

Un sanglot déchirant s'éleva de mes lèvres alors que je criais en proie à la démence.

- Par pitié, laisse-moi ! N-ne me touche plus ! Plus jamais !!

Mes doigts resserrés sur l'étoffe blanchâtre de ma chemise, je tentais par tous les moyens de me protéger... Je gémissais d'une voix désespérée, entrecoupée de sanglots irrépressibles.

- Je... J-je t'en supplie... A...Andrew... N-ne me fait plus de mal...!

Les yeux fermement clos, les larmes ruisselant abondamment le long de mon visage pâle aux allures cadavériques, j'étais en proie à l'illusion de la peur. Recroquevillé au bord du lit de cette infirmerie, j'étais persuadé que tout ceci allait recommencer.

J'étais persuadé que les illusions étaient réalité.

_________________

    We each begin in innocence
    We all become guilty


Dernière édition par Kamui le Jeu 12 Jan - 19:54, édité 1 fois
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Alvaro
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MessageSujet: Re: Aux petits soins : Lorsque guérison rime avec... [PV Alvaro](CLOS)   Ven 10 Juin - 19:29

Que le véritable Kamui revienne, telle était ainsi ma pensée profonde à l’instant même où je posais paisiblement mes yeux inquiets sur le corps brûlant d’une pâleur fantomatique. Qu’allait-il advenir de cette âme tourmentée par la douleur et la fièvre ? Je ne cessais de questionner mon esprit nébuleux en quête d’une solution. Que fallait-il que je fasse ? N’ayant jamais suivi de quelconque formation en terme de médecine ni même en pharmacologie, j’étais victime de mon incompétence, voyant les secondes s’écouler inévitablement et faiblir impitoyablement l’organisme de mon Élu Primordial. Pris par le temps, rattrapé par mon ignorance et forcé de voir ce visage qui m’est si familier se décomposer lentement me faisait peu à peu plonger dans un élan de panique et multipliait cette amertume insupportable au fond de moi. Kamui…

Qu’il était ravageur pour mon cœur de te voir ainsi…

‘’Tiens bon Kamui. Tu n’as pas le droit de m’imposer pareille image. Même si nous ne craignons pas le courroux de la Faucheuse, il n’en reste pas moins invivable pour moi de te voir frémir ainsi sous la Guillotine de la Mort… Tu représentes bien trop de choses pour…’’


Dénouant tant bien que mal ce nœud qui s’était lentement formé au fond de ma gorge, je reprenais la fin de ma phrase, posant ma main sur le front bouillant du jeune blond. Les véritables flammes de l’enfer vinrent dévorer ma paume froide et tremblante.

‘’…Que je te permette de mourir ainsi dans cette douleur atroce…’’

Mais pour réagir efficacement, je me devais de reprendre mon calme. Il n’y avait absolument aucune raison que je n’aie aucun moyen de gérer pareille situation. Réfléchir. Faire le vide dans mon esprit. Le cas était simple : Fièvre démesurée. Que fallait-il donc faire ? Me plongeant tant bien que mal dans mes souvenirs terriens, je creusai encore et encore dans ce vaste puits qui constituait ma mémoire. Un très ancien souvenir vint alors me frapper à vif. Un souvenir, qui se rapprochait étrangement de l’image que m’imposait Kamui

Je n’étais alors qu’un simple garçon de 11 ans, grandissant et faisant ma vie tant bien que mal au sein de l’orphelinat de ‘’Los Angeles del Silencio’’. Ayant compris les enjeux nauséabonds qui entouraient ces murs, j’avais appris à me construire par moi-même et à survivre par mes propre moyens. Enfant sage devant l’administration sordide, je menais une existence paisible loin des remontrances et de la violence charnelle. Mais je n’en restais pas moins un fin observateur, et une fin d’après-midi qui semblait pourtant banale sur le papier pris un tournant dramatique. Un jeune garçon, dont le nom m’échappe, souffrait d’une fièvre mordante l’empêchant de quitter son lit. Transpirant, grelottant et gémissant, les bonnes sœurs bien que démoniaques n’eurent d’autre choix que de traiter la maladie au mieux car il en revenait de leur image. Que dirait le monde si un orphelinat régit par les saintes lois de la Bible laissait mourir un enfant réticent dans l’incendie de sa haute température ? Que dirait le monde si la douce ironie qui régnait en maître dans cette prison de Dieu s’évaporait hors des portes closes et arrivait aux oreilles de la démocratie humaniste ? Oh bien sûr, dans un orphelinat qui n’intéresse absolument personne il ne serait pas difficile de cacher un cadavre ou deux sans que personne ne s’en aperçoive jamais. Le laisser pourrir au fond d’une armoire en risquant d’empester l’ensemble du bâtiment, rendant nos existences déjà cruelles on ne peut plus invivables ou encore l’enterrer indignement dans le jardin durant la nuit sans que personne ne puisse le remarquer. Mais heureusement, ou peut-être hélas, le diabolisme et le manque d’empathie à notre égard n’empêchait pas les bonnes sœurs d’éprouver une Foi et un respect pour les dogmes religieux. Laisser mourir un enfant de Dieu était sans doute considéré comme trop risqué pour leur conscience et leur mort prochaine. S’ouvrir les portes du purgatoire quand il suffisait de faire avaler deux ou trois médicaments, la question était rapidement résolue. Et au final, tout finissait toujours par se savoir. Bien que les enfants trop grands fussent volontairement écartés des listes d’adoption pour éviter d’éveiller les soupçons, un jeune enfant suffisamment aguerri pouvait finalement dévoiler les mystères morbides à sa nouvelle famille, dévoilant ainsi toute la supercherie au monde entier. Car même si les plus jeunes d’entre nous étaient toujours traités comme des princes afin de masquer la noirceur réelle qui exultait de ce faux paradis pour les enfants sans parents, personne n’allait pouvoir leur cacher la souffrance d’un enfant laissé à l’abandon. Quoiqu’il en soit, personne ne voulait ce genre d’ennuis ici, quels qu’il soit. Alors lorsqu’un enfant montrait des signes de forte maladie, tout le monde était rapidement au petit soin de ce dernier. Chouchouté, couvé, médicamenté autant qu’il faudra, il guérira dans une aura de paix pour mieux retourner au cœur de la guerre. Tel était le destin funèbre des enfants qui jamais ne connaitraient la joie d’une famille. Et tel fut le destin de ce jeune garçon frappé par la fièvre. Curieux, je m’étais renseigné à son sujet et j’essayais au mieux de savoir de quoi il en retournait. Je n’étais pas des plus généreux, et son état ne m’importait pas réellement dans cette atmosphère poussant à l’individualisme. Mais je ne pouvais m’empêcher de comprendre pourquoi un tel brouhaha. C’est alors que je pus apercevoir trois nonnes quelque peu surexcitées autour du lit du malade. L’une d’entre elle, la plus âgée, pris alors la parole.

‘’Sa température est bien trop haute. Apportez des couvertures. Ce jeune garçon doit transpirer et prendre le médicament pour faire chuter la fièvre ! ‘’

Sa voix survoltée avait traversée toute la pièce, et nous étions nombreux alors à l’avoir entendue. Ayant remarqué notre intrusion illégale, la bonne sœur, en colère vint refermer vivement la porte derrière-nous, nous privant de quelconque informations sur notre camarade. Nous ne sûmes plus rien jusqu’à sa guérison.

Pouvais-je dès lors croire à ce souvenir et faire confiance aux conseils de celles que j’ai toujours considérées comme des êtres abominables ? Alors que je contemplais toujours le visage du prince aux cheveux d’or, j’en arrivai à la conclusion que dans l’urgence de la situation, il valait mieux user tous les moyens possibles quelle qu’en soit son origine. Tout conseil était bon à prendre, et le fait que le jeune malade s’était finalement rétabli me redonna espoir quant à cette démarche. Layca en soit remercié, les couvertures ne manquaient pas au sein de cette infirmerie. En agrippant une d’un geste rapide, je la posais délicatement sur le corps tremblotant de toute part de l’élu.

‘’Tiens, je ne sais si cela changera quelque chose, mais je n’ai pas vraiment le choix que de croire ces vieilles vipères. Excuse-moi de ne pas y avoir pensé plus tôt…Kamui.’’

Bordant la couverture aux limites du corps chaud de l’élu, je m’assurai dès lors que suffisamment de chaleur l’entourait et lui permettrait ainsi de le libérer quelque peu de sa fièvre sauvage. Laissant toutefois son cou dénudé, je pris place alors à ses côtés au bord du lit, le contemplant, emmitouflé dans sa couverture. Je me sentais étrange. Jamais je n’avais pris la peine de venir m’asseoir près de quelqu’un, inquiet au sujet de sa santé. Pour ainsi dire, jamais je ne ressentis un quelconque besoin ni même intérêt de m’inquiéter pour qui que ce soit. Mais Kamui…était différent. Mon cœur me le dictait. Quelque chose au fond de moi motivait mes faits et gestes. Je voulais qu’il se rétablisse. Je voulais…revoir son sourire… Et malgré la douleur qui venait tordre son visage affaibli, je m’étonnais à le trouver…particulièrement charmant… Comme…Un véritable ange assoupi.

‘’Tout ceci est tout simplement ridicule Alvaro. Je crois que la tension ambiante a finalement eu raison de mon esprit. Ou peut-être que son don perturbé par la fièvre agit sur mon cerveau ? ’’

Mais rien n’y faisait. Probablement rongé par l’inquiétude, mon cœur battait à un rythme effréné et inhabituel. Et ma raison ne put m’offrir de réponses. Seul un désir ardent venait conclure inlassablement chacun de mes battements. J’approchais mon visage de celui de Kamui, apercevant avec précision la douceur qui persistait malgré tout. Et posant lentement mes lèvres tièdes sur son front bouillant…

‘’Guéris vite Kamui…Je t’en supplie…’’

Voyant que le bandage s’était quelque peu défait, n’ayant probablement pas bien serré le nœud, je repris le tissu et soulevait légèrement la tête de Kamui. Posant mes mains délicatement sur son cou, je le reposais à nouveau contre la plaie encore vive, serrant le nœud avec une certaine vigueur. Bien que j’eus probablement été quelque peu féroce dans ma gestuelle, j’étais certain que désormais le bandage tiendrait sur le cou de l’élu primordial, permettant à la plaie de cicatriser convenablement.

Mais alors que mes mains étaient encore posées sur le cou frêle et grelotant, Kamui vint me surprendre dans un geste brusque. Comme voulant fuir mon emprise, celui-ci s’était tourner sur le côté et se recroquevillait désormais sur son matelas grinçant, repoussant la couverture. Comme pris dans une véritable toile démentielle, le front en sueur, celui-ci ouvrit alors la bouche et poussa un cri aussi puissant que terrifiant. Kamui avait totalement sombré à la folie et l’angoisse…

- Par pitié, laisse-moi ! N-ne me touche plus ! Plus jamais !! Je... J-je t'en supplie... A...Andrew... N-ne me fait plus de mal...!

Toute cette frayeur semblait n’être due qu’à un vaste cauchemar. Ne disait-on pas que la fièvre ouvrait la porte à myriades de songes effrayants ? Mais tout ceci attisait toutefois ma curiosité. Pourquoi avais-je cette impression que Kamui me confondait actuellement avec quelqu’un d’autre ? Comme si mes faits et gestes avaient été confondus avec ceux d’un autre. Comme si au moment même où je posais mes mains sur son cou, l’Ange de Layca voyait dans son esprit quelqu’un d’autre poser à son tour ses mains à cet endroit, mais dont l’intention ne serait en aucun cas aussi bienveillante que moi. J’étais désormais confondu avec un être suffisamment nocif pour effrayer l’élu primordial. Qui pouvait-il bien être ? Qui pouvait donc semer la terreur et porter le nom d’Andrew… ? J’avais beau forcer ma mémoire à s’agiter au mieux, personne en ces lieux ne correspondait à ce nom. Un membre d’Oppse peut-être ? Qui était-il… ? Qui osait perturber l’Innocence de Layca ? Me rapprochant de Kamui, je m’agenouillai sur le sol au bord du lit, et j’agrippai la main de Kamui. Tentant de le faire revenir à la raison par la parole.

‘’Kamui. Écoute-moi. Je ne suis pas cet Andrew. C’est moi, Alvaro ! Tu es à l’infirmerie et il ne t’arrivera rien. Absolument rien. Écoute-moi et dis-moi. Dis-moi qui est cet homme qui te tourmente tant ? Reviens à la raison Kamui ! ‘’

Enveloppant sa main, je m’efforçai de répéter inlassablement des paroles, tentant de capter son attention. Mais rien n’y faisait, et je devais m’efforcer de ne pas être brusque car l’esprit de Kamui ne pouvait se permettre d’atterrir au cœur d’une réalité aussi bouleversante que son monde alternatif et totalement désordonné. Je ne savais que faire. Je ne pouvais probablement rien faire d’autre que d’attendre. Mais je ne pouvais pas le laisser dans un pareil délire. Je mis alors fin à toute réflexion de ma part, décidant de laisser mon cœur réagir. Réagir pour que l’Innocence quitte l’empire cauchemardesque dans lequel il était coincé. Relevant tant bien que mal un Kamui s’agrippant à sa chemise et tremblant de toutes ses forces, je le serrais dès lors dans mes bras. J’immobilisais alors chacun de ses gestes incontrôlés, tentant de ramener le calme et la paix dans son esprit et son corps. Je voulais qu’il sache qu’ici, il n’y’avait ni Astaroth, ni Andrew ni qui que ce soit. Ici, avec lui, il n’y avait qu’un seul être : Alvaro.

‘’Calme toi Kamui. Tu n’as rien à craindre. Rien à craindre tant que je serai là. C’est moi, Alvaro. Ton élu fidèle, Kamui. Ne crains rien.’’
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Kamui
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MessageSujet: Re: Aux petits soins : Lorsque guérison rime avec... [PV Alvaro](CLOS)   Lun 13 Juin - 5:56

Nager en plein cauchemar. C'est une chose que nous avons tous vécu à un moment ou un autre de notre misérable existence. Ce moment où peu importe quoi, nous nous débattons de toutes nos maigres forces pour échapper à cette Faucheuse dont la hargne n'a d'égal que sa folie massacreuse. Son arme fermement tenue au poing, elle vous poursuit et s'acharne sur votre pitoyable être. Sifflement strident d'un violon dont l'archet à violé l'écrin. Brutalité d'un instant où tout semble perdu. Vous suffoquez, vous craignez le pire. Mais qu'est-ce que le Pire ? Vous hurlez... Mais votre voix reste désespérément ancrée au fin fond de votre gorge. Quelle idiotie que voilà. Vous savez que vous êtes en plein rêve. Mais le subconscient connait-il seulement la bête notion de rationalité ? Agrippé fermement à l'oreiller qui berce vos songes, âme rêveuse en quête de paix intérieure, vous venez de vous heurter à votre pire hantise. Vous sentez votre souffle s'accélérer. A quoi bon ? Vous savez que ceci n'est pas la réalité... Et pourtant. Elle s'insinue jusqu'à vos artères et propage dans votre sang l'enzyme du Diable. Chaîne fallacieuse qui cherche à mieux vous agripper pour finalement vous dévorer jusqu'à ce que la dernière goutte de discernement dont dispose votre esprit soit aspirée dans le vide béant d'un néant dont la simple existence vous est insupportable. Tout disparaît. Tout ? Que dis-je. Tout ce qui vous est cher s'efface dans un fracas si insupportable que vous en sentez les larmes couler le long de votre face. L'eau coule désespérément. Canal lacrymal dont les vannes ont été brisées. Vous aviez pour habitude d'être une personne dont la force brute était le synonyme de votre volonté et de votre tempérament ? Que nenni. Tout s'envole dans un tourbillon endiablé. Carousel enfiévré enfantin où la toupie de l'horreur vient perturber votre perception du monde. Fermement agrippé à ce que vous pensez être solide, tout se dématérialise. Et que reste-t-il ? L'oubli. Le vide. Et par dessus tout. Vous faites enfin face à votre obsession la plus dérangeante. Vous n'êtes plus que le vil larbin d'une pièce de théâtre dont vous n'êtes déjà plus depuis longtemps le metteur en scène. La terreur est maître d'orchestre d'une symphonie effrénée dont le tempo est rythmée par les battements acharnés de votre cœur en péril. Vous tremblez. La sueur coule. Vous craignez à grand renforts de cris ce qui va suivre. La faucheuse vous fait face. Vous allez succomber. Crever sous ses griffes abominables qui vous lacèrent les chairs jusqu'à l'os. Vous souffrez. Tout ceci fait mal n'est-ce pas ? Douleur intolérable qui gratte à la porte de votre conscience. Vous êtes le pion d'un jeu dont vous êtes maître le jour... Et soumis la nuit. Rien ne vous libérera de cette sombre noirceur qu'est le massacre promis par Hadès. Vous percevez déjà le bruissement des âmes qui filent le long des rives du Styx. Les moires vous attendent au bout d'un chemin déjà tout tracé et qui n'attend que vous. Le destin ? Que croyez-vous... La vie n'a-t-elle pas de sens car il en existe une fin...? Et celle-ci est proche. Elle vous tend la main. Carne squelettique à l'allure effrayante... C'est votre tour. Elle est là...

Tout s'efface.

Ce n'est pas encore votre heure.

Perdu dans le dédale impétueux d'un songe dans lequel vous avez perdu le contrôle, votre pire cauchemar tente de mettre fin à votre vie.

Mais ne dit-on pas que mourir dans son sommeil est mourir physiquement...?

Ce n'est pas encore votre heure.

Au moment où l'emprise des mains d'Andrew se fit si forte que je pensais succomber. Je reprenais pied dans une dimension où j'étais purement déphasé. Un geste brutal, un cri, une fuite désespérée.

Que pouvais-je faire face à la poigne d'un homme qui en tout était plus puissant que moi ? Je n'avais en aucun cas les moyens d'agir... Tétanisé face à une sentence trop vite prononcée et immédiatement exécutée, on ne m'avait pas donné le droit de contester. Ni même d'oser espérer pouvoir y échapper. Quand même la fuite vous est impossible quels choix vous restent-ils ? L'abandon ? Non... Je n'avais pas le droit de céder à si lamentable bassesse. Je devais lutter... Le fait que j'ai pu fuir sa poigne n'était-ce donc pas la preuve suffisante que j'étais assez fort pour pouvoir survivre à Andrew ?

Recroquevillé tel un enfant dans le ventre de sa mère, je tremblais d'appréhension. La peur me rongeait. Quelle perfidie me réservait-il donc encore ? S'il m'avait laissé une issue alors qu'il ne m'en promettait aucune, n'était-ce pas pour pouvoir s'attaquer à sa proie sous un meilleur angle ? J'étais l'animal chétif pris entre les griffes d'un monstre assoiffé d'une vertu qui m'était inconnue... M'était-elle réellement inconnue...?

Une main se posa sur la mienne. Caresse glaciale que je fuyais avec épouvante. Rongé de l'intérieur par un mal qui m'était inconnu, je voulais désespérément fuir cette chose affreuse qui tentait de s'en prendre à mon être. L'orage qui faisait rage dans mon crâne me faisait me tordre de douleur. Mais qu'était cette faible souffrance à côté des mille et unes promesses d'horreur que me promettait Andrew...? Pourtant la voix qui s'éleva était loin d'être celle du blond. Un gémissement profond m'échappa lorsque le prénom de « Kamui » fut prononcé. Il fallait que tout ceci cesse... Et ce timbre grave qui ne cessait de chercher à prendre contact avec mon esprit. Je desserrais mes paupières d'où un flot de larmes intarissables s'écoulait et je le vis. Je refermais immédiatement les yeux. Des cheveux sombres, penché sur mon corps fragile. Il allait...

Je suffoquais. Le nom d'Andrew s'effaça au profit d'un autre bien plus terrible.

Astaroth.

Je resserrais mes mains contre ma poitrine agrippant fermement ma chemise. Non. Tout ceci ne pouvait être vrai. Un glapissement de désespoir s'échappa de mes lèvres serrées. Tout ceci ne pouvait pas recommencer. Tout ne faisait que me ramener à l'horreur de ces deux hommes. Comme en transe, je me sentais devenir fou sous les assauts des mains d'Astaroth qui tentait de m'agripper. Que désirait-il de plus de ma part ? Il m'avait déjà tout pris ! Les larmes redoublèrent, je serrais les dents aussi fort que je resserrais mes faibles membres contre moi. Tout ceci ne pouvait être qu'un cauchemar. Un immonde cauchemar. Je devais me réveiller. Absolument. Tout ceci ne pouvait plus durer... A mes oreilles cette voix grave et rieuse me vrillait la tête. J'allais encore...

Deux bras vinrent enserrer mon corps. Pris d'une profonde panique, je me débattais comme un diable. Non. Non... Je ne voulais pas... Pas ça...!

J'eus beau tout faire, tenter de frapper de toutes mes forces ce reptile infâme, rien n'y fit. Je fus finalement ancré dans un étau puissant et brûlant. J'étouffais. Je voulais mourir. Tout sauf ce qui allait arriver...! Je devais agir. Faire quelque chose.

Sentant ce corps contre le mien, je me décidais à effectuer le geste le plus sensé qui me vint à l'esprit. Ouvrant l'azur troublé par l'océan de larmes qui régnait au fond de mon regard, je fus d'abord aveuglé par la lueur criarde qui émanait du lieu. Je fronçais les sourcils, désespéré. Mes bras étaient bloqués, je n'avais plus moyen de...

Soudain, l'idée me vint. Mes yeux posés sur l'épaule robuste qui m'agrippait, j'optais pour la solution la plus désespérée. D'un geste vif qui me fit toutefois tourner la tête, je vins planter mes dents dans la chair dénudée de l'épaule qui me maintenait fermement. Serrant la mâchoire de toutes mes minces forces, je me sentais comme un chaton que l'on aurait saisit trop brutalement et qui de peur aurait rappliqué de la première attaque futile venue. Un nombre incalculable de larmes vinrent poursuivre le chemin tracé précédemment par leurs sœurs. Quelle idée stupide... Comme si Astaroth pouvait sentir ne serai-ce qu'un centième du coup que je lui infligeais...? Mais je n'en démordais pas, y mettant toute ma volonté, je sentais rapidement mes canines perforer la chair, le goût métallique venant emplir ma bouche. Je devais l'arrêter, Astaroth n'avait pas le droit de me...

J'ouvris grand les yeux lorsqu'une voix douce vint susurrer à mon oreille. Tout était si confus. La vue troublée par les milliers de perles d'eau qui s'y accumulaient, je gardais la mâchoire fermement crispée sur cette peau pâle....

Pâle...?

Le nom de « Kamui » fut prononcé au creux de mon oreille... Accompagné d'un autre... « Alvaro ».

J'écarquillais les yeux lorsque je comprenais enfin le sens des propos qui ne cessaient d'être prononcés comme une litanie à mon oreille. Comme foudroyé, tout devint logique dans ma tête. L'étreinte qui m'emprisonnait perdait soudainement tout son caractère effrayant. Les yeux rivés sur la chair délicate d'un brun, je réalisais subitement ma méprise. Sa phrase pris fin sur les mots qui me firent lâcher prise sur son épaule.

« Ne crains rien. »

Alors que mes canines finissaient de défaire leur emprise sur la peau du brun, je réalisais enfin l'étendue de ma bêtises. La fragrance musquée d'Alvaro me monta doucement au nez. Observant les marques que j'avais infligé au brun et le sang qui en coulait, je sentais mon cœur se tordre de douleur et d'incompréhension. D'un coup, je reprenais conscience du monde qui m'entourait. Ma tête était lourde et me faisait souffrir le martyr... Je sentais une présence étrangère serrer désagréablement mon cou, ainsi que la sensation infâme d'un liquide poisseux et odorant sur mon torse.

Que s'était-il passé...?

Je relevais lentement mon regard brillant de fièvre vers les deux orbes rubis qui me fixaient avec inquiétude. J'extirpais doucement l'une de mes mains de l'emprise féroce qu'avait exercé Alvaro sur moi et portait mes doigts à mon cou. Continuant de garder mon regard incrédule posé sur le sien, je sentais un bandage fermement noué protéger ma gorge. Je fis doucement mon mes doigts jusqu'à mon visage où larmes et sang se mêlaient. Mes joues ravagées par les gouttes salées qui n'avaient pas encore cessé de couler entrainaient avec elle le sang du brun qui était venu s'échapper à la commissure de mes lèvres.

Que signifiait tout ceci...? Étais-je encore en plein rêve...?

De ma main libérée, j'effleurais mes joues trempées avant de venir esquisser un mouvement vers le visage d'Alvaro que je n'avais pas cessé de fixer. L'océan de mon regard troublé par les larmes et le doute, je vins poser délicatement mes doigts trempés d'eau salée sur ses lèvres et son menton. J'étais si proche de lui que je pouvais sentir son souffle impatient et brûlant chatouiller ma peau frémissante de fièvre. Il était si chaud... Et j'avais si froid... Je penchais doucement mon visage vers le sien. Nos deux respirations mêlées, je finis par fermer les yeux. Je libérais mon second bras et venait lentement le passer à son cou. J'étais si heureux... Si heureux que ce soit lui...

Encore secoué par les événements, je franchissais les derniers centimètres séparant nos visages sans trop réfléchir. J'étais si heureux...

Mes lèvres vinrent caresser sa joue en un effleurement délicat, symbole de ma gratitude. Alice était la seule avec qui je me montrais si tendre. Mais à cet instant... J'avais tellement mal... Et si chaud... Ma tête était comme le touches d'un piano subissant l'assaut d'un homme s'adonnant éperdument à son art. Caresse enfiévrée et brutale d'un clavier violemment malmené par des doigts agiles et experts. Je laissais doucement mon front tomber contre son épaule. Je ramenais mes bras à moi, trop épuisé et venait agripper le tissu de son haut. M'extirpant définitivement de sa prise sur mon être, je venais plus confortablement prendre place contre lui, me laissant bercer par les battements frénétiques de son cœur.

J'étais si fatigué...

Mon souffle taquinait tendrement sa clavicule alors que d'une voix faible et à peine audible je prononçais.

- Merci Alvaro... Tu m'as sauvé...

Un seul mot résonnait à mes oreilles... « Salvation »...

_________________

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Alvaro
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MessageSujet: Re: Aux petits soins : Lorsque guérison rime avec... [PV Alvaro](CLOS)   Ven 17 Juin - 13:40

Anesthésié par la joie de le revoir ouvrir les yeux et de réagir physiquement, je ne voyais, dans la morsure pourtant brutale de l’élu primordial, qu’un signe de vie des plus réjouissant. Ignorant la douleur et le liquide rougeâtre qui glissait désormais au-delà de la plaie sur le long de mon épaule. Retombant lentement sur le sol ou finissant sa course sur le bras, mon propre sang ne m’importait guère. Je ne ressentais rien, et ne voyais rien. Rien d’autre que Kamui. Il était revenu. Et désormais il me fallait trouver le moyen de calmer ses démons intérieurs.

Levant les yeux vers moi, je le vis en pleurs. D’innombrables larmes vinrent ronger ses joues pâles, se mélangeant au sang qui entourait ses fines lèvres. Tremblant, mordu par le froid, je pu sentir alors sa légère respiration. Nos deux visages n’étaient plus très loin l’un de l’autre… Et alors qu’il resserrait son étreinte, Kamui fit passer son autre bras autour de mon cou. Espérant de tout cœur que mon cœur battant et mon épiderme bouillant puisse venir se mêler à sa peau refroidie par la fièvre, le sauvant ainsi de cette douleur infâme. Son visage…se rapprochait du mien…Lentement… Qu’allait-il faire ? Pourquoi s’approchait-il donc… ? Sous le poids du suspens, les battements de mon cœur se multiplièrent, ne laissant désormais plus un seul instant de repris à mes poumons me faisant progressivement perdre toute once de souffle qu’il me restait.

Se pouvait-il que…Lui aussi…

…Ressente la même chose que moi ?

Etait-il possible que l’image qui surplombe désormais mon esprit…

…Est la même dans le sien ?

Une flamme. Une flamme ardente s’alluma au fond de moi. Une flamme que je ne connaissais pas. Un feu ravageur mais terriblement inconnu. De ses crépitements incessants, ce véritable incendie qui vint embraser mes pensées était pourtant des plus agréables. D’un seul soupir, j’eus cette particulière sensation que les couloirs froids et abandonnés de mon âme furent ravivés et prirent une toute autre couleur. Comme si le noir qui m’habitait jadis…Avait fait place à un rouge vif. Un rouge inconnu, et pourtant…Si agréable. Qu’était-ce que ce feu ? Et pourquoi se réveillait-il maintenant, en cet instant ? Je ne le comprenais pas, je n’en mesurais pas la teneur exacte. Et pourtant, je ne le rejetais pas. Bien au contraire.

J’espérais simplement que jamais cette flamme ne s’éteigne. Que jamais plus le froid de la solitude ne vienne me hanter et n’ose emporter avec lui ces étincelles de bonheur. Et même si j’étais peut-être trop naïf pour comprendre la véritable nature de cet embrasement, je savais pertinemment que tout ceci n’était lié qu’à une seule personne. Une seule et unique. Son visage effleurait désormais le mien. Ses doigts fins et tremblants vinrent se poser sur mon visage. Cette fraicheur qui parcourait désormais mes lèvres et ma joue ne firent qu’amplifier mes sensations. Cette douceur hantait mon esprit et accélérait d’autant la cadence de mon cœur. Que m’arrivait-il… ? Pourquoi Kamui me faisait-il pareil effet ? Je ne comprenais rien. Tout s’enchainait beaucoup trop vite pour mon esprit bien qu’aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette perte de contrôle subite sur la situation n’était pas déplaisant. Et je me pris à imaginer désormais ce que l’élu primordial s’apprêtait à faire. Rapprochant encore et encore son visage, nos deux souffles s’entremêlant désormais ne formant plus qu’un seul et unique soupir. Allait-il… ?

Je sentis alors ses lèvres fines se poser sur mes joues bouillantes. D’un geste bref, il vint déposer ce qui semblait être un cadeau en guise de gratitude sur ma peau. Un simple mouvement, un simple contact entre ma peau et ses lèvres… Pourquoi me sentais-je d’un seul coup si vide et triste ? Pourquoi mon cœur semblait-il prendre ce geste comme un coup de poignard ? D’un seul coup, je vis la flamme crépitant réduire sa lumière, ne devenant finalement qu’un tas de braises noircies et encore chaudes. Le vent avait-il donc soufflé ? Tel un miroir regorgeant d’espoirs brisé dont les éclats se seraient éparpillés sur le sol, je sentis une rupture. Avais-je été assez stupide pour y croire ? Avais-je été assez idiot pour laisser mon esprit se faire berner de la sorte par cette chose incompréhensible qu’était le cœur ? Je n’étais qu’un pion. Un vulgaire pion devant servir son roi. Mon rang m’offrait peut-être le privilège de me considérer comme un cavalier, mais ma faute était la même. J’avais osé croire…Que le roi m’offrirait autre chose que de la gratitude. J’avais osé y croire… Pourtant…

Je voulais plus. Bien plus. Les choses étaient claires désormais. Je désirai bien plus qu’un simple remerciement. Etais-je devenu fou ? Je ne saurais le dire. Mais l’évidence même était que le désir me hantait et apportait avec lui un terrible lot de frustration…

Je n’étais rien pour Kamui. Rien d’autre que son élu.

Telles auraient dû être les paroles vibrant au fin fond de ma logique profonde, mais au final, tel est ce malheureux constat qui vint éclater un peu plus les débris. Perdant mon regard dans un vaste voile flouté. Sentant son front se poser contre mon épaule, je compris dès lors que la mission pour laquelle j’avais été appelé ici venait de me rattraper et outrepassait désormais toute folie intolérable. Je n’étais rien de plus qu’un pion, et je me devais de mettre toute ma force et mon énergie au service de l’élu primordial. Le protéger, tel était mon devoir…Et rien d’autre.

Probablement épuisé par tant d’évènements, l’élu primordial se détachait lentement de mon emprise pour venir se placer confortablement contre mon torse, cherchant probablement à se reposer. Me remerciant de l’avoir sauvé, l’élu fermait déjà les yeux, laissant aller son esprit à un repos sans aucun doute mérité. Mais les mots de Kamui ne semblèrent pas faire référence à sa maladie, ni même au fait que je l’aie transporté jusqu’à l’infirmerie. Il semblerait que l’ampleur du verbe ‘’sauver’’ soit toute autre. Mais de quoi pouvait-il bien parler ? Je le regardais avec mes yeux déteints. Cherchant à comprendre mais laissant toujours ma raison se perdre dans le gouffre de mes sentiments brisés. J’avais réalisé cette nuit-là bien des choses. Comprendre la place que porte une personne dans notre cœur, et conclure par la suite que tout ceci n’est qu’une vaste illusion, un rêve idiot et inatteignable. Ce désir intolérable devait être réprimé. Il me fallait raisonner et ne garder à l’esprit que ce pour quoi je suis ici. Si je ne pouvais me résoudre à… l’aimer. Alors il allait me falloir tout offrir pour le protéger. Tel en serait mon destin sur cet échiquier. Quel idiot j’étais. Je ne me reconnais plus. Comment une personne telle que moi avait-elle pu s’éprendre de quelqu’un ? Et d’autant plus lorsque ce quelqu’un est un jeune garçon de 16 ans qui s’avère être mon supérieur dans un monde qui ne connait rien d’autre que la notion de conflit éternel. Une chose aussi futile ne pouvait coexister avec la guerre et survivre sur le champ de bataille. Partagé entre le désir de liberté et d’accomplir mes tâches, il n’y avait donc pas de temps pour ce genre de broutilles.

Posant délicatement l’élu primordial endormi sur un coussin pour ne pas le réveiller, je l’allongeais complètement sur le matelas, lui permettant un repos optimal. Jetant un regard bref sur son visage encore blanchi par la fièvre, je me retournais, agrippant mon fourreau et m’apprêtant à partir. Mais dès lors que j’avais atteint la poignée, quelque chose me stoppa dans mon intention. La poignée était brûlante…Aussi brûlante que l’était alors mon cœur. Fuir comme un lâche. Le laissant derrière moi, car ressentant trop de honte d’avoir cédé à de pareilles futilités. Etait-ce donc là tout ce que je comptais faire ? Mon cœur refusait. Brûlant ma chair à vif, les battements tapageurs me firent comprendre que je ne pouvais pas m’en aller. Pas maintenant.

J’étais pris au piège…

Lentement, je me rapprochais à nouveau du corps assoupi de l’élu primordial. Serrant les poings de toutes mes forces, je me reposais sur le bord, près de son visage apaisé. Ce visage… Il me hantait. Sans cesse. S’il n’était pas là, je perdais alors mon temps à l’imaginer. Agrippant le matelas de toutes mes forces, une petite larme vint couler sur mon visage crispé.

J’étais pris au piège…

Une frustration sans pareille me dévorait instant après instant. J’avais mal. Horriblement mal. Mon cœur criait. Sans cesse. Je voulais plus. Je voulais que son sourire…Soit mien. Que ses doigts parcourent ma peau à nouveau. Que sa gentillesse me pousse encore plus vers cet horizon de bonheur. Plus que jamais, je n’acceptais pas ma destinée. Je rejetais ces chaînes qui me juraient une séparation douloureuse et sans fin de celui qui hantait désormais mes pensées.

Désormais, j’étais pris au piège de cette machine infernale.

Ne pouvant m’y faire. L’idée de n’être qu’un compagnon, un simple frère ne me suffisait pas. L’idée de ne jamais être rien de plus que l’élu serviable et fidèle ne me convenait pas. Je n’allais pourtant pas avoir le choix, et j’allais devoir m’y contraindre, par tous les moyens et même par la force. Mais en cette nuit claire, dans cette infirmerie assombrie, le visage de cet ange et son demi-sourire assoupi eurent raison de ma logique. Et si le choix ne s’imposait pas à moi pour mon avenir, j’avais décidé de le prendre par moi-même à l’instant présent. Le moment d’une vie où l’on succombe à nos désirs refoulés, ne serait-ce qu’une seule fois. Une fois…Pour toutes.

Rapprochant mon visage de celui de Kamui, je pu à nouveau sentir sa respiration lente. Perdu dans les bras de Morphée, Kamui n’en saurait jamais rien. Jamais rien. Pour lui, l’air continuerait à souffler de la même manière. Je continuerai à n’être que son chevalier servant, sa poupée ou que sais-je. Mais la folie qui m’avait atteint était bien trop forte. Pris au piège, j’avais besoin de me débattre. Ne serait-ce qu’une fois.

Fixant les lèvres de Kamui, je m’étais résolu. Une deuxième larme vint couler sur ma joue alors même que je vins poser les miennes délicatement contre les siennes. Un mouvement discret, qui sans doute ne le réveillerait pas. Je l’embrassai alors… Cédant à la tentation, vendant mon âme au diable pour la seule et unique fois. Laissant gagner pour la première et la dernière fois le cœur sur la raison. Etait-ce un mauvais rêve ? Je ne sais. Mais la brûlure était trop forte, et je ne pouvais me contenter d’un remerciement. Il me fallait plus. Mais malgré tout, je continuais de ne pas me comprendre.

Les yeux fermés je laissais alors s’exprimer mon cœur. Un mot simple. Un mot qui résumait tout. Un mot qui m’offrait une liberté conditionnelle, avant d’accepter pour toujours les chaînes éternelles.

'' Kamui. Je t…''

Ouvrant légèrement mes pupilles, l’éclat d’azur qui vint me confronter me coupa net dans mon aveu. Pourquoi me regardait-il ? M’avait-il vu ? M’avait-il senti ? Etait-il réveillé pendant tout ce temps-là ? Les choses s’emballèrent à nouveau. Qu’avais-je fait… ? Un sentiment de honte et de culpabilité surgirent d’un seul coup. Me relevant subitement, je m’adressai vivement à l’élu primordial.

''Ce…Ce n’est pas ce que tu crois. Tu…Rendors toi Kamui ! Tu ne vois donc pas que tu as besoin de repos ?!''

Et me retournant, souhaitait cacher ma gène, je souhaitais partir. M’enfuir loin. J’avais honte. Comment allais-je expliquer tout ceci à Kamui ? Et surtout, comment saurai-je me pardonner un tel laisser-aller ? J’étais devenu fou. Complètement fou. Mais je ne pouvais pas bouger. Je ne voulais pourtant pas rester ici. Je me refusais d’entendre la réaction de Kamui. Tout n’allait être que frustration et déception. Alors pourquoi ne pouvais-je pas m’en aller ? Pourquoi mes jambes refusaient de bouger ?

J’étais pris au piège…Condamné au silence dans l’obscurité de cette salle. Condamné à regarder Kamui m’attacher ces chaînes insupportables.
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Kamui
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MessageSujet: Re: Aux petits soins : Lorsque guérison rime avec... [PV Alvaro](CLOS)   Mer 22 Juin - 14:01

Rubis. Une pierre aux couleurs si hypnotiques. Comment un simple fragment de minéraux pouvait-il luire de tant d'éclats ? Comment la terre pouvait-elle regorger de créations si somptueuses ? Trésor secret tendrement gardé par la roche et la terre. Pourquoi protéger cette pierre précieuse si jalousement ? Peut-être parce qu'elle est aux yeux de l'homme l'expression même de l'avarice et de la cupidité ? Quoi de plus naturel que de récupéré ces perles aux mille et uns reflets sanglants ? Caché au fin fond d'une grotte où la lumière n'est pas, venez vous éblouir de son éclat aux nuances si limpides. D'un rouge rosé ou d'un pourpre profond. N'avez-vous envie pas de voir une rivière aux couleurs du sang couler sous vos yeux ébahis ? Attrapant chaque rayon de soleil pour faire miroiter sous votre regard ses merveilles. N'aurait-on pas entre les mains les plus belles perles de sang que la terre ait créé ? Concrétisation éternelle de l'hémoglobine incroyablement captivante.
Vous laisserez-vous ensorceler par la couleur de l'éternel ?

Je crois que pour ma part, il est déjà trop tard...

La dernière chose dont je me souvins avant de fermer les yeux fut le regard d'Alvaro, vibrant de cette lueur rougeoyante. J'avais pu y lire tant de choses... Et si peu à la fois. Que pouvait-on décrypter au fond de cette mer déchaînée ? La tempête semblait faire rage dans cet océan aux reflets carmins. Était-ce pour moi que tout ceci s'agitait...? Et pourquoi donc celui qui m'avait sauvé semblait-il si égaré...? En temps normal, n'est-ce pas plutôt au fond du regard de celui qu'on extirpait des eaux orageuses que l'on pouvait lire tant d'émotions ? Mes pupilles ancrées dans les siennes, le feu affrontait la glace. L'azur luisant de reconnaissance céda toutefois. Le goût âpre du sang sur les lèvres, l'affreuse impression d'être enfermé dans une coquille froide... Les frissons qui secouent mon corps. Trop de choses s'étaient succédées... Trop de personnes avaient hanté mon esprit en un si court laps de temps...

J'avais si froid...

Mes doigts crispés sur le haut de la tunique d'Alvaro, je cherchais un peu de sa chaleur. Si froid. Et ce regard qu'il portait sur moi... Quelle était donc cette lueur qui vacillait timidement au milieu de ces lagons sanguinolents ? Il s'y mêlait tant de choses. Comment cet homme qui en apparence semblait si froid pouvait-il laisser paraître autant d'émotions en un simple regard..? Depuis le temps que je le côtoyais, j'avais appris et compris qu'il n'était autre qu'un solitaire. Grand parleur, donneur de leçons, enhardi lorsque l'on taquinait trop ses principes. Mais jamais l'on ne pourrait croiser Alvaro à copiner avec quiconque. Pourquoi ? Son passé l'avait forgé ainsi. Reclus dans un monde où exister ne se limitait qu'à lui. Alors quelle était donc l'explication à tout ceci ? J'avais beau réfléchir, ma conscience embrumée par la fièvre et la fatigue ne me laissait pas comprendre comment. Nous étions si différents lui et moi. Il avait l'air de pouvoir mener sa vie loin de tous, là où j'étais incapable de ne faire preuve d'altruisme. La solitude était une chose qui, au-delà de la crainte était un lourd fardeau pour mon cœur. J'aurais eu tellement de questions à lui poser.

Alvaro, pourquoi donc restes-tu près de moi, toi le solitaire...?

Mais jamais je ne saurai. Mes paupières lourdes se fermèrent sur ce monde où rêve et réalité semblaient intrinsèquement s'entremêler. J'étais peut-être en train de devenir fou..? Pourtant, ce regard brûlant qu'il avait posé sur moi. Comment était-il possible que ces yeux généralement si torve et dénué d'une quelconque once de sentimentalisme ait à ce moment été si pleins d'émotions..?
Avant de sombrer dans un demi-sommeil sans rêve, ma dernière pensée alla en direction d'Alvaro.

Que me cachent-donc tes orbes carmines...?

Perdu dans cette obscurité apaisante, je ne savais réellement combien de temps je m'étais assoupi. Avais-je seulement dormi ? L'impression de n'avoir fait que fermer les yeux était vive. Mais ce froid mordant qui dévorait ma peau n'aidait en rien mon corps enfiévré à calmer la brûlure de mon sang dans mes veines. Pourtant une faible chaleur se dégageait près de moi. Ma respiration lente, tentant de focaliser un minimum mon attention dans ce brouillard, je percevais l'aura d'Alvaro. Ma dernière pensée me revint en tête alors que j'ouvrais lentement les yeux. Le contact léger qui venait de faire pression contre mes lèvres s'envola alors que mon regard azur capta le visage d'Alvaro s'éloigner du mien.

Malgré le flou brouillant ma vision, je percevais sur son visage quelque chose que je ne sus réellement identifier. J'eus l'idée d'employer mon don... Mais aux vues de mon état, je ne risquais que d'aggraver ma situation. Et puisque c'était Alvaro qui semblait s'être dévoué à prendre soin de moi, malgré mon état misérable, je ne pouvais me permettre d'être plus un poids pour lui que je ne l'étais déjà. Me concentrant un peu plus sur son visage, ses yeux fermés et cette goutte qui reflétait la lumière d'une bougie posée là. Pourquoi une larme coulait-elle sur sa joue...?

« Kamui. Je t... »

Je sentis une pointe de curiosité monter au fond de mon être. Un frisson vint secouer mon corps. Était-ce d'anticipation ou de froid..? Je ne le saurai probablement jamais. Ses paupières vinrent se soulever, et lorsque le rubis vint croiser l'azur, toute la douceur de cet instant dont je ne comprenais pas le sens s'envola. Un nouveau torrent de sentiments défila au fond des pupilles carmines, sans encore une fois que je ne puisse les identifier. N'était-ce pas le comble pour un empathique d'être incapable de lire les sentiments de leur vis-à-vis..? Pourtant, la légère rougeur que je pus remarquer sur ses pommettes, et la façon rapide dont il détourna son visage du mien avant de bégayer me fit comprendre que...

Alvaro était gêné..?

Toujours allongé, je l'entendais élucubrer des mots sans queue ni tête. Un nombre incalculable de questions se bousculaient dans ma tête pourtant si lourde. Il quoi ? De quoi parlait-il avant de s'éloigner...? Et ce n'était pas ce que je croyais ? Quelle mouche l'avait donc piqué ? Et surtout...

Lorsque je vis Alvaro se retourner, j'interprétais immédiatement ce geste comme une fuite. Allait-il me laisser seul ? N'attendant pas une seconde se plus, je me redressais vivement en position assise, saisissant sa main d'un geste brusque. Ce ne fut qu'une fois stabilisé dans ma position -bien qu'un peu hasardeuse- que tout commença à tourner autour de moi. Voilà ce qu'il en coutait d'agir précipitamment lorsque votre tête n'était clairement pas dans le meilleur état qu'il soit. Ma main libre vint se poser sur mes yeux quelques instants, le temps que le voile blanc qui s'était dressé devant mon regard se dissipe et que je reprenne pleinement mes esprits. Mes doigts presque entrelacés aux siens, je resserrais timidement ma prise sur sa paume. Quelques secondes à peine s'écoulèrent avant que je reprenne pleinement possession de mes moyens.

Sans un mot je le forçais à se retourner en tirant sur son bras. Son regard toujours fixé loin du mien, je me redressais précautionneusement sur mes genoux, calculant avec minutie chaque mouvement, afin de ne pas être à nouveau emporté dans un vague malaise.

Ma main libre vint effleurer timidement sa joue. Du bout des doigts je récupérais l'unique larme qui avait fait son bout de chemin sur sa peau diaphane. Un léger sourire peint sur mes traits étrangement pâles, je portais cette goutte à mes lèvres avant de murmurer d'une voix emplie de tendresse, bien qu'un peu brisée.

- J'espère que ce n'est pas à cause de moi que tu pleures... Je te fais déjà tant de souci...

Me laissant doucement retomber en une position agenouillée, sentant mes jambes faiblir sous mon poids, je tirais un peu plus sur la main d'Alvaro, l'incitant à venir s'asseoir à mes côtés. Au fond de moi, je voulais lui demander. Savoir ce que signifiaient ses paroles... Oserai-je...?

- Je... Enfin... Tu voulais me dire...?

La tête légèrement inclinée sur le côté, alors que je prononçais cette phrase avec hésitation, j'enchainais d'une petite voix, le rouge commençant à mordre mes joues déjà brûlantes de fièvre.

- Ce n'est pas ce que je crois...? De quoi parles-tu...?

Alors que j'achevais ma phrase en cherchant son regard, un flash se fit dans mon esprit. Des lèvres contre les miennes. La chaleur d'une caresse dans le noir... Est-ce que..?

Je secouais vivement la tête. Non, Alvaro n'était pas de ce genre là. Il se faisait simplement du souci pour moi... Mais... Soudain tout me sembla beaucoup plus clair. J'avais fait du souci à mon Élu. Les remords commencèrent à me ronger avant même que je n'ai eu le temps d'y penser. Une violente vague de tristesse s'abattit sur moi. Mais... D'où provenait-elle...?

Posant mon regard sur Alvaro, je réalisais que ce désarroi que je ressentais n'était autre que le sien. N'écoutant plus rien d'autre que mon cœur, je fis l'action la plus logique qui s'imposa à mon esprit. Sans même réaliser réellement l'étendue de mon acte, je trempais à corps perdu dans ce brouillard enfiévré. Sentant mon être bouillir de l'intérieur, quelques gouttes de sueur perler sur mon visage, ma chemise rendue lourde par le sang qui l'imprégnait. Je ne cherchais pas à prendre conscience de quoi que ce soit. Je voulais juste apaiser ce mal qui dévorait Alvaro...

Me redressant difficilement, je venais saisir Alvaro. Glissant mes bras à son cou, je le contraignais à se rapprocher de moi avant de se serrer contre moi. De toutes mes maigres forces, je refermais une étreinte que je voulais rassurante sur cet être qui mû par la culpabilité en était venu à verser larme pour moi. La simple idée qu'Alvaro soit une personne capable d'un tel acte me semblait si incroyable que le prendre dans mes bras m'avait semblé être le seul moyen de mes maigres choix pour le rassurer. Je venais loger mon visage dans son cou, sentant la peau incandescente de mon front calmer un peu sa chaleur contre la peau fraiche du brun. Un frisson fit vibrer chaque fibre de mon être alors que le feu et la glace semblaient lutter pour conquérir l'intérieur de mon corps.

J'essayais de faire le vide, de rasséréner mon esprit empêtré dans cette fièvre machiavélique. Quelques secondes suffirent à faire table rase de toutes mes pensées. Ce fut à cet instant que je sentis un ras de marée de sensations envahir ma tête. Je fronçais les sourcils, ne comprenant pas comment tout ceci pouvait entrer dans ma tête. Le petit hoquet saccadé qui finit de faire frissonner mon corps me rappela que dans cet état, je n'avais plus la main mise sur le contrôle que j'exerçais habituellement sur mon don. Un léger gémissement m'échappa sans que je ne le réalise. Sentant le poids des émotions qui semblaient être celles d'Alvaro me submerger au-delà de mes capacités actuelles. Sentant à nouveau me tête me tourner, je voulais le calmer, le réconforter. Il fallait que je le libère de ce poids... Que je me libère de ce poids. D'une voix douce je susurrais dans son cou, faible murmure quasi inaudible.

- Calme-toi Alvaro... Je vais bien, désormais... Il n'y a plus lieu de s'inquiéter...

Je laissais mes paupières se clore, envahi par tous les sentiments qui tempêtaient au fond de l'âme du brun. Ma tête lourde, je n'entendais ses émotions que dans un brouhaha incompréhensible. Tout me semblait si amplifié. Me laissant aller dans les bras d'Alvaro, je prenais une longue inspiration avant de retirer une main de son cou et de la poser sur son cœur. Fronçant imperceptiblement les sourcils, j'usais de mon don pour calmer cet ouragan qui faisait chavirer son esprit.

Mais dans ce tumulte orageux, une seule chose persistait de mes propres pensées dans mon esprit.
Pourquoi avait-il pleuré...? Pourquoi était-il dans cet état...? Pourquoi réagissait-il ainsi avec moi...?
Pourquoi...?

Un seul mot s'éleva dans ma tête au milieu de ce tourbillon rougeâtre qui avait animé ses fascinantes iris rubis plus tôt.
Un seul mot.

Incompréhension.

_________________

    We each begin in innocence
    We all become guilty
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Alvaro
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MessageSujet: Re: Aux petits soins : Lorsque guérison rime avec... [PV Alvaro](CLOS)   Mer 22 Juin - 19:42

Partir. Partir loin pour ne jamais revenir sur ces lieux. Pour ne jamais croiser à nouveau ces lieux regorgeant désormais en son sein un souvenir qui jamais n’allait cesser de hanter mon esprit. Traverser cette porte lointaine, laissant ainsi derrière-moi ce goût amer de défaite qui me rongeait de l’intérieur. La honte m’avait pris de revers et incendiait inlassablement mes joues, transformant cette peau légère en véritable brasier ardent. Pourquoi ne pouvais-je pas donc pas me mouvoir ? Pourquoi mes jambes m’abandonnaient d’une façon si lâche à pareil moment inopportun ? Perdu dans ce désir que je ne pouvais pourtant pas accomplir, je sentis alors une main d’une douceur angélique se poser sur ma propre paume, la serrant avec conviction et tentant de m’éloigner tant bien que mal de cette sortie qu’il me fallait prendre. L’élu primordial avait donc mit sa douleur de côté pour se jeter sur ma main, m’emportant de toutes les maigres forces qu’il pouvait lui rester. Peut-être avait-il tout compris… Peut-être qu’il ne voulait pas que je parte. Me retournant sans conviction, nos regards se croisèrent à nouveau. L’effroi de la situation m’avait fait oublier qu’une perle de tristesse se faufilait encore sur mon visage dépité. Petite goutte salée qui ne sembla pas échapper à la vue attentive de l’élu primordial. Passant son doigt fin sur ma joue brûlante, Kamui porta cette larme solitaire à ses lèvres m’offrant alors un sourire extrêmement charmant me rassurant quelque peu sur son état de santé et moral. Cette larme qui achevait son existence au bord de ces lèvres si fines et si…désirables. Je ne pus m’empêcher de fixer ces lèvres s’emparer de ce léger joyau symbolisant toute la tristesse que j’avais pu ressentir alors même que je tentai tant bien que mal d’expier ces sentiments contradictoires et incompréhensibles en m’appropriant cette douceur interdite. Je les désirai tant… Je ne souhaitais qu’une chose alors que je contemplai son humble dégustation : qu’elles soient miennes. Que ma propre bouche vienne remplacer cet éclat cristallin et pouvoir inlassablement montrer ô combien je pouvais…

Mais la dure réalité finit toujours par vous rattraper. Tôt ou tard vos rêves naïfs deviendront à nouveau poussière et vous remettront à votre place. Je n’avais pas d’autre choix que de vivre seul, éloigné de Kamui. Une vie solitaire imposée par les règles divines de l’échiquier. Une vie solitaire dont j’étais pourtant attaché et habitué autrefois mais qui aujourd’hui semble avoir perdu tout son sens. Je ne voulais plus de ces silences éternels accompagnant chacune de mes nuits. Je ne voulais plus de l’obscurité. Désormais, j’étais avide de lumière. Dès cet instant où j’avais compris toute l’ampleur de mes sentiments… Je te voulais près de moi en permanence Kamui. Était-ce donc ceci que les cafards terriens dénommaient ‘’Amour’’ ? Ce besoin constant de chaleur. Cette lumière vive embrasant la nuit noire et glaciale qui sévit depuis si longtemps au fond de mon âme. Tes yeux d’azur faisant perdre tout contrôle à mon regard pourtant si tranchant d’habitude… Tu es spécial Kamui. Non seulement de par ton rôle particulier en ces lieux, mais aussi en tant que personne. Mon esprit avait peut-être faibli au cours de mon séjour ici. Probablement l’œuvre de Belzeneff, ou qui sait, de Kamui lui-même. Mais sa présence m’avait beaucoup apporté jusqu’à maintenant. Un simple mot, un simple geste et parfois même un simple sourire pouvait me faire ressentir ce désir à son égard. N’ayant jamais réellement eu l’occasion de reposer sur les épaules de qui que ce soit, peut-être avais-je trouvé en quelques sortes… Mon ange…? Mais telle la pomme interdite par Dieu, je ne pouvais m’autoriser de telles pensées, de tels désirs… Il était l’élu primordial, l’élu suprême. Et j’avais été choisi pour n’être que son fidèle serviteur. Il nous fallait unir nos forces pour notre combat, afin de pouvoir réaliser notre pacte. Afin de pouvoir jouir de cette liberté… Et pour cela, il me fallait bannir tout désir émanant de mon corps et de mon âme. Cela n’apporterait que malheur et désolation.

Me demandant alors des explications sur ce que j’avais bien pu signifier auparavant, Kamui semblait étrangement intimidé par certaines pensées. Affronter son merveilleux regard relevait de l’insoutenable pour mon être. Ne pouvant me pardonner pareil affront à la hiérarchie et à mes principes, je n’eus d’autre choix que de renier les choix de mon cœur et d’infliger par moi-même la peine capitale à mes sentiments. Pinçant légèrement les lèvres par amertume, je disais alors à demi-mots, tentant tant bien que mal d’apaiser mes rougeurs faciales qui n’arrangeaient rien à la situation. Une voix saccadée, perturbée par les sursauts de cet incendie qui ne cessait de me ravager.

‘’Je…Je n’ai rien à dire Kamui. Je n’ai rien dit, tu as probablement dû faire un mauvais rêve. Il est dit que la fièvre est porteuse de nombreux cauchemars. De ce fait, vu ton état, tu ne devrais pas rester debout. Tu risquerais de perdre conscience à nouveau.’’

Ces mots d’une grande sagesse n’étaient pourtant pas naturels. D’autres mots bien précis venaient embraser ma langue, ne pouvant être exprimés. Les réprimer, tel était mon devoir, tel était mon destin. Mais bien que je n’aie à ce précieux instant d’autre choix que de me résigner à oublier tout sentiment à l’égard de mon élu primordial, je ne pouvais combattre cette immense tristesse qui me rongeait. Ce surplus d’émotions en si peu de temps avait vidé mon esprit de toute rationalité, et je n’avais présentement aucun moyen de calmer cette mélancolie débordante. À tel point que le jeune homme qui me faisait face semblait lui-même ressentir à quel point cette frustration faisait de moi un être accablé. Et sans doute pris d’un fort sentiment d’empathie, il vint alors m’enlacer avec tendresse. Ce corps si frêle et si doux… Cette exquise chaleur qui venait faire frissonner chaque recoin de mon torse au contact de sa peau… Je le voulais près de moi. Et pour toujours.

Pourquoi ne pouvait-il pas en être ainsi ? Qui avait bien pu organiser pareil stratagème pour me punir à ce point ? Qui donc pouvait se rire de moi en m’imposant une flamme trop lourde à contenir ?! Qu’avais-je donc pu bien faire aux dieux pour que ceux-ci me narguent d’une telle manière ? Kamui avait-il eu raison, cette fois-là, de qualifier cet endroit de véritable enfer ? Contempler les anges depuis les limbes de l’antre de Satan… Quel infâme châtiment.

- Calme-toi Alvaro... Je vais bien, désormais... Il n'y a plus lieu de s'inquiéter...

S’inquiéter… Il n’était pas question uniquement d’inquiétude. Tout ceci était bien plus complexe que ça. Ne pouvais-tu donc rien voir ni comprendre Kamui ? Es-tu donc si humble pour rester aveugle face à mon cœur criant de rage ? Tant de naïveté…D’innocence… Pourquoi diable trouvais-je tout cela charmant et enchanteur ?! Pour quelle raison avais-tu donc réussi à bouleverser ma raison à ce point ? Qui es-tu réellement…Kamui ? Sombrant dans une colère de frustration, ou peut-être même dans la folie la plus pure, je ne plus me retenir plus longtemps alors que l’Ange de Layca enfouissait son visage dans mon cou.

‘ ‘’Il n’est pas seulement question d’inquiétude ! Ne vois-tu pas…? C’est si…Injuste ! Pourquoi ?! Pourquoi ne dois-je aspirer qu’à la solitude éternelle Kamui ?! Réponds-moi !’’

Grinçant des dents, je laissais ainsi s’évaporer ma colère, laissant ce dernier soupir de frustration s’envoler vers le plafond silencieux de l’infirmerie. Une main vint alors se poser sur mon cœur, amenant avec elle une sensation des plus particulières. Comme lorsque vous perdez votre regard vers l’horizon d’un océan portant l’infini sur ses épaules ou la toile étincelante d’une nuit d’été, cette main vint aspirer alors toute aversion et toute colère de mon être le plus profond. La frustration, la tristesse, la haine, l’abandon, la résignation… Tout s’échappait désormais de mon épiderme dans ce geste si simple… Regardant Kamui, le regard vidé de toute expression, je déposais alors mes mains moites et apaisées sur sa propre paume qui enveloppait désormais mon cœur.

‘ ‘’Ton don…N’est-ce pas… ?’’

Le calme était revenu sur la tempête qui me ravageait. Le fleuve de la raison s’écoulait à nouveau dans un rythme régulier. Plus aucun bruit ne résonnait au fond de mon crâne. Telle une boîte de pandore scellée, plus rien ne laissait constater en moi le passage d’un tel volcan sentimental. Je n’étais rien d’autre désormais qu’un ensemble d’atome ayant retrouvé la paix…Par l’innocence… Sortant de la brume macabre de la folie, je tentai alors de retrouver tous mes esprits quant à la situation. L’élu primordial était fiévreux, et pourtant, il se tenait là, devant moi, posant sa main pâle sur mon torse encore chaud et l’air encore perturbé. Probablement à bout de force à cause de la fièvre, je me décidai alors à le saisir délicatement par le bras, soulignant avec sévérité son manque de sérieux quant à son état.

‘ ‘’Kamui. Merci d’avoir apaisé ma souffrance. Mais pour l’heure tu dois te reposer. Il est inconcevable que tu continues de gaspiller ton énergie dans cet état. Et sache que je ne te laisse pas le choix. ‘’

Le saisissant par la taille avec mon autre bras, je le soulevais avec vigueur le portant confortablement et efficacement dans mes bras. Sans lui laisser d’autres options, je le déposai avec une extrême délicatesse sur le matelas, déposant la couverture sur son corps encore transpirant. Nuls doutes que Kamui devait toutefois se poser de nombreuses questions désormais. Sachant que son don lui permettait non seulement d’influencer nos émotions mais aussi de les ressentir en quelques sortes, l’élu primordial et digne serviteur de Layca avait probablement eu le malheureux honneur de goûter ne serait-ce qu’un peu à mes sentiments les plus profonds. Ne pouvant y remédier, je ne voyais qu’une seule et unique solution.

‘’Ecoute moi Kamui. Avant toute chose j’aimerais te faire savoir quelque chose d’important. Tu as probablement dû entendre, ressentir ou même avoir l’impression que beaucoup de choses étranges planent autour de ma seule et unique personne. Je ne sais exactement ce que tu dois penser de tout ceci, mais j’aimerais avant tout que tu pardonnes mes excès. Les derniers événements qui ont frappés notre quotidien ont semé en moi de nombreux doutes et il semblerait qu’effectivement, mon inquiétude à ton égard ait quelque peu débordé vers quelque chose de plus… Intense. ‘’

Et passant délicatement ma main dans ses cheveux, écartant avec douceur une mèche qui était venu lui troubler la vue, je continuais mon monologue.

’’Saches toutefois que tout va bien pour moi et que tu ne dois en aucun cas t’inquiéter pour mon sort. Tâches simplement de guérir au plus vite. Quant aux questions que ton esprit se poserait à mon sujet, ou simplement tes impressions ou incertitudes, je te prierai de les oublier, car elles n’ont pas de réel intérêt dans notre Quête. Elles ne feraient que semer le doute et fragiliser notre lien.’’

Ce sentiment de paix qui me parcourait était des plus agréables. Bien que cela soit la troisième fois que Kamui se soit vu forcé d’employer son pouvoir pour calmer mes esprits, jamais il n’avait eu un tel impact sur ma personne. Cette sensation de vide était si agréable… Voilà longtemps que mon cœur n’avait pu battre librement sans être perturbé par une quelconque idée noire. J’étais si heureux de ne rien ressentir. Si reconnaissant… Une légère euphorie se fit même sentir.

Son don avait été si efficace, que je m’étais alors décidé de rester auprès de Kamui pour qu’il puisse se reposer sans craintes. Mais au fond de moi persistait une volonté de vouloir effacer mes antécédents. Il allait me falloir tout donner pour faire oublier à Kamui cette scène dramatique qu’il n’eut d’autre choix que de contempler de ces deux yeux fiévreux. Hésitant d’abord, je déplaçais un lit non loin de là pour le placer près de celui de l’élu primordial. M’allongeant finalement à ses côtés, prenant maladroitement place sur le matelas vide, je croisai les bras derrière ma tête et contemplai le plafond pour chasser toute potentielle gêne. Il le fallait… Je me devais de rassurer Kamui.

‘’Hm… Ne penses rien de douteux à mon sujet. Je me disais simplement que puisque tu n’as d’autre choix que de te reposer, et bien j’allais rester pour te tenir compagnie. Et peut-être que tu préfèrerais que je reste près de toi plutôt qu’assis à l’autre bout de la pièce. Mais si cela est trop dérangeant, n’hésite pas à me le faire remarquer.’’

Mes joues prirent alors un ton écarlate. Ce genre de familiarités sociales n’était absolument pas de mon registre. Mais il me semblait alors nécessaire de montrer une attitude amicale pour rassurer l’élu primordial que celui en qui il avait déposé sa confiance était toujours fiable.

‘’Il faut que tu te reposes évidemment, mais cela n’implique pas forcément que tu doives faire une sieste dans l’immédiat. Le médicament semble avoir fait son effet et ton visage a déjà récupéré quelques couleurs vives. Pourquoi ne pas… Discuter un peu ? Voilà longtemps que nous n’avons pas eu l’occasion d’échanger quelques mots. Et je n’en reste pas moins ton élu… N’est-ce pas ?’’

Me rapprochant du bégaiement ridicule, ma voix perdait en tonus au fur et à mesure de ma proposition. Cela était réellement gênant, mais peut-être que cette attitude amicale allait faire oublier les malheurs passés à l’élu primordial. Je me devais, au nom de notre pacte, de retrouver ma place…Ma seule et unique place de fidèle serviteur.
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Kamui
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MessageSujet: Re: Aux petits soins : Lorsque guérison rime avec... [PV Alvaro](CLOS)   Jeu 18 Aoû - 4:41

Les paupières closes, il fallait parfois savoir se laisser submerger par le monde qui nous entoure. Savoir laisser libre cours à ses émotions, et cesser de se voiler la face. Pourquoi l'être humain était-il un si grand comédien ? Trouve-t-on une satisfaction quelconque dans le fait de cacher ce que nous ressentons ? Avons-nous quelque chose à retirer de ce masque permanent qui voile notre visage ? Combien sommes-nous à ne jouer qu'un rôle ? Combien sommes-nous à n'être que l'ombre de nous même ? Y avait-il réellement quelqu'un en ce monde qui ne cachait rien de sa vérité la plus profonde ? Sommes-nous tous destinés à enterrer ce que nous sommes au plus profond de nous au profit de ce que les autres désirent que nous soyons ? Était-il juste au fond de laisser autrui tirer les ficelles de notre existence ? L'Homme est-il si infecte pour ne jamais pouvoir être ce qu'il est ? Avili, fait de tous les pêchers que l'Enfer et le Ciel ont attribué à l'humanité. Sommes-nous donc tous avides d'égoïsme ? De simples animaux qui n'ont que leur propre existence au creux de leur pensée ? Pour exister, devons-nous éternellement enfermer notre existence sincère dans les plus bas tréfonds de notre âme ? Y a-t-il quelque chose de mal à vouloir réellement être qui nous sommes ? Pourtant... Pourquoi lorsque nous tentons d'agir comme bon nous semble, tout autour de nous semble s'effondrer ? Pourquoi être soi-même entraîne forcément monts de complications...? Pourquoi sommes-nous nés d'une âme qui nous est propre si ce n'est que pour la cacher indéfiniment au monde entier ? Pourquoi sommes-nous nés différents si nous cherchons tous à être identiques ? Alors nous devons correspondre aux critères de nos voisins. Être ce que les autres veulent que nous soyons. Ressent-on de la satisfaction à être ce qu'ils souhaitent ? Non. Y a-t-il une finalité à cette existence tissée de mensonge ? Non... Alors pourquoi être soi-même ne mène qu'à d'interminables douleurs ? Exister. Est-ce donc la Croix que l'humanité doit porter ? Pourquoi semer notre chemin d'épines lorsque notre fardeau est déjà si pesant ? Pourquoi exister devait aussi devenir survivre ? Y avait-il réellement une raison valable pour chercher à survivre ? Dans ce monde où tout est factice, y avait-il encore des âmes pures qui tentaient de surpasser ces chimères ?

Les paupières closes, je me laissais submerger par le monde qui m'entourait. Que peut-on faire lorsque le destin s'acharne à faire de vous l'auditoire des consciences les plus macabres ? Y avait-il ne serai-ce qu'une chose qui me permettait d'échapper à ce Monde ? Le monde d'Alea Jacta Est avait été conçu ainsi. Un échiquier aux frontières dessinées par une âme farceuse. Belzeneff avait tout prévu. Chaque détail de nos vies était réglé selon son bon vouloir. Pourtant Père m'avait confié de quoi me défendre en ce monde... Un don sans failles qui toujours me serait salvateur...

Mais n'était-ce pas plutôt ce don qui m'avait déchu...?

N'était-ce pas justement cette capacité d'empathie dont j'avais pris la connaissance dès mon plus tendre âge qui avait un jour brisé mes ailes ? C'était à vouloir toujours être le plus irréprochable et l'âme la plus charitable que j'avais été réduit à ce que je suis aujourd'hui. Pouvais-je seulement croire au fait qu'avoir ce don était un réel présent de Père ? Ce si beaux fruit aux couleurs rougeoyantes qui dans ce jardin a fait rêver plus d'un. Ce pêché qu'un jour tous ont tenté d'atteindre. Savent-ils seulement que la pomme cache le plus grand des vices ? Sous son apparence si parfaite, elle ne renferme rien d'autre qu'un nid de vers prêts à vous faire regretter votre effronterie.

Père m'avait offert le plus beau des présents.
Un cadeau empoisonné, dont jamais je ne pourrai me séparer.

Ma paume faiblement posée sur le torse d'Alvaro, je pouvais percevoir les battements erratiques de son cœur. Le visage enfoui dans son cou, je sentais ma respiration s'affaiblir doucement à mesure que les vagues de sentiments envahissaient mon esprit dans un chaos destructeur. Mes sourcils tiquaient et se froissaient avant de ne devenir qu'une ligne nerveuse et crispée. Trop. Il y avait trop de choses. Cet enchevêtrement infernal de haine, de déception et de tristesse ensevelissait mon être sous son poids harassant. Cet ouragan faisait trembler chaque fibre de mon être d'un tourment insupportable. Pourtant, au milieu de toutes ces émotions, un nom se répétait dans une litanie méphistophélique. Au beau milieu de ce torrent d'émotions qu'aucun barrage n'aurait pu stopper, il ne cessait de prononcer ce nom à tue-tête. Un seul nom.
Mon nom.

« Kamui »

Pourquoi ? J'eus beau essayer de m'interroger sur le sens qu'avaient toutes ces émotions qui ravageaient l'âme d'Alvaro, aucune bribe de mes pensées ne put se faire entendre dans mon esprit. Je savais que la voix entachée de douleur d'Alvaro s'élevait au creux de mon oreille. Mais aucun mot n'eut une quelconque signification. Plus rien n'avait de sens. Mon monde semblait s'être mis à tourner à une vitesse folle. Aspiré dans le tourbillon inamissible, j'eus une seconde la vive crainte de perdre une fois de plus conscience. Mais je n'avais pas le droit. Pas le droit d'être faible. Pas le droit d'abandonner Alvaro. Je devais le faire.
Pour lui.

Inspirant d'un souffle saccadé, je serrais les dents avec force. Sentant une brûlure insupportable remonter de mes poumons, frisson tenace faisant vibrer chaque parcelle de ce que j'étais, je compris qu'user de mon don serait l'un de mes plus grands maux. Ma main vint fermement se plaquer contre le torse d'Alvaro alors que les yeux fermés, je lui ouvrais chaque pore de mon âme. La morsure de sa douleur vint étreindre mon être, pareille à une amante trop longtemps esseulée. Ses griffes viennent se planter dans votre dos, ses lèvres viennent déposer un baiser tentateur dans votre cou... Vice caché. Elle n'attend que l'instant où vous baisserez votre garde pour planter ses crocs assoiffés de sang dans votre carotide. Avide de votre essence. Et alors que je croyais la douleur installée, ce fut mon sang qui vint brûler chacun de mes membres. Le brouhaha qui habitait mon crâne ne s'apaisait guère. Je devais en faire plus. Je n'étais pas assez puissant... Mais je devais le faire...
Pour lui.

Mon front vint rencontrer l'épaule du brun alors que dans un dernier élan de lucidité j'implorais le nom de mon Père.

Le souffle vint à me manquer lorsque subitement tout redevint silencieux. Les sanglots, les cris de rage et ce nom inlassablement scandé avaient cessé. Le poids qui avait reposé sur mes épaules, m'étouffant sous son imposante stature n'était plus. Lentement, je sentais mes membres engourdis sous l'effort se détendre. Ma tête reposée contre cette épaule forte et brûlante, mes doigts effleurant les battements de ce cœur rendu calme, je ressentais enfin cet apaisement au fond d'Alvaro. Je laissais l'air pénétrer à nouveau dans ma cage thoracique alors que je cessais enfin d'employer mon don. Une vive douleur à la tête me fit un instant de plus serrer les dents. Mais je ne devais pas m'apitoyer. Je devais faire abstraction de tout ceci...

Relevant doucement la tête, un petit sourire vint étirer mes lèvres lorsque je pus enfin apercevoir la quiétude au fond du regard carmin du brun. La chaleur de ses doigts recouvrant délicatement ma main, posée là, sur son cœur, me fit imperceptiblement trembler. Ce fut la voix calme et suave d'Alvaro qui me mit fin à ma torpeur.

‘’Ton don…N’est-ce pas… ?’’

D'un mouvement fébrile, je hochais la tête. Au fond de moi, je savais que j'avais accompli un acte déraisonnable. Pourtant, le simple fait de pouvoir à nouveau perdre l'azur de mon regard dans ces éternels puits écarlates n'avait aucun prix. Je sentais mes membres rendus raides par la fièvre me rappeler à l'ordre. Mon sourire se fana en même temps que la douleur revint à la surface. Passé l'exploit, il fallait faire face à la conséquence de ses actes. Je sentais peu à peu le trouble de cette chaleur qui me rongeait de l'intérieur revenir à l'assaut... Mais bien qu'avoir usé de mon don n'ai pas joué en ma faveur, j'avais comme l'impression que la douleur s'était quelque peu amoindrie.

Ce fut le mouvement des doigts d'Alvaro sur ma peau qui me fit reprendre pied avec la réalité. Sa main était désormais posée sur mon bras, exerçant une pression assez forte pour que mon attention ne soit focalisée que sur celui qui me faisait face. Mes doigts rendus tremblants sur son haut, j'écoutais d'un état vaporeux les propos qu'Alvaro tenaient à mon égard. Alors que les remerciements filaient de ses lèvres fines, je ne pus qu'esquisser un sourire. Qu'y avait-il d'autre à ajouter...?

Cependant... Mon nom sur ses lèvres avait désormais une saveur toute différente. Je reprenais alors conscience du tumulte qui avait habité l'âme du brun quelques instants plus tôt... Pourquoi pareil ras de marée sévissait-il au fond de son être ? Pourquoi mon nom était-il le seul qui résonnait en un écho interminable dans les tréfonds de son âme meurtrie...?

La main assurée du brun qui vient se glisser délicatement autour de ma taille, caressant d'un geste fugace mon flanc me fit relever les yeux vers mon Élu. Son autre main quelques instants plus tôt posée sur mon bras avait glissé dans mon dos. Ce fut d'un geste prudent que je sentis mon corps être soulevé. Quelques instants blotti contre la douce chaleur du brun, je me permis de fermer les yeux. N'avais-je pas le droit de savourer un instant cette paisible atmosphère...? Pourtant ce contact ne fut jamais prolongé. Plongé dans un mutisme sans signification particulière, j'ouvris à nouveau mes iris sur cet homme qui avec toute l'attention du monde vint déposer mon être sur ce duvet râpeux. Une fois qu'il fut assuré de m'avoir installé le plus confortablement possible, il vint recouvrir mon corps de cette étoffe légère qui tenterait désespérément de réchauffer mes os glacés. Dans un souffle tremblant je prononçais à peine.

- Merci...

L'océan vint à nouveau croiser le brasier. Et au fond de ces iris incandescentes, je pus lire de l'anticipation... Et peut-être même de l'hésitation... Ce ne fut toutefois pas ça qui sembla retenir Alvaro. Encore une fois, il vint caresser mon ouïe de sa voix douce, prenant la parole quelques instants sans que jamais je ne cherche à l'interrompre.

Ses premiers mots eurent le don de m'arracher un faible sourire forcé. Dire que son âme n'était qu'un gouffre sans fond où baignaient les pensées les plus improbables aurait pu se révéler être un euphémisme à cet instant. Pourtant, la sincérité qui échappait de ses mots me retint de pousser plus loin toute pensée ornée ne serai-ce que d'une pointe de cynisme. Mais je n'avais aucune envie de jouer des mots. Je ne souhaitais qu'une chose, apaiser sa peine. Et peut-être comprendre le mystère qui rongeait cette âme solitaire.

Les propos semblaient étranges au bout des lèvres d'Alvaro. J'eus beau focaliser mon attention sur chacun des mots qu'il prononçait, il me semblait que leur suite logique perdait subitement tout sens. Je comprenais pleinement que l'idée d'avoir pu constater que l'Élu Primordial n'était autre qu'une créature faible et sans défense ai pu le bouleverser... Alors que ses excuses semblaient subitement prendre un peu plus de sens, j'écoutais le brun parler de cette « intensité » à mon égard d'un œil inquiet. Se pourrait-il qu'il souhaite récupérer la place que j'occupais...? Alvaro aurait-il vu en moi un dirigeant trop peu qualifié...? Son inquiétude à mon égard n'était-elle pas probablement celle de tout ceux qui comprendraient que je n'étais pas ce que je laissais paraître...?

Avait-il deviné...?

La brûlure timide de ses doigts qui effleurèrent ma peau le temps de repousser une mèche d'or me fit frissonner.

Étais-je démasqué...?

Mais les mots qui suivirent apaisèrent le doute qui petit à petit s'élevait au fond de moi. La tendresse que les paroles d'Alvaro véhiculaient, n'était pas factice.. Je pouvais clairement le ressentir.. Alors pourquoi semblait-il si hésitant quant aux mots à utiliser à cet instant. Craignait-il donc que le fait que j'ai pu voir ses plus sombres pensées puisse une seule seconde altérer l'affection que je portais à son égard...? Alors que les mots qu'il m'adressait semblaient enfin s'être taris, je repris calmement, d'une voix douce, bien qu'affaiblie.

- Ne crains rien à ce sujet, Alvaro... Notre lien ne se brisera jamais... Aussi longtemps que je pourrai lire ta dévotion et la ferveur de ton âme au fond de tes yeux... Aussi longtemps que tu resteras à mes côtés sans jamais douter de moi bien que je n'en vaille pas nécessairement la peine... Aussi longtemps que nous serons deux pour lutter... Notre lien ne pourra être changé par rien ni personne...

Bien que les mots aient pu paraître anodins et emplis de confiance, j'osais intimement espérer que mes paroles montreraient l'étendue de leur véracité...

Le grincement sinistre du fer déchirant les dalles recouvrant le sol me fit relever la tête. Là où Alvaro s'était tenu quelques instants plus tôt, il n'y avait désormais plus que du vide. Jetant un coup d'œil en direction de la provenance de ce bruit strident, je constatais que le brun s'affairait à... Déplacer un lit ? Quelle idée avait encore frappé le marionnettiste...? Il ne me semblait pourtant pas que le moment soit réellement approprié pour entamer un grand rangement...? Mais lorsque le bruit cessa, et que la couche fut placée à moins d'un pas de la mienne, ce fut avec surprise que je constatais qu'Alvaro s'installait à mes côtés. Observant d'un œil inquisiteur chaque faits et gestes de mon Élu, je pus constater dans ses mouvements quelque peu raides que ses agissements ne semblaient pas être dans ses habitudes... Loin de moi l'idée de penser que compter fleurette dans cette infirmerie soit l'une des franches habitudes d'Alvaro... Mais voir ainsi celui qui était décrié comme l'Élu solitaire fascinait ma curiosité. L'azur posé sur la forme svelte du corps d'Alvaro, j'écoutais avec attention chaque palabre qu'il prononçait.

Le rouge qui vint marquer ses joues n'eut d'autre effet que de rassurer mon cœur serré par l'inquiétude. Et cette dernière question qu'il me posait...

Je ne pus réprimer un léger rire de quitter l'antre brûlante de mes lèvres.

- Si un jour il m'avait été dit qu'Alvaro agirait de la sorte...! Un autre rire plus léger s'éleva dans le silence de cette infirmerie. Il aurait été toute autre personne que moi, je ne doute pas une seule seconde que tu aurais été pris pour fou. Mais bien loin de moi l'idée que tu souhaites attenter à ma pudeur.

Un petit sourire vint se peindre sur mes traits alors que je réalisais tout le poids que portaient les mots d'Alvaro. Bien loin de vouloir s'emparer de mon trône, il ne semblait souhaiter que le rendre plus attrayant à mes yeux... Cette attention... Cette volonté de ne point m'abandonner dans cet état... Sans réellement en comprendre le sens, je sentis mon cœur rater un battement.

- Tu n'es qu'un idiot...

Les mots auraient pu sembler inappropriés à cet instant où la paix s'élevait à nouveau entre nos deux êtres... Mais la sincérité qui débordais de mes orbes azurées assurait que mes paroles n'étaient en aucun cas là pour blesser l'Élu. Un petit sourire amusé aux lèvres, je soufflais sur le ton de la confidence.

- Je veux bien tenter de discuter avec toi... Si tant est que mon cher Élu puisse délier sa langue pour aller au-delà des monologues assassins dont il a le doux secret...

Un autre rire vint franchir la barrière de mes lèvres. Tout ceci me semblait irréel. Était-ce donc le contre-coup de la fièvre..? Sans réellement le réaliser, je laissais libre cours à mes paroles. Comme désinhibé d'un grade bien trop pesant sur mes frêles épaules, j'eus l'impression l'espace d'un instant de retrouver qui j'étais.

Mais en avais-je seulement le droit...?

Posant mon regard sur le plafond blanc de l'infirmerie, j'osais espérer que tout ceci ne soit pas un illustre songe. Allongé là, sur le dos, recouvert de cette couverture qui ne pouvait qu'à peine réchauffer mon corps glacé, je voulais croire que tout ceci était vrai.

Car au fond... Qui saurait...?

Mes paupières se clorent sur cette voûte immaculée. L'espace d'un instant, je me laissais submerger par l'atmosphère qui régnait entre mon Élu et moi.

Qui donc pourrait comprendre...?

Personne...

Poussant un faible soupir, je fis pivoter mon corps sur les draps rugueux de ce lit grinçant. Me tournant sur le flanc, je pouvais désormais observer Alvaro plus minutieusement. Me recroquevillant un peu plus, rapprochant mes jambes repliées de mon buste, je cherchais à récupérer un peu de ma chaleur perdue. Attrapant le bord de la couverture d'une main pâle pour couvrir un peu plus ma chair, je commençais lentement.

- Il me semble que... Beaucoup de choses se sont troublées entre nous, ces derniers temps.. Je...

Un petit rire gêné vint interrompre mes paroles alors qu'une couleur rosée venait peindre mes joues. Amenant timidement l'une de mes mains devant mes lèvres, tentant de dissimuler mon trouble, je reprenais dans un souffle.

- Je sais que mon comportement te semble sûrement... étrange. Mais.... Mais les récents événements qui ont remué la Cité ont... Eu plus d'impact sur moi que je ne l'aurai cru...

Mon regard vint se porter ses les draps blancs, délavés par les années de bons et loyaux services. Fermant quelques instants les yeux, cherchant mes mots, je reprenais d'une voix quelque peu timide.

- Je sais que tu m'as vu à plusieurs reprises dans un état qui n'est en aucun cas celui d'un meneur... Mais... Mais je crois que toi et moi... Nous...

Un violent frisson vint faire trembler mon corps. Fronçant les sourcils face à cette agression du froid, je serrais imperceptiblement les dents. Réfléchissant un instant à mes mots, je réalisais soudainement l'erreur que j'étais sur le point de commettre. Resserrant mes bras contre mon torse, me recourbant un peu plus sur moi-même, ma voix s'éleva d'un ton clair bien que tremblant.

- Pardonne-moi... C'est la fièvre... J-je dois encore délirer un peu... C'est probablement pour cette raison que j'ai si froid...

Je forçais un rire alors qu'au fond de moi je réalisais l'idiotie de mes propos. Quelle idée avait encore traversé mon esprit embrumé.

Les paupières closes, il fallait parfois savoir se laisser submerger par le monde qui nous entoure. Savoir laisser libre cours à ses émotions, et cesser de se voiler la face.

Mais qui étais-je donc pour ainsi décrier la condition humaine...? N'étais-je pas moi-même l'un des plus grands comédiens de cette scène grossièrement peinte sous forme d'échiquier ? Je n'étais pas en droit d'être celui pouvait dévoiler son vrai visage. Je n'étais pas celui qui pourrait décrocher son masque face à un être de confiance.
J'étais Kamui, le fils de Layca. Et rien ne pourrait aller à l'encontre de ce sempiternel principe. Pas même une sotte fièvre.

Me perdant dans un silence forcé, je me laissais doucement bercer par ma propre confusion

_________________

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    We all become guilty
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MessageSujet: Re: Aux petits soins : Lorsque guérison rime avec... [PV Alvaro](CLOS)   Sam 20 Aoû - 1:38

Le regard perdu sur le blanc mat qui régnait au plafond de cette infirmerie, je laissais peu a peu mon corps épouser le matelas craquelant lentement sous la force de mon poids. Ma vue, fresque blanchâtre et uniforme, se mélangeait peu a peu a mes pensées. Une courte mais intense réflexion surgit alors en mon esprit tandis que le feu qui ravageait mes joues se tamisait au grés des secondes. Quel sort devais-je réserver a mes intentions et a mes sentiments s'il me fallait respecter les limites imposées par mon rôle et mes responsabilités ? Qu'aurait fait n'importe quel élu agenouillé devant cette malédiction immortelle ? La fuite n'était plus une notion acceptable. Courir loin ne faisait que vous rapprocher d'avantage de ce destin funèbre. Nul doute qu'il était nécessaire pour sa propre survie morale d'accepter, du moins en partie, son sort et de tacher de s'adapter aux règles imposées de ce véritable jeu de rôle. Accepter le joug de Layca, roi intransigeant et tout-puissant de l'échiquier et protéger au mieux son fruit le plus précieux. Défendre a corps et a cris cette nouvelle pièce de l'échiquier. Lever son épée contre l'adversité dans un seul et unique but. Sauver et protéger le Prince. Car le Prince lui seul était capable de faire sombrer la dictature du Roi maudit. Par les branches et elles seules allions-nous être en mesure d' attaquer les racines et gagner notre liberté. Adoubé lors de notre première rencontre, j'étais désormais voué a une seule cause et a une seule destinée.

Corps et âme, j'étais devenu le cavalier du Prince.

Ravagé par la solitude, mon cœur, noirci de part en part, n'était capable d'accueillir qu'une ombre insipide regorgeant de sentiments tous plus mauvais les uns que les autres. Haine, mépris, colère, jalousie, envie... Il n'y'avait aucune place pour la lumière et la chaleur que l'être humain pouvait éprouver pour autrui. Corps et esprit mutilés et saccagés, ma vie terrienne ne fut finalement qu'une quête incessante de réponses a des questions impossibles. Pourquoi ? Comment ? Qui ? Quand ? Jamais personne n'avait su me répondre. Jamais personne n'avait pris la peine de me répondre. J'étais une âme en peine tentant de justifier cette déchirante solitude cachée derrière de nombreux masques. Se dissimuler derrière un autre visage, d'autres palabres et d'autres sentiments n'était-ils pas les meilleurs moyens de protéger finalement le peu d'amour propre qu'il nous restait ? Comme si j'avais toujours voulu garder intact l'espoir qu'au fond je ne méritais pas un tel sort en gardant précieusement le joyau de ma personnalité au plus profond de mon cœur, emprisonné à tout jamais...

Du moins, tel en fut mon existence sur Terre.

Car en ce monde, les chaines qui retenait ma personne captive finirent par se heurter a une puissance que j'avais toujours méconnue et sous-estimer. Une force extrêmement lumineuse qui vint abattre peu a peu les ténèbres dominantes. Par delà la malédiction de l'échiquier, mon cœur avait appris, sans jamais s'en rendre compte ce que signifiait cette lumière débordant de chaleur. Ce sentiment rassurant, enivrant, chaleureux... Par delà ma destinée toute tracée et rattachée a des chaines semblant incassables, ce ''second round'' m'avait permis de découvrir ce que j'ai toujours voulu trouver sans jamais me donner les moyens de le rechercher. Le feu capable de briser la glace de la solitude...

L'amour.

Sentiment décrié et moqué par ma personne, jamais je n'y avais cru en gardant toutefois l'espoir qu'un jour il ne vienne frapper a ma porte. Les piles de romans s'entassant dans mes appartements témoignaient de cette curiosité maladive quant a cette sainte brulure qui hantaient tant de héros. ''Et ils vécurent heureux.'' N'est-ce pas la le happy end rêvé pour toute âme marginale et ravagée ? Le fantasme de l'âme sœur irréalisé n'était-il pas au fond la raison de ma frustration ? Pourtant, quitter la terre et fermer la porte de mon existence naturelle m'avait permis d'en ouvrir d'autres et ce, par le biais d'une seule et même personne. Et cette personne n'était autre que le Prince de Layca. Il n'était autre que le jeune blond fiévreux qui siégeait sur un matelas a quelques centimètres de ma personne. Kamui, élu primordial de Layca, avait su sortir mon cœur de ses tourments pour lui faire découvrir ce sentiment des plus purs.

Je ne saurai expliquer pourquoi. Pourquoi ici ? Pourquoi lui ? Cette histoire n'avait peut-être aucun déroulement logique, mais tant est que sa personnalité me plaisait. Le voir rire m'emplissait de joie et le voir pleurer me déchirait. Je ne connaitrais jamais les raisons ni la vérité derrière tout ceci, mais la seule chose qu'il fallait en retenir était que j'aimais Kamui comme jamais je n'avais su le faire avant lui. Peu importe la nature de ses sentiments, peu importe ce qu'ils impliquent, c'était un fait, inexplicable, ardent, brutal, vif, un fait qu'on ne pouvait pas modeler et qu'il était inutile d'expliquer. Ni même de le comprendre.

Mais quelle place pouvait donc bien avoir quelque chose comme l'amour dans une arène fermée comme la notre ? Le pouvoir de Kamui avait bercé mon âme dans un véritable havre de paix et de calme me permettant d'en arriver a ces conclusions sur mon ressenti. Jamais mon esprit n'avait été aussi clairvoyant sur mes intentions, mes désirs ni même mes sentiments. mais notre destinée n'en restait hélas qu'inchangée. En ces lieux il n'y'avait pas de place pour la joie, la liberté ou l'amour. Tout n'était que bataille, sang, larmes et répétitions intarissables. Un combat incessant mené par Belzeneff, dirigé par des règles et une hiérarchie que je ne pouvais pas contredire. Je n'avais ni la puissance ni les clés du mystères en main pour défaire tout ceci. Il me fallait croire en notre pacte, croire en Kamui pour espérer donner un jour un sens a mes sentiments. Et faire confiance a l'Ange de Layca impliquait de se plier au règles et plus que tout d'être prés de lui. D'être a ses cotés en tout temps et surtout... De le protéger.

Car le cavalier se doit de protéger le Prince.

Si je voulais rester proche de Kamui, proche de l'être aimé... J'allais devoir mettre toutes mes forces pour devenir son ombre. Pour devenir un gardien dévoué. Mon cœur t'appartenait désormais. Peu en importait les obstacles a venir. A partir de maintenant, nous allions être deux. Nous allons suivre le pacte et lutter ensemble. Jamais plus je n'allais t'abandonner, Kamui. Par le sang et la violence nous ferons perdurer notre lien profond. Que l'amour que je te porte motive l'épée qui se devra de trancher l'ennemi... Tu as fait de moi ton élu, ainsi je serai le cavalier intransigeant et prés a tout pour te protéger.

Tes paroles faiblement énoncées plus tôt ne faisaient qu'appuyer ma réflexion. Tu parlais toi même d'être deux pour lutter. Tu acceptais a ton tour ce lien. Notre lien. Avais-tu compris ce choix que j'avais fait ? Pouvais-tu lire avec ces yeux brillants dans la lueur de la nuit a quel point mon cœur t'étais dévoué ? Nul doutes que tu trouverais étrange que je puisse m'exprimer ainsi, ou peut-être pas... Mais ton pouvoir m'avait apaisé a un tel point que je pouvais désormais faire le tri dans la peine, la tristesse et la colère. Dans ma tête s'écoulait un fleuve pacifique emportant avec lui ce que j'avais toujours réprimé. Une eau sauvage ne jurant que par la liberté... Ce courant n'était autre que ton œuvre Kamui. Si tu as su trouver les clés pour libérer mon cœur... Sauras-tu nous libérer de celui que tu appelles Père ?

Un doux son vint m'extirper de mes pensées. C'était un rire innocent et vraiment agréable. Un rire que lui seul pouvait posséder. Mais alors que je tentais de reprendre le fil du présent, je remarquai un air moqueur sur son visage. Il semblait surpris que mon ego ait pu laisser filer une pareille question. Il est vrai que tant de maladresse et d'hésitation dans mes palabres n'étaient absolument pas monnaie courante ni même naturelles pour un original tel que moi. J'avais fait mine de m'intéresser a autrui et je tentais de me rapprocher de Kamui par la confidence. Qui en ce bas monde aurait parié un seul denier que le Scorpion Solitaire s'inquiéterait pour une autre âme que la sienne ? Mais cette découverte ne semblait pas réellement le perturber. Il en était presque amusé de constater que ma personnalité allait au delà de ce que je voulais bien montrer. Et en croisant les perles azurées ornant son visage, je cru même y lire une sorte de joie et de satisfaction. Mais son ton moqueur eut l'espace d'un instant raison de mon moral. Me traiter d'idiot me fit tirer en premier lieu une légère grimace de tristesse, ne comprenant pas le sens caché derrière cette tirade. Pourquoi donc me considérait-il subitement comme tel ? Ma maladresse était peut-être ridicule mais en aucun cas stupide. Mais a nouveau, le Prince vint semer le calme dans la petite tempête qui se levait dans mon esprit en m'offrant un sourire sincère. Le genre de sourire qui démontreraient a quiconque le verrait que cette personne ne vous veut aucun mal et qu'elle ne cherche en aucun cas a vous heurter. Le genre de sourire que j'aurais tant voulu apercevoir au cours de ma vie...

Mais quelque chose vint toutefois me frapper. Une étrange impression vint dissiper ce moment d'empathie mutuelle. J'eus l'étrange sentiment que Kamui était différent. Alors qu'il se recroquevillait en ma direction, se rapprochant un peu plus de moi, je sentis quelque chose de nouveau. C'était comme si subitement, le mythe que Kamui entretenait, le rendant si mystérieux, s'effritait légèrement, m'ouvrant ainsi pour quelques secondes seulement ce qui faisait de Kamui ce qu'il était. Son passé, son histoire, ses remords, ses tourments. C'était comme ci je pouvais apercevoir le cœur de l'élu primordial, près a s'ouvrir a mon âme damnée. Pour la première fois depuis mon arrivé sur Alea Jacta Est, j'eus l'impression que Kamui était plus humain que jamais, et que lui aussi portait un masque bien trop lourd a porter. Je pus ainsi toucher du bout des doigts le diamant brut qui se cachait dans la coque de cristal. Alors qu'une personne normale ne ferait que remarquer la fragilité de ce cœur caché aux yeux de tous, je n'eus que plus envie de le protéger. Car j'étais heureux de constaté cette humanité. Heureux de constater que derrière ce voile de perfection, Kamui était comme moi. Un homme avec ses qualités, ses défauts, ses mystères, ses erreurs, ses valeurs et ses doutes.

Mais cette expérience fut des plus brèves. Remarquant son relâchement exceptionnel, Kamui c'était replongé dans la coquille cristallisé qui le protégeait de l'extérieur. Il avait cessé de dévoiler son magnifique visage pour porter a nouveau le masque qu'il ne pouvait enlever. L'Ange de Layca fit mention d'événements ayant eu un impact certain sur sa personne. De nombreuses choses le troublaient et lui même reconnaissait cette faiblesse quant a son rôle de meneur. Mais a cet instant je n'avais aucune envie de le juger. Ni même d'avoir l'audace de vouloir comprendre cet enjeu qui semblait bien trop important. Peu importaient la nature ou les raisons. J'étais le cavalier et le cavalier ne posait jamais de questions. Il ne faisait qu'offrir son épée, croire et suivre le Prince jusqu'a ce que mort s'en suive. Jusqu'a mon dernier souffle je serai a tes cotés. Tu m'avais offert ta main et c'est pour cette raison que le calme avait motivé mon cœur a ne jamais plus t'abandonner. Il n'était plus question de Toi et de Moi. Désormais Nous étions unis. Nous formions un tout. La lumière et son ombre. Je ne pouvais te demander d'éprouver la même chose que moi, mais m'accepter a tes cotés suffirait a mon âme pour subsister.

Tremblant a nouveau, probablement mordu par quelques restes fiévreux, Kamui se recourbait, tentant par lui même d'affronter la douleur tant bien que mal. Malgré la fatigue, l'élu primordial ne cessait de mener son combat. Sa ferveur était exceptionnelle. Mais malgré mes doutes et ma maladresse, mon corps n'avait pas hésité a appliquer ce qu'il s'était promis. Me rapprochant de Kamui, parcourant le pas qui separait nos deux lits, je m'allongeait des lors a ses cotés, mes bras l'enlaçant avec vigeur et affection. Lorsque la lumière avait froid, l'ombre se devait de l'envelopper pour lui tenir chaud. Ce geste n'etait pas habituel. Alvaro Crescent n'aurait jamais enlacé quiconque de la sorte. Mais ce geste n'avait pas a être naturel. Il etait réservé a notre lien. Ce lien précieux et profond qui nous unissait. Kamui avait ouvert mon coeur. Ainsi avait-il gagné le privilège de ma protection et de mon affection. Lui et lui seul connaitrait ce coté de ma personnalité. Lui et lui seul saurait que je lui suit entièrement dévoué. Notre pacte allait prendre une toute nouvelle forme. Une forme plus sincère et intense.

''Kamui, cesse donc de te torturer et de combattre seul. Je ne chercherai jamais a te juger ni même a comprendre a tout pris ce que tu es ou ce que tu dois cacher. Tes réelles intentions ne font pas partie de mon registre. Je ne suis qu'un homme ayant compris ce soir a quel point tu étais important. Tu n'as rien a expliquer ou a dire. J'ai pu voir au fond de toi le lourd fardeau que tu portes, et je ne veux qu'une chose : T'aider a le porter et non a le comprendre. A partir d'aujourd'hui je te suis dévoué Kamui. Je serai a tes cotés et je te protégerai tant que je respirerait en ces lieux. En mon épaule tu pourras te reposer dorénavant car toi même tu as su me libérer de mon propre fardeau.''


Mes mains entrelaçant son corps froid et tremblant se resserraient toujours plus. Je priais pour qu'un maximum de chaleur vienne réchauffer son cœur meurtrit. Ce corps si fin et frêle, si merveilleux et désirable... Je me devais de le protéger au péril de ma vie. Les mèches blondes et brunes s'entre lassaient désormais, symbole de cette nouvelle union. Les choses avaient changées. Désormais mon cœur ne luttait plus pour lui seul, mais pour deux. Je ne souhaitais plus uniquement la liberté pour ma destinée, mais je voulais partager cette destinée avec le Prince. Il me semblait évident et toutefois douloureux que Cavalier et Prince jamais ne pourraient vivre comme Roi et Reine, mais a cette évidence je me devais de substituer l'amour charnel par la fidélité et une âme protectrice. J'étais devenu Nous.

Resserrant toujours plus mon étreinte, je fermais un instant les yeux, me laissant guider sur ce fleuve de paix. Nous étions deux êtres humains semblables, allongés sur un matelas grinçant et tentant de lutter tant bien que mal pour la liberté. Pour Notre liberté.
Relâchant désormais quelque peu mon étreinte, je restais toutefois allongé aux cotés de l'élu primordial, souriant légèrement, une teinte timide faisant rayonner mes joues crispées. Ainsi allait-il pouvoir bénéficier de ma chaleur corporelle malgré tout. M'appuyant contre le mur, je lui fis alors une proposition.

''Malgré tout, ma proposition tient toujours. Et si tu ne souhaites pas en dévoiler plus, je te propose alors d'en savoir plus sur ma personne. Je n'ai jamais été très bavard mais considère cette idée comme une preuve de ma sincérité et de la confiance que j'éprouve a ton égard. J'ai bien conscience que mon masque et mon fardeau sont bien moins lourds a porter que les tiens, ainsi il m'est moins difficile de me dévoiler. Si cela te permet a ton tour de me faire confiance, alors je veux bien répondre a toutes tes questions sans exception. Même celles que tu considérerais comme étant ''idiotes''. C'est une offre a prendre ou a laisser, car Alvaro Crescent ne s'ouvre jamais de la sorte deux fois. ''


Je laissais échapper un léger rire. N'importe quel spectateur espionnant cette infirmerie quelque peu décrépie dirait que je n'étais pas moi même. Pourtant, don de Kamui ou pas, je ne m'étais jamais senti aussi bien en présence d'autrui. Et je n'avais pas envie que ça cesse. Tant pis que ça plaise ou non, tant pis que cela me ressemble ou pas. Pour la première fois de ma vie, mon sourire était des plus sincères et je ne le devais qu'a une seule et unique personne.

Le Prince.

''Et si tu continues d'avoir froid, ne fais pas l'idiot et rapproche toi de moi. Car a partir de maintenant, nous ne faisons plus qu'un, Kamui. ''
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MessageSujet: Re: Aux petits soins : Lorsque guérison rime avec... [PV Alvaro](CLOS)   Mar 6 Sep - 22:31

Une étreinte. Il s'agit de toute évidence d'un geste intime que certaines personnes proches font entre elles. On s'enlace lorsque l'on est des parents. Les bras tendre d'une mère ou d'un père qui bercent leur enfant après une chute douloureuse. Un frère ou une sœur qui vous consolent quand vous avez cassé l'un de vos jouets. Mais il y a aussi la présence rassurante de nos amis les plus proches. Ceux qui nous connaissent par cœur. Ceux qui d'un oui ou d'un non savent si nous mentons. Ces êtres qui nous sont précieux et que la vie a eu la grâce de mettre sur notre chemin. Des gens qui essuieront nos larmes et n'hésiteront jamais à nous venir en aide. Mais l'étreinte qui est probablement la plus rassurante, lorsque nous ne sommes plus des enfants... Les bras les plus doux et qui nous prodiguent le plus grand réconfort... Ce sont les bras de la personne qui nous aime. Existait-il sincèrement caresse plus rassurante que les mains de l'amour posée sur nous lorsque nous avons besoin de tendresse ? Qu'y a-t-il de plus rassurante que la délicate chaleur du corps de notre âme sœur contre le notre ? Deux cœurs qui battent à l'unisson et résonnent en harmonie l'un contre l'autre. Cette sensation de quiétude qui vous envahit. Vous vous sentez apaisé, vous en arriveriez presque à oublier tous vos tracas. Vous fermez les yeux et vous oubliez à ce doux sentiment de tranquillité. Existe-t-il thérapie plus agréable que celle d'une étreinte ?

J'aurai aimé pouvoir répondre à cette question... J'aurai aimé être capable de savoir ce qu'étaient ces étreintes.. Mais quand votre Père n'est autre qu'une divinité... Bien sûr, j'avais Alice... Mais à cet instant, nul ne pourrait épancher ma peine.

Personne...

Le cœur serré, échoué sur ce lit d'infirmerie, j'avais envie de disparaître. Quelle stupidité avait encore traversé ma tête...? Qu'est-ce que j'avais failli faire...? Reposant sur mon flanc, recroquevillé sur moi-même, grelottant à intervalles irréguliers, j'aurai aimé être seul. Seul pour laisser cours à mon chagrin. Ne jamais imposer tant de faiblesse à la vue de quiconque. J'étais l'Élu Primordial... N'était-ce pas la plus grande des hontes pour un leader que de se retrouver ainsi amoindri face à l'un des siens..? J'étais le plus vaste imbécile que ce monde portait. Impuissant face à mon Élu, j'avais envie de pleurer. Tout semblait chamboulé au fond de mon être. La fièvre me rendait fou. J'étais pris entre deux feux. La brûlure atroce qui me hurlait de dire la vérité, d'apaiser mes tourments et de me confier à celui qui venait de m'offrir son aide. Mais surtout, le dégoût de moi-même. La réalité. J'étais le chef, et je n'avais absolument pas le droit de faire ceci...

Je serrais fermement les dents. J'étais le plus profond des imbéciles...

Un sursaut me tira de ma flagellation mentale alors qu'un poids vint déformer le matelas sur lequel je reposais. Mes yeux s'ouvrirent à peine pour se refermer immédiatement. Chaque muscle de mon corps se crispa. Le bras que j'avais aperçu ne vint jamais me bousculer ou me frapper...

Un hoquet m'échappa lorsque deux bras forts vinrent enserrer mon dos. Mon visage fut plaqué contre une chaleur inattendue alors que tout mon corps suivit, se retrouvant enveloppé d'une douce sensation rassurante. J'eus le courage d'ouvrir un œil. Du noir. L'obscurité totale me faisait face. Une légère note d'incompréhension s'échappa de ma gorge alors que je sentais la paroi qui me faisait face se mouvoir dans un souffle régulier. Une odeur prononcée vint me faire tourner la tête. Sans m'en rendre compte, mes doigts se détendirent et je vins effleurer de mes paumes la surface chaude de ce tissu aux couleurs de ténèbres. Je fermais les yeux à nouveau. Que m'arrivait-il...? Inspirant profondément, cherchant à me détendre au contact de cette chaleur, cette fragrance vint à nouveau titiller mon odorat. Une note de fleur d'oranger... Une fraîcheur incomparable... Croisée à l'odeur plus forte de la cendre... L'odeur des flammes... Mon souffle se fit plus calme alors que mes doigts s'accrochèrent d'eux même au tissu. Comme un chaton retrouvant la chaleur maternelle de sa mère, tout mon être vint se lover contre cet âtre de douceur. L'étau autour de ma personne se resserra, mais sans savoir pourquoi je n'en avais cure...

Étais-je en plein rêve...? Le breuvage que m'avait offert Alvaro en guise de soin avait-il finalement fait son œuvre...? Il n'y faisait guère d'importance... Harmonisant mon souffle au mouvement régulier du torse contre lequel ma joue reposait, je laissais toute once de mal être expier sa faute et s'éloigner de mon âme dévorée par cette douce chaleur. Puis...

Le mouvement régulier d'un torse...?!

Mes yeux s'ouvrirent d'un coup, l'azur se perdant sur l'étendue noire qui couvrait le torse de...

''Kamui, cesse donc de te torturer et de combattre seul. Je ne chercherai jamais a te juger ni même à comprendre à tout prix ce que tu es ou ce que tu dois cacher. Tes réelles intentions ne font pas partie de mon registre. Je ne suis qu'un homme ayant compris ce soir à quel point tu étais important. Tu n'as rien à expliquer ou à dire. J'ai pu voir au fond de toi le lourd fardeau que tu portes, et je ne veux qu'une chose : T'aider à le porter et non à le comprendre. A partir d'aujourd'hui je te suis dévoué Kamui. Je serai à tes côtés et je te protégerai tant que je respirerai en ces lieux. En mon épaule tu pourras te reposer dorénavant car toi même tu as su me libérer de mon propre fardeau.''

Un souffle m'échappa, prononçant le nom de celui qui m'offrait ce sanctuaire de tendresse.

- Alvaro...

Alors que chaque fibre de mon corps se détendait à l'écoute de la voix de velours d'Alvaro, je me laissais paisiblement aller à un sentiment de paix intérieur... Pourquoi subitement tout semblait être léger dans ma tête...? J'avais l'impression étrange que tout flottait... L'idée sotte que le remède d'Alvaro faisait son effet me traversa l'esprit... Mais je n'avais pas envie de penser à tout ça... Je voulais juste profiter de cette étreinte... Au fil de ses mots, les bras du marionnettiste raffermissaient leur prise sur mon corps. Répondant à cette attention, je me collais un peu plus à lui... Chaque parcelle de mon corps épousait en une perfection surprenante la silhouette du brun. Je fermais les yeux alors qu'un sourire serein vint se peindre sur mon visage. Ses mots résonnaient comme une douce mélodie, bien que lointaine, à mon oreille... Je percevais sa volonté d'être mon protecteur et une épaule sur laquelle je pourrai compter...

Alors que le silence se fit, un léger soupir d'aise quitta l'antre de mes lèvres alors que je me laissais bercer par le ressac rassurant de la respiration de l'homme. Enivré par cette odeur musquée que dégageait sa peau, j'avais la timide impression que quelque chose ne tournait plus très rond dans ma tête...

Mais tout ceci perdit son intérêt lorsque les bras du brun me relâchèrent progressivement. Le froid repris possession de mon dos, et petit à petit, ce fut un frisson qui vint à nouveau parcourir mon corps. L’Élu se redressa sur ses bras, reculant sur le matelas pour s'adosser au mur, au niveau de la tête du lit. Moi, pelotonné là, sur ces draps blancs, mes cheveux frôlant à peine sa jambe tendue, j'eus un doute. Avais-je le droit de faire ce geste...?

Le ténébreux repris le fil de sa parole lorsqu'il fut installé à son aise... A son aise, probablement.. Mais plus à la mienne... Cette pensée égoïste parcourut mon esprit aussi vite qu'elle s'en échappa. Tout me semblait si futile à cet instant... Posant ma main sur le drap froissé, je crispais doucement mes doigts sur l'étoffe. Faisant pression sur mon bras, je redressais mon buste, écoutant de façon plus ou moins attentive les propos que me tenait Alvaro. Le visage bas, l'or de mes mèches perturbant ma vue, je faisais face à un conflit intérieur insensé.

Avais-je le droit de réclamer à nouveau la chaleur de cette étreinte...?

Ce fut le rire léger du brun qui me tira de cet antagonisme qui faisait doucement rage au fond de mon esprit. Relevant mon visage, retenant mon buste le bras tendu, et les doigts crispés sur le matelas, l'azur rencontra une véritable fresque digne de l'un des plus grands des artistes de la Renaissance française... Mon souffle se coupa net alors que j'admirais avec fascination ce visage pâle, si souvent strict... Mais ce sourire qui barrais son visage... L'océan croisa l'incendie et la rougeur que je cru noter sur les pommettes de mon vis à vis sembla se répercuter sur mon propre visage. Qu'est-ce que...? Je détournais promptement les yeux, resserrant mes doigts sur l'étoffe blanche sous mon poids.

Que pouvais-je faire...?

''Et si tu continues d'avoir froid, ne fais pas l'idiot et rapproche toi de moi. Car a partir de maintenant, nous ne faisons plus qu'un, Kamui. ''

Le déclic se fit dans ma tête. J'avais l'autorisation, alors pourquoi me priver...? Pour une fois, j'avais le droit de m'abandonner à un peu de tendresse... Non...?

Renfermant dans une boîte scellée tous mes doutes. Les reléguant au même rang oublié que toutes mes obligations, mes peines et mes maux... Je fis probablement la chose la plus insensée qu'il puisse être de ma stature de fils de Layca...

Mais qui saurait...?

Prenant appui sur ma seconde main, je fis pivoter mes jambes. La jambe tendue du brun compromettant mon équilibre, je pris le parti de l'enjamber, alors qu'à quatre pattes sur ce lit grinçant, l'une de mes mains vint se poser sur le haut de la cuisse de mon Élu, tandis que l'autre me permit de garder mon équilibre, reposant à plat contre le mur, près de sa tête. La mine basse, cachant mon désarroi derrière l'or, je soufflais, sentant mes joues s'embraser.

- J'espère que tu ne regretteras jamais tes propos... Alvaro Matthew Crescent...

Pliant petit à petit mon bras reposant sur le mur, je rapprochais mon buste de celui du brun. Fermant les yeux un instant, mon souffle croisa le sien. Tout geste de ma part cessa. Mêlant l'air qui me faisait vivre à celui d'Alvaro, je laissais ma main sur la pierre blanche tomber doucement sur son épaule.

- Laisse-moi te faire une promesse, Alvaro...

Prenant une inspiration, profitant de l'effluve brûlante du souffle du brun face à moi, mes doigts se crispèrent sur sa cuisse, alors que mes jambes doucement glissèrent sur l'étoffe qui recouvrait le lit. Laissant mon bassin reposer sur le bas de la cuisse du brun, j'osais relever mon visage pour faire face à celui qui était mon Élu le plus fidèle. Mon faciès à quelque centimètres du sien, l'azur s'ancra dans les lagons rubis. Une canine incertaine vint mordre avec hésitation ma lèvre inférieure. Je cherchais désespérément ce petit quelque chose qui me ferait savoir qu'Alvaro m'écouterai... Me croirai.

Mais finalement... Ne venait-il pas de dire que je pouvais lui faire confiance...?

Je n'avais plus envie de réfléchir... Seulement d'agir.

Dans un souffle fébrile, je penchais mon visage vers celui d'Alvaro. Lorsque mes lèvres furent à son oreille, j'y susurrais à peine.

- Pour toi, je deviendrai plus fort...

Je me reculais un peu, m'éloignant juste assez de son visage pour croiser à nouveau son regard. Un sourire tendre étira mes lèvres alors que dans un dernier souffle je murmurais.

- Pour toi Alvaro...

Sans attendre la moindre réaction de sa part, je vins déposer mes lèvres au coin des siennes. Ce n'était pas un baiser, n'est-ce pas...? Simplement une façon concrète de sceller mes dires... N'est-ce pas...?

Cet acte fait, je me rapprochais encore un peu du corps d'Alvaro, mon bassin contre le sien, toujours assis sur cette jambe tendue. Mes deux mains désormais reposaient sur ses épaules. Et dans un faible soupire, je vins caler mon visage au creux de son cou. Soufflant contre la peau d'opale, ma voix s'éleva, claire bien que lointaine. C'était si agréable.

- Il fait si chaud entre tes bras...

Me lovant un peu plus contre lui, j'acceptais réellement les termes de son idée... Ainsi, nous pouvions réellement ne faire qu'un...

Au diable le conformisme... Au diable la hiérarchie... Je voulais simplement reposer mon âme endolorie et fiévreuse... Juste ça...

Les secondes s'écoulèrent alors que je me laissais bercer par les battements de nos cœurs qui dansaient à l'unisson. Ainsi perdu dans les bras de mon Élu, je me sentais comme un enfant réveillé en pleine nuit par un cauchemar, qui, emplit de désespoir va se réfugier dans les bras d'un être cher.

Et comme tout enfant qui se respectait...

Je voulais mon histoire...

Prenant mon courage à deux mains, je balbutiais quelques mots, n'osant pas décrocher mon visage du cou de mon tendre Élu.

- Bien que... Je ne puisse probablement jamais te parler de moi... Est-ce que... Tu voudrais bien me parler de toi...? Je... Je sais que ça peut sembler égoïste mais... J'aimerai en savoir plus... Je... Je...

Sans réellement savoir pourquoi, je sentais l'hésitation ronger ma conscience... Avais-je le droit d'en demander tant...?

Avais-je le droit de m'abandonner à cette étreinte...?

Alors que consolation et hésitations joignaient leur chemin sur les pavés de mon esprit, mon âme toute entière s'abandonnait à celui qui m'avait une fois de plus sauvé...

Alvaro...

_________________

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MessageSujet: Re: Aux petits soins : Lorsque guérison rime avec... [PV Alvaro](CLOS)   Ven 9 Sep - 18:04

Ma vie sur Terre fut d'une monotonie et d'une tristesse sans pareil. J'ai obtenu gloire, argent et par-dessus tout la tranquillité. Mais derrière ces désirs égoïstes, la Terre n'avait jamais su m'offrir le présent auquel j'aspirais depuis maintenant si longtemps. Le plus beau cadeau que l'être humain puisse offrir. L'altérité. Le partage avec autrui. Emmitouflé dans mon voile de solitude, convaincu de n'aspirer qu'aux ténèbres, je n'avais jamais pu ne serait-ce que frôler la lumière du jour. Beaucoup craignent la Mort par peur de perdre ce qu'ils ont de plus cher au monde et de ne jamais plus les retrouver une fois revenu a l'état de poussière. Pour ma part, je ne craignais pas réellement la Mort. Je dirais plutôt... Que je souhaitais qu'on me l'inflige au plus tôt. Que la Faucheuse m'emporte rapidement pour, qui sait, pouvoir finalement trouver et avoir quelque chose a perdre une fois dans l'Au-delà. Car après tout... J'étais une chauve-souris avide de lumière.

Mais tout ceci a finalement changé désormais n'est-ce pas ?

Car la Faucheuse m'avait bel et bien laissée une seconde chance, et tel le Christ je revis la lueur du jour alors que j'étais condamné a la nuit éternelle. Et tout porte à croire que bien qu'Alea Jacta Est ne soit au fond qu'un piège a rat indestructible, ma profonde prière avait été entendue. Car dorénavant, j'avais quelque chose de précieux que je ne voulais pas perdre. Une personne que je refusais d'abandonner. Désormais... La vie avait un sens à mes yeux.

Toujours adossé a la tête du lit, jambe gauche allongée et jambe droite légèrement pliée, je continuais d'observer avec tendresse l'élu primordial qui se tenait a mes cotés. Un si bel ange... Je me devais de le protéger. Je ne pouvais pas le perdre. Car même si je ne connaissais pas la nature de ses sentiments à l'égard de ma personne, mon cœur ne pouvait se permettre de laisser filer une personne aussi majestueuse. Toute ma vie j'avais pourchassé une âme capable de me comprendre, de me sourire avec sincérité et de m'apprécier a ma juste valeur. Peut-être que le Prince faisait semblant, comme bien des gens avant lui ayant croisé ma route... Mais ses yeux n'inspiraient pas pareil soupçon. Lorsque je le regardai... Je savais qu'il était spécial. Je savais au fond de moi... Que je pouvais lui faire confiance. Le regard de l'Innocence de Layca m'avait en un sens redonné espoir quant a l'existence d'une Humanité qui vaille la peine. Sans même qu'il ne puisse le réaliser, Kamui avait su donner un sens a ma vie. Et c'est pour cette même et unique raison que j'allais lui offrir mon corps et mon âme. Que j'allais dorénavant le protéger et chercher son bonheur.

Mais parfois la vie n’était pas aussi simple. Et alors que vous vous fixez un objectif, une voie à suivre, quelque chose vient vous obliger à trancher irréfutablement. Nos existences sont faites de choix cruciaux qui déterminent des lors ce qu'il adviendra de nous dans l'avenir. Bien souvent, nous nous devons de trancher la question des priorités, et parfois même, des sentiments. Car la vie est cruelle, elle ne vous laissera jamais croquer la pomme entièrement. Nous n’avons droit qu’à une morsure, aussi grosse que peut le permettre notre bouche. Et nous devons faire de notre mieux pour déguster et savourer le potentiel maximal de cette bouchée. Mais parfois… Se contenter d’une bouchée ne suffit pas lorsqu’un reflet nous montre l’étendue du fruit divin…

Et c’est alors que le Prince me montrait ce doux reflet…

Prenant en considération mes dires, l’Ange de Layca s’était rapproché de moi. Avait-il finalement fait le choix de me faire confiance ? Avait-il compris mes dires ? Je sentis toutefois une lueur étrange brillant au fond de ses pupilles bleues. Cette étrange sensation mêlant douceur et doute. Je me demandais alors ce qui pouvait bien lui passer par l’esprit... Mais je n’eus pas vraiment le temps de me poser la question, car subitement, alors que j’avais légèrement fermé les yeux, je sentis que quelque chose me grimpait dessus. Qu’est-ce que… ? Cherchant la nature de cette sensation, je vis alors le corps fin et frêle de l’élu primordial me faire front, ses mèches blondes virevolter non loin de mon torse et… Le bas de son corps, collé à mon bassin…

’’Qu’est-ce que… ?’’

Quel geste des plus…surprenants. Le rouge ne tarda guère à venir colorer mes joues a nouveau. Cette drôle de position, était des plus… déconcertantes. Sans dire mot, je tentais de garder mon calme en respirant en rythme. Mais rien n’y faisait, j’étais pour le moins…impressionné. Je pouvais sentir son souffle inspirer le mien. Jamais nous n’avions été aussi proches l’un de l’autre… Jamais je n’avais ressenti pareil effet. Mon corps était étrange, comme subjugué par tant d’hardiesse. Comme…Ensorcelé. Je me sentais brûler de l’intérieur, et regarder Kamui s’avérait être une tache insoutenable. Il me semblait alors d’une beauté incroyable, perché de la sorte sur mon torse. Comme si un ange était venu bercer un démon de sa lumière bénie… Mes mains étaient moites, mon souffle était saccadé malgré mes efforts. Des gouttes commençaient à perler de mon front. Et… Quelque chose… Me démangeait. Un picotement étrange était venu me hanter. Une sensation ni tout à fait agréable, ni vraiment mauvaise… Ce feu qui me ravageait s’était lentement déplacé vers l’endroit où se trouvait actuellement Kamui. Bloqué, ne pouvant plus bouger, tiraillé par les flammes…

Etait-ce cela que l’on appelait Désir ?

Cette sensation d’être a l’étroit. Cette envie que jamais cela ne s’arrête… Tout était si instinctif… Je ne réfléchissais plus, je ne faisais plus qu’une seule et unique chose : ressentir. Jamais personne ne s’était amuser a décrire avec exactitude ce que nous sommes censés ressentir a ce moment-là… Imaginez donc ma légère surprise et incompréhension quant a pareil acte. Je me sentais néanmoins ridicule, car j’avais bien conscience que réagir ainsi du haut de mes 21 printemps était à ne point en douter d’un ridicule extrême. Mais je n’avais pas vraiment d’autre choix car ce domaine restait une véritable nébuleuse mystique pour moi…Puis vint alors le drame.

S’approchant toujours plus de mon visage, l’ange a la chevelure d’or me regardait avec intensité. Et sans que je ne comprenne ni comment ni pourquoi, ses lèvres vinrent frôler les miennes dans un contact aussi rapide que subtile. Cela… N’était pas réellement quelque chose que nous pouvions qualifier de ‘’baiser’’, mais… Pour quelqu’un d’aussi réservé et mystérieux que l’élu primordial, j’étais en droit de trouver cela curieux…

Oh Kamui… Jusqu’à quel point comptes tu me hanter et faire de moi un martyr ? Est-ce là la punition qui tu m’infliges pour avoir osé accepter ces sentiments profanes ? Que penses-tu réellement ? Que ressent-tu au fond de toi ? J’ai… Besoin de savoir…

Mais malgré tout, derrière ces apparences et ces gestes, tout ceci éveillait en moi de nombreux soupçons. Et parmi eux, l’attitude qu’adoptait Kamui actuellement. Se calfeutrer au fond de mon cou, unissant nos deux bassins aurait pu être interprété comme un geste provocateur, pour ne pas dire sexuel. Mais Kamui n’était pas comme ça. Admettons que quelque chose ait bouleversé l’élu a tel point que son esprit et sa rationalité ne sont plus, le naturel même serait resté intact. Or une interprétation aussi négative et déplacée me semblait futile. Non… Kamui ne cherchait pas à me provoquer, ni même à jouer avec moi…

Kamui…

Citation :

En un dormitorio oscuro del orphanato ''Los Angeles Del Silencio'', un niño que no podia dormir con el temor que tenia dentro de su corazon vino a ver a un compañero suyo que tampoco dormia, demasiado ansioso de acabar un libro de espadachines que habia empezado aquel dia.

''Alvaro…''

'' ¿Que pasa Armando ?''

‘’No puedo dormir… Tengo miedo…''

''¿Y por qué ? ¿Haz visto un fantasma o qué? ‘’

''Un Fantasma no… Pero tengo miedo a la hermana Elisabeth. Me ha dicho que me iba a mandar para el infierno… Los monstros van a venir a comer mi espíritu Alvaro…’’

''Anda ya… Los monstros no existen. Todo esto son amenazas para que quedes quieto. Las hermanas solo quieren que tengas miedo para que nunca seas un estorbo. Pero no tengas más miedo Armando, porqué te prometo que nunca nadie te va a venir a comer en tu cama. ''

''Vale… Dime Alvaro… ¿Te importa si me cuentas un cuento? Eres el único que sabe leer tan bien aquí y me encantan tus historias.''

''Hmpf…Bueno, vale. Pero que sea la ultima vez. Ya eres demasiado grande para esas cosas. Si quieres ser grande y fuerte y no temer nunca mas a las Hermanas tienes que convertirte en un Hombre de verdad. Enfin, vente, te contaré el cuento de las Tres Espadas. ''

''Gracias Alvaro! Eres el mejor !''

''Erase una vez…’’

Armando ce soir-là c'était aussi posé sur moi, enfouissant son cou dans le mien et écoutant attentivement ce que j'avais à lui raconter. Se pouvait-il que Kamui ne cherche rien d'autre que ce que ce jeune enfant effrayé cherchait ? Du réconfort et un lieu sûr...? Venais-tu chercher une chaleur familière au creux de mes bras? Tout ceci ressemblait déjà bien plus à l'Innocence de Layca. Tu n'étais pas un enfant, mais ta douceur et tes tracas faisaient néanmoins de toi quelqu'un ayant besoin de soutien parfois. Car tes épaules frêles ne savaient sans doute pas maintenir un tel poids et de telles responsabilités sans cesse... Etait-ce là un répit que tu t'accordais ? Un temps-mort dans ce cycle effréné dénommé Guerre ? Ma promesse avait-elle atteint ton cœur ? Car si tel est ce que tu cherches…

‘’Kamui… Si mes bras te sont chaleureux… Alors… Restes près de moi. Je… Saurai te protéger du froid qui hante ton cœur. ’’

- Bien que... Je ne puisse probablement jamais te parler de moi... Est-ce que... Tu voudrais bien me parler de toi...? Je... Je sais que ça peut sembler égoïste mais... J'aimerai en savoir plus... Je... Je...

Parler de moi… De lourds et interdis secrets entouraient sa personne. J’ai parfois l’impression qu’au-delà des chaines de ce monde, Kamui devait supporter le poids d’une autre prison pour son âme. Comme si un deuxième cadenas venait renforcer la peine qui affligeait son cœur. Mais n’était-ce pas là au fond la même requête que m’avait jadis formulée le petit Armando ? N’était-ce pas là simplement la petite histoire du soir afin de pouvoir s’endormir paisiblement et chasser toute crainte ? Kamui était mon petit ange que je me devais de protéger quand il serait en danger, réchauffer quand il a froid, rassuré quand il a peur et… Bercé lorsque repos est nécessaire… Entourant le corps tremblant et fragile du Prince de mes bras, j’enlaçais avec douceur l’élu primordial et le ramenait un peu plus contre mon torse. Puisse-tu y retrouver réconfort, petit Prince au regard d’Ange…

Citation :

Il était une fois… Un jeune garçon aux cheveux noirs comme les ailes d’un corbeau. Né une nuit de Novembre, le jeune garçon était bercé par une jeune femme d’une vingtaine d’année. Ces longs cheveux noirs et ses yeux d’un violet légendaire avaient su lui forger une certaine réputation. Jeune et belle gitane qu’elle était, elle vivait de chansons et de bohème dans son petit village d’Andalousie. Mais toute jeune femme est un cœur pur à prendre, et toute jeune femme finit tot ou tard par se vouer corps et âme à un Homme qui ne le mérite peut-être pas. Cet Homme, un marin britannique, était arrivé par le fameux détroit de Gibraltar. Son équipage y faisait une halte, lui permettant alors de parcourir des chemins andalous en quête de bon temps, d’alcool et…de femmes. Véritable Don Juan, il charma la belle gitane, et de ce charme naquit ce fameux enfant aux cheveux noirs. Mais il était hélas né sous le signe de la trahison et l’abandon, car son père était reparti sans dire mot a l’aube, et sa mère s’était laissée dépérir. Le petit enfant aux cheveux noirs ne marchait même pas qu’il était déjà seul. Il vécut alors l’enfer de l’orphelinat et appris a survivre par ses propres moyens. Par ses mêmes petites forces il prit le courage de fuir ce destin scellé et d’obtenir gloire et fortune ailleurs. Mais être connu et riche ne lui avait toujours pas offert ce qu’il n’avait jamais eu. Et le jeune adulte aux cheveux noirs comme les ailes d’un corbeau finit par mourir seul sur une avenue de Madrid. Seul il vint au monde, Seul il le quitta. Mais un espoir résidait encore au fond de cette terrible histoire. Car le destin avait permis au jeune homme aux cheveux noirs de renaitre a nouveau. Il naquit non pas sous le signe de la lune et de la nuit, mais sous celui du soleil et du jour. La lumière avait fait place à l’ombre dans son existence, et même si tout semblait perdu au départ, et même s’il n’avait aucune foi en la vie, aujourd’hui, le jeune garçon aux cheveux noirs comme les ailes d’un corbeau avait enfin connu le sens du moi Espoir.

Colorin, Colorado, Este cuento se ha acabado.


Et posant ma tête sur le cou de Kamui, je fermais les yeux et laissais couler une petite larme solitaire. Ce Conte était toujours le plus difficile. Me le remémorer était toujours une véritable épine dans le cœur. Et je fus comme soulagé…D’avoir pu le raconter au moins une fois dans ma vie. A quelqu’un d’autre qu’a moi-même.

‘’ Merci… Kamui…’’

Deux êtres enlacés. Deux êtres qui se faisaient mutuellement confiance. Pas de responsabilités, pas de retours ni de conséquences. Juste deux âmes qui communiquent entre elles.
Juste deux esprits qui cherchent un peu de réconfort dans l’un dans l’autre. Juste…Deux Cœurs souhaitant respirer un peu… de Bonheur ?
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Kamui
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MessageSujet: Re: Aux petits soins : Lorsque guérison rime avec... [PV Alvaro](CLOS)   Mar 20 Sep - 13:12

Il était une fois. Un conte de fée. Une chose fantastique à laquelle les enfants se vouent et se dévouent corps et âme. Qu'y a-t-il de si fantastique à se bercer de douces histoires qui le plus souvent ne riment à rien ? Les fables que nous avons tous entendu une fois dans notre vie. Ces ritournelles qui nous ont été ressassées le soir avant de nous endormir. Ont-elles réellement un sens ? Y a-t-il une utilité à tout ça ? Alors qu'étant adulte, nous n'avons de cesse de dire que tout ceci n'est qu'illusion, pourquoi nous obstinons-nous à imposer ces chroniques d'une fausseté éhontée à notre progéniture ? Les enfants sont des âmes si pures, si crédules qu'ils s'effraieront lorsque nous crions au loup, et pleurerons face au doux baiser du prince charmant pour sa belle endormie. Serai-ce un rituel initiatiques qui nous permet d'éloigner nos craintes ? Ou simplement un monceau de palabres mis bout à bout dans le seul et unique but d'être un tant soit peut intéressant ? Pourtant perdu au cœur de ces nébuleuses oniriques, les âmes innocentes savent trouver le réconfort. Les enfants abandonnés y cherchent désespérément la douceur de l'étreinte d'un parent, et y trouvent à corps perdu l'onction bénite des songes. Fermement accrochés aux merveilleux présages d'une légende commune, s'offrant à la candeur d'un instant de quiétude. Qui pourrait donc arracher ce simple plaisir des mains potelées d'un enfant perdu au sein d'un monde bien trop cruel pour lui ? Berçant un esprit immaculé de tendres fabulations pouponnes, rien ne peut étreindre un cœur meurtri de façon plus harmonieuse que la voix charnue d'un conteur sur les genoux duquel l'enfant est assis. Partageant la chaleur d'un contact, s'abreuvant d'une parole sanctifiée, il ne lui reste plus qu'à se laisser emporter au rythme des mots qui filent au cours de l'art du narrateur. Pendu à ses lèvres, l'enfant s'extasie, se rassasie, et rêve au gré d'une seule et unique voix.

Citation :

    « La cruelle Princesse »

Il était une fois, un immense royaume. Le Roi miséricordieux qui avait béni ce royaume de sa sagesse fut emporté par la maladie. La Reine, d'une voix aussi douce que le miel régna sur les contrés de son défunt époux à sa place. Mieux que le Roi, elle sut offrir prospérité et paix au peuple de ce Royaume. Aussi sage soit-elle, la maladie de son époux finit un jour par l'emporter à son tour. Elle laissa derrière elle sa seule et ''unique fille'', à qui l'ont offrit le réconfort au travers de nombreux biens. Seul à ses côtés veillait son fidèle serviteur, qui au-delà de leur ressemblance exécutait chacun de ses ordres sans broncher. La jeune fille ainsi conquise pris la place de la défunte Reine sur le Trône. Jeune et effrontée, elle désirait toujours plus. Ses sujets furent la première cible de ses méfaits, et payèrent le prix cher du pouvoir d'une Reine avide d'argent. Petit à petit, le peuple vit sa vie paisible s'effacer au profit d'un tout autre royaume. Le royaume du démon, sous le règne de la Princesse appelée la fille du démon.
    « La famine »

Le malheur et la famine frappèrent ce royaume déchu. Et jamais la Princesse ne vint en aide à son peuple. Personne n'osait s'opposer au jugement de la Fille du Démon. Seul un homme osa offenser les présomptions de la Princesse. L'intendant de la défunte Reine eut un jour la sottise d'exposer son jugement à la Princesse. Il fallait sauver le peuple de cette ignominie qui dévastait le royaume. La Princesse invoqua sa sentence. Qu'on lui coupe la tête. Le sage intendant fut ainsi abattu, sous les yeux d'une demoiselle à la tenue de feu. Le regard larmoyant, elle jura secrètement de venger son père.
    « Amour Déçu »

La Princesse s'était épanouie avec les années. Tombée amoureuse du Prince des mers, elle ordonna qu'on la marie à cet homme pour qui son cœur battait. Mais le Prince des mers avoua déjà être éperdu de passion pour une demoiselle forêts et déclina sa demande. La fille du démon ne sachant qui était cette demoiselle ordonna que l'on extermine cette demoiselle des forêts. Ne connaissant pas son visage, elle ordonna que l'on mette mette ce peuple à feu et à sang. Cette même nuit, une guerre fut déclarée entre le Royaume du Démon et le Royaume des forêts.
    « Jalousie et Guerre »

Le Royaume des forêts fut dévasté. Cependant, la demoiselle des forêts était toujours en vie. En effet, le serviteur qui ressemblait tant à la fille du démon l'avait dissimulée dans un puits où elle fut protégée du carnage. Le serviteur pensait que puisque la Princesse ne connaissait pas le visage de la demoiselle des forêts, il n'y avait pas lieu qu'elle ai connaissance de sa survie. Le serviteur lui aussi s'était épris de la demoiselle des forêts. Mais la volonté de la demoiselle des forêts passant avant son propre désir, message fut transmis au Princes de Mers que sa douce s'était réfugiée au fond de ce puits. Cependant, à son retour au Royaume du Démon, le serviteur se vit remettre une petite fiole de verre. En son sein, une note était roulée. Sur cette feuille, deux mots avaient été écrits par la Princesse elle-même : « Extermine-la. ». Le lendemain, ce fut le cadavre livide et glacial de la demoiselle des forêts que le Prince des Mers trouva au fond du puits. Le regard larmoyant, il jura secrètement de venger son aimée.
    « Mutinerie »

Une rébellion fut acheminée afin de faire tomber la fille du démon. Cette levée de la voix du peuple était menée par une femme vêtue de rouge et un homme masqué de bleu. La haine de la fille des flammes et du Prince des mers accompagnée de celle du peuple du démon, ils vinrent encercler le château du démon. Tous avaient fui le château sous le joug de la rébellion. La seule personne que les rebelles trouvèrent fut la belle, florissante et cruelle ''fille du démon''. La Princesse fut capturée et cette arrestation mit fin au Royaume du démon.
    « Derniers instants »

L'exécution de la Princesse fut organisée pour l'après-midi suivant, au moment où le clocher sonnerait son glas. ''Elle'' fut placée dans une cellule, et personne ne sut quelles étaient ses pensées. Le peuple se rassembla là où fut dressée la guillotine. Le son des cloches s'éleva, et la lame tomba. Le dernier geste qu'''elle'' adressa à son bon peuple fut un sourire. C'est ainsi que tout le monde pensa que la fille du démon n'était plus, et que leurs maux trouvaient ainsi leur fin.
    « Epilogue »

Quelques jours après l'exécution, une rumeur circula, signifiant que la personne qui fut tuée ce jour là n'était autre qu'un bouc émissaire et que la Princesse était toujours en vie. Loin de la ville, caché du regard de tous, le serviteur qui ressemblait tant à la Princesse se tenait là : « Pardonne-moi... Mon frère. »

    « C'est une histoire d'il était une fois. »

Lorsque votre Royaume de quiétude devient un enfer, quelle que soit votre volonté, vous vous devez d'être le serviteur de votre souverain.
Lorsque tous périssent par la main de votre souverain, quel autre choix avez-vous que de vous plier à la loi royale ?
Lorsque vous devez même vous rendre aveugle à l'amour pour le bien de votre mission.
Lorsque le sacrifice de soi-même est la seule et unique solution pour tenter de sauver ceux qui comptent pour nous.
Lorsque dissimuler qui l'on est peut permettre de sauver ne serai-ce qu'une vie.

Pourquoi tenter de faire croire à une illusion lorsque nous sommes nous-même les sujets de ce « Il était une fois » ?

Perdu au creux de cette étreinte salvatrice, je ne voulais plus jamais me voir séparer ce cette chaleur rassurante. Je ne voulais décemment plus m'interroger sur la raison de mon acte. N'avais-je pas depuis longtemps franchi le seuil qui séparait le chef de l'humain ? N'était-il pas trop tard pour se demander si mes actions étaient justes en tant qu'Elu Primordial... ? A mes yeux, mes qualité de dirigeant n'avaient plus de réel sens. Lorsque l'océan croisait la braise, je ne me sentais plus la force d'agir au-delà de mon pouvoir. J'avais cédé la part du loup aux oubliettes. Délestant mes épaules de ce fardeau inhumain qui m'enfonçait chaque secondes un peu plus bas que le niveau de la terre. Pourquoi donc m'obstinai-je à rester ainsi enchaîné à mes responsabilités ? Pourquoi ne pouvais-je pas quelques secondes m'offrir le luxe de n'être que moi-même... ?

Était-ce donc cela la malédiction de l'Innoncence de Layca ? Devoir agir âme et conscience pour un dessein qui n'est pas le nôtre ? Offrir son existence au profit d'une Humanité renouvelée ? Voir les générations se succéder et lutter sans jamais broncher ? Devais-je réellement effacer jusqu'à ma propre pensée pour répondre sciemment à la volonté de mon Père ? Devais-je arracher jusqu'à la plus infime parcelle de mon esprit pour respecter les principes qui m'avaient été inculqués ?

Ne pouvais-je donc pas simplement être qui je suis réellement ?

Mais ici, abandonné à cette prison tiède aux fragrances d'oranger, ne pouvais-je pas quelques instants quitter ma cellule pour obtenir le réconfort que des centaines d'années n'ont jamais su m'offrir ? Pouvais-je volontairement enfreindre les lois qui m'étaient imposées et goûter à ce repos du combattant dont les romans traitent tant ? Ne pouvais-je pas simplement fermer les yeux et oublier ?

Père, dois-je être châtié pour les actions que je commets impunément sous vos yeux stupéfaits ?

Alors si mes actes doivent être punis, accordez-moi encore quelques instants. Laissez-moi profiter encore un moment de cette tendresse si longtemps enfouie au fond de mon cœur.

Je voulais n'être que moi-même. Je ne serai plus ici une ombre, mais uniquement moi-même. Mais toi Alvaro... Sauras-tu accepter ce comportement indigne de ton supérieur... ? Sauras-tu outrepasser cette hiérarchie qui te rend si froid et partager ta solitude avec moi ? Pourras-tu simplement m'offrir le réconfort de tes bras un court moment... Je ne demande pas l'éternité Alvaro. Quelques secondes suffiront. Ne me rejette pas. Ne me repousse pas.

Parce que ma confiance en tant qu’Élu Primordial n'est pas celle de l'être qui sommeil au fond de moi. Parce qu'au-delà de l'Innoncence de Layca, il existe bel et bien un être fragile qui enfermé au fond de sa geôle désespère et pleure la présence apaisante d'une âme esseulée capable d'étreindre sa jumelle. Je voulais croire qu'Alvaro pouvait être cet être.

Je voulais croire que ma confiance déchue n'était pas une cause perdue entre les mains du brun.

La réponse à mes doutes ne tarda pas à se faire connaître. Alors que mon visage s'était timidement blotti au creux du cou de mon Élu, je sentais son trouble au rythme des battements rapides de son cœur et de son souffle quelque peu désordonné. Nos deux silhouettes si intimement rapprochées me procurait une sensation de douceur incomparable. Reposant ainsi contre la figure lénifiante d'Alvaro, je laissais un à un chaque rempart de ma conscience glisser vers l'oubli. Inhiber tout ce qui n'était qu'une façade. Agir au grand jour, être ce que je suis réellement. Accepterais-tu ceci... ?

Un étau doucereux se referma autour de mes épaules. Deux mains larges vinrent s'ancrer dans mon dos, raffermissant le contact qui joignait nos deux corps. Ainsi était-ce donc ta réponse Alvaro... ?

Sans que je n'y réfléchisse vraiment, mes mains auparavant posées sur les épaules de mon Élu glissèrent jusqu'à sa nuque. Du peu de forces que la fièvre m'accordait encore, je refermais mon emprise fragile autour du cou du brun, inhalant avec délectation le parfum prononcé de cette peau tannée et chaude collée à la mienne.

Quelques longues secondes de quiétude succédèrent à ce geste. Pas un son ne vit perturber cette étreinte. Pourtant ce moment paisible ne sut durer. Alors qu'un silence serein s'était installé dans l'infirmerie, je ne pus pleinement profiter de cet instant. Bien malgré moi, l'écho incertain du doute qui rongeait le cœur d'Alvaro s’immisçait dans mon esprit. Qu'étais-je donc en droit de faire pour amoindrir ne serai-ce qu'un peu le tracas qui envahissait seconde après seconde l'âme apaisée de mon Élu ?

Le premier réflexe que j'eus fut probablement un acte maternel. Sans vraiment y réfléchir, l'une ses mains mains fermement agrippée dans son cou se détacha du tissu de sa tunique pour se faufiler dans les mèches de jais. D'un geste consolateur, je venais caresser cette chevelure d'encre.

Dans une vibration d'abord hésitante, j'entendis enfin la voix de velours s'élever. Comme au premier jour, le son de ce timbre sensuel me fit frémir. Continuant mon office alors que mes doigts s’emmêlaient tranquillement à l'encre, je me faisais l'enfant timide qui sur les genoux du narrateur averti se laissait bercer par la féerie d'une monde qui n'est pas le sien.

Les paupières closes, je me laissais entraîner par le récit du brun. Au fil des palabres qui s'échappaient des lèvres du bruit, je m'apaisais, laissant mon esprit vaquer librement. Pouvais-je qualifier mon acte de voyeurisme... ? Tout ce que je pouvais dire était que cet acte ne fut pas volontaire. Écoutant le conte d'une vie, je ressentais au gré des mots les émotions d'Alvaro envahir ma tête. Tristesse, solitude, trahison et abandon. Tant de noirceur vint appuyer la narration de mon Élu. Pourtant, alors que les derniers mots furent prononcer, le noir se vit percer d'un peu de lumière. Les ténèbres se dissipèrent en même temps que l'étreinte d'Alvaro se resserra sur moi. Mes doigts toujours affectueusement affairés dans sa chevelure, je sentis son front rencontrer mon épaule, alors que dans une ultime parole, le brun me remercia.

Ainsi s'était donc déroulée l'existence d'Alvaro... ? Jeune homme à qui le monde n'avait pas souris au-delà des masques... N'était-il pas humoristique que celui qui jouait en permanence un rôle sur scène soit celui qui se fasse finalement berner par les atours de celui à qui il se confiait... ?

Alvaro, sauras-tu seulement me pardonner un jour ?

Relevant doucement la tête, rouvrant les yeux sur ce monde clair obscur, je glissais ma main libre dans le cou du brun, l'incitant d'un geste tendre à relever son visage vers le mien. Effleurant du bout des doigts la peau de cette joue pâle, je croisais à nouveau ce regard incendiaire. L'azur se voila un court instant d'une parure de tristesse. Ma seconde main quitta les mèches d'ébènes pour venir reposer au creux du cou de mon Élu. Me redressant imperceptiblement, je rapprochais mes lèvres de sa joue et vint y cueillir l'unique perle salée qui s'était échappée de ces lacs rougeoyants.

J'éloignais mon visage de quelques centimètres du sien, ancrant les perles d'azur au fond de ce regard perturbé. Alvaro, pourrais-je dignement te remercier de t'être ainsi confié à moi sans aucune pudeur ? Un sourire d'une tendresse infinie vint se dessiner sur mes lèvres alors que dans un souffle doux je murmurais.

- Ne me remercie pas ainsi lorsque tu es celui qui m'offre sans retenu sa confiance et son âme.

Observant avec minutie les traits parfaits du brun, l'idée que sa beauté égalait celle de sa défunte mère m'effleura. En avait-il seulement conscience ? Enfant de Bohême orphelin, il avait malgré tout ses maux réussi à tracer son propre chemin. Pourtant ce succès semblait avoir un goût amer ainsi décrit par ses soins. Comment un homme qui semblait avoir acquis tout ce dont les terriens cupides rêvent ne trouvait pas satisfaction dans l'or et la gloire... ? Mon regard s'attendrit alors que la réponse à cette question idiote vint d'elle-même s'imposer dans mon esprit.

Alvaro n'est pas comme les autres.

D'un geste empli de délicatesse, mes doigts vinrent caresser la joue d'opale. Avait-il réellement trouvé une chance d'atteindre la complétion en découvrant le monde d'Alea Jacta Est ? Pourtant dans mes souvenirs, tout portait à indiquer le contraire. Lui, si avis de liberté. N'était-il pas comme moi, au fond ? Oiseau indéniablement enfermé dans sa prison dorée ? Mais si ici il avait su trouver une pointe d'espoir, je voulais pouvoir l'aider à atteindre ce à quoi il aspirait. Dans un souffle je lui confiais.

- Quelque soit notre place dans la hiérarchie... Même si demain je ne serai probablement plus ce que je suis actuellement... Je veux que tu saches qu'au jour d'aujourd'hui, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que tu atteignes cette lueur qui fait miroiter l'espoir au fond de ton cœur.

J'enfermais mon rang dans cette boîte de Pandore. Est-ce que cela pourrait changer quelque chose ? J'avais entre mes mains le destin d'une centaine d'hommes et de femmes... N'était-ce pas un pari hasardeux que de vouloir miser sur la quête du bonheur de quelques uns... ? N'avais-je pas déjà failli en tant que supérieur dès l'instant où j'avais voulu être le défenseur de mes troupes ? Père, était-ce la mauvaise voie sur laquelle je m'engageais... ? Pourrais-je seulement un jour savoir si je me suis égaré ?

Si un quelconque châtiment devait m'être infligé, alors je l'accepterai avec grâce. Parce qu'aujourd'hui la cellule de mon âme au barreaux élimés semblait me dévoiler une issue jusqu'alors jamais envisagée. Ne serai-ce qu'avec une personne, trouver l'indice d'un passage qui nous mènerai vers la liberté. Et si cette liberté n'était pas physique, le fait qu'elle puisse être tout autre m'aurait amplement suffit.

Mon regard fixé dans le sien, je laissais se dissiper le sérieux qui pouvait se lire au fond des lagons océaniques. Je ne devais pas l'inquiéter plus que je ne le faisais déjà. Il m'avait remercié... Peut-être d'avoir allégé le poids qui pesait sur sa conscience... ? N'était-il pas celui qui m'avait invité à l'interroger plus profondément sur l'être qu'il avait un jour été.. ?

Une légère rougeur s'installa sur mes joues alors qu'une idée vint fleurir dans mon esprit. Détournant le regard, sentant l'intimidation poindre bien malgré moi, je l'interrogeais d'une petite voix hésitante, enfant fautif qui dans un caprice aimerait en savoir plus.

- Je... Les derniers mots que tu as prononcé à la fin de ton récit... Était-ce des paroles provenant de ta langue natale... ?

Mon visage s'empourpra légèrement lorsque j'osais prononcer, mon regard timidement posé sur mes doigts qui trituraient le col de sa tunique.

- Serait-il possible... Que tu me dises quelque chose dans cette langue... ? Peut importe quoi ! Je... Je voudrai simplement encore entendre ta voix prendre cette intonation si rassurante...

N'était-ce pas un peu osé de ma part de dévoiler ainsi mes pensées ? Ne m'exposais-je pas déjà beaucoup trop la vulnérabilité dont j'étais le sujet ? Mais à n'avoir de cesses de se cacher, ne finit-on pas par s'oublier... ? Alors quitte à oublier jusqu'à la dernière goutte de ce que j'étais réellement, je voulais une dernière fois pouvoir exprimer ce que je ressentais vraiment.

Je voulais seulement vivre l'instant présent tel que je suis réellement.

Je n'avais cure des « Il était une fois ».

Je voulais simplement être moi.

_________________

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MessageSujet: Re: Aux petits soins : Lorsque guérison rime avec... [PV Alvaro](CLOS)   Lun 31 Oct - 18:31

Une pièce légèrement éclairée par les reflets lumineux de la Lune régnant sur les vastes contrées d'Alea Jacta Est, une porte crochetée, deux lits joints pour n'en former qu'un seul et deux êtres, allongés là, dans le calme profond, se laissant guider par les échos de leur respirations conjointes. Parmi eux, le Prince de cet immense château abritant le dieu Layca. Sa chevelure d'or et ses traits fins faisaient honneur à son rang. Charismatique, compréhensif, sensible et vaillant, le Prince semblait avoir toutes les qualités requises. Ce dernier était alors accompagné de son plus fidèle serviteur. Se considérant comme Chevalier du Prince, le scorpion aux cheveux de jais avait juré fidélité a celui qu'il considérait désormais avec respect et dévotion. Ces deux êtres pourtant unis dans un lien bâti dans le sang et les larmes avaient su mettre de côté les peines, la guerre et la hiérarchie pour retrouver une quelconque once de cette humanité qu'ils perdirent en offrant leur dernier souffle sur Terre. Devenus des monstres guidés par la violence et la mort, chaque pion ne se livrait à rien d'autre que ce combat éternel et insensé. Ces chaînes invisibles mais puissantes n'épargnaient personne. Pas même le Fils de Layca... Mais l'espace d'une nuit, d'un reflet sur la fenêtre de l'existence, ces deux êtres se sont laissés guider par les pensées et leurs émotions. Plus de guerre, plus de haine, plus de sang ni même de pleurs. Kamui et Alvaro ne souhaitaient plus que profiter de ce cours repos qu'ils s'étaient autorisés. De ce cours instant...Rien qu'à eux deux. Enlacés... Espérant que Présent devienne...Éternité.

Encore troublé par les remous de mon passé, je fermais avec douleur mes paupières sur mes yeux mouillés et posant mon menton sur l'épaule de l'élu primordial. Il était difficile de faire face à toutes ces choses que vous refoulez depuis tant d'années désormais. Ma vie sur Terre s'était résolu à une vulgaire mascarade, un pure mensonge qui me tuait à petit feu de l'intérieur sans que je ne m'en rende compte. Se mentir à soi même pour se protéger, peut-être est-ce là le seul moyen qu'il nous reste lorsque tout semble perdu d'avance ? Ou peut-être n'est-ce qu'une façon comme une autre de croire que nous sommes ce que nous n'avons jamais été et ne serons jamais. J'avais, à tort, placé ma force dans la solitude et l'isolement, sans jamais comprendre que tout ceci m'effrayait et nuisait à ma propre existence. L'être blasé et triste que j'étais ne fut pas créé par les aléas de la vie. Ce fut mon esprit et mon cœur qui interprétèrent ma destinée dans cet halo de ténèbres et qui m'enfonçait toujours plus dans la misère et le désespoir. Mes accomplissements, mes actions... Elles n'eurent jamais aucun sens du moment je ne les exécutait que pour mon propre amour propre et mon orgueil. Les Humains sont des êtres faibles qui ne suffisent jamais à eux-mêmes. Ainsi... Le bonheur dépend d'autrui et la solitude et notre plus grand effroi. Et tout ceci, hélas, je ne pus le comprendre qu'en faisant face à un destin qui semblait pourtant des plus funèbres à ses prémices. Privé de liberté, privé de volonté et privé de droits, le destin m'avait alors obligé d'accorder ma confiance à ce que j'ai toujours chassé avec ardeur. J'ai du croire en Autrui. Et c'est pour cette raison qu'aujourd'hui, maintenant et pour toujours... Je crois en toi Kamui.

Mais tout ceci était plus qu'une question de confiance. Ni même d'amitié. La représentation qu'avait Kamui au plus profond de ma chair allait bien au-delà de ces banales considérations. Peut-être était-ce la folie qui me guettait, ou peut-être qu'il m'avait réellement permis de naître à nouveau et d'avoir une seconde chance. Cette main qui parsemait alors mes cheveux et l'autre qui parcourait adorablement ma joue fatiguée... Elle était si douce et si précieuse. La vie m'avait privé de tout contact maternel. Je n'avais jamais connu la douceur des gestes et des mots. Ainsi... Je souhaitais de tout mon cœur que cette légère paume regorgeant de douceur jamais ne me quitte. Reste près de moi Kamui. Reste pour toujours à mes côtés... Que cette main soit mienne et que nos deux chaînes s'entremêlent avec force pour se briser définitivement et pouvoir enfin d'être heureux... Pour l'éternité.

Mais je savais pertinemment au fond de moi que cet espoir était futile. Nous n'allions jamais pouvoir être heureux ensemble. Cette seconde chance était truffée de pièges et la malédiction planait sans cesse au-dessus de nos têtes. Et puis... Rien ne pouvait me garantir que le Prince de Layca souhaitait réellement se libérer de ses chaînes en ma compagnie. Peut-être au fond n'en avait-il rien à faire de mon existence. Peut-être n'étais-je qu'un pion pour lui... Un simple outil sensé servir la guerre de son divin père. Car malgré la confiance que j'ai pu placer dans mon élu primordial, il n'en restait pas moins ce malheureux doute concernant ses réelles intentions. Je ne savais pas au fond qui il était vraiment, et ses pensées restaient closes derrière un verrou impénétrable. Kamui m'avait montré ses faiblesses et ses forces, mais je n'avais jamais eu le privilège de connaître la réelle personne qui se cache derrière ce masque apparent et, au fond de moi, j'étais persuadé que jamais je ne la connaîtrait. Ce fait me rendait triste et heureux à la fois. Triste car tout n'était peut-être que mensonge et théâtre et donc notre relation n'était que factice, heureux car cette douceur enivrante jamais ne se ternirait tant que la scène restera disposée de la sorte. En ce qui me concernait à ce moment précis, mon choix fut vite fait. Rien en ce monde n'était à portée de main, rien ne pouvait être modifié par sa simple force de volonté. Tout était calculé, déplacé, dominé, centré au millimètre près par des maîtres du jeu impitoyables. De ce fait... Fallait-il nous borner à rechercher ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas ? Je préférai m'adapter aux règles du jeu et profiter de ce que peut m'apporter l'élu primordial sans me poser de questions. Le chevalier qui protège le Prince sans dire traitre mot car cela le rendait heureux. Tel était désormais ma philosophie, peu importe qu'elle ne reflète qu'un vaste tissu de mensonges. Et pourtant...

Les mots qui sortirent alors des douces lèvres de Kamui vinrent semer le doute dans ma logique pourtant inébranlable. Ces yeux limpides et justes me dévoraient du regard alors que ces lèvres bougeaient simultanément pour me convaincre qu'il sera toujours à mes côtés et qu'il est prêt à défendre mes propres espoirs. Pourquoi pouvais-je sentir une certaine sincérité dans son regard, dans ses mots et dans ses gestes ? Ses opales teintées d’émeraude ne pouvaient décemment pas mentir. Existait-il une chance que, malgré tout ce qui nous oppresse, le Prince éprouve de réels sentiments à mon égard dont la nature exacte n'importerait que bien peu ? Tant de questions et si peu de réponses. Je me disais alors ironiquement que j'aurais tous le temps nécessaire pour élucider ce mystère, même si cela allait sans doute me demander une rigueur éprouvante.

Me délectant encore de ces instants dorés, je patientais alors dans un silence salvateur. Je me concentrais sur les sensations éprouvées... Nous étions deux, nous étions seuls... Qu'il était agréable de ne penser à rien... Et puis, Kamui me posa alors une question à propos de mon petit récit bibliographique et plus particulièrement de la conclusion. Il fit référence à la toute petite phrase qui me semblait familière mais qui, il est vrai, pouvait perturber les personnes qui ne la connaissaient pas. Je ne m'étais jamais réellement posé la question sur ce fait, mais nous pouvions tous nous comprendre en ces lieux tout en pouvant néanmoins faire usage de nos langues maternelles. Je ne sais pas réellement comment dénommer l'étrange langue qui est commune à chacun des pions, mais il semblerait que ma langue natale ne s'en rapproche finalement pas.

''Oh, tu veux dire la petite phrase qui ponctue mon histoire ? Hm... Laisse moi réfléchir. Et bien... Il n y a pas réellement d'équivalent propre à la langue que nous parlons actuellement. C'est en quelques sortes un ''Et ils vécurent heureux pour la vie'' sans réellement l'être. Je ne saurai pas vraiment te l'expliquer...''

J'étais étrangement gêné par la réaction de Kamui. Ces paroles me firent prendre conscience de la distance qui nous séparait sur bien des points, notamment sur le point de la culture. Si Kamui ne me comprenait pas, c'est qu'il ne pouvait en aucun cas provenir du même contexte que moi. J'étais alors curieux d'en savoir plus mais je décidai de garder ces questions pour moi pour le moment. Je complétais alors ma réponse à la timide question de l'élu.

''Dans tous les cas, tu as bien deviné. Ces étranges mots ne sont autres que des restes de ma langue natale. Une langue que j'avais tendance à renier dans le temps mais qui aujourd'hui... Me semble étrangement familière et faisant partie intégrante de ma personne. Ce n'est rien d'autre que de l'espagnol. Ce n'est sans doute pas la première fois que tu l'entends.''

Je reprenais alors mon souffle puis dans un léger soupire, je levais légèrement les yeux au plafond, offrant à l'élu primordial des détails sur mes véritables origines.

''Cette langue... Fait partie de mon patrimoine car j'ai vécu l'essentiel de ma vie en Espagne. Mon enfance près d'un village non loin de Séville puis j'ai migré à la Capitale durant mon adolescence jusqu'au jour de ma mort. Ceci explique comment j'ai pu échapper à l'horrible accent propre aux andalous. Mais tout ceci ne doit pas vraiment t'intéresser à dire vrai. Pardonne mes babillages incessant Kamui.''

J'étais si bavard... Je ne m'étonnais pas vraiment que mes opposants me narguent avec mes monologues. Moi qui suis pourtant si renfermé, j'avais un amour indéniable pour les incessantes vagues de palabres bien souvent peu intéressantes. Mais tout ceci n'était peut-être que l'inévitable conséquence de l'éloignement et du silence que je m'imposais en tout temps. Je replongeai alors mon regard sur le doux visage du Prince, et je fus surpris de constater que ces joues étaient légèrement teintées de rose alors que ces yeux mangeaient mon col. C'était comme s'il s'apprêtait à me dévoiler quelque chose de gênant qui l'empêchait de supporter le poids de mon regard...

Et c'est alors que j'entendis sa requête. Une requête aussi innocente que surprenante... Le Prince voulait que je lui dise quelque chose d'autre dans la langue qui était la mienne. Ma curiosité fut alors naturellement piquée à vif. Pourquoi faire ? L'élu me précisai alors que mon ton était rassurant lorsque j'employais cette forme de langage. Rassurant... Quel étonnant constat. Mes origines m'accordaient-elles une certaine assurance dans mes agissements ? Quoiqu'il en soit, exécuter sa requête n'était en soit pas un exercice bien compliqué, mais ces quelques mots timidement prononcés eurent l'effet d'un boulet de canon intimidant pour moi. Rougissant à mon tour, je toussais alors légèrement pour exprimer ma gêne. Puis je repris lentement ma respiration et j'accordai cette requête à l'Ange blond de Layca.

''Dire quelque chose dans ma langue natale... ? Et bien voila qui est... Pour le moins inattendu de ta part Kamui... Pour ma part je n'y vois aucun inconvénient. Mais a une seule et unique condition : Que tu ne me demandes pas ce que veulent bien signifier ces mots. Entendu?''

Fermant un instant mes yeux, je réfléchissais alors à ce que j'allais bien pouvoir lui dire. Je fis alors le choix de simplement écouter ce que mon coeur avait à dire. Transcrire mes émotions à l'aide de ces sonorités qui m'étaient si familières. Traduire les échos de mes sentiments par la force de mes origines. Tisser un lien unique et sacré entre nos deux êtres, sans qu'il ne puisse le percevoir. Je tenais là peut-être mon unique chance d'ouvrir la cage qui tenaient mes émotions en captivité éternelle. Il me fallait la saisir... Laissant libre court à mon souffle, je prenais alors un ton lyrique et assuré pour cacher le bouillon d'émotion qui me parcourait alors tout en fixant Kamui du regard.

Citation :
En esta noche llena de estrellas, solo deseo una cosa. Quedarme para siempre contigo.
Te prometo que jamas te dejaré solo. Siempre estaré presente cuando llores. En mi podrás confiar en cada momento, en cada suspiro...
Porque te seré fiel hasta el fin de nuestras vidas.
Y a pesar de todas las cadenas que nos arrebatan nuestra libertad, y que nunca podré aprovechar de tu mirada al igual que yo te miro,
la llama que arde en el fondo de mi corazón jamas podrá apagarse.
Aunque ahora...No me entiendes y nunca sabrás lo que te he dicho esta noche, solo quería decirte que...
Te quiero.
Te quiero desde el mas profundo de mi alma. Pero este amor jamas podrá existir fuera de mi espíritu.
Y nunca podrás saber que mi corazón solo vive por ti a partir de ahora... Eres mi fuerza y mi esperanza. Para siempre.

Mes joues me brûlaient d'un feu infernal dés lors que je ponctuais ma tirade d'un point d'orgue salvateur. J'aurais tant voulu l'embrasser à cet instant, fasciné par les lèvres entrouvertes de cet être qui m'écoutait attentivement. Mais ceci était hors d'atteinte. Bridant les flammes du désir, je contenais alors tant bien que mal la gêne qui en résulta. Je détournai alors mon regard de braise de celui du Prince, bien trop intimidé pour supporter la tension du moment. Ne cherchant pas à ce que Kamui réagisse à mes vastes paroles, je pris à nouveau la parole pour chasser cette intenable intensité qui planait désormais dans la pièce. Repoussant la mèche qui me cachait la vue sur le côté, je m'allongeait alors lentement aux abords de Kamui en m'adressant à lui.

''J'espère que ces quelques phrases t'auront satisfait. Comme convenu je n'en dirais pas un mot de plus à leur sujet, et je suggère que nous nous reposions désormais. La nuit n'aura pas été de tout repos pour toi Kamui, et tes fortes responsabilités impliquent que tu sois en pleine forme. N'aie crainte en ce qui concerne les autres pions, j'ai fermé la porte à clé, personne n'entrera ici, et dans tous les cas je veillerai à ce que ton repos soit respecté jusqu'à l'aube. Tu peux... me faire confiance. ''

Et allongé à ses côtés, je fis alors un dernier geste qui se voulait rassurant. Tentant de sourire tant bien que mal afin de rassurer l'élu primordial quant à mes intentions, je lui tendis ma main afin qu'il puisse s'endormir en paix tout en étant persuadé que je ne le quitterai pas cette nuit. Car telle était mon intention.

''Je ne t'oblige à rien évidemment, mais si cela peut te permettre de mieux dormir... Alors n'hésite pas et prend ma main. Bien sûr tout ceci n'implique rien... Et puis je n'ai jamais réellement su ce que cela pouvait faire mais j'ai déjà entendu dire qu'une simple main pouvait rassurer certaines personnes alors... Si tel est ton cas...''
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Kamui
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MessageSujet: Re: Aux petits soins : Lorsque guérison rime avec... [PV Alvaro](CLOS)   Sam 10 Déc - 15:13

Une sérénité qui vous donne l'impression de ronger chacun de vos sens. Équanimité sulfureuse qui vous enveloppe de sa douce aura de plénitude. Un souffle, un soupir. L'aise s'empare de votre chair. Le sang boue dans vos veines à la température d'une fièvre aphrodisiaque. Le dernier rempart de votre être se laisse succomber à l'iridescente démence d'un instant de quiétude. Aussi fantasmagorique que l'ombre opaline d'un songe. Onirisme aux intonations d'invraisemblable. Morsure onirique d'une réalité disparue. Pourtant rien n'est plus concret que le toucher d'une peau contre la votre. Étroitement enlacé. Affectueusement serré. Désespérément enchevêtré. C'est à cet instant là que la vie semble reprendre son cours. Trop longtemps scellé. Éternellement désabusée. Que faire ? Bercé par le ressac d'un cœur battant en parfaite communion avec le vôtre. Emporté par le tumulte d'un flot serein qui s'écoulerait dans toute sa splendeur sur la plaine à peine éclairée par les dernières lueurs blafardes du crépuscule. Les dernières effluves de l'air gorgé de chaleur épanouissent vos sens, vous font admirer de nouveaux horizons. Vous vous perdez. Chercher ? Pourquoi faire ? Où donc iriez-vous vous réfugier ? Que cherchons-nous d'autre ? L'exprès sentiment de la satisfaction vous sied avec délectation. Boire le délice d'un instant d’exaltation avec la même ardeur que l'on peut attacher à ces choses qui font hurler notre cœur. S'abandonner avec passion au gré des flots d'un torrent qui n'est pas le nôtre. Accorder à l'aléa le bénéfice d'un doute auquel vous attachez des vertus flambantes. Se laisser lentement consumer par l'admirable naïveté d'un candide éclat d'oubli. Cependant, l'étincelle de votre devoir rugit au fond de vos entrailles. En avez-vous seulement le droit ? Pourquoi donc s'offrir à pareil vice de futilité... ? Ne vaudrait-il pas mieux de s'enfermer à nouveau dans le marbre ou le granit ? Glaciale nature qui un jour ou l'autre finit par vous rattraper. Emprunte indélébile d'un mal qui vous broie, et n'attend que votre répit pour se tapir dans l'ombre et mieux s'emparer de l'organe qui quelques secondes libéré de ses propres chaînes s'enfreint à une dérive mortelle. Cette chimère d'une obscure noirceur éclaire le chemin qui vous mènera jusqu'à votre perte. Car, pourquoi tant se leurrer ?

Vous êtes déjà perdu...

Alors que les mots s'étaient échappé de mes lèvres, oisillons quittant leur nid après une couvée bien trop longue, je ne savais plus où poser mon regard. Que m'avait-il pris de lui poser pareille question ? Tous mes faits et gestes me semblaient si abstraits et contraires à ce que je devais être. Cette lueur d'hésitation qui miroite solennellement au fond de l'océan d'azur. L'opale d'une main qui s'agit nerveusement sur les contour d'un tissu qui ne couvrait pas mon propre épiderme.

Quel était donc le mal qui s'était emparé de mon esprit ? Avais-je été avili par la chaleur rassurante que pouvait dégager Alvaro... ? Pourquoi étais-je seulement allé le rejoindre en son antre étoilée caressée par le vent ? Quelle folie avait dérangé mon âme pour que cette aube là je me sois si désespérément jeté dans ses bras.. ?

Pourquoi lui accordais-je tant d'importance... ? Tout ceci n'avait pas de sens. Il était mon subordonné. Mon Élu. Celui à qui je pouvais déléguer les tâches qui m'incombaient sans jamais avoir le seul doute que la situation pourrait s'aggraver. Il n'était pas comme les autres. De son regard pourfendeur où s'accrochaient les lueurs incandescentes des flammes, j'avais succombé d'une façon insoupçonnée à l'âtre de douceur que mon Élu m'offrait... Non..

A cet instant, il ne semblait plus être mon Élu. Il était lui-même. Cet homme qui sur Terre avait mené sa propre existence. Ce jeune homme qui de ses tourments et ses maux avait su conduire sa vie comme il l'avait souhaité.

Ce n'était plus un pion. Il était humain.

Mes doigts se crispèrent imperceptiblement sur l'étoffe qui enlaçait le cou du brun alors que je réalisais l'ampleur que tout ceci pourrait prendre. Trop de choses me tiraient vers mon humanité. Tant d'éléments qui s'amoncellent. La candeur qui m'émeut lorsque Jay s'agrippe en riant à mon cou. L'effroi qui me ronge quand l'azur croise le regard céruléen du démon qu'était Andrew. La douleur qui m'anime à la vue de Castiel. La haine qui me dévore au son de la voix d'Astaroth...

La chaleur qui s'empare de mon cœur lorsqu'Alvaro me tient contre lui... Je...

Je fus tiré de ma réflexion par le son de sa voix. Je pris mon courage à deux mains et tentais de poser les lagons emplis de timidité au fond des orbes rougeoyantes. J'essayais de m'imposer le calme. N'était-ce pas un comble pour celui qui savait jouer des émotions des autres de ne pas savoir contrôler ses propres tourments ? Je retenais un souffle tremblant en entendant la fin de sa phrase. Il ne voulait pas que je lui pose une quelconque question sur le sens de ses propos... ?

D'un hochement fébrile, je lui donnais mon aval afin qu'il puisse se lancer sans une once de doute.

Mais devais-je lui cacher la vérité... ? Devais-je lui dire que les années et mes connaissance m'avaient offert un luxe que peu ont la chance de connaître. La bibliothèque aussi bien que cet homme avaient su attiser ma curiosité. Ma soif d'apprendre n'avait jamais été aussi éprouvée qu'à l'entente des mots qu'il pouvait prononcer dans ces nuances et ces palabres qui n'avaient aucun sens à mes yeux. Fasciné... Non, émerveillé.

Les livres avaient été mon refuge. Apprendre sans jamais oser entrouvrir les lèvres. Sous le regard inquisiteur d'une ombre aux longues mèches de bistre. S'y perdre à la lueur d'une bougie. Traîner ces recueils de savoir jusqu'aux tréfonds des grands jardins. S'abandonner à l'herbe grasse, aux doux rayons du soleil et se perdre au travers de récits dont les contes proviennent de contrées si éloignées. D'autres mondes, d'autres merveilles, d'autres univers.

Un frisson remonta mon échine lorsque les orbes carmines se plantèrent dans l'azur perturbé. Une inspiration commune. L'air resta bloqué dans mes poumons, lié par le nœud qui encombrait ma gorge. Lui expira ses volontés. Expia un mal qui semblait le dévorer. Mon cœur ne cessa de s'emporter au fil des mots.

Un hoquet.

« Te quiero. »

Ce regard, cette voix, ce timbre et... Cette phrase. Mes yeux se rivèrent immédiatement sur mes doigts toujours fermement agrippés à son col. La chaleur embruma mes joues alors que je tentais de ne pas m'emmêler les pinceaux.

Non Kamui. Alvaro était un comédien. Ce ne peut qu'être une tirade aux allures de romances déchirantes. Rien de plus... N'est-ce pas... ?

Alors pourquoi mon cœur se fait-il si douloureux ? Je relevais un regard tempétueux sur le visage du brun qui clôtura ses propos d'un court silence... Pourquoi détournes-tu les yeux Alvaro... ? Aurai-je tort de penser que... Mes doigts relâchèrent doucement leur emprise sur le tissu malmené. Le souffle perdu, cherchant à capter le regard de braise, comprendre. Qu'est-ce que tout cela pouvait signifier... ? Ces paroles... ?

M'étaient-elles... adressées... ?

Ma poitrine me fit mal à cet instant. Manquant un battement, mes lèvres s'ouvrirent pour se refermer. Alvaro... Serai-je en train de me tromper... ? Mais alors... Pourquoi me dire ça maintenant... Pourquoi avoir choisi ces quelques paroles alors que nous sommes si proches... Est-ce que... ?

Tendant une main tremblante vers son visage je... Je devais comprendre. Cette marrée de sentiments qui agitaient son âme. Tout ceci.. Tout ceci ne pouvait pas être feint... Je... Je devais comprendre... Ce n'est que de la curiosité... Je n'y prête pas réellement d'intérêt... Ces mots ne m'ont pas retourné...
Ces mots ne...

Mes doigts allaient effleurer la peau rougie de ses joues fines. L'air s'insinuait difficilement dans mes poumons. Le cœur terrassé par un sentiment que je ne connaissais pas. Ce sentiment que tu venais de m'offrir au gré du chant d'émotion que tu m'avais prodigué..

Mais tout se brisa. La parole redevint sereine. Toute once d'émotion sembla se balayer de son esprit. Reprenant ce ton si cérémonieux que je lui avais toujours connu. Mes doigts s'arrêtèrent... Si près de leur but. Mes pupilles s'agrandirent alors que je réalisais l'étendue de mon effroi. J'y avais cru. J'avais cru que tout ceci pourrait être... Vrai.. Mais qu'as-tu pu croire Kamui... Ta naïveté t'a encore coupé l'herbe sous le pied... Petite fille perdue aux bras de l'univers, tu n'as jamais cessé de croire. Mais pourquoi crois-tu... ? Pourquoi n'as-tu pas encore compris... ?

Toute chance de pouvoir effleurer le bonheur avait été arraché. Déraciné d'un aboutissement universel.

Ceci n'était plus mon devoir. Et Alvaro mit un point d'honneur à me le rappeler.

''La nuit n'aura pas été de tout repos pour toi Kamui, et tes fortes responsabilités impliquent que tu sois en pleine forme.''

Ramenant ma main à moi, je laissais Alvaro achever sa phrase. Je fermais les yeux en même temps que je le vis s'allonger. Me reculant pour lui permettre d'agir plus amplement, je m'agenouillais lentement sur le matelas. Mon genou frôlant encore sa jambe désormais étendue. Un souffle m'échappa.

Mes paupières s'ouvrirent à nouveau à l'entente de sa voix. Rassérénée et ponctuée d'une note de douceur, l'azur se posa sur le rubis. J'observais ce sourire et cette main tendue. Rien ne semblait vouloir ternir ce parfait tableau.

Alors pourquoi mon cœur me faisait-il tant souffrir... ?

Non.. Je ne pouvais plus me permettre tout ceci. C'était fini.

Je déviais prestement mon regard sur le côté. Mes doigts se crispèrent un court instant sur mes genoux. Inspirer, expirer.

Ce fut un sourire charmant qui vint à nouveau s'étaler sur mes lèvres lorsque je tournais à nouveau mon visage vers celui de mon Élu. Un léger rire s'échappa de mes lèvres. Remarquerait-il que toute note de joie s'était envolée... ? Un chant éteint. D'un battement de cil, je balayais toutes ces idioties qui avaient tenté de me détourner de mon rôle.

Mon sourire s'étira alors que je scellais à jamais mes émotions dans cette boîte de Pandore que tu as ainsi mis à mal. J'avais cru pouvoir retrouver ce qui m'avait été arraché. Mais ce monde n'est pas celui qui pansera mes plaies. Je ne devais plus être si fragile... Mais y arriverai-je... ? Ancrant mon regard dans celui de mon Élu... D'Alvaro... Une larme coula sans que je ne le remarque le long de ma joue. Échappé de cet océan de solitude. Échappé de cette boîte qui jamais plus ne pourra être scellée comme elle le fut.

Il avait exacerbé mes maux. Il avait ouvert la porte à l'espoir dans mon âme. Mais je ne pouvais y goûter. Je devais faire la part des choses. Dans un souffle je murmurais pour moi sans un geste.

- Quelles que soient tes intentions... Je me suis probablement confié à toi dans cet instant de tourment... Mais je tiens à ce que tu ne te trompes pas... Je n'en reste pas moins le fils de Layca... Agis comme bon te semble lorsque nous sommes ensemble... Mais n'ose pas outrepasser la loi qui régit ce monde...

Portant à nouveau l'océan sur les flammes, mon sourire se radoucit paisiblement alors que je vins répondre à sa demande d'une voix claire.

- Une dernière fois.

Ma main vint se saisir de la sienne. Me rapprochant lentement de son corps allongé, je vins doucement poser ma tête sur son épaule, glissant une main délicate sur son torse. Pourquoi étais-je donc en train d'agir ainsi... ? Peut-être parce que le cœur à ses raisons...

Un rire s'apparentant à un sanglot s'échappa de mes lèvres alors qu'au fond de mon esprit, je marquais au fer rouge ma conscience de cet échec. De cette erreur. J'avais succombé à la suave caresse de cet instant d'innocence. Ceci devait être un serment.

Plus jamais ceci ne se reproduirait.

Plus jamais.

Les quelques lignes d'un ouvrage me revinrent, brisant les dernières trace de cette immaculée croyance qui avait si longtemps mu mon âme.

« The Fire of Hatred that was burning in them was cooled – and darkness gave place to the Dawn of Wisdom. The sky showered raindrops to soften the earth and lay down dust. How can the Lament operate against The Divine Will ? »

Il est des choses en ce monde contre lesquelles personne ne peut lutter. Certains sont immémoriales, d'autres découlent de la simple existence. Mais que peut-on faire contre celles-ci...?
Les consonances d'un seul et unique mot qui peut faire vibrer d'entrain. Pâlir d'effroi. Trembler de regret. Quelques lettres qui dans cette suite logique traînent leur lot de conséquences. Que vous le vouliez ou non. Suif qui vous étouffe de son épaisse maille de ténèbres. Enveloppe décharnée qui au fil des secondes qui s'égrainent s'empare de chaque parcelle de votre vivant. Votre souffle se fait court. La gorge nouée, le cœur lourd d'un fardeau qui n'engendre que douleur et choix. Vous n'étiez pas fait pour ça. Pas fait pour mener, pas fait pour diriger. Pas fait pour ça. Vous êtes enfermé dans cette si belle cage de diamant. Rayonnante. Elle attire et fascine. Mais personne ne peut y échapper.

Obligations.

_________________

    We each begin in innocence
    We all become guilty
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Alvaro
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MessageSujet: Re: Aux petits soins : Lorsque guérison rime avec... [PV Alvaro](CLOS)   Jeu 12 Jan - 19:37

Je détestais les responsabilités. Porter le poids de ma vie n'était déjà pas une mince affaire, mais elle n'égalait en rien le désarroi ravageur qu'impliquait le poids de celle des autres. Prendre les bonnes décisions, dire les bons mots, ne pas trébucher, ne jamais flancher. L'on a toujours valorisé la position du chef, qu'on disait sur Terre alors comme étant un rôle ''avantageux'' ou, tel le Roi Soleil et ses courtisans, le chef commandait à sa guise ses piètres pantins, profitant ainsi de luxures infinies et de procrastination désabusée. Mais je n'avais jamais aspirer à tout ça. J'avais toujours refusé au cours de ma vie d'avoir a gérer la troupe de théâtre. Je m'étais toujours battu pour ne jamais avoir à diriger les âmes fragiles, enfantines et empoisonnées à l'orphelinat. Et sur le sol froid de cette rue, je pouvais clâmer haut et fort que je n'avais eu qu'une seule et unique préoccupation sur Terre : Moi-même.

Amoureux de liberté et d'envol, je m'étais toujours refusé la moindre chaîne qui me retiendrait contre ma volonté, qui me forcerait à devoir déplacer mes préoccupation sur quelque chose d'autre que mes propres désirs. Et jusque là, cela ne fut pas une tâche trop difficile. Seulement...

Les choses avaient bien changées. Belzeneff me pris ce pouvoir et cette liberté. Il me vola tout ce qui faisait mon être. Il transforma l'individu en une vulgaire banalité... M'enchaînant dorénavant à une destinée qui n'était pas la mienne. Ni celle de personne. Comme une goutte d'eau tombant dans le mauvais vase, j'étais tombé dans un mauvais piège. Mais la fourberie de Belzeneff ne s'était pas arrêtée en si bon chemin. Il me fit alors rencontrer cet être qui allait changer toutes mes prédispositions. Un ange capable de vous faire perdre vos mots. Son sourire avait mit fin a mon règne solitaire, et désormais, ces chaînes qui consumaient quotidiennement mon âme n'étaient plus seulement des fers immortels. Ils s'étaient désormais entièrement trempés dans le poison des responsabilités. Faisant de moi un être ayant perdu toute liberté...Faisant de moi un pathétique humain qui désormais ne pensait plus uniquement à lui et à lui seul. Mais bel et bien à cette seule personne qui avait tant à m'apprendre encore.

Pourquoi ? Tel était le mot qui résonnait à tout instant dans mon esprit. Pourquoi étais-je tombé dans ce piège ? Et pourquoi de la sorte ? J'étais désormais incapable de ne penser qu'à moi. De m'abstenir de considérer ses opinions, son ressenti, ses émotions. Ses lèvres sont le chef d'orchestre qui mène mon esprit désormais. Et ceci était en un sens insupportable. Car cette corde qui me maintenait immobile m'empêchait alors d'attiser librement cette flamme qui me hante. Qui pouvait donc bien m'empêcher de prendre Kamui dans mes bras et lui dire que je l'aimais ? J'en étais pourtant incapable. Non pas par crainte de représailles divines. Les dieux ne pouvait décemment pas m'offrir pire châtiment que mon quotidien après tout. Mais simplement les yeux de l'élu lui-même. Sachant pertinemment ce qui était important pour Kamui, je ne pouvais pas marcher sur les principes qui fondent notre combat. Il m'avait fait élu, chevalier ou qu'importe. Et de ce fait je me devais de contrôler mes faits et gestes, d'avoir les bons mots, d'agir en homme raisonnable...

Je détestais les responsabilités... Et pourtant je m'étais engouffré dans ce puits sans fin.

- Quelles que soient tes intentions... Je me suis probablement confié à toi dans cet instant de tourment... Mais je tiens à ce que tu ne te trompes pas... Je n'en reste pas moins le fils de Layca... Agis comme bon te semble lorsque nous sommes ensemble... Mais n'ose pas outrepasser la loi qui régit ce monde...

Tels furent les mots qui vinrent condamner toute once d'espoir d'un jour pouvoir retrouver cette liberté que je chérissais tant. Si seulement...Nous pouvions être libres...Juste toi et moi ?

Foutaises. Tout ces espoirs étaient vains. Alors que je posais mes yeux sur ce doux visage qui semblait se reposer une dernière fois sur mon épaule, mes doigts vinrent se crisper sur sa nuque froide. Tant de désirs nouveaux, d'espoirs vains et d'aspirations avaient frappés mon cœur de plein fouet. Et seule une piteuse conclusion venait sans cesse me hanter. Il fallait être responsable. Il fallait faire semblant. Jadis, je feuilletais papiers et livres pour interpréter d’innombrables personnages. Je mettais en quelques sortes mon égo de côté pour devenir quelqu'un d'autre. Mais aujourd'hui, le comédien avait laissé place à autre chose. Quelque chose de plus sombre et étouffe. Il n'était plus questions de rôles ni de comédies. Il n'y avait tout simplement ni Ego ni Autre. J'étais un pion. Enveloppe charnelle banale dirigée par une âme emprisonnée. Mais malgré ce masque insupportable, un souffle se faisait entendre au fond du gouffre qui me servait de cœur. Un petit cri, bien distinct, qui s'élevait inlassablement contre cette dictature. Une flamme qui, hélas, s'étouffait peu à peu dans les limbes de la réalité. Un feu de camp écrasé par la semelle du destin. Le cri de l'amour avait prit feu en moi et luisait encore. Mais...Pour combien de temps avant que je ne perdre tout sens et raison ? Si seulement tu pouvais comprendre...Si seulement tu acceptais de te battre pour tes droits Kamui. Si seulement tu pouvais entendre ce cri. Alors à nous deux nous pourrions vaincre.

Ensemble, la liberté nous était promise.

Mais tu t'éloigne indéfiniment, jour après jour, seconde après seconde. Cette main que tu m'approchais se hâte à chaque fois de quitter mon cou pour s'en retourner au culte d'une divinité méprisable. Ne me fais tu pas confiance ? N'as-tu jamais éprouver cette envie...Ce besoin de déployer tes propres ailes et non plus celles qu'on t'a imposées ? Contemplant ce bleu majestueux que t'avait offert la Nature, je me devais de savoir. Je me devais de me rattacher à cette dernière option. A cet ultime halo de lumière qui percerait toutes mes ténèbres. Crevant le silence, mes lèvres prononcèrent alors ces mots interdits. Mes palabres s'étaient noyées dans le péché de la liberté.

''Penses-tu... Qu'un jour nous serons en mesure de vivre libres comme le vent ? Capables de nous exprimer sans remords, de respirer sans contrainte et de pouvoir laisser libre court à nos idéaux ? A nos peines et nos joies ? Et même à nos souhaits les plus intimes. N'as-tu jamais rêvé de pouvoir voler sans connaître ta destination ? N'as-tu jamais souhaité être toi-même ? Penses-tu Kamui... Qu'un jour, Toi et moi...''

Et puis je mis fin à cet élan insensé. A quoi bon ? Je connaissais déjà la réponse. Kamui, fils de Layca, dévoué à son père divin ne pouvait se permettre une telle chose. De telles inepties étaient sans doute intolérables au yeux de l'élu primordial. Comment l'enfant de cette dictature pourrait ne serait-ce que souhaiter une telle chose ? Tout était donc scellé à jamais.

Cette flamme qui me consume jamais ne pourra brûler mes chaînes.

''Oublie ce que j'ai dit Kamui. La fatigue se fait sans doute sentir. Dormons.''

Je m'étais alors retourné et allongé sur le matelas, tournant le dos à l'amour qui hantait mon cœur pour ne faire face qu'à la froide Haine de la guerre et de la réalité. L'élu primordial et moi-même nous étions alors plongé dans le silence le plus absolu mettant ainsi fin à une nuit que je n'allais certainement pas oublié. Ce doux parfum qui effleurait alors mes narines me rappelait une dernière fois tout ce que je pouvais bien ressentir à l'égard de Kamui. Nous étions si bien...Tout était si paisible. Je profitais, dans le silence et dans l'obscurité, de cette faible lumière qui nous habitait encore, en sachant pertinemment que tout ceci serait...

...la dernière fois.

Un rayon de soleil vint mettre un terme a la douce danse de Morphée. J'entrouvris à peine les yeux, constatant que je n'avais pas bougé de toute la nuit. Me frottant les yeux, les souvenirs de la nuit passée revinrent ne faire qu'un avec mon esprit. Mais alors que mes yeux se posèrent à mes côtés, une douleur infime vint étreindre mon cœur. Kamui était parti, laissant ce matelas aussi vide et abandonnée que mon âme. Dans ce silence absolu, l'élu primordial n'avait laissé que mes bandelettes ensanglantées pour seule preuve que ces souvenirs qui me hantaient n'était définitivement pas un doux rêve qui prit fin ce matin-là mais bel et bien la réalité...

Mais...Peut-être que d'une certaine façon... Tout ceci n'avait été qu'un songe. Une douceur que jamais plus je ne pourrais retrouver.
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