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 Érafler les flots [Event S - Libre]

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Astaroth
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MessageSujet: Érafler les flots [Event S - Libre]   Ven 11 Nov - 12:21

« My sweet little libertine [Seuls les administrateurs ont le droit de voir ce lien] »

Il est dingue de constater à quel point le monde peut être vicieux parfois.
Il y avait des jours où parfois, sans aucune raison, on se levait avec la haine contre le monde entier. Le genre de colère qui sommeillait au fond des tripes et n'attendait que le moindre petit détail insignifiant pour exploser. En attendant, ça lui pesait sur l'estomac cette espèce de poids haineux, broyant tout contentement. Creux. Astaroth se sentait curieusement vide dans ce petit corps frêle si gentiment attribué par Belzeneff. Il n'y avait rien en lui sinon un dégoût prononcé pour tout être vivant et même non-vivant, une antipathie si forte que ça lui enlevait l'envie même de cogner. Après tout, pouvait-on encore cogner avec ces petits bras tout fins, si blancs dont la peau lisse dégageait une pureté contrastant de façon obscène avec la noirceur de son âme ? Belzeneff avait le sens de l'ironie, il fallait bien lui reconnaitre ça. Quel charmant petit clin d'oeil de sa part. Touchant.
Le Dragon devenu petite vouivre tira une latte de sa cigarette. La dernière du paquet emprunté à Luz. Luz, ce nom amenait une sensation désagréable de rouille au fond de la gorge. Elle était où Luz ? Elle aurait pas pu lui prêter des vêtements, au moins ! S'assurer qu'il aille bien au milieu de cette zizanie provoquée par le marionnettiste ? Oh non, attendez. Oui, Luz ne faisait pas dans son style. Il y avait une certaine complicité entre deux mais aucun ne veillait sur l'autre. Ainsi, ils n'attendaient rien. Ça devait être une condition de cette confiance qui régnait entre les deux. Luz était fière et indépendante, Astaroth aussi. C'était tout. Alors, on ne s'encombrait pas avec ces artifices superflus qui allaient d'habitude de paire avec l'affection. Ça leur évitait de s'empoisonner mutuellement. Pas de conséquences, pas d'enchainements morbides. Rien. Leur relation n'évoluait pas, ne pouvait pas évoluer dans cette façon qu'elle avait de les relier sans vraiment les attacher. Rien ne pouvait perturber cette camaraderie passible, paisible qui était la leur.
Mais le voilà ici, sur le sable fin, les jambes nues étalées sur le plage, la cigarette à la main et la fumée aux lèvres. Ce matin, en ce retrouvant dans ce corps de princesse, il y avait eu une première vague de panique. Lui, l'Élu Primordial, le macho, le tombeur, le masculin, coincé dans cette cage de chair et d'os fragile et innocente. Ses longs cheveux noirs et lisses comme du charbon flottaient sous la brise, glissant le long de sa chemise blanche, trop grande désormais. L'unique oeil jaune fixait l'horizon, observant les aller-et-venues des vagues. Morte d'émotions. C'était à peine si la pupille reptilienne bougeait devant le spectacle grisant de toute cette étendue bleutée qui se heurtait au sable puis repartait ensuite vers le rivage pour y revenir se heurter à nouveau sur la plage. Elle était un peu stupide cette mer en y pensant, à jeter ses flots contre la rive pour les rappeler ensuite. Enfin, n'était-ce pas ce qu'il faisait à envoyer ses pions se casser les dents sur les murs de la forteresse de Layca pour les ramener ensuite à la Cité ? Lui aussi était un cycle. Tout était cycle. Quelle réalité grisante. Il se demandait si c'était Belzeneff la force irréfutable qui faisait tourner les engrenages de cette machine pourrie dans laquelle il n'y avait aucune issue de secours. Tout semblait trop bien fait, trop bien imbriqué pour n'être que le fruit d'un seul. On finissait toujours par payer le prix de ses actions. Il y avait toujours quelque chose, quelqu'un pour nous rattraper. Quand Astaroth observait son reflet dans les vagues, il se rendait malade à constater que la demoiselle qu'il était à présent lui rappelait des souvenirs qu'il aurait préféré laisser de côté depuis fort longtemps. Elle avait un teint de porcelaine et de grands yeux d'enfant cette gamine aux seins à peine naissant dont il avait revêtit la forme. Et des hanches à peine prononcées soutenues par une taille fine, probablement moulée dans des corsets serrés tout comme ses petits pieds que les chaussons étroits avaient rendu minuscules et adorables. Elle était Princesse, mais avec des cheveux couleur jais. Oui, il aurait été trop cruel de lui attribuer la chevelure angélique de la môme alors qu'il n'avait plus rien de la pureté, de la virginité infantile qu'il avait dévoré. Peut-être que la blague l'aurait amusé si elle n'avait pas eu cette connotation vicieuse.
Double-fuite. Astaroth se souvenait d'une fois où il errait sur cette même plage à ce même endroit en cherchant l'isolement : il y avait rencontré son Élu arracheur de tripes. Leeroy. La rage se retourna dans son estomac, lui arrachant une grimace qui n'allait en rien avec son visage séraphique. Non, décidément il ne lui fallait pas penser aux gens. Les gens l'agaçaient aujourd'hui. Et plus il y pensait, plus ça le rendait fou parce qu'il avait beau faire l'étal de ses connaissances, il finissait par envie d'avoir envie de leur cracher tous dessus à l'exception de Filippa tant il était d'humeur massacrante. Quand il avait vu la Cité s'éveiller ce matin, souriante et pleine de rire à la découverte du changement de sexe, la joie rayonnante qui émanait de chaque personne croisée lui avait donné envie de vomir, de piétiner toute cette bonne humeur et de déchirer cette atmosphère légère qui stagnait dans sa propre ville. Il lui fallait s'éloigner, prendre un peu de recul. D'autant plus que personne ne devait savoir que Monsieur l'Élu Primordial s'était métamorphosé en une charmante miss complètement impuissante. Alors il était venu là, il avait posé son postérieur de fillette sur le sable dans ce caleçon trop grand pour lui en pensant naïvement que le calme ambiant apporterait une once de raison dans ce courroux acide qui lui brûlait les entrailles. Mais il s'était trompé. Ruminer sa morosité seul le faisait grincer des dents. Le voici autant, peut-être plus énervé qu'avant et ce, sans vraiment aucune raison, aucune signification réellement valable sinon d'être une fillette.
Maintenant il y avait ce nouveau bruit agaçant qui ne faisait que l'irriter encore plus. Quelqu'un marchait, venant vers lui ou ne faisant que passer. Et il n'avait même pas envie de tourner la tête pour voir de qui il s'agissait. Le fait même de détacher son regard morne accroché au paysage marin lui semblait coûter plus d'efforts que nécessaire. Et pourtant, il n'y avait aucune salvation à tirer des profondeurs maritimes qui s'étalaient dans une profusion obscène devant lui. Son coeur était bien sec face à toute cette eau.

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Dernière édition par Astaroth le Jeu 1 Déc - 19:43, édité 2 fois
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Riviere
Penguin King Le Chasseur Roi

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MessageSujet: Re: Érafler les flots [Event S - Libre]   Sam 12 Nov - 12:20






Ce matin, la bonne humeur était au rendez-vous. Pour une fois. Ce matin, le soleil froid du début d’automne réchauffait à peine son visage légèrement hâlé. Ce matin, un sourire des plus rares illuminait les jolis traits de l’inuit. Ce matin, il osa regarder son visage qu’il savait déjà assez fins dans une glace.

Et il se découvrit de nouvelles expressions. Riviere ne se serait jamais douté qu’il fut possible d’écarquiller les yeux de cette façon. Il ne se remit pas non plus de la taille de ses cils, de cette forme bien particulière de sa mâchoire, et ne comprit tout bonnement pas pourquoi ses lèvres étaient sur pulpeuses et si aguichantes. La bouche grande ouverte, le garçon devenu fille continuait de contempler son reflet dans l’unique glace de ses appartements, tâtant du bout des doigts ses pommettes roses et son corps trop différent. Dans son petit caleçon bleu pâle, il osa baisser les yeux vers son entre-jambe, les yeux toujours aussi écartés, et souleva le bord de l’habit pour confirmer son appartenance au sexe opposé. Après quelques instants d’intense observation, l’adolescent transsexuel poussa un gémissement des plus aigus : il plaqua derechef sa main sur sa bouche pour empêcher celle-ci de lui faire comprendre que ses cordes vocales s’étaient elles-aussi transformées. Du même coup, son caleçon tomba à ses genoux, n’ayant plus assez d’accroche sur ses hanches trop fines pour tenir correctement.

Comme piqué par un insecte vengeur, Riviere finit par réagir et se mit à sautiller partout dans sa chambre à coucher, tout en répétant un « mais mais mais ! C’est pas possiiiiible ! » avec une voix de souris. Il finit par s’étaler durement sur son lit à baldaquin et ressentit alors une vive douleur au niveau de la poitrine : il s’était écroulé un peu trop loin et s’était pris le bord du lit pile au milieu de ses deux nouvelles protubérances mammaires, plus grosses qu’il ne l’aurait jamais rêvé. Poussant une série de petits cris de douleur, l’enfant se releva et souleva son t-shirt pour observer les jolis seins qui décoraient maintenant son torse. S’en était trop pour sa faible résistance aux surprises incompréhensibles : il s’évanouit, tombant comme une fleur sur son lit.

Quand Riviere rouvrit les yeux, le soleil était haut dans le ciel et lui chatouillait les joues de sa chaleur bienveillante. L’inuit se tortilla quelques instants sur la couverture duveteuse puis s’arrêta net ; il venait de se souvenir de la raison de cette grasse-matinée prolongée. Un nouveau gémissement monta de sa gorge. Mais celui-ci ne fut pas arrêté. Encore sous le choc de cette révélation qui mettait son égo à mal, le jeune garçon passa un long moment à fixer le plafond en pensant à tous les avantages et les inconvénients que lui conférait cette nouvelle apparence. Au bout d’une heure interminable, l’enfant finit par se lever et il partit à la recherche de vêtements adéquats. Une heure de plus fut suffisante pour qu’il trouve ce dont il avait besoin. Il fut étrangement rassuré en apercevant les autres habitants de l’immense cité : tous paraissaient éberlués, un peu trop souriants ou dans le vague en arpentant les grandes rues dallées. Il reconnut même une femme comme étant un de ses acolytes ; lui aussi avait changé de sexe. La plupart des gens étaient donc victimes, comme lui, du maléfice sûrement originaire de Belzeneff.

Il suffisait de traverser une partie de la forêt de Claurofyl pour arriver aux plages, souvent désertes, de la côte Koquiaje. Il ne savait pas exactement pourquoi il avait décidé de retourner à cet endroit pourtant beaucoup trop insupportable pour ses maigres résistances à la chaleur. Peut-être le traumatisme du changement de sexe ? Aucune idée. Le seul point important, c’était qu’il en avait envie, et qu’il se retrouvait en milieu d’après-midi sur du sable blanc, face à l’océan. Enlevant les petits escarpins d’hermine qu’il portait aux pieds, Riviere s’avança vers le rivage avec un air content. Son esprit semblait plus léger ; il se fichait de ce qui pouvait arriver, il voulait juste se reposer et prendre le soleil sans se poser de questions. Pourtant, il passa plus de vingt minutes à trouver l’endroit idéal pour s’assoir sans être gêné par tel ou tel inconvénient qui risquait soit d’abîmer sa robe, soit de gêner son propre confort sur le sable. Après avoir détourné une excroissance rocheuse qui lui rappelait quelque peu sa rencontre avec Ricky, l’adolescent se retrouva devant une crique sauvage où une personne fixait l’horizon d’un air plutôt désagréable. Il resta planté là pendant quelques instants, à l’observer, cherchant à l’identifier. Vêtue de noir, l’inuit aux cheveux argentés n’arrivait pas à distinguer qui était ce solitaire.

Riviere décida alors de s’avancer. Pourquoi faire cela ? Il était clair que l’individu ne cherchait pas à se sociabiliser avec qui que ce soit en allant ici ; pourtant, il se sentait d’humeur curieuse et peut-être que cette personne, victime du même sortilège que lui-même, cherchait à se cacher des autres… Et donc qu’elle était importante. Ou simplement misanthrope. Quoi qu’il en soit, sa curiosité légèrement puérile l’emporta sur sa méfiance quasi inexistante et il finit par se retrouver à côté de ce singulier personnage. S’asseyant avec une élégance qu’il ne se serait jamais cru capable d’avoir, l’inuit tourna les yeux vers l’objet de son attention et remarqua l’unique œil reptilien de… la jeune fille. Il ne connaissait qu’une seule personne possédant cette particularité hors du commun : Astaroth. Riviere ne l’avait croisé qu’une ou deux fois depuis qu’il était sur ce monde, mais il se souviendrait toujours de ce regard méprisant, impressionnant et si semblable au serpent qui l’avait percé. Il se sentit soudain tout petit devant lui, et honteux d’avoir dérangé l’un des élus d’Oppse ; il resta pourtant ici, une flamme de malice brillant soudain dans son œil rehaussé d’un trait de maquillage (autant ressembler à une fille au maximum, n’est-ce pas ?).

« Le grand Astaroth… Réduit à supporter la frêle apparence d’une fillette… » Finit-il par déclarer, tremblant légèrement. Sa voix fluette exprimait tout de même son amusement. Il continua, l’air pensif : « J’espère que cette malédiction n’est pas définitive. »

Riviere était un peu gêné. Il s’étira longuement, faisant ressortir sa poitrine, juste recouverte du tissu fin de sa robe blanche mêlée de fourrure. Quelques plumes d’aigles étaient accrochées dans ses cheveux pâles, en décoration, et faisait ressortir le luxe de sa tunique. Il jeta un coup d’œil à Astaroth : l’inuit espérait simplement que ce dernier ne s’agace face à son intrusion dans sa mélancolie…
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Astaroth
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MessageSujet: Re: Érafler les flots [Event S - Libre]   Ven 2 Déc - 23:40

Son unique oeil était rivé vers la mer mais son attention avait fini par se reporter sur le bruit des pas. Visiblement la personne qui passait par là n'avait pas l'intention de dévier sa trajectoire et s'approchait inéluctablement de sa personne, au grand damn de l'Élu qui aurait mille fois préféré ruminer sa mauvaise humeur tout seul. Il eut la vague idée de bondir sur l'intrus pour lui plonger la tête dans les flots mais se souvint que noyer une personne était rudement compliqué. Cela impliquait de bien saisir la victime et lui écraser la nuque jusqu'à ce que son visage disparaisse dans les vagues. Bien entendu, l'intéressé allait se débattre pendant de longues minutes jusqu'à ce que l'eau ne remplisse les poumons et les Dieux seuls savaient ce que c'était fatiguant de maintenir un individu qui se débat comme un dément en faisant des bulles. Bien sûr, cela pouvait être sacrément drôle à voir mais passé la vingtième fois, le spectacle devenait cruellement lassant. Imaginez maintenant à quel point l'opération semblait difficile avec ce corps de môme et ces petits bras frêles et blancs. Non et puis, en plus, même s'il parvenait à étouffer l'indésirable promeneur, il lui faudrait supporter la vue de son cadavre. Le paysage qui s'étalait devant lui était déjà bien trop grisant à son goût, nul besoin d'y ajouter une touche de sordide : il n'y avait rien de plus fatiguant qu'une carcasse à la dérive qui flottait et flottait inlassablement sans jamais couler. D'ailleurs il s'était toujours demandé pourquoi ça ne coulait pas une dépouille. L'océan n'en voulait-il pas ? Bref. Il fallut qu'une voix féminine ne parvienne à ses oreilles pour qu'il daigne enfin se tourner vers l'importun.

- Le grand Astaroth… Réduit à supporter la frêle apparence d’une fillette… J’espère que cette malédiction n’est pas définitive.

Mais qui donc pouvait être cette frêle créature efféminée ? Le grand Astaroth en question dut se concentrer pendant quelques secondes qui lui parurent des heures pour enfin reconnaitre l'un de ses subordonnés. Riviere. Un gamin borgne tout comme lui auquel il n'avait que rarement prêté son attention. Le mioche ne semblait point l'apprécier et cela lui était égal. Alors pourquoi venait-il lui faire la causette ? Il soupira et leva la tête, passant une main sur son visage pour dégager quelques longs filaments noirs afin de procéder à un examen plus minutieux de son interlocuteur... enfin interlocutrice. Il fut étonné de constater que le gamin avait fait les choses en grand et proprement. La vénusté virginale lui allait curieusement bien. Sans doute parce que l'individu avait, de base, quelques attributs androgynes. Mais il remarqua, qu'en plus de sa robe, il avait pris soin de passer quelques bijoux et traits de maquillages, caractéristiques propres à ses demoiselles. Se complaisait-il tant que ça dans ce nouveau corps ? Il faudrait donc qu'il songe à remercier Belzeneff pour ce chouette cadeau.

- Pourquoi ? Elle a l'air de bien te plaire cette malédiction. Répondit-il avec amertume. C'était étrange de dévisager avec un borgne... Il n'y avait qu'une pupille sur laquelle se concentrer. Était-ce lui où y'avait-il quelque chose de reposant dans le fait qu'il n'y avait qu'une orbite sur ce visage gracile ? Il se demandait quelle était la raison de cette mutilation. Un accident moins lugubre, moins effroyable que le sien probablement. Ceci dit, il était étrangement déplorant de constater que ce faciès, désormais féminin, avait été privé d'un oeil à un âge aussi jeune. L'infirmité semblait aveugle : elle n'avait aucune vergogne à s'abattre sur n'importe quel individu, aussi candide et pur soit-il. Sur cette dernière pensée, il finit par lâcher d'un ton acerbe laissant pointer un net agacement :

- Si tu comptes me casser les pieds encore longtemps, autant t'asseoir. Sauf si tu ne veux pas froisser ta jolie tenue de donzelle, bien entendu.

En effet, le postérieur dans le sable et la tête levée, Astaroth n'appréciait pas qu'on l'examine de haut. Surtout quand il arborait des atouts aussi peu gratifiants quant à son image d'Élu puissant et viril. Mais il n'avait pas la force d'y faire quoi que ce soit pour le moment.

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Riviere
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MessageSujet: Re: Érafler les flots [Event S - Libre]   Ven 9 Déc - 19:31

Son cœur fit un bond dans sa frêle poitrine quand le grand Elu dédaigna poser les yeux sur lui. Comme emporté par les flots trop calmes de la mer, il se sentit vaciller, inéluctablement, vers le sable chaud, en proie à une intimidation si extrême qu’il ne réussissait plus à soutenir son propre poids. Il devina même une légère chaleur au niveau de ses joues, signe qu’elles s’empourpraient à vue d’œil. Cela ne lui arrivait pas souvent, sauf face à une grande gêne due à une admiration excessive… Ou à des actes particuliers. Dans ce cas précis, bien entendu, il se trouvait confronté à un mélange des deux, ce qui ne faisait qu’accentuer son rougissement.

Sa réponse fut comme une douche glacée sur le jeune inuit. Il sentit sa mâchoire se crisper, presque vexé de cet affront plus que véridique. Il perçut l’étincelle de mépris qui suintait dans l’unique œil d’Astaroth ; son propre agacement, et même un peu d’amusement. Cela n’avait rien de surprenant, vu la teneur de leur conversation : bénigne. Sans l’être. Il reprit un peu de courage, redressant son menton pour se donner de l’importance, et répondit en croisant les bras.

« Avec toutes les étrangetés qui peuplent ce monde, j’ai appris au moins une chose : il vaut mieux accepter ce que l’on nous force à avoir. Que de se battre contre. Pour mieux s’en débarrasser ensuite. » Il avait pris un air pensif, observant le ciel clair d’un œil dubitatif. Il reporta soudain son attention à l’élu transformé. Il cligna plusieurs fois des yeux, faisant battre ses longs cils en une pose terriblement stéréotypée.

La suite de la conversation finit de le bloquer dans sa lutte contre le ton acerbe d’Astaroth. Devant un air si agressif, malgré la taille de poupée et ses traits si innocents, comment ne pas se sentir déstabilisé par tant de violence, même verbale ? Il fut obligé d’obtempérer tant sa demande, aussi spéciale et inattendue qu’elle soit, lui ait cloué le bec. C’est ainsi qu’il se retrouva assis, juste à côté d’Astaroth, silencieux. Le seul bruit des vagues venaient perturber le silence pesant – et presque menaçant – qui s’était installé entre eux.

« Arrête de geindre. »

Riviere ne réussit jamais à comprendre comment il s’était retrouvé à grogner cette remarque cinglante. Son embarras était pourtant si intense qu’il lui était presque impossible de ne pas trembler. Sur le coup, il y réfléchit quelques instants : peut-être était-ce son animosité envers les gens de cette civilisation qui n’était pas réellement la sienne, ou son orgueil… A moins que ce ne soit simplement sa haine envers l’horrible Dieu qui les gouvernait : cela le poussait à agir de la sorte. Sa trouille s’enfuyait, pendant quelques instants, dans les recoins de son cœur, cachée par la fierté qu’il éprouvait envers lui-même et ses origines. Il fixa de son unique œil la pupille froide de son interlocuteur. Dans un rictus provoquant, ne sachant toujours pas comment il avait pu agir de la sorte, le jeune travesti toucha l’une des mèches ébène de son interlocuteur, l’air hautain. Il possédait toujours cette rougeur caractéristique de la gêne sur le visage ; mais cela ne l’empêchait pas de défier l’élu, qui était pourtant plus puissant que lui. Il rejeta soudain la boucle lisse qu’il avait attrapée. Dans une étincelle de voix suraigüe et pleine de mépris – spécifique aux femmes lorsqu’elles trouvent quelque chose immonde et immoral – Riviere finit par se relever et se mit face à la mer. Il profita de son action pour faire voler un peu de sable sur la brunette grincheuse.

« C’est en agissant ainsi que tu ressembles tant à une… fillette. » Déclara-t-il enfin, accentuant bien son dernier mot. La moquerie qui perçait dans sa voix n’avait plus rien à voir avec l’embarras qui l’avait écorché au premier abord. Maintenant, il se rappelait simplement son but ultime, et son avantage évident sur la situation : lui, et seulement lui, acceptait sa condition de transmuté. Et justement, Riviere était en train de se demander… Si Astaroth aurait la force de se défendre s’il commençait à le provoquer. De façon plus poussée.

Une flamme d’excitation s’était mise à grandir en lui. La peur, la prudence, le respect, l’intimidation, tout cela venait de se consumer derrière son envie presque destructrice de punir un représentant de son mal le plus profond. Il voyait maintenant l’élu comme un bouc émissaire ; il était aveuglé par sa haine trop longtemps refoulée, son besoin de se libérer de toute cette pression. En outre, les derniers évènements avaient, malgré tout, perturbé son âme trop sensible. Une rage sans précédent menaçait d’exploser à l’intérieur de lui ; il était semblable à une bombe, instable, où la moindre secousse, même infime, risquait de déclencher une horrible réaction en chaîne.

Ou rien du tout. Si son corps choisissait de le lâcher. Mais cela faisait partie d’une autre histoire…

Il sentait, malgré l’adrénaline qui coulait dans ses veines trépidantes, ses jambes faillir à cause de la chaleur. L’automne avait beau être là, ils se trouvaient sur une plage constamment inondée de soleil, et donc relativement chaude en cette saison. Riviere était bien entendu habitué aux rudes conditions hivernales qui bordaient son pays natal ; même s’il résidait depuis un moment sur ce monde, il n’avait jamais trouvé la technique pour s’habituer au climat tempéré de la plupart des régions qu’il fréquentait. Faisant une légère moue agacée, le jeune garçon réfléchit un instant, le nez pointé vers le ciel rayonnant d’un bleu profond. Son regard dériva lentement vers l’immensité liquide qui semblait se prélasser devant eux, observant la suite des évènements.

Il continuait de se surprendre lui-même. Sans aucune raison apparente, le jeune inuit se mit à enlever sa robe de lin. Ses joues s’embrasèrent comme jamais quand il découvrit ses atouts féminins plus que conséquents. Pourtant, il ne s’arrêta pas dans sa lancée, et finit par attraper l’élu, qu’il poussa de force dans l’eau tiède.

Un rire nerveux lui échappa quand il comprit son geste insensé. Pour éviter de ne se prendre une raclée, Riviere se mit à courir à la suite d’Astaroth, l’empêchant de sortir de l’eau. Il fut étonné de la douceur de l’eau sur son corps : il aurait pensé qu’elle serait beaucoup plus froide, plus mordante, presque déchirante. Au lieu de cela, elle l’accueillait presque dans ses bras impalpables, l’emportant mollement dans ses courants chauds.

Enfin, il se mit à nager.
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Dimitri
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MessageSujet: Re: Érafler les flots [Event S - Libre]   Sam 10 Déc - 11:55

Un son. Derrière le voile de brume. Une silhouette, ne vois-tu pas ? Un corps élancé, et grand. La matière spectrale et laiteuse cache son visage. Il est sombre. Même sans l'obscurité nocturne. Immobile. Tu ne le distingues pas, mais sa cage thoracique se soulève, paisiblement, pour l'instant. Sa respiration est lente. Sereine. Deux sons. A tes oreilles parviennent des bruits, au fil des minutes. Sa respiration s'accélère. Il inspire l'air, cherche la force. Il avale des goulées d'oxygène. Vois-tu son bras bouger ? Sa main osseuse se pose sur son torse. Son cœur est juste derrière. Mais il est bien trop douloureux. Toi, tu ne sens rien. Mais lui, il a mal à en crever. Trois sons. Tissu arraché. Il arrache les boutons de sa chemise. Garde le reste. Tissu noir. Chemise blanche. Sale pourtant. Il brandit quelque chose, entre ses doigts. La lune vient illuminer le métal. Une arme. Petite. Meurtrière. Immobile. Immobiles. A nouveau. L'éclair lunaire s'évapore. Il fait noir. Mais tu le vois toujours, lui. Quatre sons. Il l'a fait. Après des minutes, toujours hanté par des sons lointains. Il l'a planté. Sa petite lame, en plein dans sa peau, ses muscles. Le sang coule à flot. Dégouline sur son épiderme. Il a lâché l'arme. Elle orne désormais le sol embrumé. Sa respiration s'est faite grognement. La douleur n'est que pure jouissance. L'astre de nuit revient pour illuminer sa folie. Ses doigts sont sales. Pourtant, il triture sa plaie béante sans hésiter. Fait pénétrer un doigt, de temps à autre. Un sourire déchire ses lèvres, mais les larmes déferlent sur ses joues. Cinq sons. Juste quand l'obscurité dévore encore une fois le paysage, il plonge sa main. Sa tête bascule en arrière. Il reste quelques instants ainsi. La main enfoncée dans sa poitrine. La nuit fait honneur aux horreurs. Il sanglote. Voilà à quoi il en est réduit. Accablé. Il retire sa main. Il s'arrache le cœur. Le sang gicle. Entre ses doigts rougis, le monstre vrombit faiblement. La bête féroce, recouverte de cicatrice agonise. L'autre, fixe ce joyau. La rage l'aurait dévoré s'il avait encore pu la sentir. Cependant, c'était désormais sa tête qui le guidait. Alors, il planta ses ongles dans l'organe vital. Sauvagement. Six sons. Il ne reste qu'une charpie. Une loque. Un rien de vie. Le monstre n'est plus qu'un trou béant, pleins de cavités, de sang. Il frémit. Il a mal. Il ne meurt pas encore. Son cri d'agonie silencieux hante le regard de l'ancien porteur. Celui qui, fou de douleur, s'est arraché le cœur. Sept sons.



Maudit soit-il.


Huit sons. Ses paupières tremblent, et se soulèvent. Le même bruit désagréable s'amuse à tarauder son sommeil depuis déjà de longues minutes. Il fixe le plafond un instant, cherchant la provenance du son. Il est répétitif. Insupportable. Son esprit assoupi reprend conscience à son tour, pour comprendre que le petit bruit est le même qu'une pelle qui creuse la terre inlassablement. Pourtant, Dimitri est dans un lit, dans une chambre, il n'y ni terre, ni pelle. Dans ta tête. Neuf sons. Ils rassemblement presque à un grattement. Un grattement malsain, comme si une griffe cherchait à trouer la boîte crânienne de l'élu. Sa poitrine comprimée ne le tolère pas. Mais il reste impassible, immobile, s'imprégnant de ce grattement, avec une fascination morbide. Sa tête s'est vidée. Il n'y a que la vision blanche du plafond, et le bruit. Rien d'autre. Il n'entend rien d'autre. Pas même son souffle, paisible. Alors, lentement, son rêve lui revient en mémoire. Envahissant désormais son esprit. Le cœur battant au creux de la main. N'était-ce pas plutôt un cauchemar ? Dimitri ne trouvait pas. Non. Il avait aimé ce rêve macabre. Poignant. Le cœur arraché. Voilà qui correspondait plutôt bien à son état, sur ce monde étrange. Même si, depuis quelques semaines, il allait mieux. Beaucoup mieux. Moins éteint. Toujours inexpressif, mais moins éteint. Il ne paraissait plus aussi.. Inerte, mort, qu'avant. Tout cela grâce à quoi ? A qui plutôt.

Maena.

L'élu d'Oppse se redressa, chassant les draps de son corps. Il ne sentait plus son corps. Peut-être son sommeil avait-il été réellement bienfaiteur. Il avait l'impression de pouvoir sauter d'une falaise sans chuter lourdement. Il se sentait capable de flotter. De.. voler. De laisser le vent dévorer les creux de son corps, envahir son vide, pour le combler. Il se voyait, couler dans le vide, les yeux clos, jouissant juste de cette liberté fugace, qui terminait par un atterrissage brutal. Les atterrissages sont toujours brutaux. Pourtant, il ne sentait pas la douleur de la désillusion. Pas cette fois. Car il ne volerait jamais. Pourquoi se faire du mal inutilement ? Ses lèvres se fendirent en un sourire, et il se dirigea vers le miroir ovale qu'il aimait tant, pour jeter un œil à son visage. Pour contempler son stoïcisme. Il avait appris à l'apprécier. Il était ainsi. Il ne fallait plus le refouler. Tout ça ne menait à rien. Juste à une haine vaine...
Il ne vit absolument pas ce qu'il aurait souhaité, dans son miroir ovale. Il ne vit rien d'ailleurs. Ce n'était pas lui. Mais quelqu'un qu'il jurerait avoir déjà vu. Une femme. Une jeune fille, plutôt. Deux yeux, d'une amande parfaite, et d'un noir presque irréel. Le nez fin, les lèvres, à la fois minces et charnues. Avec cette chevelure d'ébène, ondulée, glissant dans son dos, frôlant ses épaules, et dissimulant ces deux morceaux de chair qui ornaient désormais son torse. Il - Elle ? - fronça les sourcils. Reconnaissant cette adolescente, sans trouver qui elle était. Mais Dimitri comprit qu'il se voyait, lui. En femme. Des idées folles lui vrillèrent alors la tête. Peut-être avait-il cru être Dimitri, comme sur Terre. Un homme, mais sans se rendre compte que c'était faux. Sauf que cela n'avait aucun sens. Tout ceux qu'il avait vu, l'avait connu en homme. Alors, il se souvint de celui qui régnait sur ce monde, avec les deux divinités. Belzeneff. Il regorgeait d'idées, plus insensées, les unes, que les autres. Était-il le seul à avoir subi ce changement ? Aucune idée. Peu importait, ça ne changerait pas grand chose. Mis à part que ça ajouterait sûrement un peu d'humour à certaines situations. Il se plut à imaginer Astaroth en jolie jeune fille. Si tel était son cas, il serait sûrement furieux, plus que quiconque, lui qui était si... viril.
Le jeune homme, désormais jeune femme, coupa court à sa contemplation de son nouveau corps, et s'habilla, avec ses vêtements habituels, qui lui allaient désormais un peu trop grand. Son pantalon glissait, son t-shirt faisait office de tunique, et son sweat de... sac poubelle. Un peu trop grand ? Non en fait, cela ne convenait plus du tout. Mais Dimitri occulta ce fait. Il remarqua avec plaisir qu'il avait toujours ses nouvelles cicatrices, dont une à l'arcade sourcilière et à la lèvre. Merci qui ? Maena. Attrapant ses cigarettes au vol, il prit le chemin de cette fameuse plage, où il avait senti les poings de l'élu de Layca, défoncer son visage, peut-être dans le but d'en tirer un quelconque sentiment. Cela s'était avéré vain, mais Dimitri ne regrettait rien.

* * *


Il faisait toujours aussi chaud. Et les souvenirs étaient comme un feu flamboyant dans sa poitrine. Tout lui revenait en mémoire, tandis qu'il avançait, la capuche rabattue, et les lunettes sur le nez, comme ce jour où il avait croisé l'élu ennemi, faire un échiquier avec la nature qui l'entourait. Il se souvenait de tout. Que ce soit les sentiments, les mots, les mimiques. Rien ne s'était effacé. Pourtant, ce visage qui était désormais le sien, il ne parvenait pas à mettre un nom dessus. Mais Dimitri était concentré sur les souvenirs qui régnaient dans sa tête. Le masque, les larmes, la partie ratée, maladie, médicaments, les fissures, les coups. Il se souvenait des larmes tièdes qui avaient roulées sur ses joues. Progrès. Des noms, fusants dans l'air. Lequel déjà ? Chrysante ? Oui voilà. Le câlin aussi, et le pull rouge. Celui qu'il portait. Il l'avait enfilé, sans même s'en rendre compte. Il lui allait dix fois. Et il portait toujours le parfum de Maena. Dimitri se noyait dans toutes ces visions, sans quelconque douleur. C'était agréable d'y repenser. Mais brûlant. Tellement brûlant.
La plage s'étendait à perte de vue, jusqu'à maintenant. Il aperçut deux silhouettes, au bord de l'eau. Fluettes, deux filles. Qu'il n'avait jamais vu. Des nouvelles ? Non. Elles avaient toutes les deux un œil unique. Astaroth, et un parrain, à ce que Dimitri se souvenait. Des gens d'Oppse, touchés eux aussi par le délire schizophrène de Belzeneff. L'élu eu envie de rire. En effet, son élu primordial était vraiment plus viril, ainsi sapé. Que du bonheur. Coïncidence. Il avait aperçu Maena au bord de l'eau aussi. Mais Maena dégageait beaucoup plus de choses que ces deux là. Pourtant, curieux et amusé, il se dirigea vers eux, un sourire ironique sur les lèvres, une cigarette coincée entre ses dernières. Les mains dans les poches, il se râcla la gorge et marmonna...

- Vous êtes mignonnes.


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Astaroth
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MessageSujet: Re: Érafler les flots [Event S - Libre]   Lun 12 Déc - 21:58

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Enfin le silence, ou plutôt un faux silence : le bruit des vagues résonnaient toujours comme une mélodie acerbe dans les oreilles de l'Élu. Le chant des eaux n'avait décidément rien, mais rien d'apaisant, au contraire. Astaroth était dans un tel état d'agacement que même si le silence avait réellement existé, il aurait trouvé matière à se plaindre. Paradoxalement il voulait briser, broyer, écraser, laminer. Quoi ? Il ne le savait guère. Cette envie de pulvériser était une routine coutumière. Sans jamais comprendre ainsi, Astaroth avait toujours eu cette pulsion meurtrière dans ces jours les plus noirs. Tu es triste Astaroth ? Alors va étriper quelque chose. Tu es en colère ? Pourquoi tu ne vas pas décapiter quelqu'un ? Tu t'ennuies ? Va donc, démembrer une âme innocente. Peut-être avait-il le tempérament dément, peut-être était-il né comme ça ? Réaliser petit à petit qu'on avait sûrement cette prédisposition naturelle à la destruction dans le sang avait quelque chose de cruellement barbant. Il n'était jamais agréable de se rendre compte que l'on marchait sur cette corde tendue entre l'avenir et le passé où la chute menait inévitablement à... à rien. Même dans la mort, il aurait parié que tout ce serait répété. Alors quoi ? En cette énième journée qui atteignait son apogée, une journée qui ne signifiait rien, une journée presque banale, allait-il se rebeller contre les roues de la fortune ? Allait-il changer quelque chose, faire la différence ? Dire non à tout et tourner le dos aux instincts de tueur et aux devoirs de commandant ? Quelle farce... Rien n'avait changé, même dans ce corps de princesse noire. Rien ne changerait. Pas maintenant, pas aujourd'hui, pas demain. Sans doute jamais. Y croyait-il encore ? Et franchement, même s'il en avait envie, vous vous imaginez un Astaroth tout gentil, tout doux, tout pacifiste ? Horreur et damnation ! Plutôt se livrer aux vagues là, maintenant tout de suite et...

- Arrête de geindre.

Astaroth n'en revenait pas. Vraiment. Est-ce que ce petit être insignifiant venait de lui adresser la parole sur un ton pareil ? Belzeneff s'était-il amusé à lui démolir l'ouïe ? Avait-il bien entendu ? La Vouivre ne put qu'hausser un sourcil à demi-méprisant, à demi-surpris devant une telle réponse. Pour une fois qu'il s'autorisait à faire le point sur sa vie - ou non-vie - et sur lui-même, on l'interrompait sèchement dans ses pensées. Quelle ironie. Et le pire, c'était que le fil de ses réflexions avait été coupé par un gamin aussi faiblard ce pittoresque inuit arraché à ses contrées de glace. Il y avait de quoi rire. Regardez-le trembler comme une feuille tandis que trois mots, trois petits mots simplets comme tout s'élèvent timidement de ses lèvres rosées. Pitoyable. Mais le pire, le plus insupportable c'était quand même cet air de défi, de combativité qui faisait briller son unique pupille. Était-ce ça s'élever ? Changer les choses ? Faire la différence ? Le môme qui lançait un ordre au supérieur tout puissant. Non, il s'agissait d'un acte d'insubordination né de cette situation dérisoire dans laquelle Astaroth avait momentanément perdu sa force dans son physique d'éphèbe et avec, une partie de son autorité. Nul doute qu'en des conditions normales, jamais Riviere ne lui aurait ainsi adressé la parole. L'idée d'une routine inamovible était plus rassurante. Et moins fatigante.
En attendant, il était resté muet de stupéfaction devant une similaire effronterie. Une erreur qui lui valut de nouvelles paroles insolentes. Le morveux s'était levé face à la mer et le comparait désormais à une fillette. Il s'apprêtait à railler, contester en arguant que c'était un comble car il n'avait jamais geint de quoi que ce soit et que ce n'était pas lui qui s'amusait à venir troubler la morosité des autres. Mais il réalisa que c'était puéril. C'était entrer dans son jeu. Et effectivement se comporter en fillette. Alors il resta muré dans son silence, jeta son mégot dans le sable aussi chaud que les braises de sa clope et se recroquevilla sur lui-même, les bras autour des jambes, le regard rivé sur l'apprenti rebelle dont il lisait toujours la peur mêlée à de la fierté sur son faciès. Il n'allait même pas s'embarrasser d'une réponse. L'ignorance était une merveilleuse preuve de mépris et de dédain et il comptait bien en usité.

Toutefois, cet impromptu importun semblait déterminé à lui taper sur les nerfs jusqu'au bout. Astaroth ne broncha pas quand il vit la robe du mouflet glisser le long de ses jambes gracile, laissant à découvert de jolies formes de demoiselle. Il en aurait presque été jaloux s'il n'avait pas déjà vu Kurk se promenait avec une paire d'obus sur le poitrail en quittant la Cité. Depuis le temps, il s'était fait à l'idée qu'il n'avait pas tiré le jackpot sur la loterie des corps féminin. Il constata que les joues de l'esquimau avaient rougi mais n'y prêta guère attention, trouvant navrant cette démonstration de candeur. Il n'avait jamais vu de filles nues ? Ou alors il avait honte d'exhiber un corps qui n'était pas le sien ? Nul. Puis, sans comprendre vraiment ce qu'il était en train de se passer, il se sentit tiré vers l'eau et se retrouva le cul dans la flotte.
Riviere portait bien son nom. Il barbotait comme un petit manchot heureux dans les eaux de la banquise. Astaroth se releva, remarquant qu'avec l'eau sa chemise était devenue à demi-transparente. Il se trouva alors ridicule, tremblant de froid, l'eau aux chevilles, le caleçon trempé et le haut plein d'éclaboussures. Tout ça à cause d'un sale môme. La Vouivre enleva alors son chemisier et le jeta sur le sable avant d'entreprendre de rattraper le poisson Riviere avec une ferme intention de lui faire payer ses actes à sa façon. Avec sa toute petite masse de gamine, il se jeta sur sa cible, l'attrapant en passant ses bras maigrichons sous la poitrine dans le but de l'entrainer avec lui dans l'eau.


- On verra qui est-ce qui geint quand t'auras bu la tasse.

Lâcha-t-il sur un ton qui avait perdu de sa froideur d'antan juste avant que la tête de Riviere ne disparaisse de la surface, suivie de près par celle d'Astaroth. Elles coulèrent quelques instants, accrochées l'une à l'autre. Deux petites masses blanches s'enfonçant dans les profondeurs marines. Il trouva que l'eau n'était pas si froide au final et que la baignade n'était pas si désagréable que cela. Au moins, sa tête n'était plus encombrée de sales idées monotones. Des bulles s'échappèrent de la bouche d'Astaroth. Il se surprit à songer que c'était diablement joli la mer. Ce changement de sexe le rendait décidément bien féminin. Dans son physique comme dans son caractère. Il parait que c'étaient les hormones qui rendent les femmes aussi niaises. De l'air. Il lui fallait de l'air. Avec toutes ses bulles, il en oubliait que c'était l'oxygène qui faisait battre son coeur qui s'échappait. Alors il lâcha prise et revint à la surface, les cheveux dans la figure et un sourire un peu niais. Mais son visage retrouva bien vite de sa froideur quand il vit la silhouette d'une inconnue sur le bord.

- Vous êtes mignonnes.
- Et toi tu l'es pas. Répondit-il d'instinct avant même de chercher à savoir qui était cette nouvelle intruse vêtue comme en plein hiver alors que le soleil cognait sur les rivages de sable fin. Il se demanda si elle l'avait reconnu. C'était sûrement probable : qui d'autre que lui possédait un unique oeil à la pupille ambre scindée ?
Astaroth ne se sentait pas faire la conversation, aussi, il bondit et attrapa la donzelle par le bras avant de la jeter dans les flots, sur Riviere. Il rit beaucoup en voyant les deux jeunes filles se rentrer dedans comme deux cachalots flasques.

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