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 Lettres. [PV Benedict.]

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MessageSujet: Lettres. [PV Benedict.]   Sam 24 Déc - 6:01


Les mots.


Lâ-chez-moi.

J'm'y f'rai pas, j'crois. Non. J'm'y f'rai jamais, à c'délire là. D'puis quand j'suis obligé d'me coltiner tout l'bordel de papiers, de compte-rendu, de j'sais pas trop quoi une fois les missions finies? Non parce que ouais. J'pars en mission, maintenant. Ouaiiiis. Et c'est genre fascinant. Trouver tel champignon pour fabriquer telle potion de soin. Abattre tant de diablognufs possédés par Belzeneff. Guetter l'arrivée d'éventuels Oppsédés. Non, j'te jure c'est vrai. On m'demande ça à moi. À Maena. Normal. J'te jure j'vais pas tarder à grimper du côté d'la chapelle pour lui en foutre une au Kamui, en plein dans sa gueule de soumis. Sérieux, j'sens qu'ça va pas durer des années c't'histoire. Et l'pire, c'est qu'à la fin, j'dois faire l'acte de mission. Un truc à remplir du style "j'ai fait ça, puis ça, puis ça, et finalement j'ai réussi la mission". Non mais sans déconner j'ai qu'ça à foutre. Vraiment, c'est brillant les gars. Brillant. Alors ouais, j'râlais que j'avais pas d'missions. D'un autre côté, j'ai jamais dit qu'j'en voulais, et surtout pas de ce genre. Autrement, j'ai jamais dit non plus que j'remplirai ce foutu compte-rendu. Et ma jugulaire à trancher qu'j'le f'rai pas. Ils auront beau m'envoyer tous les pions qu'ils veulent, j'toucherai pas à cette merde. Alors là, déjà qu'tu m'prends pour un con avec tes quêtes à la mords-moi l'noeud, t'vas pas croire qu'en plus j'irai t'décrire toute la démarche des plus scientifiques c'la va d'soi qui m'a conduit à mettre fin à c'délire. Non mais faut pas croire. Le harcèlement, ça commence à bien faire.
Je sais pas ce qui m'retient de lui foutre mon poing dans la gueule. C'est l'retour du Monsieur, j'crois que j'supporte pas. J'ai beau dire que j'm'y f'rai, ben j'm'y fais pas. Monsieur Raphaëlita. Ils s'emmerdent vraiment pas, j'te jure. Maena. Ou si tu veux faire original, y'a Aiolia et Méryl en prime. S'il te plait. T'as tout c'que tu veux, tout ce dont t'as besoin et plus pour m'appeler. Pourquoi tu t'emmerdes avec une formule de politesse que j'aime pas et un nom à la con? Ou alors t'es payé pour me faire chier. Ouais, ça doit être ça. Ben j'vois qu'ça, après, sérieux. J't'ai rien fait, du moins directement, et t'es tojours là pour me casser les couilles parce que j'ai pas rempli ça, ou parce que j'ai pas tamponné l'autre, ou parce que j'ai pas donné de mission à Machin... Mais putain les vacances, tu sais c'que c'est? Ou alors ils sont tous masochistes et ils tiennent tous absolument à avoir des missions tout l'temps, toute leur vie. Le genre de fanatique qui a pas encore compris qu'il était plus dans l'monde du passé et que préparer son entrée au Paradis ça servait plus à rien. Et puis même, imagine tu t'es préparé toute ta vie à ça, tu t'es fait chier pendant des années à respecter j'sais pas quels codes de bonne conduite genre tu t'saoûl'ras pas la gueule, tu fumeras pas j'sais pas quoi, et t'arrives dans ce monde à la con? Mais à quoi ça a servi?! Les dieux sont bons, ils faut leur obéir et tu finiras au Paradis. Mon cul, ouais.
Je te jure que c'est vrai, ils sont limite en train de me courir après. À beugler Monsieur dans toute la Forteresse. Non parce qu'en plus ils croient que j'vais m'retourner, t'sais quoi. Sont vraiment cons. Ca fait des heures qu'ils me suivent. Plus ou moins discrètement, ouais, m'enfin discrets ou pas ça devient vite casse couilles. Ils me gooooonflent. J'vais en prendre un pour cogner sur tous les autres, j'le sens v'nir, là. Bon. Restons calmes. T'as déjà assez d'emmerdes comme ça, Maena, t'vas pas en plus dev'nir violent en public. Nan. C'est vrai qu't'es pas comme ça. Oh putain j'm'énèrve tout seul. Monsieur, Monsieur... Bordel mais boucle-la, j'te jure boucle là. Zen. Zen, Maena, sérénité du Bouddha. Souffle un bon coup. Ouais. C'est cool, ouais. Tranquille. Tu dois aller quelque part, tu le sais. L'infirmerie. Tu vas juste à l'infirmerie, après tu te casses par la fenêtre pour éviter d'croiser leur gueules de chiés, et tout ira bien. T'as juste à les supporter encore un peu. Un tout petit peu, Maena. Courage. Tu vas l'faire. Tu vas y arriver. T'es un dieu. Aller. On y croit. J'tourne à droite, puis à gauche. C'est vrai que quand tu connais pas, c'est un vrai labyrinthe. Moi ça va, j'suis habitué. J'passe ma vie dans les couloirs. J'adore. En général, la journée, c'est vide. Pas aujourd'hui. Mais c'est exceptionnel, y'a des papiers à remplir pour tout le monde. C'est dans le hall. Tout l'monde doit y aller, signer j'sais pas trop quoi, et donner ça aux types qui s'en occupent. Un sorte de recensement, d'après c'que j'ai écouté à la réunion d'il y a... deux, trois jours. J'sais plus. Ouais, alors ça eut dire qu'en plus de tout ce bordel administratif d'Elu faudrait que j'perde mon temps à me répertorier? Genre ils me connaissent pas, t'sais quoi. J'suis le seul haut-gradé à fumer, j'suis le seul à porter un masque comme ça, le sweat rouge c'est ma signature, ma voix tout l'monde la connait, j'ai fait sauté l'crâne d'au moins la moitié des gens d'mon clan, mon Bras Droit c'est l'une des plus grosses teignes du cl... Hé! D'ailleurs il est où, c'connard-là? Ca fait un moment que j'l'ai pas vu, l'Xellos. Faudrait qu'j'aille le faire chier un d'ces jours. En mission, ensemble, on est des guerriers j'te jure. Kamui a quand même deux perles qui, mises côte à côte, forment la plus belle parure d'attaque de chez Layca. Sans aucune prétention de ma part. Xellos, sur le terrain, c'est une bête. Sans jeu d'mot. Il est excellent. Et moi, quoi que je fasse, c'est magnifique. Et on peut pas non plus dire que j'sois inutile, sachant que celui qui balaye d'entrée d'jeu les ennemis, c'est moi. Alors bon. On peut bien être dispensés de remplissage de documents à la con, non?
Mais va chier avec tes papiers, là! Donne-les à mon Bras Droit, j'pas qu'ça à foutre! T'sais pas qu'il est en train d'me courir après les feuilles à l'air, ce con. Non mais j'te jure, ça devient vraiment n'importe quoi c'te Forteresse. Et le pire c'est qu'il y croit encore, l'autre. 'Fin j'dis ça j'dis rien. La persévérence, c'est une qualité. Quoiqu'on puisse en dire. En fait, non pas seulement qu'ils me foutent la paix tous autant qu'ils sont, je sais de quoi j'ai envie et qui me fout les nerfs, aussi. Mais c'est personnel. C'est presque laid, dit comme ça. J'ai envie de chair. Ca fait au moins une semaine que j'ai levé personne, ça devient catastrophique. Ca d'vient presque une nécessité, là, un besoin vital. En plus c'est pas comme si j'avais personne à mes pieds, nan, quasiment la moitié d'la Forteresse, surtout chez toutes ces traînées excitées par la terstostérone, est à mes pieds. Personne ne me fait envie. C'est vrai. Ils veulent tous une relation durable, du sentiment, j'sais pas trop quoi encore. De l'attention, ah ouais. Comme s'ils en avaient besoin, t'sais. Ils ont pas compris que ça n'fonctionne plus comme ça, maintenant. Ou que dans les rares occasions où la relation est fusionnelle. Au mieux, tu reviens deux fois sur la même chienne. C'est tout. J'dis pas ça qu'pour moi, non plus. Tout l'monde fait ça. Tout l'monde essaie d'se sentir important. Soit en ne se cédant à personne, soit en se léguant à tout l'monde. J'suis pas fait pour l'abstinance, et j'suis pas celui qui m'fait prendre. Alors j'en ai rien à foutre.

Il s'accroche à mon sac. Vraiment. Il tire, il me l'arrache du bras. Me l'enlève. Il l'a avec lui. J'me retourne, lui fout un pain dans la gueule. Alors là, vieux, ça va pas l'faire. Du tout. J'l'empoigne par le col. Comme ça. J'te le prends, et j'te le soulève, avant de l'encastrer dans le mur du couloir. Absolument terrifiant. J'suis tellement énervé que j'me sens avoir chaud. J'vois l'étincelle de l'oeil gauche, couvert par le masque, se tinter d'un rouge inquiétant. À côté, les trois ou quatre autres emmerdeurs se tiennent à distance. Aucune notion de solidarité. C'est déplorable.

- Bon alors j'te la fais en clair, petite merde insignifiante. On touche pas aux affaires de Maena. On y touche pas, c'est sacré. Juste, si tu y touches, Maena s'arrange pour que plus jamais tu ne puisses toucher quoi que ce soit. T'as compris, vieux, ou faut que j'sers un peu plus au niveau d'la nuque pour t'faire rentrer ça dans l'crâne?

Je suis d'une douceur exemplaire. Non, c'est vrai. J'ai pas enlevé le masque. Y'a quelques jours encore, il serait déjà mort.
On vient m'attraper l'épaule, on essaye de me tourner. Une force hérculéenne, voyons. Je lâche ma proie du moment, m'empare du sommet du crâne de mon nouvel adversaire. C'est lui qui a voulu s'battre en premier. La face la première dans le mur. L'ex-cible me saute dessus, m'étrangle. Mais bien sûr. Je recule, le cogne plusieurs fois contre la paroi, et il lâche tout seul. Les points partent seuls. J'me retiens plus. On ne touche pas à Maena. C'est tout. Le dernier, j'le finis avec un coup d'semelle. Mais c'est vraiment d'une simplicité à en pleurer. On voit bien qu'ils sont à la botte de Kamui, cees agneaux. Ils n'ont rien de soldats. Rien du tout. Tu t'étonnes après que certains, une bonne partie, aillent quémender les muscles de Xellos. J'te jure, quelle calamité. J'dois m'tirer d'ici rapidement. J'ai pas été dans la dentelle, et les gars savent très bien qu'il y en a qu'un pour échanger des gnons en plein milieu d'la journée dans les couloirs. J'dois m'réfugier quelque part pour les faire galérer. Le hall. J'récupère mon sac. MON sac. Non mais. Et c'parti.
Y'a toujours un peu d'monde, là-bas. Aujord'hui, c'est tout un peuple. Ah, l'amour des papiers, j'te jure, c'est florissant. J'comprends vraiment pas. Et dire que Cas... Attends, Castel, Casten, Castiel, Castiel c'est ça, ben Castiel, il s'est emmerdé, même quand il était Bras Droit, avec ces conneries. J'comprends rien, sérieux. 'Fin du moins j'sais pas comment il a fait pour survivre à c'te corvée, et surtout l'assumer encore plus importante maintenant. Moi, j'rien qu'pour ça, j'aurai refusé l'poste. Attends. Des papiers, quoi.
Et tout l'monde saurait que je n'sais plus écrire. C'est hors de question.
J'arrive à me faufiler entre les corps aglutinés les uns contre les autres. C'est ré-pu-gnant. Et y'en a qui tiennent comme ça tous les jours. Tout l'temps. Y'a des gens, sérieux, c'est quelque part entre le courage et la stupidité. J'sais pas où c'est, mais j'y suis pas. Ca c'est clair. Bon. Et j'fais quoi, j'attends? oausi, bon plan, ça. Vont bien finir par rameuter leur cul, les gardes. Bordel, l'infirmerie. C'est à pas trente mètres. J'vais y aller. Ouais, c'est parfait ça comme plan. Aller, dégagez l'passage. Poussez-vous, nom de... Oh. Oh merde. Ah ouais quand même, j'm'attendais pas à tel haie d'honneur. Des Bras Droits. Dur. Ils y vont plus d'main morte, maintenant, va falloir que j'fasse attention. Bon. Une couverture, vite. Vite. Viiii... Oh, biens là, toi. J't'attrape par la taille, je te fous devant moi, les poignets capturés, j'colle mon visage au tien, et j'les regarde. Ils supportent pas les prises d'otages. J'aime les points faibles.

- Vous n'aimeriez pas voir son joli minois exploser en même temps que tout ceux ici présent, si?

Non, bien sûr que non. Après, il faudrait tout nettoyer. Parce que c'est pas l'tout d'réapparaître illico à la fontaine. Y'a du bordel, quand la cervelle explose. Et en plus, les tâches de gras, j't'assure que ça part pas facilement. Par expérience, c'est une véritable plaie. Enfin. Le petit rouquin, la petite rouquine peut-être, j'en sais rien, j'vois pas son visage, que j'ai dans les bras n'a rien dit jusqu'à présent. Et, en toute franchise, j'suis tellement concentré pour trouver un moyen d'me barrer d'ici qu'il pourrait bien s'agiter comme il veut, je sentirai que dalle sauf si, par un quelconque miracle, il arrivait à se défaire de mon emprise. Ben tiens, Je sais. Je sais c'que j'vais faire. C'est que j'deviens stratège, maintenant. On arrête pas l'progrès. J'suis l'homme parfait. Combien on parie qu'ils se laisse berner... Ouais, non, on parie rien. J'suis sûr et certain de gagner, sur ce coup-là.
J'le passe par-dessus mon épaule, et j'le porte comme un sac. Pas un mot de ma part, j'ai pas à m'faire chier pour ça. Ils commencent à préparer leur stratégie du "tu bouges, on t'saute dessus". Inutile. L'une de mes mains est libre. Largement suffisant pour retirer le masque. Je les menace. Rien qu'avec une main sur deux écrous. Ils ne songent pas un instant à utiliser leur don à eux. Trop occupés à vouloir trouver un moyen de tirer l'otage des bras du vilain terroriste. Sauf que ça marche pas comme ça. et ils ne l'ont toujours pas compris. Je fais quelques pas en marche arrière, direction l'infirmerie. Nos regards sont toujours liés. Toujours. Et puis j'fais volte face, et j'cours jusqu'à la porte de l'infirmerie. Je suis complètement perché. Fonce Maena. Fonce. J'les entends débouler derrière moi. Putain. Faites que la porte ne soit pas fermée à clefs, faites que la porte ne soit pas fermée à clefs, faites que la porte ne soit pas verouillée... Elle l'est pas, putain! J'suis verni! Verni! Ah ce cul bordé d'nouilles! Je m'aime! Je m'aime!
J'rentre dans la pièce. Déserte, fabuleux. J'ai les clefs dans la poche de mon sweat. Tout va bien, j'y crois pas. Ah. Ouais. j'avais oublié le pauvre otage. Il a pas du comprendre c'qui lui arrivait, le pauvre. La pauvre. J'sais toujours pas, en fait. Bwarf, m'en fous, j'suis sauvé. J'le lâche, le jette sur le premier lit à l'entrée. Quelle gentille attention. Puis j'me retourne et j'boucle la porte pour de bon. On est tranquilles, comme ça. Par-fait. J'prends soin de bien conserver les clefs sur moi. J'ai pas envie que dans un élan de peur ma si charmante compagnie ne cède sa place à des gardes peu commodes. J'ai pas envie d'sortir, là, du coup. Beuh. D'ailleurs. Autant s'y intéresser deux minutes, à la compagnie.

- Désolé de t'avoir entraîné là-d'dans. Bonjour.

Les rideaux sont déjà tirés. On est seuls. J'reste adossé à la porte. J'ai pas envie d'bouger. Puis c'est toujours plus pratique pour entendre c'qu'il se passe dehors. Je crois qu'c'est un homme. Quoique le pas à franchir soit pas des masses gigantesque, en fait. Mais je crois qu'c'est un homme roux. Et ben j'ai touché l'jackpot, moi, aujourd'hui. Des papiers par-dessus les bras, des emmerdes à la clef, et la compagnie d'un roux. Yeah.

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Benedict Adriel
L'Homo Post-it

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MessageSujet: Re: Lettres. [PV Benedict.]   Sam 24 Déc - 17:55

L’expérience prouve qu’il est beaucoup plus facile de prendre des otages que de les relâcher. Frossard


La main pressée sur son côté droit, Benedict avançait d’un pas un peu bancal dans les couloirs de la Forteresse. Des pions courraient de droite à gauche, complètement paniqués, à la recherche des diverses personnes qui avaient -plus ou moins volontairement- oublié de participer au fameux recensement qui ébranlait toute le domaine de Layca. Il s’était lui-même déjà débarrassé de cette corvée un peu plus tôt, pour pouvoir, sur les conseils de ses supérieurs, allé exercer son don dans la salle d’entrainement. On lui avait clairement fait comprendre que bon, son pouvoir, il n’était pas réellement dangereux, hein. Mais se prendre des post-it dans la figure sans aucune raison quand on ne s’y attendait pas, c’était rigolo deux minutes. Après, on avait plutôt envie de les lui faire bouffer. Ça en foutait partout, ça agaçait les gens et, entre ceux qui glissaient sur un papier abandonné et ceux qui se les prenaient directement dans la figure, les responsables de l’infirmerie commençaient à en avoir plein les bottes, de devoir soigner coupures et bleus à la chaine depuis qu’il avait débarqué. Pas dangereux, mais chiant. C’était tout lui ça. Voilà bien une chose qui n’avait absolument pas changé.
Le jeune homme se mordit la lèvre inferieur et raffermit la prise sur son flanc en jurant.

-Mais quel demeuré je vous jure, se blesser avec son propre pouvoir. Tuez-moi pitié.

N’ayant toujours pas découvert comment déclencher son don, Benedict était resté plus d’une heure debout dans la salle, les yeux dans le vague. Si au début, il avait fait des efforts pour réfléchir, sa concentration s’était étiolée rapidement, et il avait vite fini par plus somnolé qu’autre chose. Au final, il avait décidé de profiter du matériel présent sur place pour s’entrainer un peu. Un peu plus de muscles ne lui ferait absolument pas de mal. Cette décision n’avait rien à voir avec le fait que la majorité des gens qu’il croisait mettaient plusieurs minutes avant de parvenir à décidé s’il était un homme ou une femme, il avait l’habitude. Mais dans un monde où certaines personnes pouvaient vous tuer en claquant des doigts, pouvoir leur enfoncer une bonne droite dans la figure avant qu’elles n’aient le temps de passer à l’action pourrait se révéler utile. Bon, et puis merde, c’était quand même vexant, à la fin, de se faire appeler « Mademoiselle » cinq fois par jour, bon sang !


Bref, il avait donc décidé de s’entrainé. Un peu ramolli par l’inactivité des derniers jours, il avait été pris d’un point de côté. Rien de grave. Juste de quoi lui faire pousser un petit cri de douleur et de surprise. Et paf ! Avant qu’il n’ait eu le temps de réaliser quoi que ce soit, un nuage de post-it avait explosé juste à côté de ses côtes, déchirant sa chemise et sa peau sur plusieurs centimètres. La blessure n’était pas profonde, mais elle faisait quand même sacrément mal et le jeune homme n’avait pas une tolérance très élevée à la douleur. Il avait donc entrepris de rejoindre l’infirmerie dont il ignorait d’ailleurs l’emplacement. Malheureusement pour lui, les pions auxquels il avait tenté de demander le chemin était soit trop occupés, soit en colère contre lui car il les avait un jour envoyé à ladite infirmerie à cause de son pouvoir. Que le don de l’andouille qui les avait blessés se soit retourné contre leur utilisateur leur paraissait excessivement drôle et aucun ne daigna l’aider.
C’est ça bande de cons, marrez-vous. Dés que je comprends comment déclencher mon pouvoir volontairement, je vous découpe en rondelles et je bloque les portes de cette satanée infirmerie pour vous laisser agoniser dans les couloirs. On verra si vous riez encore.


Benedict continuait d’avancer à l’instinct dans les couloirs, serrant les dents. Aïe-euh ! comment une simple coupure pouvait-elle faire mal à ce point? Il pénétra alors dans une grande salle qu’il identifia comme étant le hall. Il était allé s’y faire recenser ce matin. Etait-ce la bonne direction ? Aucune idée. Le jeune homme ralentit le pas, impressionné par le nombre de gens présents. Et ben, heureusement qu’il y était allé tôt, il se ferait écrasé là-dedans !
S’apprêtant à faire demi-tour pour éviter la cohue, il fut soudain interrompu par des cris et des interpellations. Le roux fut percuté par un pion qui agitait des feuilles en l’air. Par réflexe, le garçon les ramassa et les glissa dans sa poche. Plusieurs personnes déboulèrent dans le hall, provoquant la fuite de ceux qui avaient compris que rester au milieu d’une poursuite entre Hauts Gradés n’était pas un bon moyen de rester entier. Alors qu’il tentait de les imiter, Benedict fut projeté sur le côté et se retrouva face à un groupe de Bras Droits. Ah ouai, rien que ça. Il ignorait ce qu’il se passait, mais ça avait l’air sérieux, on envoyait rarement autant de Hauts Gradés simplement parce qu’un pion refusait de manger sa salade. Il s’apprêtait à partir lorsqu’un bras inconnu l’attrapa par la taille avant de l’attirer vers son propriétaire qui l’agrippa par les poignets et le plaça devant lui comme un bouclier.

- Vous n'aimeriez pas voir son joli minois exploser en même temps que tout ceux ici présent, si?

Benedict se sentit pâlir. Parce que l’homme avait appuyé sur sa blessure, parce qu’il réalisait qu’il servait d’otage et surtout parce qu’il avait reconnu la voix. Enfin, on ne pouvait pas exactement dire qu’il l’avait « reconnue », puisqu’il ne l’avait jamais entendu. Mais on lui en avait parlé. L’homme qui l’avait briefé au sujet d’AJE et du fonctionnement de la Forteresse de Layca avait commencé par ça. « Si tu veux rester en vie, une chose importante : t’évites la Sirène. Maena Aiolia Méryl Raphaëlita. Un mec avec un masque, et une voix magnifique, mélodieuse et tout. Même déformée par le masque. Juste sublime sans. Mais bon, tu l’entends sans le masque, tu meurs, ça vaut pas l’coup. Si tu le vois, tu te bouches les oreilles et tu te barres en courant, c’est tout. Sinon, t’exploses. Et crois-en mon expérience, c’est pas agréable. Du tout. » Vu l’air inquiet des Bras Droits en face, on ne lui avait pas menti. Coller contre le corps de son ravisseur, Benedict était tétanisé et aurait bien été incapable de faire le moindre geste pour se défendre. Devant, les adversaires de la Sirène semblaient hésiter. On attaque… on attaque pas… Ils firent un pas en avant. A pire le gosse meurt et il ressuscite après, rien de grave. Go les gars.
Le jeune homme se retrouva soudain sur l’épaule de son ravisseur et la douleur que ce changement de position provoqua lui désembruma le cerveau. Il se concentra désespérément pour enclencher son don mais échoua une fois de plus. Il ne voyait plus ce qu’il se passait. L’homme qui le portait fit soudain volte-face et s’enfuit en courant, poursuivit par la petite garde. Il ouvrit une porte à la volée et se jeta à l’intérieur, Benedict toujours sur le dos. Il le jette sans ménagement sur un lit avant de verrouiller la porte, visiblement très fier de lui.
Immobile sur le matelas, le roux fixe son ravisseur, le souffle court et les yeux écarquillés. Otage, tout seul dans une pièce vide avec un mec catalogué par toute la Forteresse comme psychopathe meurtrier. Que du bonheur. On reconnait là ta chance légendaire, cher Benedict. Bon, par contre, un point positif, c’est qu’il avait visiblement trouvé l’infirmerie. Super. Il n’avait plus qu’à demander à son kidnappeur de jouer les jolies infirmières. Allez, un peu de sérieux Benedict, tu viens de te faire prendre en otage, je te rappelle. Maena Aiolia Méryl Raphaëlita se tourna vers le roux.

- Désolé de t'avoir entraîné là-d'dans. Bonjour.

Surpris, Benedict ne répondit pas tout de suite. Il ne s’attendait pas à ça. On lui avait décrit la Sirène comme un monstre, cruel, fou. Une voix d’ange appartenant à un démon prêt à vous dévorer. Des excuses et un bonjour ne correspondaient pas à l’idée qu’il s’en était fait. La voix non plus. Il se l’était imaginée belle, belle mais froide. Coupante. Meurtrière. Mais même déformée, métallisée par le masque, elle restait splendide, vivante. Il n’y avait pas fait attention, tout à l’heure, quand il s’était fait prendre en otage. La voix de Maena vivait. Pouvait-elle réellement amener la mort ? Le jeune homme se sentit bêtement rassuré. Il n’avait pas pour habitude de rester sur une idée préconçue. Peut-être le masqué n’était-il pas aussi ignoble qu’on voulait bien le dire.

-Bonjour. Je m’appelle Benedict. Sans « e » à la fin, je ne suis pas une fille. Entama-t-il prudemment, faisant un incroyable effort de volonté pour essayer de rester poli. Vous êtes Maena Aiolia Méryl Raphaëlita, non ? On m’a parlé de vous. Vous me faites peur.

La franchise du jeune homme repris peu à peu le pas sur son instinct de survie.

-Ça va pas de prendre les gens en otage, de cette manière ? Je ne sais pas ce que vous avez fait pour qu’on vous poursuive comme ça, mais c’est pas une raison ! Vous auriez dit quoi si j’avais essayé de faire pareil, hein ? Et puis, dans une bonne prise d’otage, on prend une fille, c’est la moindre des choses. Les mecs, tout le monde s’en fout. Vous avez vu la tête des Bras Droits ? S’ils n’avaient pas eu peur de vous à ce point, ils n’auraient pas hésité une seule seconde à me laisser mourir. Tandis qu’une fille, c’est mignon, doux, fragile, ils n’auraient pas bougé le petit doigt. Un peu de professionnalisme, nom de Dieu. Après, pas que ça me gène vraiment de me faire kidnapper par un mec aussi mignon que vous et avec une voix de rêve, je trouve ça très romantique, j’ai toujours rêvé de me faire enlever par un séduisant fugitif. Mais si vous aviez pu faire ça un autre jour, j’aurais peut-être été plus réceptif. Parce qu’aujourd’hui, je me suis déjà blessé tout seul, j’avais pas vraiment besoin de votre aide pour en rajouter.

Son ton était clair et aucune ironie ne transparaissait dans ses propos. De toute façon, le jeune homme ne pratiquait jamais l’ironie. Dire l’intégralité de ce qu’on pensait à un homme capable de vous faire exploser l’encéphale d’un souffle n’était pas une méthode de survie très recommandée, mais Benedict était comme ça. Il était conscient qu’il prenait des risques, mas il ne pouvait pas faire autrement. Il marqua une pause et remonta sa chemise pour étudier l’état de sa blessure. L’aventure ne lui avait pas fait du bien. Tout son flanc était maquillé de rouge et l’élançait horriblement. Il sentit la tête lui tourner. Oh non mauviette, c’est vraiment pas le moment de tomber dans les pommes, c’est juste une coupure de rien du tout. Mordillant sa lèvre inferieure pour garder l’esprit clair, le roux reporta son attention sur son ravisseur.

-Vous allez me tuer ?


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MessageSujet: Re: Lettres. [PV Benedict.]   Dim 25 Déc - 6:29


Domaine médical.


J'aime pas cette porte.
J'sais pas pourquoi, mais j'aime pas c'te porte. Déjà, elle est en bois. Un bois frêle, un peu fragile, et déjà on voit qu'elle est pas d'la première jeunesse. Y'a des griffures partout, comme si elle aussi elle était balafrée. J'le sens. J'vois rien, j'suis d'dos. Mais les impacts, les séquelles, rien qu'au toucher tu sais qu'elles sont là. C'est affolant c'qu'on peut apprendre sur quelqu'un ou quelque chos avec le toucher. Seulement ça. Tu vois, là, j'sens un creux. Un petit creux, t'sais, pas l'énorme cratère. Ce creux, ben les bords ne sont pas lisses. Y'a comme des espèces d'éclats, des... j'sais pas, moi, des sortes de traits qui partent comme ça. Ben ça, t'as vu, c'st typique des trucs qui sont jetés très fort, ou qui le sont à répétitions, comme des coups donnés. Vu la circonférence, j'dirai qu'c'est la taille d'une balle neuf milimètres. Tout au plus. Et là, je casse ma théorie. Regarde l'état d'la porte, quoi. Elle aurait jamais survécue à un coup d'feu. Alors cette cicatrice, elle vient d'un objet à bout rond d'environ neuf milimètres de diamètre avec lequel on a essayé d'défoncer la porte. Et voilà l'travail.
J'étudie ma porte et le laisse à ses pensées. Ouais je sais, méchant Maena, t'avais pas à m'kidnapper, j'ai rien fait, j'suis innocent, relâche-moi et j'dirai rien à personne, t'es un connard, fous-moi la paix, dégage. C'est bon, on m'la déjà faite, celle-là. Pour rien, des fois, en plus. Non, sérieux. En général ce sont nos amies les pouffiasses qui nous envoient ça à la gueule. T'as rien fait, tu t'retrouves à ton plus grand désespoir seul avec elles, et là elles font mais genre tout ce que tu veux du moment qu'ça te fait virer la gueule de leur côté, pour pouvoir mieux te la défoncer plus tard. C'est vicieux, une pute, faut pas croire. J'supporte pas les gonzesses. Non sérieux. C'est bon qu'à baiser, après faut les abandonner quelque part et les laisser crever. C'est trop con pour survivre sans la couleur d'un billet d'cinq cent, d'toutes façons. 'Fin. J'en suis pas encore à c'point de non-retour là. J'suis à l'infirmerie. C'était c'que j'voulais. Puis j'y suis pas tout seul. Certes, il se s'rait passé d'moi, m'enfin comme ça il peut m'voir en vrai deux minutes. Parce que ouais. On a dit qu'on était là pour quelque chose en particulier, et qu'on partira pas sans. Des bandes. Des bandes, et des médicaments. On verra lesquels, m'en fous. Mais me faut tout ça. Alors j'bougerai pas mon cul de c't'endroit sans tout ça. Ouais. Va juste falloir que j'trouve la foi d'me magner pour chercher. C'est trop dur, la vie.

-Bonjour. Je m’appelle Benedict. Sans « e » à la fin, je ne suis pas une fille.

Mmh? Le voilà doté d'parole. Bien. Sa voix n'ressemble pas à grand-chose, mais y'a eu pire. Je n'dis rien. J'ai encore rien dit. Même, non, j'ai fait aucun sous-entendu sur ses couilles ou quoi, si? Non parce qu'on peut pas dire que j'sois l'mieux placé pour parler d'androgynie non plus, hein. Benedict, donc. J'retiendrai jamais. J'retiens que dalle, c'est affligeant j'te jure. Mmh... Ouais. Ouais. Bon. Et après? J'dois répondre ou quoi? Ah, ben non. Il continue. Mon nom. Il connait mon nom complet? Hein? T'es sérieux? Ben, d'habitude, on retient Maena, ça suffit. Putain, ça fait des siècles que j'ai pas entenu un mec dire mon nom en entier. Il souligne que j'lui fait peur. Comme à tout l'monde, chéri, comme à tout l'monde. Enfin. J'en déduis qu'on lui a parlé d'moi, ou qu'il a été une de mes victimes à un moment donné je sais pas. J'tiens pas une liste des gens que j'bute, non. Faudrait, tiens. Un cahier avec dedans tous les noms des gens que j'ai fligué au moins une fois. Ben y'aurait toute la Forteresse, en fait. À deux-trois gens près. Comment il s'appelle, déjà? Bénédicte? Non, sans "e", c'est ça? J'sais plus. Ouais, il a dit sans "e" j'crois. Oh puis merde. C'est un truc en Bene, alors ça restera Bene. Puis m'en fous, j'vais pas m'amuser à l'appeler. Manqu'rait plus qu'ça, tiens. Bisounours jusqu'au bout.
Oula. Là, c'est la tête que tirent les gens quand ils vont s'lancer dans une tirade super fascinante. Pitié. J'veux m'tromper. Pitié.

-Ça va pas de prendre les gens en otage, de cette manière ? Je ne sais pas ce que vous avez fait pour qu’on vous poursuive comme ça, mais c’est pas une raison ! Vous auriez dit quoi si j’avais essayé de faire pareil, hein ? Et puis, dans une bonne prise d’otage, on prend une fille, c’est la moindre des choses. Les mecs, tout le monde s’en fout. Vous avez vu la tête des Bras Droits ? S’ils n’avaient pas eu peur de vous à ce point, ils n’auraient pas hésité une seule seconde à me laisser mourir. Tandis qu’une fille, c’est mignon, doux, fragile, ils n’auraient pas bougé le petit doigt. Un peu de professionnalisme, nom de Dieu. Après, pas que ça me gène vraiment de me faire kidnapper par un mec aussi mignon que vous et avec une voix de rêve, je trouve ça très romantique, j’ai toujours rêvé de me faire enlever par un séduisant fugitif. Mais si vous aviez pu faire ça un autre jour, j’aurais peut-être été plus réceptif. Parce qu’aujourd’hui, je me suis déjà blessé tout seul, j’avais pas vraiment besoin de votre aide pour en rajouter.

Eh bien non! Maena a toujours raison, toujours! Adieu, intégrité tant aimée, adieu temps de paix décidément toujours trop court! Et ben ouais. J'casse les couilles à tout l'monde, même quand j'fais rien. J'adore ce mec. Les gens sont jamais contents, j'devrai l'savoir depuis l'temps. Mais non, j'continue à m'obstiner et à m'dire qu'on peut trouver mieux, autre chose, des autres gens qui pensent pas pareils. Lui, il m'a tout l'air d'être un casse-couilles. Tu m'as pris en otage et j'aime pas ça mais en même temps si ça s'était passé à un autre moment j'aurais aimé, faut prendre en otage une gonzesse sinon ça l'fait pas, t'aime bien mais tu m'fais flipper, et j'en passe. Ouais, bon. C'est pas sous c'te fausse assurance que tu mets en place que tu vas réussir à éclaircir ta pensée, vieux. Il sait pas c'qu'il veut. C'est p't'être du au stress de la situation, être face au terrifiant Maena, être séquestré dans l'infirmerie, des conn'ries comme ça. C'est vrai qu'c'est sans doute à prendre en compte, aussi. M'enfin j'sais pas, y'a pas qu'ça non plus. Il a l'air hyper fier de lui, Bene. Le genre de type à pas aimer quand quelque chose lui échappe parce qu'il aime avoir le contrôle sur tout ce qu'il touche. Être ravi par un fugitif, c'est ça? Mais seulement si tu préviens avant. Comme ça il peut s'préparer comme il faut. J'suis sûr qu'il doit taper dans c'délire-là. Du moins il a la tronche de l'emploi. À toujours vouloir tout diriger. À vouloir avoir la main mise sur tout. Un peu comme le f'rait une donzelle, en fait.
J'soupire. Il me fatigue, j'te jure. J'le vois soulever sa chemise, aucune pudeur. J'te jure, les jeunes. Il est blessé. Il pisse le sang. J'vois pas les détails les plus alléchants, j'suis trop loin. Ma vue baisse de jours en jours, c'en d'vient catastrophique. Tant pis, j'arrive encore à vivre. Il me regarde après avoir fait son constat mental sur sa position. Ca s'voit qu'il revient de lui-même. Ca s'voit dans ses yeux. Il me demande si je compte le tuer. La blague. J'lâche un rire nerveux, l'arrête quasiment direct. J'garde une once de sourire. Ca r'ssemble plus à un pli d'bouche, m'enfin. On s'en fout, il peut pas voir grand chose avec le masque sur la gueule. J'colle ma tête au bois. Pas de bruit. Ils ont du partir, pour revenir à la charge avec d'autres pions plus performants ou au pouvoir plus utile. Je sais pas. On verra bien. J'vais l'rejoindre sur le lit. J'peux pas laisser tout c'carmin se perdre, ce s'rait trop con.

- C'était pas dans mes projets, mais vu combien tu peux être casse-couilles, j'te promets rien.

C'pas faux. Mais j'ai aucune envie d'buter un type qui n'a rien d'mander. On verra plus tard s'il devient vraiment trop chiant. J'aurai plus aucun scrupules quant à mettre un terme à cette vie-là. Une parmi tant d'autres, il va pas faire chier pour ça. J'm'assoie sur le lit, pas si loin d'lui finalement. M'en fous. J'veux voir la plaie. Uh. Continue d'parler, Maena, il va finir par croire que t'es qu'un pervers psychopathe qu'essaye de l'mater.

- Mmh... Bene, Bene... Benedict, c'est ça? J'arrive à rien avec les prénoms. 'Fin, j'vais y aller cash. Déjà de une, Maena Aiolia Méryl Raphaëlita, t'oublies. Merci d'avoir retenu, c'est sympa quoi, mais Maena, Méryl au pire, c'est largement suffisant. Aussi, j'te préviens à l'avance, les Monsieur, tu te les fous là où j'pense. J'suis pas Monsieur, j'suis Maena. Et les vouvoiments aussi, tu t'les gardes. Ca fait vieux, et j'le suis pas. Alors merde. J'le regarde plus. J'essaye, vraiment. Mais franchement, avec tout ce sang partout, j'me sens plus. J'pose un doigt sur la plaie, le retire de suite, le porte à mes yeux. Il est clair. Rien de grave. Tu t'es pas loupé, dis-moi. Reste tranquille.

J'lâche encore un rire feint. Niveau réputation, j'suis définitivement mort je crois. Bwarf, comme si j'l'étais pas déjà, quelque part. Bref. J'me lève, et j'me dirige vers une armoire à pharmacie juste à côté du lit. Y'a tout c'que tu veux à l'intérieur. Désinfectant, coton, strips, compresses, scotch. Non, terrible. J'prends l'tout dans mes mains, en quantité. J'aime pas devoir m'relever pour aller chercher des trucs que j'ai oublié. Sérieux, c'est chiant. Oh, des bandes. Putain, y'a plein de trucs. Des coagulants, putain, j'hallucine!

- D'autre part, t'es pas pris en otage. J'devais juste me débarrasser de ces chieurs-là. Tu peux pas savoir à quel point ils peuvent être collants, quand ils veulent. Pour une histoire de recensement, j'veux dire, c'était même pas par nécessité, c'était vraiment pour casser les couilles gratuit'ment. Merde, t'sais quoi, ils me harcèlent limite pour qu'j'aille remplir j'sais pas combien d'trucs, et en plus faut qu'j'aille me recenser. 'Fin j'veux dire, tu sais qui je suis, tu connais même mon nom en entier. Les gens le savent, qui je suis. Avec Kamui l'gentil Elu Primordial, sa marmaille privée, et Xellos le fouteur de merde invétéré, on est les premiers à être cités quand on présente le clan. Les gens savent que j'suis là. On tourne dans les couloirs pour pas m'croiser. J'ai pas b'soin d'me faire recenser. Mais non, ça, ils ont pas compris. Désolé, j'm'égare. Tout ça pour dire que j'suis... ouais que j'suis navré qu'ça soit tombé sur toi. Et surtout si j't'ai bléssé par-dessus.

J'ai tout c'qu'il faut. J'reviens vers lui, jette tout mon bordel de soins sur le lit et reste debout. J'suis en bug, là. Sérieux. J'le r'garde. J'sais pas pourquoi j'prends autant d'temps pour m'assoir. J'pourrai, le faire. Y'a pas d'piège, d'caméra, nan. J'deviens parano, en fait. Non, j'en sais rien. J'le r'garde, c'est tout. Il a des yeux verts. Verts, mais genre... émeraude. C'est pas l'plus beau, c'pas du tout l'plus laid. De loin.

- Et tu m'excuses, m'enfin prendre en otage une fille, avec toi, y'a d'quoi débattre.

C'que j'suis une pétasse, sérieux. En plus j'souris en lui balançant ça. Genre j'me fous d'ta gueule et j'assume au maximum. c'est dégueulasse, surtout qu'il est pas dans une position de force impitoyable. J'deviens un vrai connard. C'est p't'être pas forcément une bonne chose, j'sais pas. J'aime pas être comme ça. Pas avec les gens qui m'ont rien fait. Pas avec les gens envers qui j'ai une dette. Il m'a sauvé des gardes, là. J'ai beau dire c'que j'veux, j'peux pas lui enlever ça. J'lui dois une aide précieuse, j'devrai pas avoir à lui parler comme ça. Non mais j'suis con ou j'le fais exprès?! J'vais pas commencer à avoir de bons sentiments, enfin!
J'm'assois, au final. J'hésite à m'excuser, mais ça va faire louche si j'continue ce cirque. C'est même pas volontaire, en fait. J'sais pas, ça doit être les nerfs qui font une rechute. Viens on l'fait s'excuser tout l'temps, ouais t'as raison vas-y on fait ça. J'dois pas être net, des fois. Ca doit être marrant d'bosser dans ma tête. Ou pas. J'le regarde toujours. Zieute sur sa chemise rougie. J'ai pas vu la plaie. Elle a pas l'air bien méchante, mais c'est du sang clair. Faut juste désinfecter l'tout, protéger, et l'tour est joué.

- Libre à toi d'me dire comment t'as fait ça, j'suis pas un harceleur. Si ça peut t'rassurer, de c'que j'ai pu voir d'la plaie, y'a rien d'grave. C'est juste que t'as coupé une partie du corps avec pleins de petites veines, comme le bout des doigts ou les orteils. Donc ça saigne beaucoup, mais en soi, pas de quoi t'vider. J'm'arrête un instant. J'sais pas pourquoi. J'le regarde toujours. J'en ai marre de l'regarder tout l'temps. Il a dit qu'j'étais quoi, déjà? Un mec mignon. Non. J'suis un dieu, un canon, et en supplément une bête de sexe. Putain, j'suis branché cul aujourd'hui. Faut qu'j'arrête. Bon, qu'es' t'attends? Déshabille-toi que j'puisse nettoyer la plaie. À moins qu'tu n'veuilles te laisser mourir de douleur en regardant ton mignon fugitif kidnappeur.

Il a p't'être envie que j'bouge mon cul. Ouais, j'ai tendance à oublier que la plupart des gens n'est pas nudiste, et reste pudique. J'm'y f'rai jamais, j'crois. Enfin. Vu comme il est grande gueule, s'il veut que j'me r'tourne, il m'le dira. Il dira bien c'qu'il voudra, remarque.
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Benedict Adriel
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MessageSujet: Re: Lettres. [PV Benedict.]   Lun 26 Déc - 18:25

Il faut apprendre pour connaitre, connaitre pour comprendre, comprendre pour juger. Narada


Benedict se maudit dans la seconde. Non mais quel crétin, je te jure. Vas-y, rappelle-lui que maintenant qu’il est à l’abri, tu lui sers plus à rien et qu’il peut te tuer. Tu es devenu suicidaire récemment ? L’homme laissa échapper un rire bref, qui pouvait tout aussi bien vouloir dire « t’es con, bien sûr que je vais te tuer » que « t’es con, j’ai autre chose à faire que de te tuer ». Après avoir collé son oreille à la porte, certainement pour savoir ce que trafiquaient leurs poursuivants, il s’assit à côté du roux qui retient un mouvement de recul.

- C'était pas dans mes projets, mais vu combien tu peux être casse-couilles, j'te promets rien.

Benedict se mordit la lèvre mais la relâcha dés qu’il s’en aperçut. Décidément, c’était une mauvaise habitude qu’il prenait. Il soupira. Prévisible. Son incapacité à fermer sa bouche allait encore lui attirer des ennuis. Le roux porta son attention sur le brun pour s’empêcher de répliquer. Il était beau, indéniablement. Plus même. Comme le roux, il avait un physique androgyne. Non, pas comme le roux. De ce qu’il voyait, il faudrait être complètement aveugle pour hésiter sur le sexe à attribuer à la Sirène. Il avait des traits fins, féminins, oui, mais c’était un homme, et cela se voyait. Le jeune homme détailla pensivement son voisin mais arrêta immédiatement quand l’autre prit la parole. Tiens-toi tranquille pour une fois, c’est pas exactement le moment de faire n’importe quoi. Arrête de le fixer avec tes yeux de merlan, il va finir par se vexer.

- Mmh... Bene, Bene... Benedict, c'est ça? J'arrive à rien avec les prénoms. 'Fin, j'vais y aller cash. Déjà de une, Maena Aiolia Méryl Raphaëlita, t'oublies. Merci d'avoir retenu, c'est sympa quoi, mais Maena, Méryl au pire, c'est largement suffisant. Aussi, j'te préviens à l'avance, les Monsieur, tu te les fous là où j'pense. J'suis pas Monsieur, j'suis Maena. Et les vouvoiments aussi, tu t'les gardes. Ca fait vieux, et j'le suis pas. Alors merde

Effectivement, ça avait le mérite d’être clair. On ne s’embêtait pas avec les formules de politesse et les prénoms à rallonge, c’était noté. Tant mieux, ça l’arrangeait. Il avait toujours trouvé ça stupide, les « vous » qui rendaient vieux et séparaient les gens, le vouvoiement, cela montrait une distance par rapport à l’interlocuteur : « vous, cette personne que je ne connais pas ». Tout comme les Monsieur/Madame et tout le tintouin. On avait un prénom, c’était bien pour s’en servir, non ? Il était néanmoins un peu déçu, avec tous ces « a », le nom complet de son ravisseur était vraiment agréable à prononcer. Il lui avait laissé le choix entre Maena et Méryl. Dommage, son préféré était Aiolia. Tant de voyelles. Tant pis. Il choisit Maena. Deux « a », trois voyelles pour cinq lettres. Bon score. Avant que Benedict n’ait pu lui faire part de ses réflexions, l’autre posa un doigt sur la blessure. Surpris, le roux s’écarta, manquant de tomber du lit.

-Tu t'es pas loupé, dis-moi. Reste tranquille.

L’homme en rouge laissa de nouveau échapper un rire bref et se leva pour fouiller dans ce qui semblait être une armoire à pharmacie. Benedict ne comprenait plus. Même si le dénommé Maena dégageait un aura de puissance qui signifiait clairement que si on se risquait à l’embêter, il ne nous laisserait pas le temps de le regretter, il n’avait rien du monstre assoiffé de sang qu’on avait pris plaisir à lui décrire. On lui avait dit qu’une simple rencontre dans un couloir suffisait pour perdre la vie. Il était enfermé avec lui depuis une bonne quinzaine de minutes, et il n’était pourtant pas plus amoché qu’au moment de leur rencontre. Un mythe s’effondrait. Il ne fallait décidément pas se fier aux rumeurs.

- D'autre part, t'es pas pris en otage. J'devais juste me débarrasser de ces chieurs-là. Tu peux pas savoir à quel point ils peuvent être collants, quand ils veulent. Pour une histoire de recensement, j'veux dire, c'était même pas par nécessité, c'était vraiment pour casser les couilles gratuit'ment. Merde, t'sais quoi, ils me harcèlent limite pour qu'j'aille remplir j'sais pas combien d'trucs, et en plus faut qu'j'aille me recenser. 'Fin j'veux dire, tu sais qui je suis, tu connais même mon nom en entier. Les gens le savent, qui je suis. Avec Kamui l'gentil Elu Primordial, sa marmaille privée, et Xellos le fouteur de merde invétéré, on est les premiers à être cités quand on présente le clan. Les gens savent que j'suis là. On tourne dans les couloirs pour pas m'croiser. J'ai pas b'soin d'me faire recenser. Mais non, ça, ils ont pas compris. Désolé, j'm'égare. Tout ça pour dire que j'suis... ouais que j'suis navré qu'ça soit tombé sur toi. Et surtout si j't'ai blessé par-dessus.

Le roux acquiesça mentalement. Pas pris en otage ok. M’enfin, pas loin quand même. Oh, pas de quoi en faire tout un plat. D’accord, il s’était fait un peu malmener, mais après tout, l’autre avait des circonstances atténuantes. Se faire courser dans toutes la Forteresse simplement parce qu’on refusait de se faire recenser, c’était peut être un peu exagéré. Enfin, il avait raison quoi ! Benedict n’était pas arrivé à la Forteresse depuis deux heures qu’on l’avait déjà mis en garde à propos de la Sirène. Et puis, si les Bras Droits s’amusaient à le poursuivre un peu partout, ça voulait bien dire qu’ils savaient qu’il existait, non ? Quand l’autre revient les bras chargés de bandes, pansements et autres produits de soin, le roux décida que l’homme était gentil. Ou au moins pas foncièrement méchant. Il planta son regard dans les yeux de son vis-à-vis qui restait debout, comme s’il hésitait. Quel regard étrange. Il regretta que le masque lui cache la plus grande partie du visage, il avait l’air d’avoir des traits magnifiques. Il se souvint alors de pourquoi l’homme portait un masque et ne regretta plus. Il ne voulait pas déjà subir une nouvelle mort, l’autre l’avait suffisamment secoué et il ne souhaitait pas réitérer l’expérience tout de suite.

- Et tu m'excuses, m'enfin prendre en otage une fille, avec toi, y'a d'quoi débattre.

Celle-là, il l’attendait. C’était presque étonnant qu’elle ne soit pas sortie plus tôt. Limite, si l’autre ne l’avait pas dit, il l’aurait fait lui-même. Il en avait tellement l’habitude, de cette remarque. Ça ne lui faisait plus grand-chose. Bon, sa virilité en prenait quand même un petit coup à chaque fois, mais il ne pouvait pas vraiment nier. Le seul truc masculin qu’il faisait, c’était du foot. Et de la boxe, mais on lui avait plusieurs fois dit que c’était un sport de gonzesse, donc il ne s’en vantait pas. Il grogna quand même, pour la forme. Hésita à tirer la langue, et se dit qu’il y avait quand même des comportements plus virils, comme régler le compte de l’insolent à coups de pains dans la gueule. Sauf que l’autre était minimum cinq fois plus puissant que lui, au bas mot. Le jeune homme avait suffisamment d’expérience au combat pour être conscient qu’il n’avait aucune chance. Et il n’avait pas particulièrement envie de se faire offrir un allé simple pour la Fontaine des Fées pour un motif aussi futile. Surtout que l'autre n'avait pas l'air d'avoir dit ça méchamment, et il l'avait bien cherché.
Maena finit par s’assoir, l’air hésitant, sans cesser de le fixer. Ou plutôt de fixer sa chemise, qui commençait sérieusement à être détrempée. Benedict se demanda si c’était parce qu’il s’inquiétait ou simplement parce qu’il n’avait rien d’autre à faire. Il aurait bien aimé que ce soit la première explication. Pour rien, juste comme ça. Pour réaliser que même dans un monde où la mort n’existait plus, il restait encore des gens qui pouvaient s’inquiéter pour une blessure aussi bénigne.

- Libre à toi d'me dire comment t'as fait ça, j'suis pas un harceleur. Si ça peut t'rassurer, de c'que j'ai pu voir d'la plaie, y'a rien d'grave. C'est juste que t'as coupé une partie du corps avec pleins de petites veines, comme le bout des doigts ou les orteils. Donc ça saigne beaucoup, mais en soi, pas de quoi t'vider.

Il marqua une pose. Il avait l’air de s’y connaitre plutôt bien, ses explications firent sourire Benedict. L’autre le fixait toujours. C’était agréable, d’être regardé comme ça. Ça réchauffait. Les gens d’ici vous regardaient rarement, préférant éviter de trop connaitre un homme qu’on pouvait voir mourir d’un moment à l’autre, voire tuer nous même.

-Bon, qu'es' t'attends? Déshabille-toi que j'puisse nettoyer la plaie. À moins qu'tu n'veuilles te laisser mourir de douleur en regardant ton mignon fugitif kidnappeur.

Le sourire de Benedict s’accentua. Mignon, oh oui, c'est le moins qu'on puisse dire. Il se débarrassa rapidement de sa chemise, le mouvement lui arracha un léger glapissement de douleur étouffé. Un malheureux post-it se matérialisa à côté de lui. Il s’en saisi rapidement et se retourna vers son interlocuteur. Etre à moitié nu devant un presque inconnu ne le gênait pas. Les choses qui le gênaient étaient rares, de toute façon. La gêne, c’était de la honte, et la honte venait de quelque chose qu’on n’assumait pas, qu’on niait. Le garçon était trop franc pour ça.

-Je ne m’en lasse pas, effectivement. Tu dois être l’un des mecs les plus magnifiques qu’il m’ait été donné de rencontrer. Mais bon, si je meurs, je ne pourrais plus profiter du spectacle. Et puis, c’est peut-être pas grave, mais ça fait vraiment un mal de chien ce truc. J’ai déjà expérimenté la Fontaine, je ne compte pas y retourner tout de suite.

Il se laissa tomber en arrière, allongé sur le dos en travers du lit, les jambes pendant dans le vide.

-Comment je me suis blessé… Pour résumé, on m’a dit « vas t’en trainer, ton manque de contrôle sur ton don fait chier tout le monde ». J’y suis allé, je me suis loupé. Tout bête. Je n’ai toujours pas bien saisi comment il fonctionne, ce pouvoir, même si je commence à avoir des hypothèses…

Il brandit le petit carré de papier jaune qu’il venait de matérialiser, oubliant momentanément l’inscription culpabilisatrice qui l’ornait.

-Ces petits trucs sont une vraie plaie, je t’assure. On croirait pas, comme ça. Tout petits, tout fins, tout fragiles. Mais putain qu’est ce que ça fait mal ! Je comprends que les gens en aient eu marre, que je leur en balance à la gueule pour un oui ou pour un non. J’en ai marre aussi, si ça peut les consoler. J’aurais préféré n’importe quoi d’autre.

Plongeant dans ses pensées, il resta quelques secondes à froisser le post-it, le regard dans le vide. Il se redressa brusquement.

-Je suis surpris ! On m’avait dit que tu étais un genre de monstre, cruel et tout. En fait, non. Enfin, pas d’après ce que j’ai vu. Pas si on te fait pas chier. D’ailleurs, si je te saoule trop, n’hésite pas à me dire de la fermer. Je te promets pas de réussir à le faire, mais au moins, si tu me tues parce que t’en peux vraiment plus, personne pourra dire que tu m’as pas prévenu, on pourra pas t’en vouloir. Tu corresponds vraiment pas à la description qu’on m’a faite. C’est plutôt bon pour toi d’ailleurs. Je m’imaginais plus une vieille armoire à glace balafrée qu’un jeune apollon masqué. Je me plains pas, hein!

Le roux marqua une nouvelle pose et avisa les produits de soin que son interlocuteur avait déposés sur le lit. Il se demanda si, après sa tirade assommante, Maena n’allait pas plutôt décider de lui faire avaler le désinfectant plutôt que de le soigner. Il aurait bien aimé lui dire qu’il pouvait parfaitement s'occuper de ses coupures tout seul, mais il savait que c’était faux. Il ignorait s’il savait soigner une blessure dans sa vie antérieure, mais ce dont il était sûr, c’était qu’il en était totalement incapable aujourd’hui.
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MessageSujet: Re: Lettres. [PV Benedict.]   Dim 1 Jan - 21:31


Ceux qui sont Immortels.


Ca part de la K10 gauche et ça s'termine en plein milieu de l'os iliaque. C'est pas profond du tout, c'est même rien d'autre qu'une toute petite coupure. Mais c'est vrai qu'c'est blindé de minuscules veines, par-là. Tu parles, avec tout c'foutoir d''organes qui s'trimballe de c'côté là, obligé qu'ce soit noyé sous les vaisseaux sanguins. Après, plus c'est bénin plus ça saigne. Ca fait parti du code d'honneur à la con de ces emmerdeurs d'érythrocytes. Eh ouais, faut pas croire, c'est taquin le globule rouge. Encore plus quand c'est en meute. Et c'est rare d'en trouver un isolé. Ou alors c'est dans un cadavre. Bref. Bene n'est ni mort ni mourrant, alors il a pas intérêt à m'faire un cinéma style "ah Layca par pitié je souffre achève-moi ça ira plus vite". Ou s'il fait ça, je l'achève vraiment pour de bon, et j'm'arrange pour qu'il concerve une jolie cicatrice en plein sur le nez pour le faire regretter de s'être foutu de moi. Mais j'sais pas. Ouais, j'suis d'humeur violente, ouais, quelque part j'ai encore la haine quoique franch'ment pas trop pour le coup, 'fin bien qu'tout soit propice à ce genre de réaction à la barbare, ben non. J'sais pas. C'est pas qu'j'ai pas envie, mais c'est qu'pour le moment il a rien fait. J'vois pas pourquoi j'le taperai, ou j'le maltraiterai. Alors que d'habitude j'fais ça pour tout l'monde tous les jours. Va savoir. Eh béh. Moi qui pensais qu'le code d'honneur des érythrocytes était une passion à la con.
Ce type, il fait que piailler. Non mais sans rire. Il fait que parler. Là tu vois, il parle. Pourquoi? J'suis sûr qu'il doit s'douter que j'l'écoute pas. J'devrais p't'être d'ailleurs. J'suis gentil ou pas? Gentil? Méchant? Gentil? Méchant? Toute l'histoire de ma vie, après tout. Bon aller. Sympa. C'que j'peux muter en peluche, moi, depuis quelques jours.

-Tu dois être l’un des mecs les plus magnifiques qu’il m’ait été donné de rencontrer. Mais bon, si je meurs, je ne pourrais plus profiter du spectacle.

Bon d'accord. Si c'est pour entendre ce genre de trucs, c'pas la peine d'écouter plus longtemps. Putain. Non, sérieux. Là ça va pas du tout. J'aurai du, tirer un coup y'a deux jours avec l'autre nymphette, là, j'le savais qu'j'aurais du accepter. Mais c'était dans l'contexte, merde! Elle était hideuse, j'baise pas avec des laid'rons non plus, un minimum d'honneur. J'veux bien faire profiter de mon corps au plus grand nombre de gens, m'enfin faut pas déconner. Si t'es laid t'es laid, t'assumes et tu cherches pas c'que tu peux pas avoir. J'adore les compliments, c'pas l'problème. Mais c'est putain d'aphrodisiaque, en fait. Surtout quand t'es à fond, qu'tu penses qu'à ça, qu't'es vulnérable à mort et que, faute d'une blessure de mes couilles, tu t'retrouves avec un puceau amoureux d'ton corps de dieu torse nu et prêt à être sauté. Et ouais puceau, t'as vu sa gueule? Il est puceau puis c'est tout. Pire, tu lui d'mandes de s'déshabiller, pas une once d'hésitation, que dalle, genre c'est normal de s'désapper devant un inconnu qui prétexte te soigner et tout. C'est qu'un soumis, en fait. J'suis sûr il doit avoir des tendances masochistes et tout. Oh putain Maena ferme ta gueule. Ferme ta gueule, j'te jure ferme ta gueule. Daaaaah.
Mais fais pas ta pin-up non plus, toi! Oh putain c'est du foutage de gueule, c'pas possible. Niiiiiiiiii! Mais r'gardes moi ça on dirait qui s'met comme ça pour me narguer! Coucou Maena, je suis chaud, dispo, et j'm'allonge comme une pétasse rousse que je suis pour t'attirer dans le lit avec moi! Rajoute le carmin en prime, j'suis mort. Non, plutôt lui. Il est mort, là, c'foutu. C'te tête. Il fait trop esclave prêt à consommer, c'est mesquin. Puis qu'... nan, nan nan. On a dit, pas dès la première rencontre. T'es pas un acteur porno. Jusqu'à preuve du contraire. T'as jamais filmé. T'es pas un acteur porno, c'tout. Si ça s'trouve lui c'en était un avant et il a gardé l'délire de filmer. Mais non j'suis con il est puceau. Ou alors il s'est retrouvé à nouveau puceau quand il s'est réincarné ici. Putain la loose. Ou alors il l'a déjà fait avec une gonzesse. Ou alors il aime carrément pas les hommes. Mouais. Mouarf mouarf mouarf. Bwahahaha! T'as vu c'te tronche, forcément qu'il est gay comme un phoque! Haha! Layca, c'te proie facile. Tendue sur un plateau d'or et d'argent serti de diamants, pour le coup. Manque plus qu'la pancarte "prends-moi" autour d'la nuque et il devient le plaisir incarné. Un vrai démon.
J'ai rien suivi de c'qu'il a dit. En fait là j'écoute plus son torse qu'autre chose. M'enfin. Il tient un post-it dans la main, j'sais pas d'où il le sort. J'ai pas laissé tombé les miens, si? Ouais, non, sont toujours dans ma poche. J'sais pas. Ah! Ca doit être avec ça qu'il s'est coupé! Ouais mais y'a pas d'sang dessus celui qu'il froisse, là. Oh. C'est ça, son pouvoir? Faire apparaitre des post-it? Et béh c'pas demain qu'on gagne la guerre face à Oppse, putain. Quoique ça coupe comme le papier cette connerie. Ben la preuve en est qu'il s'est lacéré l'flanc gauche comme il faut. Pauvre de lui. Oh oui pauvre de lui. J'vais bien l'chouchouter, c'est rien. Il parle, il parle, il parle. Mais ta gueule, résèrve-toi pour plus tard. Il va te falloir un peu de force, si j'm'occupe de toi. J'fais jamais les choses à moitié, alors déjà qu'il part avec un handicap de taille. Enfin, on verra bien ça. Des histoires d'entraînement, d'après c'que j'ai suivi. Ouais, en gros il sait pas utiliser son don alors c'est un boudin et il s'est coupé tout seul. On a du lui dire qu'on en avait marre de lui. Ouais, ça va. On s'comprend, de c'point d'vue là. J'm'en suis pas rendu compte, mais j'ai chopé une des compresse, j'ai enroulé avec un bout de coton, et j'ai commencé à foutre la bétadine dessus. Non parce que c'est pas tout ça, mais va falloir nettoyer l'délire quoi. J'pose ma composition sur une bande, sort de ma poche un élastique, retire ma capuche et attache mes cheveux. J'aime pas travailler avec les cheveux détachés. J'trouve ça sale. Alors bon, j'me débrouille comme j'peux. J'le regarde. Il s'est redressé, me regarde. On se regarde. Il va parler, attention.


Ce qu'on ne comprend pas toujours.


-Je suis surpris ! On m’avait dit que tu étais un genre de monstre, cruel et tout. En fait, non. Enfin, pas d’après ce que j’ai vu. Pas si on te fait pas chier. D’ailleurs, si je te saoule trop, n’hésite pas à me dire de la fermer. Je te promets pas de réussir à le faire, mais au moins, si tu me tues parce que t’en peux vraiment plus, personne pourra dire que tu m’as pas prévenu, on pourra pas t’en vouloir. Tu corresponds vraiment pas à la description qu’on m’a faite. C’est plutôt bon pour toi d’ailleurs. Je m’imaginais plus une vieille armoire à glace balafrée qu’un jeune Apollon masqué. Je me plains pas, hein!

J'hésite entre me taire et exploser d'rire, là. J'opte pour le juste milieu, simplement, une espèce de sourire en coin, mi narquois mi gêné. Je baisse les yeux. On sait pas trop. J'crois que j'suis le premier à n'pas savoir quoi en penser. J'reste assis, me contente de me pencher sur lui. J'ai récupéré la compresse de bétadine, mon arme à toutes épreuves. J'pourrai très bien la lui faire bouffer après tout.

- Tant mieux pour toi, vieux, tout le plaisir est pour moi. Mais tiens-toi tranquille que j'puisse m'occuper de ta blessure de guerre.

Je pose le coton directement sur la plaie. C'est pas censé piquer, mais ça arrive. De toutes façons s'il souffre je pense qu'il me l'fera savoir assez vite. Enfin. Ca ne saigne plus vraiment. Si on peut appeller ça saigner. Disons que ça rougit toujours, mais ça ne s'étale plus. C'est triste, d'ailleurs. J'aime voir le carmin rouler. C'est quelque chose d'à la fois horriblement malsain et honteusement poétique. J'aime ça. Il dit qu'il ne pense pas ce que les autres pensent de moi. J'aimerai lui hurler qu'il se trompe sans doute. Je sais pourquoi on a fait de Maena un monstre, la sirène maléfique, l'Elu à fuir. Parce que je suis malade. Cruel. Sadique. Mesquin. Selon eux. Je ne chercherai plus à nier. Je serai ce qui leur plait. Je me fierai à l'idée qu'ils tiennent de moi sans pour autant m'y adapter. Je serai moi. Et si moi est malade, cruel, sadique et mesquin, je le serai. Sa plaie se nettoie bien. J'me surprends à regretter le carmin. Je... j'ai mal au crâne. C'est la lanière du masque qui m'fait mal. J'peux pas l'enlever. Pas maintenant. Il risquerait de prendre peur, et je confirmerai l'image qu'ils veulent me faire porter. J'refuse. J'refuse. J'suis pas comme ça. J'suis pas comme ça. Je prends une grande inspiration et soupire. J'me sens pas bien.

- Tu sais, ils n'ont peut-être pas tort. J'ai mauvaise réputation auprès de tout le monde, après tout. Je suis plus qu'efficace sur le terrain, mais j'ai aussi un sale tendance à buter tout ce qui m'énèrve, en général des gens qu'il ne faudrait pas tuer ou faire souffrir. Je ne suis pas non plus très agréable, faut l'reconnaitre. Si j'suis un Apollon, comme tu dis, j'ai le caractère d'une de ces salopes de harpies. Je ne sais pas c'que je cherche en parlant autant. Ca n'me ressemble pas vraiment, c'bizarre. J'ai lâché la compresse. Je cherche les straps, ces petites bandes collantes, baisse les yeux. Je sais pas c'que je cherche. Je trouve des choses qui ne sont pas utiles. Alors je les lâche. Y'a quelque chose. Y'a un truc. Toujours cette barrière, la même. Toujours pareil, c'toujours comme ça. C'est toujours aussi chiant, et ça ne rouille pas avec le temps. J'ai beau attendre, rien ne se fait. Je n'veux plus être patient. Je pince sa peau, joins les deux bords de sa plaie pour en appliquer trois. Ca suffira. Ne bouge pas. Ils t'ont dit que j'étais dangereux, non? Ils n'ont pas tout à fait tort. Je sais pas, Benedict, ce qui me retient de t'ouvrir. Pour savoir d'où viennent les post-it que tu crées. Pour voir comment c'est, en toi. Benedict, certains sentiments sont encrés dans les gens mais ne se voient pas.

Je m'éloigne un peu. J'ai commencé, alors je finis. J'attrape une compresse propre, la pose à l'écart, découpe un bout d'adhésif avec les doigts sans aucune difficultés. Un long bout d'adhésif. Que je colle à la compresse, que je prends et que je colle sur sa plaie. Protection. J'ai l'impression d'avoir fait ça tout l'temps, avant. Je sais que je ne l'ai quasiment jamais fait. Enfin non, je sais plus. J'retiens rien. J'sais plus si j'oubliais tout, avant, aussi. J'veux pas forcément savoir. Je ne sais rien. Je sature un peu, j'avoue. J'ai déjà commencé à enrouler la bande autour de son torse. Elle est petite, ça ira vite. Je ne serre pas, c'n'est pas bon. Pour la plaie. Pour lui. Je veux lui faire tout le mal du monde et je ne fais rien. Comme une interdiction. Je ne sais pas pourquoi. J'comprends pas grand chose. Impulsion, j'suis nerveux et violent. Et je fais tout pour ne pas qu'il le sache. J'sais pas pourquoi. J'sais pas pourquoi lui, et honnêtement j'm'en fous. Il doit représenter quelque chose, pour moi. Inconsciemment, j'entends. Sinon j'me ferai pas chier pour lui. Il n'a rien de particulier. Il n'a rien de plus que les autres. Ouais, il me fait limite bander, mais ça c'est parce que j'mute en une furie en manque.

- Des post-it. C'est sur ces trucs que je note tout ce dont j'me rappelle d'avant. C'est à peine s'il peut voir l'attache que je fais à la bande. Simple morceau d'adhésif restant. Je fais ça vite, bien. C'est ce qui s'appelle l'habitude. Je le couche sur le lit d'une main au collet. Juste, le pousser. Simplement. Calmement. Je le rejoins. Sous moi, son torse. Je remonte. Son faciès. Ses lèvres. J'me sens bouillir. C'est sur sa respiration que je cale la mienne. Rapide et chaude. Je deviens sirène suave autour de l'argonaute. J'me sens... Uh. Et je sais pas c'qui m'empêche de t'sauter d'ssus. Tout d'suite. C'n'est pas comme si tu me tentais avec tes compliments, pourtant, si? J'aimerai enlever le masque Benedict, mais j'y arrive pas. C'est... frustrant, je dois dire.

La visière sur l'oeil gauche a viré au rouge flamboyant. C'est sans compter la main mêlée à ses cheveux et celle posée sur son poitrail que je me redresse. Il n'est pas laid, comme ça. À sa place. Je ris. J'étouffe un rire, en fait. Et je me retire. Comme ça. Je ne reste pas à califourchon sur lui, c'est malvenu. Je ne m'éloigne pas trop non plus, malpoli. Je suis ignoble, et c'est normal. J'apprécie son corps. Fin, symétrique. Je souris. Va savoir pourquoi. J'attends, je n'sais quoi. Je suis face à lui, agenouillé sur le lit. Et je soulève à peine mon sweat. Je sais que celle-là est énorme. Un cadeau de la Terre que je ne peux pas oublier. J'sais pas à quoi c'est du. J'ai pas compris. Mais elle est là, et elle lacère tout mon ventre. Tout comme ses soeurs conasses. Des cicatrices. Des marques. Immonde.

- Puis, une vieille armoire à glace sans doute pas, mais pour les balafres, on repassera.

J'laisse tout tomber. J'ai pas d'bandes. Pas non plus sous le masque. Il n'y a que mon cou qui en soit encore entouré. J'dois toujours cacher celle-là, l'énorme. La laideur incarnée. J'aime pas sentir les stigmates contre les tissus. Ca a quelque chose de presque contre pudique, en somme. J'aime pas ça. J'aime son corps. J'aime son don.

- Donc, ton délire, c'est de créer des post-it. Je passe ma main dans ma poche, lui sort les miens, à moitié griffonés. Y'a des mots dessus, j'sais même plus quoi. J'ai oublié d'les détacher pour les coller dans les cahiers ou sur la colonne dans le dortoir. J'pense à rien, c'déprimant. Si un jour j'en ai plus, je saurai à qui en d'mander. Si jamais t'arrives à les matérialiser correctement. Puis t'inquiète pas, au début c'est compliqué pour tout le monde. J'suis mort une ou deux fois parce que je savais pas jusqu'où j'pouvais aller avec ma voix. Mais ça, on le comprend qu'à force de patience. Et tu te doutes que c'est pas mon fort, alors toi, tu vas y arriver aussi, à les invoquer correctement.

Je suis, vraiment, déprimant. J'veux baiser, j'parle d'entraînement. Je suis foutrement navrant. Vraiment.
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Benedict Adriel
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MessageSujet: Re: Lettres. [PV Benedict.]   Dim 8 Jan - 20:02

La curiosité est indispensable, elle diminue la peur de la Mort Chenebault


Le brun ne devait pas avoir écouté la moitié de ce que Benedict venait de raconter, ça se voyait. Il savait bien qu’il parlait trop. Avec sa voix de gamin, ton impulsif et débit rapide, les gens lâchaient vite l’affaire. Surtout que le contenu de ses discours était rarement intéressant. Seules les paroles solitaires et mesurées avaient de l’importance. Un long discours, on n’écoutait pas. C’était fatiguant, assommant, gênant, impudique. On s’étalait. Mais il ne savait pas faire autrement. Il ne maîtrisait pas l'art des mots, alors il en ajoutait, dans l'espoir de tomber sur les bons, par hasard.
Benedict grimaça, plus à cause de la surprise que de la douleur. Maena venait d’appliquer un coton imbibé de désinfectant sur sa plaie sans aucun préavis. Serrant les dents, il se laissa soigner, se crispant parfois, mais ne laissant jamais échapper un seul son. Il se concentrait sur les paroles de Maena, hésitant entre une inquiétude sourde due à certaines paroles et l’envie de se rapprocher de cet homme qui paraissait à la fois si hésitant et si sûr de lui. Ses gestes étaient nerveux, pourtant, on voyait bien qu’il savait exactement ce qu’il faisait. Précis et rapides, malgré des moments d’hésitation.

Ils t'ont dit que j'étais dangereux, non? Ils n'ont pas tout à fait tort. Je sais pas, Benedict, ce qui me retient de t'ouvrir. Pour savoir d'où viennent les post-it que tu crées. Pour voir comment c'est, en toi. Benedict, certains sentiments sont encrés dans les gens mais ne se voient pas.

Ses paroles à lui, on les écoutait. Pas un mot de trop. Pas un mot de moins. Serviteurs fidèles qui retranscrivaient fidèlement ce qu’ils devaient retranscrire. Le roux frissonna. Un peu de peur, certainement. Mais à cause du contact des doigts de l’autre sur sa peau, surtout. L’autre avait presque fini et commençait à lui enrouler une bande autour du torse, pour protéger la blessure. Rapide. Propre. Efficace.

- Des post-it. C'est sur ces trucs que je note tout ce dont j'me rappelle d'avant.

Benedict tilta. La Sirène avait également perdu la mémoire ? Avant qu’il n’ai pu poser la moindre question, Maena le fit basculer en arrière, sans aucune violence, mais d’un geste qui ne souffrait pas de résistance. Etendu sur le lit, le cœur du roux accéléra quand le jeune homme s’allongea sur lui. Son souffle aussi. Il avait chaud. Aussi bizarre que cela puisse paraitre, il ne s’était absolument pas attendu à une telle réaction. C’était pourtant évident, il avait certainement provoqué cela. Pas tout à fait inconsciemment d’ailleurs. Il sentait la Sirène, si proche de sa peau. Chaleur humaine. C’était agréable. Ça faisait longtemps qu’il ne s’était pas retrouvé si près d’une personne, d’un homme. Ça faisait depuis la Terre. A une autre époque. Dans une autre vie. Il n’arrivait même pas à se souvenir d’une personne précise. Il hésita à interroger sa mémoire puis abandonna l’idée. Lâche. Il profitait du contact, sans rien dire, les yeux grands ouverts. Hésitant à réagir, par peur que le contact ne se brise, ou qu’au contraire, il ne s’approfondisse.

-Et je sais pas c'qui m'empêche de t'sauter d'ssus. Tout d'suite. C'n'est pas comme si tu me tentais avec tes compliments, pourtant, si? J'aimerai enlever le masque Benedict, mais j'y arrive pas. C'est... frustrant, je dois dire.

Benedict ne répond pas. Parce que pour une fois, il ne sait pas quoi répondre. L’autre lui fait envie, mais il lui fait peur, aussi. Maena se redresse et rit. S’écarte un peu. Le jeune roux a froid mais il reste toujours immobile, ne lâchant pas l’autre du regard. Il est beau.
Comme pour le contredire, la Sirène soulève son sweat.

- Puis, une vieille armoire à glace sans doute pas, mais pour les balafres, on repassera.

Une cicatrice. Pas une ridicule petite marque qu’on a pu se faire à douze ans, en tombant d’un arbre, mais une de celles qu’on n’a pu se faire qu’en se battant, ou en ayant été victime d’un accident. Une de celles qu’on trouve rarement seules sur le corps d’un homme. Une de celle qui racontent une histoire qui n’est jamais ennuyeuse à écouter. Le brun relâche bien vite le bout de tissu qui vient recouvrir la marque. Comme par pudeur. Un petit bout de peau, une cicatrice, un geste rapide qui dévoile et recouvre. Ça en révèle presque plus qu’un corps dénudé. Benedict n’a pas de cicatrices lui. Il ignore s’il en avait avant, il parait que l’apparence peut changer quand on est envoyé ici. Aujourd’hui, son corps est lisse, pâle, impersonnel. Il n’a pas d’histoire, pas de mauvais souvenirs indélébiles à rappeler. Pas de bons non plus. Il hésite à récupérer sa chemise pour recouvrir cette page blanche. Il aimerait demander si Maena se souvient d’où cette marque vient, s’il y en a d’autres. Par curiosité. Mais il se fait une nouvelle fois interrompre par un autre changement de sujet.

- Donc, ton délire, c'est de créer des post-it.

Le roux hoche affirmativement la tête pendant que Maena sort de sa poche des petits carrés de papier jaune. Benedict ne parvient pas à déchiffrer les mots tracés, trop loin, trop petits. Il serre le sien qu’il garde toujours dans sa main, regrettant que l’écriture qui le couvre ne soit pas aussi discrète. Ses souvenirs de la Terre aussi sont résumés sur des post-it.

-Si un jour j'en ai plus, je saurai à qui en d'mander. Si jamais t'arrives à les matérialiser correctement. Puis t'inquiète pas, au début c'est compliqué pour tout le monde. J'suis mort une ou deux fois parce que je savais pas jusqu'où j'pouvais aller avec ma voix. Mais ça, on le comprend qu'à force de patience. Et tu te doutes que c'est pas mon fort, alors toi, tu vas y arriver aussi, à les invoquer correctement.

Benedict se redresse sur les coudes et sourit.

-Je ne pense pas que je pourrais t’être utile, même en parvenant à contrôler mon pouvoir. Les post-it que je matérialise sont déjà marqués. A part pour démarrer un feu de bois, ils ne peuvent servir à rien. Désolé. Si on avait pu écrire dessus, ça aurait presque pu être considéré comme un pouvoir utile, ça ne pouvait pas arriver.
Elle est si dangereuse que ça, ta voix ? Elle te fait toi-même souffrir? Tu es un Elu, donc tu es ici depuis longtemps, non ? Tu as vécu des batailles avec le camp adverse ? Tu es mort souvent ? Moi, pour l’instant, ça m’est une fois. A cause d’une espèce de mouton. J’essayais de le tuer avec mon pouvoir, il a eu peur, il m’a foncé dessus, je suis mal tombé. J’ai aussi failli me noyer dans la fontaine à l’arrivée.


Il se redressa complètement et s’assit, une jambe sous lui, l’autre repliée devant, une main posée sur le matelas pour garder l’équilibre. Il recommençait à parler. Comment avec une mémoire aussi vide que la sienne, il parvenait à trouver autant de trucs à dire? Il regarda l’autre.

-Tu te souviens de ton passé, un peu ? Tu le cherches? Moi aussi, mes souvenirs sont inscrits sur des post-it. Mais je ne les cherches pas. Si je le pouvais, je les raierais définitivement.

Benedict se mordilla la lèvre en fixant son vis-à-vis. Il pensait toujours à la cicatrice, vision rapide, frustrante. C’était comme commencer une phrase et refuser de la terminer, tout en laissant comprendre à l’autre qu’elle n’est que le début d’une histoire. Comme ouvrir un livre au hasard et ne jamais connaitre le début ou la fin du passage aperçu. Il voulait savoir. Un petit peu plus au moins. Un indice. Il jeta un coup d’œil au tissu rouge qui couvrait le torse du brun et gardait secret l’histoire de l’homme, couverture d’un livre dont il ne pourrait de toute façon déchiffrer que les images. Il avait envie de chasser le tissu. Juste comme ça, juste pour voir. Pour tenter le diable. Après tout, qu’est ce qu’il risquait ? De mettre l’homme qui l’avait soigné en colère ? Du peu qu’il se souvenait, il savait qu’il n’avait jamais été doué pour exprimer sa reconnaissance. De souffrir ? Il n’avait jamais vraiment physiquement souffert. Cette notion était trop abstraite pour le préoccuper. De mourir ? Ici, est-ce que c’était quelque chose qu’on pouvait encore craindre ? Il se demanda si on pouvait vraiment s’inquiéter des conséquences de ses actes, dans un monde comme AJE. Bien sûr, une erreur le suivrait pour une durée flirtant visiblement avec l’éternité. Le roux n’avait jamais été doué pour l’anticipation. Il ne faisait aucun calcul pour savoir comment l’autre voulait qu’il réagisse. Il agissait, c’est tout. Mal, souvent. A ses risques et périls. Mais il agissait. Il se pencha en avant et posa à plat sa main sur le tissu. Il avait fait ce geste par instinct, sans réfléchir. Comme d’habitude. Il agissait avant. Pensait après, parfois. Mouvement stupide et imprudent, qui résultait uniquement de son besoin de proximité avec cet homme. Il sentait le cœur battre. Mais ce n’était pas suffisant. Il voulait plus. Il voulait voir à quoi ça ressemblait, un corps avec une histoire. Un corps qui se souvenait, même si l’esprit en était incapable. Sa main glissa le long du tissu écarlate, hésitante. Il voudrait écarter les pans de tissu.

-Des cicatrices, tu en as d’autres ?


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MessageSujet: Re: Lettres. [PV Benedict.]   Dim 15 Jan - 3:22


Ceux qui sont indélébiles.


Il y a des choses qu'on ne peut pas oublier.
Même avec toute la bonne volonté du monde. Même moi, avec ma mémoire de six s'condes, je retiens quelques trucs quand c'est genre, vraiment poignant. Mais vraiment poignant. Des fois, y'a des choses qui marquent. Qui sont tellement rares, tellement bizarres, ou tellement belles que ça s'inscrit dans la chair de ton cervelet et qu'ça dégage plus. J'me souviens d'images du passé, parfois. C'est c'que j'dessine les trois quart du temps que j'passe à dessiner. Que des images de massacres. Des scènes de torture, d'éviscération, de tripes, de sang. C'est dégueulasse. J'ai montré ça à personne, comme le reste. J'montre rien de tout ça. J'me dis que c'est flippant. Que ça choque les gens. J'me dis que j'suis con, parce que de toute façons ces scènes si t'es un peu attentif tu les as en direct tous les jours. Ou alors t'as jamais fait partie des troupes sur le Front, et là sérieux, t'as raté ta vie. Même si tu sais qu'tu vas te faire défoncer, qu'on va te déchirer, te dérouiller la gueule comme pas permis, t'es content. T'es juste content, parce que tu sais que si t'es là c'est qu'tu vas être utile. Non, en fait c'plus égoïste que ça comme pensée. Moi j'suis heureux, parce que j'vais tuer. J'vais faire un massacre. J'vais marcher dans les cadavres. J'vais créer des feux d'artifices merveilleux. Mais surtout, surtout, j'vais hurler comme jamais j'pourrai hurler. J'vais ouvrir ma gueule, brailler qu'ça en peut plus, et ça f'ra souffrir au max de monde. M'en fous des clans. Ils le savent trop bien. Et ceux qui résistent ont un spectacle gratuit. Certes sanglant, mais unique. Je suis une étoile sur ma scène à moi. Le rôle principal tant convoîté, interprêté à la perfection. Je suis une idole, et le simple fait de me rencontrer en vrai sans mourir dans l'instant qui suit est un miracle. Je suis l'intouchable, le mirifique. Il l'a compris.
C'est pour ça, y'a des choses qu'on oubliera jamais. Le sang me fait un effet de malade. L'un de mes premiers retours en arrière, c'est celui qui m'a montré l'accident. Et mon crâne pulvérisé sur le goudron. C'était l'époque où j'étais encore un homme, période triste de l'Histoire que tout le monde a oublié. Moi y compris. Je suis un Elu, ici. Une bête sur le terrain, un des puissants de l'échiquier. Et ça, Bene l'a très, très bien assimilé. Il me regarde, et je le regarde. Il a un sourire étrange. Un peu... non, quelque part entre... entre quoi... la gêne, le trouble, la contrariété, l'excitation, la curiosité, la contemplation. Je sais pas, ce qu'il veut dire. Ce que ça veut dire. Il n'est ni tout à fait rassuré, ni tout à fait inquiet. Peut-être que ça ne dit rien, comme la grande majorité de ces regards vides de sens, d'intérêt, qu'on les mortels dans cette Forteresse. Nan. Bien trop étudié pour être simplement passager. Y'a un truc. Y'a un truc, quoi. J'sais pas c'que c'est, mais y'a un truc. C'est... Merde, j'trouve pas les mots. C'est rien, et pourtant c'est tout. Y'a une idée d'unité, de complémentarité dans son regard. Il a réagit de la sorte dès que je lui ai montré la balafre. Ca explique tout, non?
J'me dis que j'suis fier et que j'peux être satisfait, et j'ressens que dalle. J'devrai, pourtant, non? J'sais pas. Regarde-le, il est tout penaud, limite il sait plus où se mettre. Hé, l'a pas tort; c'est la Sirène, en face de lui. Maena. Maena Aiolia Méryl Raphaëlita, comme il l'a très bien retenu. Tsss, conneries. Ramassis de conneries, j'te jure. Il exprime absolument tout et définitivement rien. Il exprime trop, jamais assez. C'est vide et c'est plein. Y'a aucune demi mesure, chez ce mec. Je te donne ce que je vois, ce que je ressens, démerdes-toi avec. Après, ça vaut c'que ça vaut, mais j'ai rempli ma part du contrat, bonne chance. Pense qu'à son cul de nymphette, sale con. J'aime pas les gens comme lui. Déjà il est roux. Il ressemble à rien. Et il m'a tout l'air d'être un péteux d'première. Mon cul que s'il me fait une crasse j'm'arrange pour qu'il ne puisse jamais plus voir la lumière du jour. Mais... non. En même temps c'est pas ça. C'est intéressé. C'est curieux, c'est étrange, c'est concerné, c'est poignant. Tout simplement. Poignant. Ca l'a marqué, je sais. Je le sais, que c'n'est pas à montrer à tout l'monde. Je le sais, oui, plus que de raison j'le sais, j'en suis conscient. Mais putain, j'me lasse pas de ce regard. Même lui qui n'a pas d'aussi beaux yeux. Le rendu est splendide. Le rendu est... à couper l'souffle. Vraiment. C'est ça, un beau regard. C'est un regard captivé et captivant. Ce sont deux pupilles emplies de quelque émotion que ce soit. C'est un regard qui ne se crée qu'avec la surprise la plus totale, qu'avec ce qui fait horreur. Quelque chose comme les entailles profondes d'un corps qui a vécu des temps tellement lointains qu'on n's'en souvient absolument pas. Je n'me souviens jamais de son nom, et pourtant je devrai. Mais même si les yeux n'ont pas du tout la même intensité de base, c'était exactement le même regard que ma nef quand il a vu celles du visage. Y'a des choses que j'n'oublierai plus jamais. Ca en fait partie.

Il s'est redressé, avec son regard à faire fondre tous les coeurs de ce monde. J'sais pas si après avoir cotoyé l'horreur, je peux exprimer autant rien que par les yeux. P't'être en m'forçant, je sais pas. Quoiqu'il en soit, lui il l'a et ça m'fait virer. Il parle. Trop. Suffisamment. Pas assez. J'sais pas. Il parle. Je veux l'écouter, j'te jure. J'essaye, mais c'est plus fort que moi. J'ai laissé le sang sur mon doigt. J'ai bien fait attention à ne pas l'enlever. J'aurai pas du le toucher, je le sais. J'aurai pas du. Mais c'est... tentant. C'est le fruit qui me fait rêver. Faut plus que j'y touche. Pas en public, du moins pas hors du champ de bataille. Je laisse ma main là où elle est. Sur mes genoux. À portée de regard. Alors je la déplace hors de mon champ de vision. Ca s'agrave. Pour de vrai. C'en est parfois même plus drôle. J'm'en rends compte, ça devient carrément angoissant, préoccupant à ce stade. J'tiens de moins en moins bien. Pfff.
Deux-trois considérations de merde sur son pouvoir. Aucun des deux n'est intéressé, et ça se sent. Il me regarde, je le regarde. Toujours les yeux pétillants de celui qui se souvient, et qui en use. Il y a des chose que l'on ne peut effacer de sa mémoire, et qui en plus intrigue à un point tel qu'elles obnubilent passé un temps. Les post-it qu'il matérialise sont déjà utilisés. Ma foi, c'est con pour toi vieux. Mais c'pas grave, 'fin pas pour l'instant. Dès qu'tu sauras les maîtriser, les matérialiser comme il faut tout ça, tu pourras choisir si oui ou non ils sont marqués ou quoi. 'Fin il m'semble, après du moment que tu sais comment faire tu peux tout faire, c'est comme dans tout. J'sais pas, c'comme ça que j'le v... Il change de sujet. J'le sais parce qu'il marque une coupure. T'sais le genre de silence qui annonce rien d'bon. Mais j'm'en fous. J'l'écoute. Je suis perdu dans ses yeux confus. J'dois l'être aussi, quelque part.

-Elle est si dangereuse que ça, ta voix ? Elle te fait toi-même souffrir? Tu es un Elu, donc tu es ici depuis longtemps, non ? Tu as vécu des batailles avec le camp adverse ? Tu es mort souvent ? Moi, pour l’instant, ça m’est une fois. A cause d’une espèce de mouton. J’essayais de le tuer avec mon pouvoir, il a eu peur, il m’a foncé dessus, je suis mal tombé. J’ai aussi failli me noyer dans la fontaine à l’arrivée.

Oulàààà, douc'ment Bene, j'suis pas capable de ret'nir autant d'un coup tu t'es cru où? Attends, harcèlement, là! Y'a des questions partout, franch'ment j'me souviens même pas d'la première! Il est curieux en fait le Bene. T'es sérieux, j'te jure... Non mais le fou t'sais quoi, mais que... Qu'est z'il fout, là, tu m'dis? Ah il s'relève. Mais putain j'vois l'danger partout moi, j'deviens parano en prime. On aura tout vu. Bon, il a fini sur la mort j'crois. Ouais, il m'a parlé d'un mouton j'sais pas quoi, comme quoi il s'rait mort comme un con en voulant l'buter.Héhé. Les seuls genre de moutons ici, c'est les gnufs. Faudrait qu'j'demande s'il était multicolore le machin, qu'on soit fixés. Mourir à cause d'un gnuf. J'crois qu'c'est la mort la plus con de tout Alea Jacta Est, et l'pire, c'est qu'j'suis sûr que ça arrive régulièrement. Héhéhé. Vraiment y'a des boulets, dans c'monde-là. Il a parlé d'la Fontaine, aussi. Ca doit être l'endroit que j'préfère, sérieux. De l'eau, et des conneries de fées j'sais pas quoi qui virevoltent autour de toi genre "tu es mort, tu vas t'taper la pire des souffrances de ta vie dans les jours à venir, t'as des cicatrices de partout, t'es une vraie merde, mais bienvenue à la Forteresse!". Prends-moi pour un con t'sais quoi j'dirais rien. Pauvres connes de fées j'te jure. Ah ça m'gonfle. J'aime pas c't'endroit. Comme partout où y'a d'la flotte tu m'diras, mais la fontaine particulièrement. On y va quand on perd dans la fontaine. On y va quand on est mort, quand on essuie une défaite. On y va quand quelqu'un s'est montré meilleur que toi, rien qu'un instant. On nous y envoit, à la fontaine. Y'a quelqu'un qui est responsable de c'voyage. Quelqu'un derrière tout ça.

-Tu te souviens de ton passé, un peu ? Tu le cherches? Moi aussi, mes souvenirs sont inscrits sur des post-it. Mais je ne les cherches pas. Si je le pouvais, je les raierais définitivement.

Pas l'temps pour rêvasser, faut de suite être prêt à écouter avec Bene. J'te jure j'm'y f'rai jamais à c'délire, même avec toute la bonne volonté du monde c'pas possible j'crois. Enfin, il m'demande si j'me souviens d'mon passé. Ouais, c'vite dit, quoi. M'enfin on est pareils. Lui aussi il se sert de post-it. Peut-être qu'à chaque fois qu'il en matérialise un c'est un fragment de sa mémoire qui s'écrit. Ca s'rait pratique, ça, putain. Pas obligé d'noter, t'es là, tu colles tes post-it quelque part, t'as déjà tous tes souvenirs qui s'alignent devant toi, tranquillou. Quoiqu'c'est autant de souv'nirs perdus si t'es sur l'champs d'bataille et qu't'utilises ton don. Pas forcément sympathique si t'as envie de reconstituer ta mémoire ne plein. Ouais mais r'marque à la limite, il est quoi, pion? Parrain à tout péter. Il peu demander à être dispensé de combat pour le moment, c'est pas non plus dramatique, des pions et des Parrains on en a comme tu veux. Alors il pourrait en profiter, matérialiser, ouais bon tenter d'matérialiser au taqué d'post-it pour avoir au maximum de souvenirs déjà acquis. Après j'sais pas il fait des liens entre eux, tout ça, ben c'que j'fais moi en fait. C'que j'essaie de faire, ouais. Bon. 'Fin il s'démerde, quoi. Uh. Mmh...? Il m'reg...
Put... Putain. Il a vraiment pas peur, lui. La main sur le torse, direct. D'accord... Mh. Ouais. Bon. J'prends ça comment, là, en fait. C'pas que... Non, c'pas comme si j'avais envie d'me l'ver le premier v'nu, mais un peu quand même quoi. Soit il sait c'qu'il veut et il a pas froid aux yeux du tout, soit c'est d'la drague inconsciente, ça existe, soit c'est carrément niais au possible et il n'a rien derrière la tête. Ben voyons. C'est un ange, Bene, c'est vrai. Il n'a pas du tout l'air d'un démon. Enfin, j'm'entends. Il n'est pas moi. Il est même relativement l'inverse, quoi. Tsss... Putain. Je fais quoi, là, je fais quoi? J'le laisse? Ouais mais j'pe...

-Des cicatrices, tu en as d’autres ?

... Ah. On y arrive.
J's... J'supporte pas cette question, c'est vrai. Merde, pourquoi j'lui ai montré? Chié. Je... ouais. Merde. Merde, j'fais quoi, là? Je, 'fin il, il va vouloir savoir, non? 'Fin maintenant qu'j'ai commencé, va bien falloir que j'finisse, non? Enfin je... Je sais pas, là, je sais pas du tout. Je... Putain... Merde, depuis quand j'ai chopé son poignet? Lâche, lâche vite Maena. Merde, qu'est-ce qu'il va croire... Arrête, non, arrête de suite Maena. Pourquoi tu t'aff, non, qu'est-c'qui t'affole? Faut pas, hein, faut pas. Tu dis qu'non. Qu't'en as pas d'autres. T'es pas obligé d'répondre, il te l'a dit. Bute-le. Bute... Ouais, il t'l'a dit, préviens-le, et après bute-le. Ou t'emmerde pas, d'toutes façons tu peux l'faire taire comme tu veux. Maena, arrête ce cirque. T'as pas à stresser comme ça, pourquoi tu stresses? T'as pas d'quoi. Y'a pas d'quoi. Réponds pas, c'tout, hein? Réponds pas. Pas la peine. Il ne verra rien, d'toutes façons, t'étais là pour les bandes à l'origine, alors tu choppes ces bandes, tu te casses d'ici, l'affaire est réglée. On t'poursuivra, qu'tu l'tues ou non. Autant l'tuer, il sert à rien. Maena, c'est bon, merde. Regarde-le. Regarde-le. Mais non pas ta main. Regarde-le lui. T'enlève le masque, tu l'flingue, et voilà.
Putain. La manche est relevée. Là, là. J'te jure. Bordel. Non. Oh non. Je... voilà. On les vois plus. J'avais pas d'bandes, merde, pourquoi c'est aujourd'hui? Pourquoi j'ai du prendre quelqu'un avec moi ici? Merde... J'y crois pas... Non, te gratte pas la nuque. Range tes doigts. Voilà. Touche plus. Gratte pas tes poignets non plus...Il a glissé. Il a bougé sa main, mais j'sais plus quand. Et j'lui ai serré l'poignet, et la manche s'est relevé, et il a du les voir, c'est obligé, obligé. 'Fin... Merde...
Je regarde le plafond. C'est pour ne pas croiser ses yeux. J'en ai huit sur les pieds, trois sur les chevilles, trois aussi sur les genoux, une à la cuisse gauche, trois dans l'dos, cinq sur les bras, sept sur le torse... Neuf aux poignets. Neuf là... Une sur la main, aussi. Les doigts, j'compte plus. Je sais plus, j'ose pas. J'en ai six sur le visage. J'en ai une sur le crâne. La dernière née. Je les pointe toutes, une par une, depuis tout à l'heure. J'ai le visage vers le sien. Vers ses yeux. J'me sens bouillir de gêne. J'me gratte la nuque. J'pose ma paume sur ma gorge. J'ai la dernière à cet endroit. Voilà.

- Aux alentours de soixante en tout. Quarante-neuf si on exclut les doigts. Honnêtement, je sais pas.

Bene. Benedict. C'est joli. Du moins pas foncièrement laid. Bendict. Bendict. C'est de lui dont me parlait... Merde, comment c'est son nom, à lui... Pab... Pab', ouais, voilà quoi. À la Fontaine, quand il faisait le fier à sécher l'entraînement. Quand il a rencontré Bendict et l'autre. L'autre. C'est lui. C'est lui. Merde. Je soupire pour de bon. J'aime pas penser à ça. À lui. À ce moment là. J'aime pas, alors je trésaille et je me calme tout seul, comme si de rien n'était. J'fais pas attention au silence. Putain, j'suis ailleurs, là.

- J'ose pas savoir.

C'est qu'un murmure, et ça m'arrache la gueule. Rien que ça. C'est vraiment pas l'bon sujet, j'crois. Pas grave, j'subis. J'lui dois la tranquilité d'en ce moment. J'lui dois le don de sang. J'lui dois déjà deux services. Alors j'répondrai à ses questions. C'est la moindre des choses, j'veux de dettes envers personne. J'répondrai. Non, j'ferai c'qu'il voudra. Tout. Quitte à c'que ce soit disproportionné. M'en fous. Que ce soit réglé. Que je ne le blesse pas davantage. Que ce soit tout. Seulement ça.

- Pardon. J'suis pas particulièrement locace. Je... Pfff. T'avais des questions. Désolé, j'ai rien retenu. Repose-des, j'y répondrai. Non, demande-moi c'que tu veux. Fais c'que tu veux. Tu peux... Ouais, fais c'que tu veux, j'suis là pour toi. Admettons.

En fait, je crève d'envie de lui poser des questions aussi. Mais, c'est ridicule. J'aimerai lui proposer de l'aider par rapport à son pouvoir. J'suis pas excellent pédagogue, mais mon poulain du moment se défend sérieusement mieux qu'avant et c'est pas grâce à ses bains de vingt heures. J'aimerai... Lui demander si ça va. Du moins si ça va mieux, la blessure, tout ça. Lui dire de se rhabiller quand il le voudra. M'excuser pour tout à l'heure, c'était pas voulu. Quand j'me suis couché sur lui. 'Fin si c'était voulu, mais j'ai pas fait exprès, 'fin... c'était pas conscient, quoi. Pfff. J'veux... Savoir ce qu'il veut. J'veux savoir d'où vient son pouvoir. J'veux lire c'qu'il y a d'ssus. J'veux trop. Y'a trop de choses que je voudrais savoir, lui demander. C'est pas correct. C'est même dégueulasse. Alors non. Puis non. J'suis pas fait pour les relations avec les autres. Moi, je tue. Je peux pas oublier mon rang. Je peux pas oublier mon rôle. J'envie personne. J'ai ma place. C'est pas la meilleure, mais c'est celle dans laquelle je suis le meilleur. Alors j'y reste. Et je reste garvé dans ses yeux. J'ai rien à dire. J'ai attrapé sa main, je la serre dans la mienne. J'comprends rien, et j'comprends jamais rien. Ca a pas changé depuis. Alors je laisse faire. Il peut faire ce qu'il veut, j'ai dit. Ce qu'il veut, tout. Je suis certain qu'il se retiendra. Ils se retiennent tous, tout l'temps, même quand ils ont confiance, alors avec moi c'est foutu d'emblée. Putain.

- C'est ton moment de gloire, Bene. S'il te plait, fais-moi l'honneur d'en profiter comme tu le veux, qu'importe comment. Puis, c'est original, comme vernis à ongles.
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Benedict Adriel
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MessageSujet: Re: Lettres. [PV Benedict.]   Sam 28 Jan - 21:19

Ce ne sont jamais les questions qui sont indiscrètes, mais les réponses, quelquefois. Coward


La main de Maena vola vers le poignet du roux dès que la sienne toucha le tissu, le faisant brusquement sursauter. On aurait dit qu’il avait peur. Non, pas peur. On aurait dit qu’il était affolé. Paniqué. Les yeux plantés dans ceux de son vis-à-vis, Benedict y vit défiler toutes sortes d’émotions. Yeux, miroirs de l’âme. De l’âme, mais pas des pensées. On y voyait l’état des autres, mais pas leurs causes. Le responsable était-il le geste de Benedict ? Sa question ? Les deux ? Autre chose ? C’était si dissimulateur, un regard.

Il n’aurait jamais dû demander. Non. A voir l’autre, sa malheureuse vie de crétin irréfléchi risquait de se terminer dans les minutes à suivre. Qu’est ce qui avait pu le perturber autant ? Le jeune homme chercha des explications dans les iris tourmentés qui se détournèrent comme pour chercher leurs propres réponses au plafond. Il n’aurait pas du poser de question à ce sujet. Il savait pourtant lui-même l’effet que ça faisait, de se rappeler d’évènements douloureux, dont on aurait préféré ignorer jusqu’à l’existence. Il ne connaissait rien de l’homme en face de lui, rien de ce qu’il avait vécu. Avant. Peut-être avait-il lui aussi fait, ou subi, des choses qui devraient rester enfoui. Cachées. Effacées. Entre l’oubli total et des souvenirs meurtriers. Qu’est ce qui était le plus préférable ? Le plus supportable ? Le moins lâche ? Benedict reporta son attention sur la main qui enserrait son poignet. La manche avait glissé, dévoilant la peau nue. Et les marques. Qui disparurent aussitôt sous leur abri carmin. Les mains de Maena s’agitaient comme si leur propriétaire n’avait plus de prise sur elles.

A sa plus grande surprise, Benedict reçut une réponse.

- Aux alentours de soixante en tout. Quarante-neuf si on exclut les doigts. Honnêtement, je sais pas.

Soixante. Quarante-neuf. Il ne réalisait pas. Ça pouvait n’être rien, comme ça pouvait être énorme. Enorme si toutes étaient comme celle qu’il avait vu sur le torse de l’autre. Sa main suivit inconsciemment les lignes qu’il avait entraperçues sous le tissu. Mais non, ça ne pouvait pas être rien. Une cicatrice, c’est une empreinte. Une empreinte qui prouve que tu as tellement marqué la vie qu’elle t’a marqué, elle aussi. Tu es vivant, tu existes, tu as fait et vécu des choses. C’est ça que ça dit, une cicatrice. Sois-en fier. Une cicatrice, c’est une victoire. Contre celui qui te l’a faite et qui ne t’a pourtant pas tué. Laide ou insignifiante, une cicatrice sur un corps vivant est une victoire pour celui qui la possède. L’agitation de Maena sembla s’atténuer, mais il ne paraissait pas plus calme pour autant. Juste plus… détaché.

-J’ose pas savoir.

Ça, il comprenait. Lui non plus, il n’osait pas. Savoir. Bien sûr, s’il ne libérait pas sa mémoire, c’était parce qu’il avait peur de ce qu’il pourrait y trouver. Mais il y avait une autre peur, bien plus profonde. Il avait peur, justement, de ne rien y trouver. Peur de s’apercevoir que la mémoire qu’il se refusait à consulter était en réalité incomplète. Peur de s’apercevoir qu’il n’était en réalité qu’une coquille vide. Ne pas savoir était tolérable, voire rassurant, à condition d’avoir au moins l’illusion que l’on pourrait, si on le souhaitait, se souvenir. L’ignorance n’est rien si on a la possibilité d’y remédier.

Peur d’oublier, peur de se souvenir. Tu triches Benedict, tu triches. Ce n’est pas sincère. C’était l’histoire d’un garçon qui avait peur de son ombre. Par ce que l’ombre, c’est la personne vraie, sans le masque de l’apparence.

-Pardon. J'suis pas particulièrement locace. Je... Pfff. T'avais des questions. Désolé, j'ai rien retenu. Repose-des, j'y répondrai. Non, demande-moi c'que tu veux. Fais c'que tu veux. Tu peux... Ouais, fais c'que tu veux, j'suis là pour toi. Admettons. C'est ton moment de gloire, Bene. S'il te plait, fais-moi l'honneur d'en profiter comme tu le veux, qu'importe comment. Puis, c'est original, comme vernis à ongles

Benedict observe ses doigts couronnés de vert dans la main de Manea. Inconsciemment, il la serre. L’agitation de l’autre semble s’être calmée, mais il ne veut pas prendre de risque. Si les mains de l’autre s’envolent de nouveau, il les retiendra. Vert. Pourquoi cette couleur ? Une jeune fille de la Forteresse s’était prise d’envie d’en faire l’analyse. Après lui avoir dit que le vert était une couleur d’espoir, de calme, d’apaisement, elle avait souri d’un air indéchiffrable. « Tu sais qu’on dit que Molière est mort parce qu’il portait du vert sur scène ? » Vert, infortune. Cette ambiguïté avait renforcé son admiration pour cette teinte. Espoir et infortune. Quel beau paradoxe. Ça lui allait bien. Toujours y croire, malgré tous les coups du destin. Il afficha un grand sourire.

-Je suis un sale con d’optimiste.

L’idée que l’autre ne puisse pas avoir suivi le cours de ses pensées ne lui traversa pas l’esprit. Il réfléchit aux paroles de la Sirène. Il avait droit à une faveur. Attention à ce que tu demandes Maena, ce n’est pas prudent. Le garçon en face de toi est exigeant et irréfléchi. Tu l’encourages à demander des choses que tu ne voudras pas accomplir. Mais tu dois pouvoir te le permettre. L’Elu reconnu comme le plus puissant de la Forteresse. Y a-t-il quelque chose qu’il t’est impossible d’accomplir en ces lieux ? Et puis… Ce n’est pas comme si quelque chose pouvait te forcer à respecter les promesses que tu pouvais faire, n’est ce pas ? Benedict refusait toujours de faire des promesses. C’était un mensonge anticipé. On s’engageait sans vraiment savoir à quoi car on ne connait pas l’avenir. Ce qu’il désirait ? Oh, bien trop de choses. Un détail lui revint subitement en mémoire.

-L’aquaphile nudiste. Paburo. Il a dit que tu l’entrainais. Tu n’aurais pas une idée, pour mon don ? Il y en a plusieurs qui m’ont clairement fait comprendre que ne pas y remédier reviendrait à jouer ma survie. Quitte à me faire descendre pour avoir blesser quelqu’un avec mon pouvoir, je préfèrerais l’avoir fait volontairement. Et je veux savoir pourquoi tu préfères te faire courser par toute une tribu de Bras Droits plutôt que de remplir un papier de recensement. S’il y a une raison. Mais il doit y en avoir une, non ? Je veux bien que ce formulaire soit inutile et fatiguant, mais il l’est quand même moins que de se faire pourchasser par toute la Forteresse. Bon, après, c’est plus riche en sensations fortes, sûr.

Le roux ralentit le débit, pensif. En parlant des Bras Droits, il était relativement étonnant que ceux-ci n’aient plus donné signe de vie depuis tant de temps. Ils avaient pourtant l’air fermement décidé à forcer l’Elu à signer les papiers. Et les Laycaïstes n’abandonnaient pas facilement, un si long silence ne pouvait que présager de mauvaises nouvelles. Benedict réalisa qu’il venait de penser aux poursuivants de la Sirène comme à des ennemis. Son sourire s’agrandit d’autant plus.

-Syndrome de Stockholm, je suis irrécupérable. Si les autres tarés reviennent, je t’aide même si tu dois me tuer. Tu vaux plus qu’eux.


Dernière édition par Benedict Adriel le Dim 12 Fév - 7:55, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Lettres. [PV Benedict.]   Mar 31 Jan - 23:17


Ceux qui ne se vivent qu'une fois.


-Je suis un sale con d’optimiste.

Et ça te va divinement bien.
J'ai pas à porter de jugement critique sur quoi qu'ce soit. Certainement pas sur une personne comme lui. Il a l'air cramponné à ses idées, il a l'air sûr de ce qu'il avance. Il est d'une sincérité affligeante. Du genre à balancer ce qu'il pense comme il le pense. Sincère. À croire en ses convictions. Pourquoi pas, après tout. Enfin, je sais pas pourquoi je pense à ça. Il est juste honnête. Brave. Fier de ce qu'il est. C'est honorable. Vraiment vénérable. J'ai jamais été comme ça. J'en suis certain. Vu comme j'arrive à mentir ici, j'ai pas acquis ça en arrivant là. J'suis né en mentant. Peut-être même que ma naissance est un mensonge. Une incohérence. Va savoir. Je n'sais plus rien, alors bon. J'me fais plaisir. J'ai toujours eu de l'imagination pour tout. Ça, c'est vrai qu'on peut pas m'l'enlever. J'en fait absolument pas usage en public. J'en fais pas usage bien souvent non plus. Mais je sais que c'est là. Y'a des choses, qu'on... ouais, qu'on sait. C'est tout. Qui sont évidentes, même sans preuves. Qu'on ne peut tout simplement pas concevoir autrement tellement ça paraît basique. Je suis un hypocrite de base. Il est sincère à en devenir stupide. Par exemple. Ça m'vend du rêve ce genre de conn'ries. T'sais, c'est la seule chose à laquelle tu peux réellement te raccrocher. L'évidence. Alors tu t'y accroches, c'est tout. Je ne sais absolument pas si c'est vrai ou pas, mais il y croit et ça m'suffit pour le croire aussi. Il est un sale con d'optimiste, c'est pourtant évident. Même si j'en sais rien. En fait. Ça m'arrache un sourire. J'me radoucis. C'est beau d'avoir encore foi en quelque chose.
Je n'dis rien. Pffff. Qu'est-c'que j'peux répondre à ça, après tout. Je sais pas c'que c'est, l'optimisme. J'suis encore... loin. Loin du compte. De son sourire à lui. Loin de pouvoir afficher pareil sourire. Je sais pas comment il fait. Peut-être que c'est ça l'optimisme. Avoir le pouvoir de sourire comme ça, même pour rien. C'est vrai, y'a pas de quoi sourire, ici. C'est pas comme si... s'il y avait un intérêt particulier à accorder à cet instant, non. C'est futile. C'est con. Vraiment. Benedict, c'est ça. Benedict. Faut vraiment que j'fasse quelque chose pour cette mémoire, ça devient clairement handicapant. Pourquoi est-ce qu'il sourit. Pourquoi. Enfin, comment il fait pour sourire pour ça. J'comprends pas, ça m'démange. C'est même pas de l'intérêt à ce rythme, c'est de l'idio... J'avais pas... J'avais pas senti ça. C'est infime. C'est rien du tout. Mais il a serré ma main. Juste, ça. Mais c'est débile, franch'ment, pourquoi j'm'arrête à ça? Puis ça veut rien dire, c'est bon, calme ta joie Maena. C'est rien, c'est nerveux. Puis non, ça rime à rien, c'tout. Ça rime à rien. J'aime pas ça. Enfin, je veux dire... Je... Merde, d'accord? Merde. Je sais pas c'que j'pense, là, ouais, okay. Je sais pas, j'en sais rien, j'comprends que dalle. Je suis pas fait pour comprendre ce genre de choses, j'crois. En fait. La génétique, tout ça, ça doit faire blocage. Ouais, c'est sûr c'est ça. Je te laisse l'optimisme, Benedict. Ca te va mieux qu'à moi.

Je lui ai demandé de me demander ce qu'il voulait. Bon, là, il devait être perdu dans ses pensées, c'est évident. C'est marrant de le voir comme ça. Non, pas ridicule. Amusant. J'ai pas à critiquer l'art et la manière de se perdre dans son crâne, tu vois. J'ai pas le droit de considérer ça comme ridicule. Comme négatif. Je ne souris plus. J'ai pas le coeur à ça. J'crois que réveiller l'âme des cicatrices, marques et scarifications ne m'a pas réussi. Du tout. Va falloir que j'fasse plus attenti... Mais merde, aussi! J'avais pas prévu que j'devrai prendre en otage quelqu'un pour aller à l'infirmerie en paix! C'est vrai, ça! Depuis quand je d... Non, ça, c'était par rapport à ce foutu recensement, c'est indépendant d'ma volonté. Si j'suis ici, c'est pour les bandes. J'avais pas prévu de soigner quelqu'un, et surtout pas de le garder séquestré ici avec moi. Sérieux, j'vais faire comment pour m'mettre les bandes, là, du coup? Et encore heureux que j'ai celle de la gorge cachée, autant j'aurai pété les plombs s'il avait pu la voir, ça va pas. T'imagine. C'est elle, la plus ignoble. Vraiment. J'en ai honte. Ça m'arrive pas souvent, d'avoir honte. Mais celle-là ne peut être qu'un stigmate, qu'une trace dégradante de l'échec. Regarde-la. Regarde-moi cette immondice. Tellement laide, tellement profonde, tellem... J'veux m'gratter. Arrête d'y penser. C'est pas bon, ça, pas bon du tout. Je suis en train de vriller, là, sérieux. Ça va devenir dangereux, c't'affaire. Va pas falloir tarder à le faire déguerpir d'ici. Vite.

-L’aquaphile nudiste. Paburo.

Putain, j'l'avais oublié. Merde, ressaisis-toi vieux. C'est bon, ça va aller. Tu sais comment le faire bouger d'ici, tout ira bien. Il sera en sécurité. Tout va bien. Tout ira bien. Putain.

-Il a dit que tu l’entrainais. Tu n’aurais pas une idée, pour mon don ? Il y en a plusieurs qui m’ont clairement fait comprendre que ne pas y remédier reviendrait à jouer ma survie. Quitte à me faire descendre pour avoir blesser quelqu’un avec mon pouvoir, je préfèrerais l’avoir fait volontairement. Et je veux savoir pourquoi tu préfères te faire courser par toute une tribu de Bras Droits plutôt que de remplir un papier de recensement. S’il y a une raison. Mais il doit y en avoir une, non ? Je veux bien que ce formulaire soit inutile et fatiguant, mais il l’est quand même moins que de se faire pourchasser par toute la Forteresse. Bon, après, c’est plus riche en sensations fortes, sûr.

L'aquaphile nudiste. Ouaiiiis, rien qu'avec ça j'vois qui c'est. L'aquaphile nudiste, bien trouvé j'avoue. Il l'a rencontré y'a pas longtemps. J'te dis, cette enflure fait que sécher, en ce moment. Une nouvelle lubie, il est fou. Moi aussi j'lui fous des vents maint'nant. Attends, à me prendre pour un con ça va bien cinq minutes. Surtout si c'est pour prendre un bain ou nourrir un chat vert trouvée j'sais pas où dans la montagne. Faut pas avoir l'sens des priorités. Une idée pour son don, sinon. Mmh... Y'aurait bien ça. C'est contre pudique, c'est pas délicat du tout, mais ça peut marcher s'il joue le jeu. Bwarf, on verra ça. Puis, il veut savoir pourquoi on m'court après pour une simple feuille. Ouais. Bon. On aurait pu tomber sur pire, comme question. J'm'en tire pas trop mal, pour le coup. Bon, ça fait toujours chier mais c'est pas non plus catastrophique. J'ai pas forcément envie de répondre, mais bon. Faut être content. Aller. Sourire. Niééééééé. J'y arrive pas. J'suis vraiment qu'une pauvre merde, là. Tant pis. J'rate rien, j'suis sûr. Bordel de... mais comment il fait?! J'comprends vraiment rien, là! Y'a pas d'quoi sourire, alors qu'est-tu fais, là?! Mais c'est vrai, quoi! Regarde-moi ça, à élargir son sourire comme un crétin! Y'a pas un quart d'heure j'étais l'ennemi, l'homme à abattre, et là grand sourire, genre y'a rien à craindre j'sais pas quoi. Non mais fait chier, t'es pas non plus tombé au pays des arc-en-ciel. J'comprends pas. J'ai sûrement pas envie de comprendre vue comment j'm'y prends. Oh puis merde, j'comprends rien.
Comme un espèce de... de blocage. De mur. De frontière, de barrière. Quelque chose que je ne peux pas franchir sans l'aide de quelqu'un. De quelque chose. Je suis... comme pris au piège de la liberté. J'ai aucune attache. J'ai rien. Aucun repère, aucune pensée particulière. J'réfléchis avec ce que je veux, je fais comme je veux, je suis libre. Libre de tout. C'est peut-être ça qui me tue. Lui est prisonnier de sa sincérité. J'ai pas besoin d'être sincère, moi. J'ai le choix. J'ai le choix tout le temps. Ce serait peut-être ça, mon poison. Tellement heureux qu'au final je ne le suis pas. Tellement peu de considération pour le monde extérieur que j'ai pas besoin de ressentir quoi que ce soit. J'ai juste à être là, puis à m'écouter. J'ai rien à faire. Je suis libre. Tellement libre. Trop libre. Je te dis, j'ai même pas à respecter les autres. J'ai pas à promettre. J'ai pas à tenir mes promesses. J'ai rien à faire. Personne n'attend rien de moi. Je suis seul, mais je suis libre. J'ai tout pour être heureux. J'ai ce pourquoi tant de mortels se sont battus, et je trouve le moyen de ne pas être satisfait. J'comprends, en fait, pourquoi les religions disent que Dieu créé la Terre, les mortels, tout ça. C'est tellement chiant d'être libre. Faut se créer des occupations à long terme. Faut juste des responsabilités. Au final. Ouais. Ca doit guérir l'anhédonie, après tout. J'comprends pourquoi c'est important, la mémoire. C'est ce qui t'inculque tes valeurs, tes passions, ce genre de choses. Au final, si t'as plus rien, ça vaut pas l'coup. J'vais trop vite. Il me l'a fait comprendre. J'dois profiter. J'dois regarder, prendre le temps de. J'ai pas à aller vite. Enfin, je suis pas obligé d'avancer à cette allure. J'arriverai pas à ralentir, j'me connais. Mais bon. J'ai compris. Ça m'suffit.


Ceux qui font partie du passé.


-Syndrome de Stockholm, je suis irrécupérable. Si les autres tarés reviennent, je t’aide même si tu dois me tuer. Tu vaux plus qu’eux.

Ben voilà. Là j'souris pour de vrai.
Il est mignon tout plein. Enfin, je sais pas pourquoi j'souris. Mais quoi, j'trouve ça gentil, comme attention. C'est pas nécessaire mais gentil. Enfin, voilà quoi. J'sais pas du tout quoi répondre pour le coup... Niah, pourquoi il a dit ça, j'suis gêné, là... Puis pourquoi j'ai toujours sa paluche dans mes mains, moi?! Magnétisme mes couilles, j'ai pas à gard... Enfin... Oh, merde! Faut pas dire ça, c'est des conneries, j'suis sûr. C'est un piège, le Benedict est fourbe, j'en suis persuadé. Il a pas à dire ça, putain, il a pas à dire ça. Maena, la Sirène, non? Ça dit plus rien? Hellooooo, danger d'mort, masque, fou-furieux, dégénéré, j'sais pas, non? Il l'a oublié, ça? J'peux l'tuer en moins d'deux, non non, j'veux m'battre à tes côtés contre Bras Droits et compagnie. Non mais c'est du foutage de gueule là. C'pas possible d'être aussi con. N'empêche qu'il a pas tort au sujet des autres couillons et de la future marmaille, ils vont sans doute pas tarder. Je sais pas du tout combien d'temps ça fait qu'on est là, m'enfin ça doit tourner autour des dix minutes, un quart d'heure, là. C'est déjà beaucoup. En général il leur faut vingt-cinq minutes. À peu près. Non parce que bien sûr que j'sais c'qu'il vont faire, c'est évident. M'enfin là n'est pas la question, j'm'en fous d'ça. Priorité à Benedict, là. Quand même.

Je le lâche. J'ai chaud. J'ai chaud au crâne. J'ai toujours mal, en prime, ça aide pas. En fait, j'crois qu'j'ai rougi tout à l'heure. J'sais pas, pas l'habitude d'être traité comme ça, sans doute. J'mérite pas ça, si? J'sais pas. J'crois pas. J'suis lucide, je sais qu'on m'aime pas. Alors que lui m'apprécie c'est encore plus bizarre. Enfin j'dis qu'il m'apprécie je sais pas, j'en ai déduis qu'il m'aime bien vu c'qu'il a dit, après j'me goure peut-être complètement, hein. J'avance rien, en gros. J'me passe une main dans les ch'veux, l'autre occupée à entortiller une des mèches tombant sur mon sweat. Plus ça va plus j'deviens con, moi, c'est affolant. Et voilà que j'rigole. Non mais j'suis vraiment stupide, en fait, c'pas possible autrement.

- Dis pas d'conneries, Benedict. S'ils débarquent, je te fais sortir par la fenêtre et tu passes par derrière pour éviter le hall. Hors de question que tu sois mêlé à ça plus que tu n'l'es déjà.

C'est mon problème, pas l'sien. C'est tout. J'me gratte, maintenant. Fallait s'y attendre. J'relâche la pression sur mes mains, et elles retombent devant moi, comme ça. Je sais pas trop quoi faire, là, j'avoue. J'ai perdu mon sourire. Je sais vraiment pas quoi faire en fait. J'ai b'soin de tenir quelque chose. J'ai déjà agrippé le bas de mon sweat. C'est nerveux. C'est rien. C'est rien du tout. Faut que j'me calme. Pourquoi j'suis comme ça, tu m'expliques? Rah puis merde, j'veux pas y penser. J'dois faire quelque chose, j'peux pas rester comme ça. J'le regarde plus depuis tout à l'heure. J'sais pas pourquoi j'le fuis comme ça. Maintenant, j'ai les yeux rivés sur mes genoux. Sur mes mains. J'arrive pas à lever l'regard. J'y arrive pas.

- Ça ne te concerne pas, Benedict.

... J'avoue que... Que j'sais pas du tout quoi répliquer. C'est hyper silencieux, d'un coup. Enfin, j'veux dire. Voilà, quoi. Bon. Réponds à ses questions, toi. Putain je sais quoi faire.
Je lève les yeux brusquement. Ouais je sais, j'fais peur comme ça. Et j'le plaque sur le lit. Allongé, ses bras levés maintenus par les miens. Des airs de déjà-vu, et pourtant rien n'est pareil. Tout à l'heure, je savais pas c'que j'faisais. Là, je sais exactement ce que j'dois faire, et pourquoi j'le fait. Alors je me fais confiance. J'sais pas ce que lui en pense, je sais pas s'il se défend ou quoi, mais honnêtement j'suis tellement dans mon truc qu'en fait, ben j'sens que dalle. Je lui abaisse les bras, les lui dépose le long du corps. Je me couche sur lui. Il ne doit pas bouger. Il ne doit pas bouger du tout.

- N'ais pas peur. Ne crains rien, d'accord? J'vais pas te faire de mal. Il faut que tu m'écoutes, attentivement. N'ais pas peur. S'il n'a pas confiance en moi, c'est foutu. Il faut qu'il se laisse faire. Vraiment, j'lui veut pas d'mal... Vraiment... Putain, j'aurai du m'y prendre autrement, mais comment? Il fallait qu'il soit surpris, ça fait partie du délire, je... Putain, je sais pas, comment faire autrement... Désolé. Il faut que tu saches d'où vient ton don. Il faut que tu arrives à comprendre où en est la source en toi. Ecoute ton corps. Laisse-toi faire. Garde les paumes de mains vers le haut. Détends-toi. Respire calmement. Tout va bien. Il n'y a rien à craindre. Respire. Concentre-toi sur ton corps. Ecoute-le. Sens tous tes organes. Internes, externes, toutes les parties de ton corps. Demande-toi d'où provient ton don, où en est la source. Détends-toi.

Il a du mal. J'le sens à sa respiration. Affolée. Un peu sous tension. Il faut qu'il soit calme. Je sais pas comment faire. Si. Je sais. J'ai fait ça plein de fois, c'est bon. C'est jamais pareil, mais ça reste similaire, quelque part. Merde. Je lâche mon emprise. Ne bouge pas, Benedict, pitié. Je frôle son corps avec mes doigts. C'est très... ouais, bon, contestable comme méthode, mais bon, j'sais pas faire autrement. Doucement.

- La source peut se trouver n'importe où en toi. Dans tes doigts, tes mains, tes bras, tes poumons, ton coeur, ton foie, ton dos, ta gorge, tes yeux, le sommet de ton crâne, tes jambes, tes ongles, ta langue, tes lèvres... N'importe où. Sens. Comme un point, quelque part. Ressens-le. Une très légère pression, quelque part. Infime. Négligeable. C'est la source de ton don. Trouve-la. Concentre-toi dessus. Le temps qu'il faudra pour obtenir ce que tu veux. Sens-toi. Puis, me parles pas de choses que j'connais pas, c'est complexant. Syndrome de Stockholm. Le seul syndrome que j'connais, c'est celui de Lima.

J'étais tellement à fond dans mes explications qu'j'ai pas du tout surveillé ce que j'faisais. Enfin où j'ai frôlé tout ça, quoi. Puis bon. J'ai fini, et j'ai terminé le visage juste au-dessus du sien, rivés dans ses yeux, et légèrement relevé sur mes avant-bras avec les mains dans ses cheveux. Normal. NORMAL. Y'a des fois où j'voudrais mourir pour de vrai.
J'suis rouge de honte. Pas besoin d'être un génie pour le deviner, là. J'me suis redressé super vite, j'm'éloigne de lui. Non. C'est pas suffisant. J'me lève, j'vais du côté de l'armoire de tout à l'heure.

- Je... J'garantis rien, mais c'est... c'est comme ça que j'ai fait, et ça a marché sur Paburo. Enfin... Enfin j'pense qu'on peut arriver à un résultat si on y croit... si on est concentré, j'sais pas, j'suis pas prof... J'soupire. J'ai vraiment trop chaud, là. J'enlève le sweat. Rien à foutre des balafres, il le sait et il en a vu. Putain, y'a plus d'bandes, c'est quoi cette merde?! ... Mais j'suis con, elles sont dans l'sac! J'fais n'importe quoi, c'pas vrai... Putain, le sac, au pied du lit. Aller, c'est bon, j'ai pas qu'ça à foutre, là... Fouille, fouille... Ah, les voilà. J'en prends une, la déballe, et commence à entourer mon poignet avec. Non, j'suis pas nerveux. Et pour ta seconde question, j'aime pas remplir les formulaires. J'trouve ça chiant. Puis même, j'aime pas ça. Y'a que des infos inutiles qu'ils demandent, à croire qu'ils ne savent rien de nous. J'sais pas, ils nous croisent tous les jours, surtout les figures, ils savent très bien qui sont les gens à force de les croiser et tout. Alors pour ça, j'aime pas participer au recensement.

J'me rends compte que j'vais hyper vite pour faire les bandes sur moi. J'ai fini le premier poignet, j'en suis déjà au second. J'm'en suis même pas rendu compte, j'suis con. J'peux pas lui mentir en fait. J'ai pas envie.

- Et parce que j'sais plus lire. Aussi. Et-voi-là. C'est dit, et c'est là honte. J'le regarde plus du tout pour la peine. Je finis la bande sur le second poignet, attrape l'adhésif, fixe. Tire une chaise, proche du lit d'à côté, et m'installe à côté du sien, à ses pieds. Près du sac que j'ai balancé sur ses jambes, quoi. J'sens qu'ça va être très, très long comme délire, pour le coup.Il me reste le torse à faire, puis le visage. Alors démerde-toi pour meubler, je supporte pas le silence.

J'soupire. Pas tellement à cause de lui, surtout à cause de moi. J'aimerai m'excuser mais ça servirait à rien. Alors bon. J'espère qu'il le prendra pas mal. Je sors une nouvelle bande. J'attaque le torse. J'suis vraiment qu'un abruti.
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Benedict Adriel
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MessageSujet: Re: Lettres. [PV Benedict.]   Dim 26 Fév - 11:34

Parfois, ce n'est pas en aidant quelqu'un qu'on peut le mieux l'aider Mathieu


Ça l’a fait sourire. Ça se voyait à ses yeux, à défaut de pouvoir déchiffrer ses lèvres. Il devait le trouver ridicule, avec sa décision d’aider un Elu surpuissant, lui qui ne savait même pas faire usage de son don. Sans compter que l’autre l’avait quand même utilisé comme otage. Enfin, à vrai dire, il n’en avait rien à faire. C’est de l’aide égoïste. Je t’aime bien, donc ça me fait plaisir de t’aider. Purement intéressé.
Benedict surveillait avec inquiétude les mains de l'homme, qui semblaient désespérément chercher un endroit pour s'accrocher. Les cheveux, le sweat. Nerveux. Il hésita à en saisir pour tenter de les calmer. Pas sûr que ça aide. Maena fixait le sol, ses genoux, ou peut-être ses mains soigneusement posées dessus, comme on surveillerait des éléments particulièrement dangereux qui peuvent semer la mort au moindre choc. C’était d’ailleurs certainement le cas, Benedict avait tendance à trier les informations qu’il recevait selon ses propres impressions, et la réputation de tueur sanguinaire que trainait son vis-à-vis était peut-être un peu rapidement passé à la trappe.

- Ça ne te concerne pas, Benedict.

C'est parfaitement vrai ça. Il s'était retrouvé dans cette histoire tout à fait par hasard, ça aurait pu tomber sur n'importe quel autre crétin qui peuplait le hall. Il était une victime après tout, sa réaction devrait être l'exacte opposé. Plutôt que de proposer joyeusement à son ravisseur de l'aider, il devrait tout faire pour facilité la tâche à leurs poursuivants. Pourquoi tenait-il à l'aider? Il n'en savait rien. Il avait envie de lui être utile, à lui plutôt qu'aux autres, c'était tout. Parce qu'une vingtaine de minutes, c'était plus qu'il n'avait passé avec n'importe lequel de leurs poursuivants. Parce qu'il ne se sentait pas suffisamment en danger. Ou peut-être était-ce juste une tactique ? Faire semblant de vouloir aider celui qui peut vous tuer afin d'assurer sa survie? C'était possible. Ou plutôt, ça aurait été possible s'il s'agissait de n'importe quelle autre personne que Benedict. Mensonge, fausseté, duplicité, imposture, manipulation, dissimulation, autant de choses qu'il était totalement incapable de faire. S'il avait proposé, imposé, son aide, c'était simplement parce qu'il le voulait. Fou, cruel, sadique? Pour l'instant, la Sirène l'avait soigné et lui proposait un moyen de fuir. Benedict ne savait pas chercher au-delà des apparences. Ça avait du bon, parfois.

Sans rien comprendre, il se trouva une nouvelle fois plaqué sur le lit, le corps sous celui du brun, les mains bloquées au-dessus de sa tête dans une position qui lui interdisait tout mouvement. Ouai, non, en fait, il devrait chercher un peu plus au-delà des apparences, de temps en temps. Ça lui éviterait peut-être ce genre de situation. Si la première fois, il était encore relativement sur ses gardes, il avait depuis relâché toute son attention et ne put retenir la vague de panique qui le submergea, l'empêchant de penser. L'atmosphère n'était pas la même que la fois précédente. L’autre n'avait pas fait ça impulsivement, mais de manière réfléchie. Il savait parfaitement ce qu'il faisait et Benedict était incapable de savoir si cela devait ou non le rassurer.

- N'ais pas peur. Ne crains rien, d'accord? J'vais pas te faire de mal. Il faut que tu m'écoutes, attentivement. N'ais pas peur. Désolé. Il faut que tu saches d'où vient ton don. Il faut que tu arrives à comprendre où en est la source en toi. Ecoute ton corps. Laisse-toi faire. Garde les paumes de mains vers le haut. Détends-toi. Respire calmement. Tout va bien. Il n'y a rien à craindre. Respire. Concentre-toi sur ton corps. Ecoute-le. Sens tous tes organes. Internes, externes, toutes les parties de ton corps. Demande-toi d'où provient ton don, où en est la source. Détends-toi.


N'ais pas peur... Il n'avait pas vraiment peur. Enfin si, un peu, ne rien contrôler d'une situation était toujours affolant, surtout pour lui. Mais il ne chercha pas une seconde à se débattre, à s'écarter. Il avait choisi de faire confiance à l'homme. Accorder sa confiance à quelqu'un, comme ça, sur un coup de tête, c'était stupide. Encore plus quand le bénéficiaire était un homme auquel on accolait volontiers des adjectifs tel que "dangereux", "fou", "cruel" et que celui-ci venait subitement de vous faire tomber avec un regard qui n'avait rien de particulièrement rassurant. Entre les paroles apaisantes, il lui donnait des instructions. Benedict comprit parfaitement pourquoi on l'appelait la Sirène. Une voix douce qui vous empêchait d'agir ou même simplement de réfléchir à autre chose d'à ce qu'elle vous demandait. Hypnotisante. Par reflexe, l'esprit du jeune homme chercha à lutter contre les ordres qu'on lui imposait. On lui demandait de se concentrer sur son corps. Impossible. Il avait confiance en cet homme, bien sûr, mais ses barrières mentales refusaient de céder contre quelque chose qui tentait d'usurper sa volonté. Il avait une triste tendance à refuser d’écouter les conseils qu’on lui prodiguait et, même en sachant que cela pouvait l’aider, cette habitude était dure à perdre.

- La source peut se trouver n'importe où en toi. Dans tes doigts, tes mains, tes bras, tes poumons, ton coeur, ton foie, ton dos, ta gorge, tes yeux, le sommet de ton crâne, tes jambes, tes ongles, ta langue, tes lèvres... N'importe où. Sens. Comme un point, quelque part. Ressens-le. Une très légère pression, quelque part. Infime. Négligeable. C'est la source de ton don. Trouve-la. Concentre-toi dessus. Le temps qu'il faudra pour obtenir ce que tu veux. Sens-toi. Puis, me parles pas de choses que j'connais pas, c'est complexant. Syndrome de Stockholm. Le seul syndrome que j'connais, c'est celui de Lima.

Le frôlement des mains de l'autre sur sa peau détourna son esprit de sa mission défensive. Sa respiration se fit plus calme sous l'action conjuguée des paroles et des gestes de la Sirène. Son esprit glissait sur son corps au même rythme que les doigts de l'autre. Chercher la source. Examiner chaque parcelle de lui pour trouver celle où se terre le pouvoir. Lorsque l'exploration atteint l'emplacement de son cœur, il soupira, relâchant la pression. Evidement. Où d'autre? Le cœur. Là où son ami gardait le portefeuille qui abritait la note originale. Tellement évident. C'était une sensation fugace, entre un pincement et un battement infimement plus rapide que celui du cœur.
Il reprit doucement le contrôle de son esprit, de sa respiration, de son corps et se félicita que l'autre porte un masque quand il réalisa leur position. Le visage à quelques centimètres à peine du sien, résister à la tentation de poser ses lèvres sur les siennes lui aurait sans doute été impossible sans la barrière de caoutchouc et de métal.

Maena rougit, comme s'il venait seulement de prendre conscience de la position dans laquelle il se trouvait, et s'écarte brusquement. La voix hypnotisait-elle aussi son utilisateur?. C’est presque amusant de le voir comme ça, gêné. Ça aurait sans doute été vraiment drôle de pouvoir l’embrasser tiens. Et certainement pas désagréable aussi. Enfin, jusqu’à ce qu’il se fasse démembrer pour l’offense. Benedict se redressa d’un mouvement de buste pour garder le brun qui s’agitait dans son champ de vision. Il enlève son sweat, s’agite encore plus, marmonne, sort des bandes qu’il commence à enrouler autour de son poignet.


-Et pour ta seconde question, j'aime pas remplir les formulaires. J'trouve ça chiant. Puis même, j'aime pas ça. Y'a que des infos inutiles qu'ils demandent, à croire qu'ils ne savent rien de nous. J'sais pas, ils nous croisent tous les jours, surtout les figures, ils savent très bien qui sont les gens à force de les croiser et tout. Alors pour ça, j'aime pas participer au recensement.

Comme s'il tenait à ce qu'on se souvienne de lui. Toutes ces informations qu'on lui demande alors qu'on devrait déjà les connaitre, ces papiers pour qu’il prouve qu’il existe. Lui, il voudrait qu'on soit sûr de son existence, même sans ça. Peut-être qu'il en doute lui-même, de son existence. Dans un monde comme celui-ci, sans but pour avancer, sans souvenir pour se réfugier dans le passé, c'est compréhensible. Il ne veut pas qu'on est besoin d'un papier pour se souvenir de lui, que sa personne soit réduite à un simple formulaire.
Il n’est pas obligé de se comporter comme ça, pourtant. Il n’est pas obligé d'être comme ils le voient. Ce n'est pas leurs regard qui décident si et comment il existe. Et même s’il est vraiment comme ils disent, il avait montré qu’il pouvait agir autrement. Ce n'était peut-être qu'un moment de folie dans la folie qu'ils lui attribuent, mais cette éventualité est bien trop subtile pour être envisagé par le roux.
Arrête avec cette tentative d'extrapolation Benedict, l’empathie ne te va pas, tu racontes n’importe quoi. Ne fais pas comme si tu t'intéressais aux autres, comme si tu pouvais les comprendre. Tu sais très bien que tu en es incapable. Incapable de comprendre que les autres ne pensent pas exactement ce qu'ils disent, n'agissent pas exactement selon ce qu’ils veulent. Tu ne peux tirer ni conclusions, ni même d'hypothèses de ce que tu vois, parce que tu n'as jamais fait cet effort de compréhension. Arrête de donner aux gens la personnalité que tu aimerais qu’ils aient.

Le roux comprit pourquoi les gestes de Maena avaient été si précis lorsqu'il l'avait soigné. La manière dont il entourait ses poignets avec les bandes trahissait plus qu'une longue habitude. Il ne comprenait pas pourquoi l'autre s'obstinait à faire tout ça. A voiler les cicatrices. Beaucoup de personnes dans la Forteresse se faisaient un devoir de les exhiber, pour impressionner les nouveaux et montrer aux anciens qu'ils avaient vendu chèrement leur peau et qu’ils avaient bien l’intention de continuer à combattre, enjolivant au besoin l’histoire de leur acquisition.

- Et parce que j'sais plus lire. Aussi.

Le brun aurait avoué qu’il avait épousé Astaroth, il aurait sans doute paru moins coupable et honteux qu’à cet instant. En évitant ostensiblement de regarder le roux, il finit de voiler son poignet et approcha une chaise du lit. -

-Il me reste le torse à faire, puis le visage. Alors démerde-toi pour meubler, je supporte pas le silence.


Ne pas savoir lire... ça lui paraissait un peu surréaliste. Pour Benedict, lire, c'était aussi naturel que de marcher ou de parler, c’était quelque chose qu’il faisait sans réfléchir. Il considérait ça comme une capacité que presque tout le monde possédait et dont le manque équivalait à une sorte de handicape mental. Cette sensation était d'autant plus renforcée que sa mémoire blanche ne lui permettait pas de se souvenir que lui-même n'avait, à une époque, pas su lire et qu'il avait du apprendre. Pour la Sirène, cette lacune devait se révéler encore plus gênante. Lui, simple parrain, recevait déjà pas mal de circulaires concernant les diverses missions à effectuer, alors pour un Elu, ça devait être mille fois pire. Comment faisait-il? Il demandait à son Bras Droit de lui lire? Non, aucune chance. ça n'avait vraiment pas l'air d'être le genre de personne qui demandait quoi que ce soit à qui que ce soit.

- Tu ne sais vraiment pas lire? Aucune langue? Je sais qu'ici, on parle tous un langage commun, mais je ne me suis jamais demandé si c'était pareil pour les écrits. Du moment que je comprends ce qu’il y a sur les papiers... Je suis sûr que ça te manque, de ne pas pouvoir lire. Je veux dire, pas parce que ça t'empêche de faire des trucs, mais parce que ça te manque, vraiment. Comme d'habitude, il se basait sur ses propres sentiments pour combler les parts de l'autre qui lui manquait, qu'il ne comprenait ou ne connaissait pas. Sale habitude. Enfin, je dis ça juste parce que je pense que c'est ce que je ressentirais.

Il marque une pause et observe silencieusement les cicatrices disparaitre sous les bandes. Paradoxalement, Benedict n'avait jamais été très doué pour meubler une conversation. Il parlait beaucoup -trop, s'en ventait-il lui-même - mais construire des paroles qui ne tournaient pas autour de sa personne, de ses sentiments et des ses interrogations lui posait problème. Avec une mémoire vide, cet exercice était hélas difficile.
-Je veux bien parler si ça peut t'aider, mais enfin, je ne sais pas trop quoi dire. Je suis très doué pour parler de moi, mais je doute que ça t'intéresse, et puis, de toute manière, j'ai plus vraiment de matière pour ça.
Benedict détacha ses yeux des mouvements du brun et pousse le sac de ses jambes pour les laisser pendre dans le vide.
-Attends, j'essaie un truc, je parle après.
Les sourcils froncés par la concentration, il tenta de retrouver le pincement du côté de son cœur. Après plusieurs secondes de tâtonnements, il ne put retenir son attention et son esprit commença à dériver ailleurs. Il se recentra sur sa mémoire pour essayer de retrouver les émotions qui l’habitaient quand son pouvoir se déchanchait. De la surprise, le plus souvent. Super, il n’avait plus qu’à demander à l’autre de lui faire peur en lui criant “Bouh!”pour voir s’il arrivait à contrôler tout ça. Allez, un peu de sérieux, on se reconcentre.
Un carré de papier jaune apparut dans l'air et tomba au sol, suivi de près par un second. Le jeune homme les observa avec l’air émerveillé d’un gosse devant une voiture de course et sauta en bas du lit pour les récupérer.
-Oh Layca, ça marche! Je ne saurais absolument pas dire comment, mais ça marche! Je suis le meilleur! Il se retourna vers le brun. La méthode était particulière, mais seul le résultat compte. Et puis, c’était loin d’être désagréable. Merci.
Il se sentait fier, c’était con. Qu’il sache ou non employer son don, vue l’utilité qu’il présentait, c’était pas ça qui allait changer sa vie. Enfin, il pourrait emmerder les gens volontairement maintenant. C’était déjà un progrès. Et puis bon, utile ou pas, réussir quelque chose fait toujours plaisir.
Le roux hésita à retenter deux-trois matérialisations, mais il se dit que Maena n’avait peut-être pas envie de se retrouver enseveli sous des post-it et modéra son enthousiasme. Il s’entrainerait plus tard. Quoi que... Près de vingt minutes avec la Sirène. Il devait avoir établi une sorte de record, non? Si ce qu'on disait était vrai. C’était un beau score, il n’avait pas de raison de se préserver plus longtemps. ‘Fin, pas comme s’il avait fait beaucoup d’efforts pour rester en vie jusqu’à maintenant, mais il avait quand même su fermer sa gueule à plusieurs moments, reconnaissez-lui au moins ça.

-J'ai envie de t'aider, c'est tout. Je me doute que je te servirai à rien, voire que je te dérangerai. T'es un Elu, et pas n'importe lequel - dans la mesure où l'on peut dire qu'un Elu peut être n'importe qui - donc je me doute que t'en as pas besoin, d'aide. Mais tu m'as rendu deux services, et t'as répondu à mes questions, ce qui doit être encore plus louable. Et puis même sans ça. Je ne dirais pas qu'abandonner un type pour qu'il se batte seul est contraire à mes principes, ça serait faux. Je suis pas téméraire, si tu préfères vraiment que je vire pour que tu puisses exploser la bande d’excités, je n’insisterai pas, me faire trucider gratuitement, malgré les apparences, c’est pas trop mon tripe. Mais après, si je peux t’aider pour quoi que ce soit, lire, par exemple, t’as intérêt à venir me chercher. Et puis, je veux pas dire, mais la technique la plus intelligente, ça serait que toi, tu te barres par la fenêtre, et que moi, je les occupe. Comme tu l’as fait remarquer, ça ne me concerne pas. Je suis déjà recensé, tout ça. Ils ont aucune raison de s’en prendre à moi. Techniquement, je suis qu’un pauvre petit otage potentiellement déjà mort.

Benedict croisa les bras en observant le brun. Il avait finit de bander son torse. C'était déjà ça.
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MessageSujet: Re: Lettres. [PV Benedict.]   Sam 17 Mar - 21:49


Ce qui recommence sans jamais se répéter.


- Tu ne sais vraiment pas lire?

Bien sûr que non, j'sais pas lire. Pourquoi j'te mentirai, abruti? Ah puis m'emmerde pas, ferme ta saloperie de gueule. sérieux. T'as pas compris qu'ça m'foutait les glandes, non? Non, bien sûr que non. De toutes façons, Maena, à part l'ouvrir bien grand pour déblatérer des mots sans aucune saveur juste pour l'plaisir de faire sauter les crânes, c'est sûr que y'a rien d'autre. 'Foirés. Genre ça m'plait de d'voir jeter tous mes fringues les uns après les autres parce qu'ils sont recouverts de graisse à en crever. Genre c'est génial de galérer comme un porc pour enlever les tâches. Genre c'est trop marrant de t'rendre compte que t'es baisé par ton propre pouvoir, t'sais quoi. Ouais, cash c'est pratique sur le terrain. Cash, j'dis pas l'contraire, j'aurai pas pu rêver mieux. Mais franch'ment. Pour le coup. C'est pas non plus une sinécure, ton truc. J'ai qu'ça à foutre, moi, matérialiser des sapes, les nettoyer, viser pour tuer non mais c'est l'meilleur, ça. Moi, viser. T'as craqué c'pas possible. Attends, j'ai un don qui est l'exact opposé du calme, de la réfléxion, de la stratégie. Merde, quoi. Stratégie mes couilles, moi j'fonce et puis voilà, qu'à c'la n'tienne. Alors ouais, j'finis toujours dégueulasse et en plus j'ai la réputation qu'on m'connait. J'suis sûr qu'en fait, y'en a pas un quart dans la Forteresse qui savent c'que j'fais dans l'ombre. En général on s'arrête au fait que j'ai un pouvoir destroy, que j'sois une bête sur l'terrain et un dieu au pieu. Sauf que y'a autre chose. On n'y pense sans doute pas, c'est p't'être normal, mais c'est con d'la part des autres de n'voir que l'superflu. Après, on est obligé d'cracher des trucs qu'on voudrait pas cracher. Mais qu'est-tu veux qu'on y fasse? Quoi qu'il arrive on est baisé. Soit on rompt l'silence et on est mis à nu, soit on s'embourbe dans le faux et on s'attire les foudres de tout l'monde. Sérieux, moi j'préfère la boucler et laisser ces emmerdeurs penser c'qu'ils veulent de moi. J'ai rien à dire sur leur jugement. Au lieu de passer sa vie à d'voir se justifier pour garder sa place. Putain c'qu j'aime pas ça. Puis merde à la fin, quoi qu'il arrive t'es Mesrine, le criminel number one, que tu parles ou non. Autant s'la fermer. Pff. T'façon t'es trop quoi, pas important, pas essentiel, mais t'es l'une des figures du truc. C'est un peu la sécurité d'l'emploi d'ici. Monde à la con, j'te jure.
Alors ouais. J'passe pour un taré. Un sadique associal et sanguinaire qui se fiche absolument de tout le monde. Et ils ont pas total'ment tort. Ils ommettent juste le fait que j'sois pas suffisament con pour l'montrer, en fait. Ouais. J'ai un pouvoir de bourrin mais j'suis un fourbe. C'comme ça.
J'suis énervé et j'sais même pas pourquoi. C'est complétement con. Mais j'm'en doute, ouais. Putain. Faut que j'm'le farcisse. J'suis sûr c'est ça. Attends, c'est bon, là, j'en peux plus. J'me donne encore vingt minutes pour le foutre dans mon pieu, pas plus. Et s'il résiste j'le viole. Quoi, acte répréhensible? Rien à foutre, on mettra ça sur l'compte du méchant Maena qu'il faut absolument pas approcher. Bah quoi, genre c'est pas vrai. Puis bon ça va, j'ai encore un tout p'tit peu d'honneur. J'préfère coucher avec c'merdeux plutôt qu'avec la truie d'la laverie. J'en r'viens pas qu'elle soit v'nue tenter sa chance auprès d'moi quoi, sérieux. J'saute pas les thons, j'ai encore un semblant d'amour propre. 'Fin bref. Si l'autre oppose résistance, ce dont je doute, j'lui demande pas son avis. Doit m'rester une seringue en plus, j'lui injecte l'aphrodisiaque et voilà. Y'a une faune géniale sur Alea. Des trucs qui pensent vraiment qu'à baiser. Ca r'ssemble à rien, j'les ai trouvé y'a pas longtemps, et puis en les disséquant j'ai vu qu'ils sécrétaient en même temps qu'le sang un aphrodisiaque de malade. Rien d'tel pour assomer un pion un peu trop pudique. Haha. Faut juste que j'me plante pas à confondre l'aiguille d'aphro avec l'anesthésie. Ce s'rait vraiment très con.
Non puis même, c'est sûr que j'l'attire comme je veux poussinou, là. Limite il s'offre à moi gratuit'ment à ce stade. Mais j'rigole même pas en plus. Puis laisse tomber, j'le soigne et tout, j'suis potentiellement gentil, c'est foutu, là, foutu. Puis bon, ça m'étonnerait sévère qu'il refuse un plan cul avec moi. Pas que j'sois beau mais presque, pas que j'sois puissant non plus, pas que j'sois Elu en plus, non non, franch'ment, j'vois pas pourquoi on bais'rait avec moi. Sûr. Enfin. Pas comme si j'en avais réellement quelque chose à foutre. Mais pour le coup, il me faut en tirer un. C'est tombé sur lui, j'ai la flemme de trouver un autre pigeon. Qui plus est, c'pas comme si j'étais poursuivi mais presque. Enfin, du moment que je reste là, tout va bien. Je suis en sécurité, j'te dis. Toutefois, j'peux pas bouger, c'est l'seul inconvénient. Du moins pas bouger pour le moment, non parce que dans pas trois minutes ils seront là. J'leur casse la gueule, j'm'arrache avec l'autre, là, Nedict, j'le saute et on en parle plus. Ouais, bon plan, ça. Faut juste qu'ils se ramènent en fait.
... T'sais quoi? J'ai pas envie qu'ils débarquent. 'Fin, pas maintenant. Mais j'pas l'impression d'vouloir qu'ils viennent. Ca peut paraître normal, j'pas envie d'leur casser la mâchoire ou quoi, ouais, mais non. C'pas ça. Y'a comme... T'sais, j'sais pas. J'ai pas envie qu'on m'dérange. Qu'on nous dérange. Pas que j'tienne à lui des masses, hein. Mais je sais pas. J'suis bien, là. Ca pourrait être mieux, clair, mais bon. Ca va. J'ai pas trop à m'plaindre, j'avoue. Quand j'y pense, Nedict, c'est l'un des rares à être resté aussi longtemps avec moi sans qu'on s'foute sur la gueule. Du moins, j'ai jamais été agressif envers lui pour l'moment. C'est p't'être dû au fait que si on tape celui avec qui on veut coucher l'autre a une certaine tendance à ne pas être consentant, aussi. Ma foi, faut pas être un génie pour savoir ça. Mais au final, c'est vrai qu'il a d'la chance. Après, il ira colporter autour de lui que Maena c'est un gentil bonhomme, que c'est une patte dans l'fond, qu'il est pas si méchant que ça. Peut-être brutal mais pas psychopathe. Si j'le tue pas pendant l'acte, évidemment. Bwarf. On verra ça en temps voulu.
Non, je n'sais pas lire, Nedict. Et t'as raison. Ca m'fait cruellement défaut.

- Je veux bien parler si ça peut t'aider, mais enfin, je ne sais pas trop quoi dire. Je suis très doué pour parler de moi, mais je doute que ça t'intéresse, et puis, de toute manière, j'ai plus vraiment de matière pour ça.

Boah tu sais, quand tu t'farcies déjà tous les potins d'la Forteresse, t'es un peu conditionné à entendre les gens parler de n'importe quoi. Alors bon, ta vie, j'suis sûr qu'elle est mille fois plus intéressante que les conn'ries qu'on arrive à pondre entre ces murs. Quand bien même tu t'en souviennes, remarque, et tu vois ça j'en doute. Bon, de toutes façons quoi, il va sortir deux-trois âneries puis j'aurai déjà fini mon tour de passe-passe. Quoique faudrait d'jà que j'termine de bander l'torse, ce s'rait sympa. J'y suis presque en fait. J'viens d'finir le bas-ventre, j'ai déjà plus d'bande. Le sac est sur ses jambes, sauf qu'il le bouge, le décale à peine. Il s'lève. Va où, comme ça?

- Attends, j'essaie un truc, je parle après.

Combien on parie qu'il va tenter d'faire marcher son don? J'en suis sûr, t'sais quoi. Il peut pas partir. Même s'il le voulait, la porte est fermée à clé, et c'est pas avec sa maîtrise des post-it qu'il va pouvoir la forcer. Pareil, d'un point d'vue logique, il ne veut pas s'attirer d'emmerdes plus que nécessaire, j'en suis foutrement certain. Alors ouvrir la porte alors que t'as la marmaille derrière et qu'il est, par définition, l'otage de Maena que Maena aurait du fait laisser partir sans rien demander en retour, ce serait clairement louche et il se frait descendre sur-le-champ. Donc bon, temps qu'à faire, on reste plus ou moins en sécurité avec le masqué, c'est toujours mieux que d'finir en chair à pâtée. Bien.
Combien j'ai dit que j'pariais, déjà? Non parce que j'ai gagné en fait. Et un papier jaune, un. Il est tout seul, mais en tout cas, il a été voulu. D'après c'qu'il m'a dit au début, il était même pas capable à la base de générer un post-it lorsqu'il le souhaitait. Carrément pitoyable, m'enfin on a tous commencé en temps que débutant. C'est déjà un bon démarrage au final. Pab' avait mis plus de temps pour capter d'où venait son pouvoir. Au final, aujourd'hui, il est capable de dessiner sans ses feutres et ses crayons, et c'est bien que son don vient de quelque part en lui et qu'on ne peut pas le lui retirer. Eh ouais, c'toujours utile comme bordel. Nedict, à première vue, c'est pareil. Ca vient de lui, c'est sûr. Déjà y'a pas d'catalyseur apparent, alors ça pouvait pas venir d'autre part que de lui. Et puis maintenant qu'il est en train d'assimiler comment on les fait appraître ces trucs c'est qu'il a dû trouv... Hé, parfait, ça! Il a dû comprendre, ça y est. Bwarf, ça rentre, c'est d'jà ça. Non, c'est bien sans déconner. C'pas encore magnifique mais c'est un début, et tant mieux remarque.
Ah, ça fait plaisir de voir qu'on a un peu d'contrôle sur soi, hein? Ouais. J'comprends. Il peut profiter, c'est bon. On s'fait plaisir, quoi. Il est tout sourire, content tout plein. Il va les ramasser, j'sais pas c'qu'il fait. Putain, j'ai fini la seconde bande pour le torse. Déjà. M'en faut juste une dernière et ça marche. Mmh... Elles sont où... C'est un gouffre mon sac en fait, j'en suis sûr...

- La méthode était particulière, mais seul le résultat compte. Et puis, c’était loin d’être désagréable. Merci.

Arrête, tu vas m'faire rougir. Ducon, bien sûr que la technique fonctionne, j't'aurais pas sauté d'ssus comme ça, gratuit'ment, juste pour l'plaisir des papilles. J'en suis pas encore à c'point de non-retour là, ça va. Hé, ouais j'suis un cas désespéré m'enfin faut pas abuser non plus. En attendant j'suis content pour lui. J'aurai fait ma bonne action du jour, j'mérite donc bien d'être payé en nature. Quoi, j'suis certain qu'ça l'dérange pas. Uh. J'l'applaudis, dis rien. J'ai rien à dire. Oh y'a pas d'quoi, j'espère que tu pourras niquer le plus de gens possible au nom de Layca? Merci bien, j'suis hypocrite mais pas lèche-cul. Reste que j'dois toujours finir de recouvrir mes cicatrices. D'ailleurs en y r'pensant, va falloir que j'trouve un moyen de lui faire détourner l'regard de moi pendant quelques s'condes, le temps que j'fasse le visage avec les bandes. Pas qu'j'ai pas spécial'ment envie d'exhiber les marques devant lui m'enfin voilà quoi. Pff, galère. J'vais faire comment, moi... Tu crois qu'si j'lui d'mande de regarder la porte ou quoi pour vérifier s'ils arrivent pas ça marche? Nan, j'pense pas. Il est niais mais pas con. 'Fin j'en sais rien, j'crois pas. Il est roux, c'est forcément une créature démoniaque. Il doit avoir une sorte de sixième sens, genre il sent le danger approcher ou quoi. Quoique pour être embrigadé dans c'foutoir avec moi, c'est qu'il a rien vu v'nir. Surtout que ce con c'pas comme s'il faisait rien pour s'tirer d'affaire. Nan, en fait il est normal. C'est sûr.

-J'ai envie de t'aider, c'est tout. Je me doute que je te servirai à rien, voire que je te dérangerai. T'es un Elu, et pas n'importe lequel - dans la mesure où l'on peut dire qu'un Elu peut être n'importe qui - donc je me doute que t'en as pas besoin, d'aide. Mais tu m'as rendu deux services, et t'as répondu à mes questions, ce qui doit être encore plus louable.

Mais naaaan, Nedict n'est absolument pas bavard. Du tout, nan, penses-tu. C'est pourtant évident, j'sais pas. La discrétion incarnée. Bon en attendant j'toujours pas trouvé ma bande moi/ Ah, l'est là. Me reste un bout d'adhésif, au fait... Ouais, impeccable, parfait pour tout faire. J'suis trop doué.

- Et puis même sans ça. Je ne dirais pas qu'abandonner un type pour qu'il se batte seul est contraire à mes principes, ça serait faux. Je suis pas téméraire, si tu préfères vraiment que je vire pour que tu puisses exploser la bande d’excités, je n’insisterai pas, me faire trucider gratuitement, malgré les apparences, c’est pas trop mon tripe. Mais après, si je peux t’aider pour quoi que ce soit, lire, par exemple, t’as intérêt à venir me chercher. Et puis, je veux pas dire, mais la technique la plus intelligente, ça serait que toi, tu te barres par la fenêtre, et que moi, je les occupe. Comme tu l’as fait remarquer, ça ne me concerne pas. Je suis déjà recensé, tout ça. Ils ont aucune raison de s’en prendre à moi. Techniquement, je suis qu’un pauvre petit otage potentiellement déjà mort.

... J'me r'tiens d'rire, là. Non parce que... Ouais, non, faut que j'lui dise. Merde, j'peux pas rester comme ça. Bon, j'finis la bande... Voilà, c'bon. C'est fixé... ouais parfait. Il est resté d'bout, c'con, j'lui aurai bien broyé l'épaule en la lui tapant.

- Nedict, comment dire sans paraître méchant... Uh, ça commence hyper bien là pour le coup. Attends putain, ça va être la merde pour lui expliquer, t'sais quoi. C'pas si simple en fait. En règle général, les rares gens que j'laisse en vie, ce sont soit mes supérieurs hiérarchiques, soit mes égaux, des Elus donc, soit mes amants. Pas comme si mes fréquentatios étaient assez réduites non plus, j'compte pas c'détail, mais au final Maena est pas bien connu pour sa clémence. Et puis non en fait. La quasi totalité d'mes amants j'les flingue aussi. C'est une épreuve d'coucher avec moi, faut pas cr...

... Maena. Est-c'que tu viens d'te rendre compte que là, là, LÀ, tu venais de niquer genre ta SEULE ET UNIQUE CHANCE DE POUVOIR TE LE LEVER?! Non mais c'pas croyable ça, j'suis vraiment trop con! Merde, mais reste pas planté là comme un con, dis quelque chose, enfin!

- ... 'Fin je... C'pas comme si c'vallait pas l'coup ou quoi, j'sais pas, t'sais enfin je sais pas j'me fais courser pas pas mal de gens aussi bien des gonzesses que des mecs alors au final/ Oh et puis merde, j'ai bien l'droit d'baiser si j'veux c'pas ma faute s'ils me courrent tous après, en plus c'pas comme s'ils savaient pas que c'est relativ'ment dangereux d'coucher avec un type comme moi, en plus j'fais des efforts et tout, j'garde le masque tout ça m'enfin c'est pas enc.., c'plus fort que m... Je suis con. Mh. Je rougis, là, non?

Pause. Je brûle. J'ai les joues en feu. J'te jure. Puis j'sens ma main sur ma nuque. Brûlante elle aussi. Pas bon, ça, pas bon. J'me suis gratté comme un fou, j'en suis sûr. J'm'en suis même pas rendu compte. La bande... Merde la bande. Elle est touj... oui, elle est là. On doit à peine voir la cicatrice. Pitié faites qu'elle se soit pas découverte entre temps. Pitié, sérieux. Merde. C'pas bon du tout comme situation, là, franch'ment. Je fais quoi, là, je fais quoi? Et puis pourquoi j'm'affole, c'est rien. Mais non. J'sais pas, j'sais pas, j'suis obligé d'm'affoler, c'est con. Faut vraiment arrêter la parano, là, Maena. Sans rire. Caresse-toi la nuque, voilà. Normal. Putain c'que ça fait mal, j'ai dû m'la bouffer vu comme c'est chaud. Fait chier.

- Je... 'Fin, tout ça pour dire que ça s'rait foutrement pas logique d'ma part de laisser vivant quelqu'un et qu'tu s'rais autant qu'moi exposé à eux, c'tout. Voilà. Oublies c'que t'as vu Nedict. S'il te plaît.

Et r'gardes ailleurs deux s'condes. Non? Bon bah, non. Et si... Putain, j'sais plus c'que j'voulais dire. Attends. Non parce qu'il va pas m'regarder m'bander la gueule pour le plaisir, c'est bon, y'a rien d'intéressant. Quoiqu'la notion d'intérêt est p't'être pas la même que dans l'monde du passé tu m'diras, avec les trois quart des gens qui savent plus qui ils sont, les goûts doivent changer aussi j'en sais rien. Oh puis merde, et sinon quoi? D'toutes façons j'suis bon pour le traîner de force dans mes draps maint'nant, s'il prend pas la fuite dès qu'possible. Ca va impliquer d'le tuer, du coup. Il est pas spécialement laid, en plus. Joli minois, tout ça. Dommage. J'suis vraiment qu'un abruti t'sais quoi. Il m'était servi sur un plateau d'argent, et moi j'fous tout en l'air. J'ai pas envie d'le tuer. 'Fin j'sais pas, il a rien de spécial'ment intriguant, les post-it si lui-même n'sait pas d'où ils viennent je sais pas comment moi j'pourrai l'deviner en l'ouvrant, non, y'a vraiment rien à gagner à sa dissection. 'Fin, pas tout d'suite quoi. J'vois pas quoi faire. J'suis en gros bug là. Réveille-toi sérieux, fais quelque chose. Agis, merde, fais quelque chose. Agis.
J'me force à tousser. Ca meuble.
Et j'tire un peu sur la bande autour de la nuque. J'la change pas, me contente de la resserer, la noue, ça suffira.
Y'a une petite araignée derrière lui. 'Fin dans l'angle du mur, près du sol, juste derrière lui. J'la vois. J'la vois de loin. C'est qu'elle doit être énorme, en fait. Uh.
Non, en fait c'est une grosse fourmi. C'est marrant les fourmis. J'm'en souviens. Puis j'en ai trouvé des énormes dans la forêt. J'me suis dit qu'ça s'rait intéressant à ouvrir, tout ça, mais en fait c'est rien de plus qu'une grosse fourmi. Après y'a rien de plus. L'intérieur est juste plus gros, mais sinon c'est une fourmi. Même pas d'poison ou quoi. Juste une fourmi. Voilà.

- J'vais enl'ver l'masque. Merci d'la précision, c'était indispensable. J'prends le sac sur moi, fouille. J'vais lui donner quelque chose à faire. Ouais. Il n'voudra sans doute pas parler, alors j'vais pas l'obliger. Mon cahier. J'dois bien avoir un truc là d'dans à sa portée... Ouais, voilà. l'un des derniers qu'j'ai pondu, ça doit pas vouloir dire grand chose. J'en sais rien, j'sais pas lire. J'lui tends la page ouverte, pointe du doigt le pavé écrit en noir. Apparemment c'est en français. Je sais absolument pas c'que c'est comme langue, j'me contente d'écrire. S'tu veux lire.

J'peux rien faire de plus. Alors quoi. J'lui tourne le dos et j'me libère. Reste à profiter d'l'instant au maximum. Les ennemis sont pas encore là, ils doivent préparer un coup digne de la reine des salopes. Tant pis, j'les attends. J'ai r'trouvé mon paquet d'clopes et mon briquet. Une entre les lèvres, j'allume, jette le paquet au-d'ssus d'mon épaule en priant pour que ça atterisse sur le lit, pas loin de lui. Qu'il puisse l'atteindre. J'fais pareil avec le briquet. S'il en veut une.


Ceux qui nous poursuivent.


" Ode et sentiments. L'effluve du baiser au creux de la nuque, des ongles contre la chair nue. La peau brûlée par les poignards luminescents des plaines désertiques. Environnement malveillant. Soupir. Essai transformé et hésitation futile. Furtive. Les craintes dissimulées des premières fois qui s'enchevêtrent les unes dans les autres. Autel sacrilège d'une divinité repue et annexée en temps que blasphème à sa propre personne. La flamme aurait pu devenir la plus belle des orientales. Animée par la grâce et la candeur de la ballerine esseulée aux pieds difformes et aux articulations ankylosées. Se fier au mouvement frêle et tombé en desuetitude du zéphyr au goût de démence, au son de cristal. Piège mortel dans les dunes paradisiaques. Poison odieux infiltré dans les veines de l'insecte chancelant, pris dans la ronde infernale des divins satyres des déserts d'Orient. Sandales craquelées et derme bruni. Marque du temps passé à danser. À tournoyer. À fabuler autour de ce campement sordide, des ossements encadrant le bûcher sur lequel, loin, quelque part sur le Vieux Continement, on jetait les douces promises méphistophéliques telles qu'elles. Simagrés et crus d'Occident. Ivresse et amour d'une nuit sous la lune tiède. Hyperbole du lit, nul autre que les draps de grains parsemés à même le sol. La flamme embrase les voiles et tissus frêles, artisanals, avec une facilité déconcertante. Les pleurs de la sage succube si près de la viande aphrodisiaque. Des dieux et des actes. Le calme et la sérénité incarnées. Plus un bruit, plus un geste. Les regards qui les mirent s'éventrer, s'égorger, pour cet esprit d'ébène moitié homme, moitié bête. Proximité entre le divin et le disciple scandaleuse. Il était là, ne faisait rien. Laissait ses mains balladeuses gambader sur la meurtrissure de sa cambrure blanche comme le lait, pâle comme la lune.
Les draps ardents, dévorés par le désir enivrant d'un corps inconnu. Comme les peuples des forêts offraient des dauphines. Appartenance, sentiment et ode à la passion candide. Les vagues doucereuses générées par le pouvoir d'hypnose de leur souverain. Terres conquises parmi tant d'autres. Tu es à moi sans être à moi. Il n'y a qu'une frontière à franchir pour briser les liens qui me retiennent encore loin de toi. Des liens, quels liens. Tu n'es plus qu'objet à ma merci, fruit né d'un instant fleuri entre la jouvencelle effarouchée et le serpent vénéneux. Mince couleuvre sanguine dévalant tes hanches, en provenance de tes poignets. Ongles meurtris. Le carmin. Amour tendre et passionné. Nous sommes la fusion. Tu m'appartiens comme je me donne à toi. Une sorte d'égoïsme commun. Mise en relation sous le soleil des dunes abandonnées. D'immaculé tu deviens vermeille, et tout aussi pervers que nous sommes nous admirons ta descente aux Enfers sans nous faire violence pour ne pas t'y traîner nous-même. Tu acceptes ton funèste desein, et nous mirons telle perfection atteindre les Tréfonds. À nous. Non. À moi. Tu es ma promise. Mon offrande. Tu manques d'eau, et j'aimerai t'offrir; oh, toute l'eau dont tu peux rêver, aussi rare soit-elle en ces contrées arides. J'aime les mots que tu glisses entre nous. Ces mots qui marquent une distance alors qu'en réalité nous n'avons jamais été aussi proches. Ils s'en vont, tous. Je ne pense plus qu'à toi. Je ne peux qu'être attentif à la servitude que tu me dois. Je suis le Divin. Le Parfait. Celui dont on ne se lasse pas. Celui qui, envers et contre tout, vit encore un peu. Et tu as atteint le paroxysme de la dévotion. Tu es devenu un de mes amants. Liaison parfaite avec l'être parfait. Tu ne peux te rendre compte de la chance que tu as. Tu ne peux qu'admirer la silhouette diaphane s'enticher de tes formes moindres. L'élégance pourtant vive et brutale du cheminement célèste entre nous. Pour nous. Grâce à nous. À cause de moi.
Se forge par le simple fait que l'acteur principal se voit souillé avec consentement. L'écueil de la force brute et de la flagellation suspendu. L'infirme au creux des reins, annexé par celui qui détient les pleins pouvoirs. Esclavage valorisé du plaisir. Recherche du beau dans ce qui ne l'est pas par nature. Profil sectaire du fond du désert. Grain de sable mystique dans cette portion infime de ce qu'il y a de plus étrange. En ces lieux. Ailleurs. Une symphonie qui t'était jusqu'à lors inconnue, et n'essaye pas de mentir. Le décor lui-même sait que tu y as pris goût. Que tu n'pourras te satisfaire plus que de cela. Les phrases auront un goût amer dans ta bouche et ton estomac les recrachera. Tu seras condamné à humer l'odeur affreuse de ce qui ne te conviendra pas, et tu te demanderas, chaque jour, à chaque instant, comment tu as fait pour tenir avec ces désillusions tout ce temps. Tu auras trouvé l'inspiration et elle t'aura quitté. Tu te blâmeras, odieusement, de n'avoir su profiter de chaque seconde de cette période aussi satanique qu'angélique. Tu dévoreras toi-même les lèvres qu'il n'aura pas effleuré sans sa couverture aux teintes pauvres. Tu feras saigner ce que ton corps a de plus précieux pour le faire revenir, parce que tu sais que c'est ce qu'il aime. Le sang. La chair. Tu attendras. Tu mettras des années à patienter, à te priver de ce que les plaines ardentes auront à t'offrir parce que tu ne verras pas, tu ne pourras pas voir qu'elles t'attendront de leur côté. Tu n'auras de pensées qu'envers le fruit de ta souffrance. Tu ne respireras plus, passeras les minutes de soleil comme de lune à boire la misère qu'il aura répendu en toi. Il t'aura transmi la peste et tu diras que ce n'est rien alors que la plaie est incurable. Tu souffleras à ceux qui pensent à toi que tu n'y penses plus alors que tu es convaincu que tu ne l'oubliras jamais. Et tu ne l'oubliras jamais. Il sera toujours en toi, et quand l'acte se reproduira avec autrui, ce sera lui que tu verras dévaler tes hanches frêles, creuser ton bassin chaste, pincer la chair érogène de ton torse cadavérique. Tout en toi le réclamera. Tu seras à sa merci sans possibilité d'en réchapper. Alors qu'il ne sera même plus là. Son silence te détruira. Son absence te brisera. Tu ne seras plus rien sans le reflet de toi que t'offraient ses yeux. Ces iris lapis-lazuli.
Tu voudras le chercher, en vain. Tu ne le trouveras plus. Il te conduira aux portes de la folie dont il est sans conteste le souverrain légitime. L'émotion imparable, le coeur imparable, l'ovation imparable, le sentiment imparable. Et jamais plus tu ne dépendras de quelqu'un comme lui puisqu'il sera le seul à te tenir hors d'haleine à distance de la sorte. Tuer la voix, fermer les yeux, se noyer dans l'obscurité et errer autour de tout cela. Chien galeux abandonné à son triste sort. Tu garderas sa voix en toi et tu ne perdras jamais l'intonnation de ses lettres choisies avec candeur, réflexion. Tu garderas son léger accent étranger pour toi, n'essayeras pas une fois de l'immiter ou de le retrouver chez autre que lui. Il te hantera comme il hante tout ceux qui l'ont un jour approché. Tu jalouseras cette catégorie d'autrui et tu te feras violence pour ne pas les hair de toutes tes forces. Tu souffriras tant que tu le garderas tout contre toi. Et malgré que tu saches pertinnament quel sort t'attendra au tournant, jamais tu ne laisseras son parfum quitter tes bras salvateurs. Il sera, restera le seul. L'unique. À toi. Rien qu'à toi. L'inégalable. La plus douloureuse des brûlures. Une balafre au fer rouge qu'il aura inscrit sur ton corps clément et ta grâce immaculée pendant que vous étiez en plein ébat. Ineffaçable. Inoubliable. "



Ceux qui marquent.


C'est terminé. Tout est fini. J'n'ai plus qu'à le remettre, à me retourner, et à croiser à nouveau son regard. Je ne peux pas être gêné. J'n'en ai tout simplement pas l'droit. Eh, j'suis Maena. Maena Aiolia Méryl. Maena, quoi. Le simple nom qui m'interdit tout. J'pourrai être complètement différent qu'il faudrait que je m'adapte aux conditions abandonnées par le titre. Je suis comme ça, pas autrement. Tsss. Aller vieux. Souffle un bon coup. Tout va bien. Ca va bien s'passer. Pourquoi ça s'passerait mal? Qu'est-ce qui changerait, hein? Rien, bien sûr. Rien du tout. Putain Maena fais un effort. T'es là ou t'es pas là, oh?! Debout, gars, fais quelque chose, je sais pas. Uh. Enfile ce masque, remets ce putain d'masque. De quoi t'as peur? C'est bon, c'est qu'un gamin. Il peut rien t'faire. Et à la limite quoi, qu'est-ce qui pourrait bien t'arriver? Des représailles? Tu crains rien. Il n'peut pas te toucher. Et quelque part c'est comme si je lui avais confié une partie de ma vie. Avec le texte. C'est c'que j'ai fait, non? Non? J'sais pas.
Ca doit pas faire deux minutes que je lui tourne le dos. Je suis rapide, c'est tout. C'est juste une question d'habitude. Détends-toi. Soupire. Pense à autre chose qu'à lui. Les fourmis, voilà. C'est génial une fourmi. Les fourmis, ça se dirige à l'odeur. Quand ça gambade, une fourmi, ça laisse une odeur commune à toutes les fourmis de la fourmilière derrière elle. Comme ça, les autres fourmis peuvent suivre, tout ça. Sauf qu'une fourmi c'est un peu con, et c'est complètement perdue dès que ça s'écarte de l'odeur, et donc du chemin. C'est pour ça qu'une fourmi, ça ne contourne pas une flaque d'eau si l'odeur s'y trouve, parce que le chemin, ben il traverse la flaque d'eau. Donc ça passe direct dans ladite flaque et ça meurt noyée. C'est très con. D'autant plus que les fourmis, elles sont souvent en meute, t'sais. Disons qu'elles se suivent, et elles sont généralement une dizaine ensemble. Donc si y'en a une qui passe par la flaque, les neuf autres passent par la flaque et se noyent aussi. Le pire, c'est que c'est pareil ici. J'te dis, la seule différence entre les fourmis d'Alea Jacta Est et celles du monde du passé, c'est la taille. Attends. Si elles sont pareilles. Du coup, elles sont toujours en meute aussi. Et celle du coin derrière Nedict est seule.
Les enfoirés.
Volte face. J'attrape le sweat, le premier truc qui me passe sous la main, et j'le jette derrière Nedict, pile sur la fourmi. Les salauds.

- Des espions.

Y'en a une qui contrôle les insectes. J'sens des ombres derrière les vitres. Le soleil s'absente une fraction de seconde pour réapparaître. Quelqu'un passe devant les fenêtres. Il y a les rideaux, au moins. On est encerclés, c'est sûr. J'avais pas vu v'nir ça, j'avoue. Bwarf, ça va rien changer. Ils ne peuvent pas défoncer les vitres sous peine de réprimandes, alors ils vont juste se contenter de zoner devant. Quoi qu'il arrive, il va falloir évacuer Nedict autrement. Putain, j'veux pas l'mêler à ça. Attends, j'me suis pas emmerdé à l'soigner pour que dalle. J'te dit, en plus, avec moi comme bourreau, soit il est mort soit il est vivant et de mon côté du coup un de leurs ennemis. S'ils ont envoyé la crème de la crème, il n'a aucune chance de s'en sortir tout seul. Va falloir que j'le garde avec m...
On se croise. Nos regards du moins. On s'arrête, on se mire, et je souris sous le masque. Aucune idée de pourquoi. Les nerfs, sans doute.

- Bon ben voilà, Nedict. Nous voilà pris au piège. J'te proposerai bien de mettre à l'épreuve ton don, mais ce s'rait un peu suicidaire. Il y a derrière cette porte très certainement Bras Droits et Elus. Pareil derrière les fenêtres, quoique peut-être des Parrains, remarque. C'est le première fois que t'es autant dans la merde, avoues. J't'aurai au moins appris quelque chose. Léger rire, absolument pas drôle. Les nerfs je te dis, les nerfs. J'regarde le roux. J'suis encore relativ'ment calme. J'vais pas tarder à dev'nir dingue si ça continue comme ça. Sauve-nous la vie, Benedict. Sauve-nous. Mais tu n'peux pas t'oublier. Alors sauve-toi. Non. J'dois rester avec toi et te faire sortir de c'merdier. La chiasse. Tu peux m'oublier, il n'y a que toi qui compte. Benedict, tu as une idée pour te sortir de là?

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Benedict Adriel
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MessageSujet: Re: Lettres. [PV Benedict.]   Dim 8 Avr - 10:30

Une idée qui n'est pas dangereuse ne vaut pas la peine d'être appelée idée. Hubbard


- Mh. Je rougis, là, non?

Benedict se mordit la lèvre pour ne pas rire. C’était amusant de le voir s’empêtrer comme ça pour se rattraper. Il se donnait du mal pour rien. Enfin… de un, même le roux était au courant que les personnes qui croisaient Maena avait une forte tendance à décéder durant ces entretiens, quelle que soit leur nature, et de deux, c’est pas comme si la question le concernait particulièrement. La Sirène était dangereuse, personne ne l’ignorait. Alors comme il le disait, ceux qui tentaient leur chance le faisaient en toute connaissance de cause. Les masochistes, ça existe. Les débiles, ceux qui croyaient être l’Exception, aussi.
Le jeune homme se força à ravaler son amusement. Maena vient de reconnaitre qu'il explosait les trois quarts des gens qu'il croisait même s'ils étaient amants et lui, il trouvait sa réaction... drôle? Il lui manquait une case, pauvre garçon, c'est pas possible autrement. On avait oublié de lui fournir un instinct de survie à sa naissance, ça devait être ça.
Pauvre Benedict. Tu réalises ce qu’il risque de t'arriver, là? Non? Crétin.
Bon, au moins comme ça, il savait qu'il fallait éviter de coucher avec le masqué. Non pas que cela était à un moment donné entré dans ses projets d'avenir, mais bon. L'autre était beau, c'était un fait établi. Pas méchant non plus. Enfin pas encore avec lui, ça viendrait peut-être. Mais on ne savait jamais ce que réservait le futur, et ce qui aurait un moment pu passer par la tête du roux. Alors c'était quand même bon à savoir pour sa survie. En espérant qu'il retienne la leçon et ne se fasse pas avoir. Il avait beau être prévenu, un instinct de survie, ça n'apparaissait pas comme ça.

Le regard de l’autre change et sa main s’immobilise sur sa nuque. Le roux n’avait pas fait attention, mais deviner ce qu’il avait fait ne présentait pas une grande difficulté. Benedict fut lui-même surpris par la violence de son envie d’attraper cette main pour l’empêcher de gratter encore la peau. Mais il ne bougea pas, ça n’aurait servi à rien. Automutilation. La seule solution viable contre ce trouble, c’était de parler. Mais parler sincèrement, sans réfléchir aux paroles prononcées. Juste parler, parler, parler, dire ce qu’on pense, tout. Un exercice dans lequel le garçon excellait. Un exercice qu’il avait remarqué que beaucoup de gens étaient totalement incapables de pratiquer. D’après ce qu’avait pu constater le roux, l’Elu, sans être muet, n’en était pas un adepte.

- Je... 'Fin, tout ça pour dire que ça s'rait foutrement pas logique d'ma part de laisser vivant quelqu'un et qu'tu s'rais autant qu'moi exposé à eux, c'tout. Voilà. Oublies c'que t'as vu Nedict. S'il te plaît.

Et voilà, une parfaite illustration de l’hypothèse de Benedict. Il n'avait pas tout dit. Le jeune homme ignorait ce qu’il était censé oublier d’avoir vu. Le TOC ? Il avait aussi remarqué que le brun avait remis soigneusement la bande qui entourait son cou en place. C’était peut-être de ça qu’il parlait. Une autre cicatrice, certainement. Pourquoi devrait-il l'oublier, elle en particulier, et pas les autres qu'il avait vu. A moins que la demande ne les englobe également.

-J'vais enl'ver l'masque.

Le cœur de Benedict rata un battement, seul signe de la fuite qu'il aurait prise s'il avait possédé un instinct de survie suffisamment développé. Enfin, au moins, il avait assimilié que si l'autre enlevait la protection qui couvrait sa bouche, il y avait un risque. C'était déjà ça. Il se détendit pendant que le brun fouille dans son sac. Vraiment, il se demandait pourquoi il était toujours en vie. Pas que ça le dérange hein! Mais l'autre n'avait pas l’air particulièrement enclin à redorer son image en s'occupant des petits pions blessés. Maena avait dit lui-même qu’il ne pouvait pas le laisser partir, parce que ce n'aurait pas paru logique, qu'un pion puisse sortir d'une entrevue avec la Sirène en meilleure santé qu'il ne l'était au prime abord. Alors il se demandait à quoi il pourrait bien servir au jeune homme, vraiment.

-Apparemment c'est en français. Je sais absolument pas c'que c'est comme langue, j'me contente d'écrire. S'tu veux lire.

Benedict releva la tête et saisit le cahier ouvert qu’on lui tendait.
Obéissant, il entama la lecture du texte. Dès les premières lignes, il apprit une chose sur son passé: il n'était pas français. En avançant peu à peu, il en apprit une autre: mais il avait étudié cette langue. Ou tout du moins commencé. Le sens général des mots le dépassait, il n'en comprenait que quelques uns, largement insuffisant pour extrapoler la signification de l'ensemble. Il ne comprenait pas, mais il s'en fichait. Il n'avait pas besoin de comprendre pour être accaparé par le texte. Les mots s'enchainaient d'une manière harmonieuse, embellie d'autant plus qu'il ne saisissait pas leur sens. Ça pourrait raconter n'importe quoi, des choses absolument horribles, une histoire merveilleuse, ou même un assommant mode d'emploi. Mais parfois, les lettres suffisent aux mots et forment des textes de deux dimensions qui pouvaient être prises séparément, une dimension sémantique qui échappait ici à Benedict, et une dimension purement esthétique provoquée par l'enchainement des mots. Le jeune homme n'était pas un grand artiste, il n'avait pas une âme particulièrement sensible à la beauté des choses, que ce soit des images ou des mots. Mais il y avait des choses qu’on trouvait unanimement belles, et ça en faisait partie.
Quelque chose atterrit à ses côtés, le tirant de sa contemplation litteraire. Benedict regarda le paquet de cigarettes sans lui prêter plus d'attention. Vestige de chanteur, certainement. Il avait un très vague souvenir d'un homme qui lui ordonnait de ne pas prendre quoi que ce soit qui puisse altérer sa voix, malgré le faible usage qu'il en faisait. Il laissa son regard dériver vers le brun qui lui tourne le dos. Lui, il avait une voix magnifique, qui méritait d'être conservée, pourtant. Remarque, quand nos paroles sont capables de faire exploser l'encéphale de toutes les personnes alentours, et le nôtre avec, conserver intacte une telle arme n'est pas forcement une de nos principales priorités. Qu’est ce qu’il en pensait, Maena, de sa voix ? de cette puissance qui devait sans doute lui apporter pas mal de problèmes. Comme celui qu’ils avaient sur le dos par exemple. C'était impressionnant de voir comment la situation avait pu évoluer de manière aussi extrêmement pour un motif somme toute assez futile. Un recensement, est ce que ça valait vraiment tout ça? Enfin, bien sûr, penser que le refus catégorique de signer de trois papiers était le seul responsable de tout cette mobilisation serait sans doute assez réducteur. Ce n'était pas n'importe qui qui refusait de remplir ça. C'était un Élu. Et ce n'était pas n'importe quel Élu, c'était Maena. Une personne dangereuse, puissante, et reconnue pour son instabilité. Une personne dérangeante, mais nécessaire à la lutte. Une personne qu'on ne pouvait pas se permettre de laisser agir comme bon lui semblait.
Ça faisait un peu penser aux bombes que l'on déclanche exprès, pour éviter qu'elles n'explosent plus tard, à un moment imprévu, en causant cinq fois plus de dégâts. Ils réagissaient de cette façon pour lui montrer que même pour une histoire aussi bête, ce n'était pas lui le maître, qu'il devait encore se soumettre à la hiérarchie. On rattrapait le chien qui se prenait pour un loup en lui rappelant qu'il portait des chaînes. Tu n'es pas libre ma belle sirène, oh non, tu n'es pas libre. Est-ce que tu le sais? Je suis certain que oui. Les parois du bocal ont beau être transparentes, tu ne peux pas ignorer leur présence.
S'il y avait une chose que Benedict trouvait plus méprisable que de s'illusionner sur sa condition, c'était bien qu'on rappelle à quelqu'un qu'il était un esclave.
Un esclave, c'est quelqu'un qui suit la volonté de son maître au lieu de sa propre volonté . Un esclave, c'est ce que le jeune homme voulait ne jamais devenir. Perdre son libre arbitre, c'est perdre une identité qu'ici, on était même pas sûr de vraiment posséder.

Benedict se décale instinctivement, ne comprenant qu’après coup que le brun avait lancé son sweat derrière lui.

- Des espions.

Pardon ? Il n’avait rien vu. Mais il se releva immédiatement à la déclaration de l’Elu sans se poser une seule question. Il devait avoir mille fois plus d’expérience que lui dans ce genre de situation. Ce n’était vraiment pas le moment de remettre en doute ses affirmations. Il croisa le regard de Maena. Ses yeux souriaient.

- Bon ben voilà, Nedict. Nous voilà pris au piège. J'te proposerai bien de mettre à l'épreuve ton don, mais ce s'rait un peu suicidaire. Il y a derrière cette porte très certainement Bras Droits et Elus. Pareil derrière les fenêtres, quoique peut-être des Parrains, remarque. C'est le première fois que t'es autant dans la merde, avoues. J't'aurai au moins appris quelque chose. Tu peux m'oublier, il n'y a que toi qui compte. Benedict, tu as une idée pour te sortir de là?

-Bien sûr que non, je vais pas t’oublier ! Tu as parfaitement raison, c’est sans conteste la situation la plus galère dans laquelle je me suis fourré. Depuis que je me suis retrouvé sur AJE du moins. Mais j’ai la chance d’avoir un tank –en toute amitié hein- avec moi, alors hors de question que j’aille tenter de fuir tranquillement de mon côté. Tu vas m’avoir sur le dos tout le long, je pense que les dommages que je subirai n’en seront que plus minimes. Oh non mon mignon, tu t’en tireras vraiment pas comme ça crois-moi. Prendre quelqu’un en otage, c’est une méthode qui se défend, certes, mais qui a aussi des inconvénients. Une fois que tu as attrapé quelqu’un, tu ne peux pas t’en débarrasser comme ça, il est sous ta responsabilité maintenant. Tu aurais dû le buter. Ça t’aurait évité un encombrement inutile, et les problèmes que ça t’aurait causés auraient été négligeables. Il est toujours temps de le faire d’ailleurs. Mais si tu pouvais éviter, j’apprécierais. Vraiment.

Il ne savait pas ce qui était le plus dangereux. Entre parler comme ça à l’Elu et aller tenter sa chance tout seul contre la crème de son propre camp. Un phare, ouai, voilà, c'est ça, un phare. Une grande lumière qui te signale que tu es sauvé, que tu approches d'un port, que ton voyage est fini. Mais une grande lumière que tu ne dois jamais tenter d'atteindre, car elle repose sur des roches, des roches sur lesquels tu peux t'échouer. C'est fourbe un phare, à la fois sauveur et tueur. Maena était un peu pareil. Rester avec lui, c’était ne pas savoir s’il nous permettrait de nous en sortir, ou si au contraire il nous enverrait nous écraser un peu plus loin.
Il prenait le risque. Il ne voulait pas mourir, non, il ne voulait pas. Pourtant, il l'avait déjà testée, la mort, il en était revenu. A part qu'on restait en mauvais état quelques jours, ce n'était pas si terrible. Extrêmement désagréable, douloureux, mais pas si terrible. C'était un mauvais moment à passer. Mais il ne voulait pas mourir encore. On disait que les hommes avaient peur de l'inconnu et que c'était pour cela qu'ils craignaient la mort. C'était faux. Benedict connaissait la mort, à présent, et il en avait toujours peur. Cette peur était intrinsèque à la mort. C'était comme un sentiment de malaise au fond de votre gorge, quand vous y pensiez. Et cette crainte n'était pas spécifique à Benedict, personne n'aimait souffrir. Mais surtout, personne n'aimait mourir. On avait beau se dire "et puis merde, c'est rien, de toute façon, je vais revenir", on avait toujours peur. Enfin, lui, avait toujours peur
Et il y avait autre chose. Il ne voulait pas mourir, mais surtout, il ne voulait pas mourir là, maintenant, avec l'autre. Encore cet attachement irrationnel, stupide, à quelqu'un qui semblait lui porter un intérêt tout aussi inexplicable à ses yeux. Ça devait être les circonstances, immanquablement. Dans les difficultés, on se rattachait à ce qu'on trouve à proximité, certainement. Le résultat est qu'il voulait en savoir plus sur la personne cachée dans ce personnage. Parce qu'il y avait la Sirène, bien sûr. Cet Elu surpuissant au service de Layca, au caractère si impulsif et violent. Mais il devait bien y avoir quelqu'un, dessous, non? Quelqu'un qui ne l'avait pas –encore- tué.
Ici, bien qu'on ne souhaitait pas mourir, on ne se gênait plus pour tuer. Ce n'était plus vraiment un interdit. Plutôt quelque chose de vraiment pas apprécié. Un manque de savoir vivre. Comme parler politique à table par exemple. Ça dérangeait tout le monde, mais on ne commettait rien de grave. Bien sûr, on évitait. Mais en cas de dérapage, personne n'en tenait rigueur bien longtemps, sauf parfois la cible. Pourtant il ne l'avait pas fait. Il devait bien exister une raison, bonne ou non, qui l'en empêchait, et il voulait savoir quoi.

Trouver un moyen pour s'en sortir... Il en avait de bonnes l'autre. Le jeune homme n'avait pas pour habitude de se retrouver piégé dans une infirmerie par un groupe d'exités surpuissants. ça avait plus l'air d'être dans le registre du brun ça.
Ses yeux vagabondèrent dans la pièce, espérant naïvement qu'une idée lumineuse leur permettrait de se tirer de la sombre situation dans laquelle ils s'étaient fourrés. Une idée lumineuse, brillante, flamboyante... il fixait d'un regard vide le briquet de Maena qui reposait toujours sur le lit, abandonné entre les plis du drap, à côté des divers médicaments que la Sirène avait tirés de l'armoire à pharmacie. Des médicaments... c'était plein de produits chimiques, d'alcool, peut-être, même. Des produits chimiques et de l'alcool à côté d'un briquet, ce n'était pas prudent, non vraiment pas. Un sourire s'étira paresseusement sur les lèvres de Benedict. La chimie, ce n'était pas son truc. Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il pouvait se produire si l'on désobéissait aux soigneuses petites étiquettes qui déconseillaient expressément d'approcher les produits de toute source incandescente. Dans les films, ça faisait tout péter. Il souhaitait que dans la réalité -ou tout du moins dans la réalité AJEtienne-, cela soit également le cas. Mais même, il ne savait pas en quoi un plus ou moins gros BOUM pourrait servir leur intérêt. Avec un peu de chance, ça pourrait créer un petit bazar qui leur permettrait de se faire la malle. Ou bien ça enverrait tout le petit monde -eux compris, hélas- dans la Fontaine.
Benedict releva le regard, il n'avait pas d'autres idées, de toute manière. Et puis même, il avait envie d'essayer. Une lueur de joie gamine s'alluma dans ses yeux à l'idée de l'hypothétique explosion qui pourrait se produire, toute notion de danger avait subitement disparu de son esprit.
Curiosité.
Il se tourna vers la Sirène sans se départir de son air ravi et désigna d'un large geste le briquet et les produits en tout genre répartis dans la pièce. Il ne se souciait pas d'être compris.

-Tu crois qu'on peut tout faire exploser? D'accord, je ne sers plus à rien comme otage. Mais nous avons entre les mains une pièce bien importante de la Forteresse. En temps de guerre, ça doit être précieux, une infirmerie. C'est peut-être pour ça qu'ils n'ont pas encore attaqué?

Il lui tourna le dos.

-Et puis… quand tu penses quelque chose, dis-le. Ça pourra t’aider pour… il fit un geste vague de la main sans, comme à son habitude, préciser sa pensée. Tu peux te le permettre, tu risques quoi ?


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MessageSujet: Re: Lettres. [PV Benedict.]   Mer 2 Mai - 16:00


Ceux qui parlent pour parler.


Et tu sais quoi? Ca va, ça vient, on sait pas où ça va mais c'qui est sûr, c'est que ça avance. Ca dit, ça cause, ça se laisse lire, entendre, ou pas remarque. En attendant, ça peut faire du bien quand c'est dit comme ça, quand c'est... frêle. Fragile. Enfin quand c'est pas trafiqué, quand on veut faire en sorte que ce soit le plus naturel possible. Et c'est pour ça qu'on veut laisser couler, que c'est fragile, parce que c'n'est pas spécialement beau et ça ne tient pas la route. C'est risqué avec un public en face. On risque d'être pris pour un collé, un fêlé, un gros malade, mais y'en a qui le penseront pas. Comme y'en a à qui ça plaira pas, et on sait tous très bien à qui ça ne plaira pas mais chut, faut pas donner de nom, c'est indécent. Alors y'en a qui balancent tout d'un coup, comme ça, juste pour pouvoir se dire que, ça y est, c'est dit. Alors qu'en fait rien n'est fait, c'est juste foutu en vrac comme ça, l'air de dire j'l'ai fait. Rien n'est fait. Faut aussi surveiller l'orthographe, la correction des phrases, tout ça. Non, vraiment, c'est pas simple. Puis ne pas réfléchir c'est compliqué. Tu es obligé de réfléchir un instant à ce que tu fais, ne serait-ce que pour être compris. Parce qu'au fond, qu'est-ce qu'on cherche? Qu'est-ce qu'on cherche en faisant ça? C'est vrai. À être vu? À être compris? À étaler sa vie, comme ça, à des inconnus parce que c'est plus simple de ne rien dire et de s'adresser à des gens, comme ça? Qu'on n'connait de rien? Quand on arrive pas à parler on se gêne pas pour trouver un substitut qui soulage un temps soit peu, c'est comme ça. On est en général trop lâche pour se l'avouer mais faut pas s'leurrer, tout ce qu'on veut c'est inquiéter les gens, ou tout simplement ne pas avoir à faire face à ce qui dérange. C'est tellement facile comme ça, c'est vrai. Regarde, on fuit à travers les lignes. Tout le monde peut écrire ce qu'il veut, c'comme ça. On fait comme on veut. On fait ce qu'on veut. On est n'importe qui, comme ça. On te prend, là, avec ta police et tes fautes, on se dit qu'on va lire ça pour se distraire et quoi. Tu crois qu'on veut distraire les gens en faisant ça? Nan, j'crois pas moi. J'suis sûr que c'est une espèce de pulsion, de truc qui faut sortir et que comme on est pas foutus de le faire pour s'en débarasser pour de bon, on se sert d'un catalyseur, d'un réceptacle qui durera qu'un temps et qui au final libèrera le mal jusqu'à c'qu'on le réenferme. C'est un cycle. On parle pour parler. On se dit que ça va mieux mais en fait tout n'est que partie remise. Les gens se divertissent de ce qui causent ton malheur. Peut-être qu'ils réagissent devant, mais c'est même pas dit. Et quand bien même ils réagiraient, qu'est-ce que ça changerait à ta situation? Tu te dirais "ouais, j'arrive à faire ressentir quelque chose, c'est génial" et puis quoi? Tu souffriras toujours. Temps que t'auras pas accoucher de ce qui te blesse de l'intérieur, temps que t'auras pas pousser ta beuglante, temps que tu seras pas passer pour un con pendant deux minutes ça ira pas mieux. Faut savoir se mouiller parfois, pour que... pour que ça aille mieux, simplement.
Que tu puisses respirer et te dire que, oui, ça va. Relâcher la pression et se dire que tout va bien, enfin. Jusqu'à une prochaine fois, sans doute. Je sais pas, j'connais pas, ça. J'en suis encore au stade du fuyard. Quoi, moi? Mais j'peux pas. J'ai un kyste énorme dans la gorge, j'peux pas parler. Non, moi si je hurle, je tue les gens, c'est pas sympa. Dès que j'ouvre la bouche, les autres sont condamnés. C'est vraiment dégueullasse en fait comme don. Ca te prive toi de parole et ça prive les autres de t'entendre alors que t'as pas une voix si moche que ça. Non, c'est plus triste qu'autre chose en fait. Tant pis, non? Ma foi, j'peux pas changer le monde. J'ai hérité de ça. C'est mon don. C'est tout ce dont je suis capable. Hurler pour que personne m'entende.
Hé. J'y pense. Ne serait-ce pas ça, la liberté?
J'veux dire. On dissimule nos pensées et on souffre. C'est en les partageant qu'on évacue. Il faut être entendu et écouté, pour que ça aille mieux, du coup. Entretenir un dialogue, c'est ça? Ouais, j'pense. Mais alors c'est normal que ça aille jamais bien, chez moi. Tu parles. Bien sûr que non ça ne va pas. Et ça n'ira jamais. J'aurai beau parler, personne ne m'entendra. Tout le monde me fuit. Tout le monde a peur de mes mots. Comment veux-tu aller mieux, comme ça? Ou alors il faudrait que je trafique ce que je dis. Quel intérêt. J'peux pas. J'suis condamné, en fait. Voué à souffrir à cause de ce qui devrait être une bénédiction. Comme ce que je croyais être un don, au départ. J'suis arrivé ici, j'ai ri et j'ai tué. Je m'en souviens, oui. Des oiseaux. Comme s'ils m'avaient fait quelque chose. Et je les ai flingués. Tous. Comme ça. Je savais pas, à ce moment-là. Mais j'aurai dû m'en douter. J'aurai dû profiter de... de ce que... de cette vie sur Terre, là où je pouvais dire. Il y avait un type dont j'aime bien le nom, j'oublis toujours comment c'est, son prénom... Je... J'ai dû le connaître ce mec, non? Alors bordel, pourquoi j'lui ai rien dit? J'avais bien déjà un truc à dire, non? 'Fin bien sûr que ça n'allait pas! Déjà, oui! 'Fin, pourquoi j'aurai eu un pouvoir comme ça, sinon, en rapport avec ma voix? Mais je... C'est quoi, une punition?! D'accord, ouais, j'ai compris. Une punition... Et tu crois que j'me... que j'serai plus docile comme ça, en étant privé de ce qui m'est le plus cher? Fous-toi d'ma gueule, j'suis indomptable. T'as déjà vu une divinité s'éprendre d'une foutaise, choir, et ne pas s'relever? Non, ça c'est l'lot de ceux qui n'ont aucun caractère. Et j'ai beau être privé de ma voix, jamais on m'enlèvera ma façon de penser, mes idéaux, mes convictions. Oh non les gars. Vous n'vous débarrasserez pas de moi comme ça.
Enlevez-moi tout ce que vous voulez. Mon cadavre reviendra vous hanter. Mon aura vous persécuter. Mes pensées vous accabler. Vous souffrirez comme vous m'aurez fait souffrir et vous verrez. Vous verrez c'que ça fait.

Quoique non. Vous n'serez jamais aussi touché que ce que j'ai pu l'être. Tu sais pourquoi? Parce que pour eux, la voix n'est pas aussi sacrée que pour moi. Je connais sa précioseté parce que j'en suis privé, parce qu'elle me fait cruellement défaut. Eux, ils l'ont et ils l'auront toujours. Ils ne comprendront jamais ce que j'ai pu ressentir, ce que je ressentirai jusqu'à ce que je dénoue ce foutu quiproquo et jusqu'à ce que je me sorte de ce putain de coup fourré. Ils sauront jamais putain, si seulement j'pouvais les transférer en moi pour qu'ils voient, pour qu'ils sachent ce qu'il y a là, coincé dans la gorge. Tout ce que j'aurai à dire. Et tout ce que je ne dirai jamais de peur de... de quoi d'ailleurs. J'ai rien à perdre. Mais j'suis encore trop gentil t'sais quoi. Ouais. Regarde ma gentillesse. J'garde le masque. J'garde c'te putain d'cage pour pas tous les fliguer d'un coup. Alors que quoi, ce s'rait tellement simple. De l'enlever, et de vivre. De vivre comme eux, sans retenue, et de vivre, de respirer, de leur parler. Et qu'importe qu'ils m'écoutent ou pas. Est-ce vraiment essentiel? Est-ce que c'est ça, la liberté? Etre écouté? Est-ce que c'est ça qui m'opérera? Qui me retirera cette connerie de masse qui m'bloque partout? L'estomac, qui m'empêche de manger? La gorge, qui m'empêche de parler? Quoi? Qu'est-ce que je cherche? Pourquoi je suis toujours là? Qu'est-ce qui fait que je ne suis pas mort alors que j'aurai dû crever, j'aurai dû y passer à ce moment-là, et j'aurai pû, j'aurai su peut-être comme ça, mais non, non, j'suis toujours là. Qu'est-ce qui me maintient en vie? Qu'est ce qui te maintient en vie, toi, Benedict? Nedict? Comment tu fais? Comment tu fais pour rester avec moi? Un monstre? Le monstre de chez Layca? La Sirène? Le fouteur de merde par excellence? Comment? Comment peux-tu ne pas fuir devant moi? Comment oses-tu, te tenir devant moi aussi fièrement Benedict? Tu n'as donc pas idée de qui je suis? De ce dont je suis cap, mais si bien sûr tu le sais, tu le sais aussi bien que moi, aussi bien que tout le monde? Pourquoi n'as-tu donc pas plus de crainte à mon égard? Comment fais-tu pour ne pas trembler devant moi, ne pas hurler, appeller à l'aide, fuir? Comment tu fais pour rester aussi calme, serein, silencieux, alors que toi, toi Nedict toi, oui toi, toi tu peux hurler, hein? Dis-moi.
S'il te plaît.

- Et puis... quand tu penses quelque chose, dis-le. Ça pourra t’aider pour... Tu peux te le permettre, tu risques quoi ?
- ... J'sais pas.

De quoi tu as peur, Benedict? Pour ne pas avoir peur de moi, faut en avoir, des couilles. Non vraiment, j'douterai presque de ton homosexualité pour le coup. Uh. Benedict. Petit, joli Benedict au visage de femme. Explique-moi Nedict, comment tu fais pour survivre ici. J'y arrive pas moi, je crève un peu plus chaque jour. J'y arrive pas, à supporter ce monde. Comment tu fais, toi? Ce qui... Hein? Dis-moi. Qu'est-ce qui te maintiens en vie? L'amour? Tu es amoureux Benedict? J'ai entendu dire que l'amour ça faisait vivre. J'y crois pas moi. J'y crois plus du tout. Tu sais pourquoi Bene? Parce que je crois que je suis amoureux. Je sais pas de quoi, mais je crois que j'aime. Mais j'avoue que je suis complètement perdu Benedict. Tu te sens comment, quand tu es amoureux? Parce que j'connais pas, moi, ça. J'ai jamais été amoureux de quoi que ce soit. Même pas de moi. Tu sais pourquoi Benedict? Moi non plus j'en sais rien. 'Fin j'ai une idée mais... C'est stupide, vraiment. Je me fais horreur au même titre que je m'adore. C'est con, hein? Ouais, je sais, je sais. J'ai... J'ai l'impression d'être quelqu'un d'autre quand je me regarde. Mais je sais que j'ai toujours eu cette apparence. Pas forcément les cicatrices, sans doute pas toutes, mais le visage, les yeux, la peau, le nez, les mains, le corps quoi, 'fin tout ce qui est physique, je sais que c'était à moi. Les cheveux, aussi. J'ai souvenir de tout ça. Je sais que je n'ai pas changé. Mais... Je sais pas comment je me voyais, avant. Avant tout ça. Mais en attendant, je... C'est confus sérieux. Je sais pas. Je m'aime et je m'aime pas. Je comprends pas comment on peut m'aimer, si jamais on m'aime. Mais on m'aime pas, alors je vois pas pourquoi j'm'inquiète de ça. Peut-être que c'est ce que je veux, être aimé. Mais j'y arriverais jamais, à être aimé. J'aime pas. Comment pourrait-on me renvoyer quelque chose que je n'envoie pas, c'est stupide.
Et beaucoup trop compliqué pour moi.
Ils nous visent, j'en suis certain. Benedict. J'dois le faire sortir de là.
Il a parlé d'explosion. On peut pas faire exploser l'infirmerie. Même si c'est une pièce importante, c'pas ça l'idée. Mais si on fait sauter l'endroit, ça nous tuera nous plus qu'eux, c'comme ça, logique. Par contre, son idée est immense. Les faire sauter. Eux. Mais oui, bien entendu. J'me souviens avoir vu une bouteille d'alcool dans le placard de tout à l'heure, avec les bandes et tout. Faut que j'lui explique mon plan, j'vais juste voir si c'est toujours là... Ouais, c'est bon, y'a tout. Est-c'que y'a des torchons, des serviettes, des trucs comme ç... ah, j'crois pas que... non, y'a pas autre chose que des compresses? J'prendrai des bandes à la limite, c'pas un problème. Même un vêtements, ou un bout de drap ce sera bon. Par contre, j'préfererai du verre pour la bouteille tu vois. Ca casse mieux en fait, y'a plus de chances que ça marche. J'vais... Uh... Attends... Merde, y'a vraiment nulle part du verre? Y'a pas d'labo, ici, même pas foutu de prévoir un bécher ou quoi t'sais. J'vais... Réfléchis Maena, réfléchis. Qu'est-ce qui est en verre et qui pourrait te servir, là, maintenant? Mmh... j'vois pas putain... Merde Maena grouille-toi bordel! Merde, merde, meeeeeeerde... Est-c'que j'peux encore matérialiser un truc dis? Ouais! Ouais! OUAIIIIIIS! Aller mec concentre toi. J'me brûle toujours un peu avec cette connerie de flamme, pourquoi j'peux pas me servir de saloperies d'étoiles et d'étincelles quand j'veux ram'ner un truc de sur la Terre à ici, hein? Bon, voilà qui f'ra l'affaire! Faut juste boire la bière, quoi. Que j'puisse la remplir avec l'alcool pur, putain d'plus efficace pour le cocktail.

- T'en veux? C'est d'la blonde.

Que ça à foutre, moi, lui tendre une bière. C'est bon, enfile-toi là, ta bière. Ouais mais ça veut dire enlever l'masque... Oh puis merde, rien à foutre. Suffit juste que j'parle pas et que j'l'enfile cul sec. Oh, ça va être beau c't'histoire dis. Magnifique mal de crâne à l'horizon, comme si j'souffrais pas déjà assez avec cette connerie de blessure. Franchement, quel salaud.
Si tu mélanges de l'eau de javel avec de l'acide chlorhydrique, ça donne du dichlore. Et le dichlore, c'est un gaz toxique. OH BIEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEN!!!
Fais attention à la bouteille Maena va pas la casser. Bon! Faut jusque que j'trouve de l'eau d'javel et l'autre truc, là, l'acide. Et remets le masque ducon, que t'ailles pas flinguer Nedict. Voilà vieux, t'es bon là, très bon.

- J'ai mal à la tête. Nedict, j'vais t'expliquer c'qu'on va faire. J'me balade dans la pièce et je cherche tout ce dont j'ai besoin. J'espère qu'il m'écoute, faut pas que j'parle trop haut ou ils vont entendre. Ah mais attends, j'suis con, j'ai qu'à lui dire à l'oreille. Non attends en fait, j'vais venir, attends. Et voilà déjà l'eau d'javel. J'pense que tout c'qui est produits genre acides, tout ça, c'est en hauteur pour pas qu'on puisse les voir de suite. Bon, j'sais que les godasses sur le lit c'pas c'qu'il y a de plus hygiénique, m'enfin faut bien que j'ai accès aux placards d'en haut. Et ils sont VRAIMENT en haut, en fait. T'as vu j'suis pas nain, ben là ils trouvent le moyen d'me faire galérer pour attraper. Et comme j'ai pas spécialement envie d'me retrouver la gueule brûlée parce que j'me suis fait tombé dessus un flacon d'acide, voilà quoi. Bah, de toutes façons je l'ai. Aller, va voir Bene. J'le prends pas l'épaule, me baisse à peine pour avoir bien les lèvres au niveau d'son typan. J'aurai pas eu le masque, il serait mort là. Bien comme il faut. Ecoute-moi bien. J'vais faire deux mélanges. Le premier, c'est un cocktail Molotov, le second rien de plus que du dichlore, un gaz toxique. Je garde le Molotov, tu vas t'brûler sinon, et c'est toi qui iras devant la porte leur balancer le dichlore. Tu rajoutes l'acide chlorhydrique direct dehors hein, pas ici, j'te filerai tout mais tu fais le mélange là-bas logique. Voilà voilà. Partant?

J'me redresse, m'écarte.

- D'toutes façons t'as pas l'choix.

J'verse à l'oeil l'alcool dans la bouteille vide. J'déchire un morceau de drap, l'imbibe, attends avant d'y foutre le feu. C'est beau, le feu. J'suis pressé là. J'tends à Benedict tot ce dont il a besoin. 'Fin je pose tout ça sur le lit, comme je suis à proximité de lui. Je chope mon briquet, le garde en main et prends aussi la bouteille. Haha. Bene prend son arme. J'sais pas s'il aime ou pas, mais faut agir vite et on n'a pas d'autre solution. Va falloir faire avec. J'l'entraîne par le bras vers la porte de l'infirmerie. Elle est fermée à clef, et c'est moi qui ai le Graal. J'pose tout mon foutoir sur un meuble à proximité du truc, et je fais quoi, là? Non mais sans rire? Un câlin...? Pardon? Non mais lâche-le, ouais, hum, voilà quoi. Bon. Ouais. 'Fin...

- Te blesses pas Nedict. Ce serait con.

Et la palme de la finesse revient à... moi! Merci, merci les gens. Non mais j'suis un blaireau des fois, c'pas croyable. Il est face à la porte, dos à moi. Il voit son cruel destin arriver, hein. Ma foi. J'vais l'étrangler avant qu'il sorte. C'est moi qui le tuera, pas eux. Ils ne le toucheront pas. Il est à moi et à moi seul.
Il peut sentir quelque chose d'à la fois glacé et brûlante sur son visage. Des sangles sous ses cheveux, dans sa nuque. Plutôt serrées, je veux pas qu'il tombe. Des écrous qui se vissent et se dévissent, qu'il puisse respirer mais pas inhaler le dichlore. Je le retourne vers moi, qu'il me fasse face. Que je puisse voir mon masque sur le visage de quelqu'un d'autre.

- Le prends pas pour toi, mais il ne te va pas du tout. Je viens te chercher, alors attends-moi. Bonne chance.

Il a rien vu venir. J'ai ouvert la porte. J'lui ai embrassé la nuque. J'ai failli le tuer en parlant, j'ai essayé de contrôler le don au maximum, mais ça fait toujours un peu mal au crâne. J'me suis excusé tout seul. J'l'ai foutu dehors, et j'ai fermé la porte derrière lui. Pas à clef, au cas où il aurait un problème qu'il puisse rentrer et se mettre à l'abri. J'opère dans l'infirmerie, lui devant la porte. Je sais franchement pas ce qui l'attend, et j'veux pas l'savoir. J'dois m'entretenir avec ceux devant les fenêtres. Et un, deux, trois...

Feu.
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Benedict Adriel
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MessageSujet: Re: Lettres. [PV Benedict.]   Ven 15 Juin - 9:40

Oser et faire. Il est plus facile de demander le pardon après, que la permission avant Hopper



Benedict regarda l’autre réfléchir à il ne savait trop quoi, son idée de tout faire sauter, peut-être, fouillant du regard les produits et ustensiles dont regorgeait la pièce. Bandes, flacons, bocaux… incroyable comme ça ressemblait à ce qu’on aurait pu trouver dans une infirmerie normale, sur Terre. Aucun produit miracle en vue qui pourrait attesté du caractère surnaturel du monde dans lequel ils se trouvaient. Enfin, aucun qu’il n’identifiait, en tout cas. Mais ce n’était pas comme s’il y connaissait grand-chose. C’était dommage quand même. Ici, il y avait mille fois plus de manières de se blesser, mais pas beaucoup plus de moyens pour se soigner. Survivre, ce n’était déjà pas facile en temps normal, mais rester en à peu près bon état dans les environs demandait soit une prudence –ou une couardise- extrême, soit une chance et un don dignes des héros les plus cocus des films américains. Enfin bon, le jeune roux décréta que s’il parvenait à sortir pas trop amoché de sa rencontre avec la Sirène, il irait se renseigner sur l’usage du contenu de la pièce. Quand on est en guerre dans un monde où la moindre petite bestiole qui décidait de voir si vous étiez comestible avait de grandes chances de parvenir à ses fins, ça pouvait toujours servir.

Le jeune homme fût tiré de ses réflexions par une odeur familière. De la bière. Il baissa les yeux pour confirmer. Effectivement, c’était de la bière. Son regard remonta le long du bras qui brandissait la boisson sous son nez. De la bière, sérieusement. Dans un moment pareil, il ne trouvait rien d’autre à faire que de matérialiser de la bière. Bah, après tout, pourquoi pas, au point où on en était… Le roux attrapa la bouteille, trouva le temps d’en boire quelques gorgées avant que l’autre ne la récupère et s’enfile le reste. Plus qu’à espérer qu’il tienne un minimum l’alcool. Une bouteille, c’est généralement insuffisant pour finir saoul, mais on ne savait jamais, il y avait des gens qui ne résistaient vraiment pas. Et puis bon, Benedict préférait que son unique chance de s’en sortir garde la pleine possession des ses moyens intellectuels. Ça pourrait toujours servir. Et surtout, les gens qu’on déclare dangereux de base, ce n’est jamais bien prudent de leur faire perdre la tête. Aussi étrange que cela puisse paraitre, c’était cette seconde éventualité qui inquiétait le plus le faible instinct de survie dont le roux était pourvu. Surtout que pour boire, le brun avait enlevé le masque. Benedict en voulut au soulagement qui l’envahit quand l’Elu remit en place la petite prison de plastique et de métal. C’était la deuxième fois qu’il l’avait enlevé, et à aucun moment il ne l’avait fait pour le menacer. Alors ça ne servait à rien de s’inquiéter, il fallait lui faire confiance, merde. Il pouvait, non ? Après tout, qu’est ce qu’il avait à perdre ? Sa vie ? Même pas, on ne peut pas mourir, enfin pas définitivement. La seule chose qu’il risquait, c’était de souffrir. Mais qu’est ce que ça pouvait bien représenter, quelques minutes douloureuses face à l’éternité qu’il risquait de vivre ici ? Il n’avait pas à s’en faire, car il n’y avait aucune raison valable de s’en faire. Il se rangeait aux côtés du brun simplement parce qu’il le souhaitait, parce que les circonstances s’y prêtaient, parce qu’il l’aimait bien –en tout cas, plus que les autres en ce moment-, parce qu’il n’avait rien de plus à perdre ici qu’ailleurs et parce ce qu’il avait une tendance naturelle à se fourrer dans les ennuis contre laquelle il ne pouvait rien.

Faut pas s’en faire, rien n’est important. Alors tu vis comme tu le sens, et tu verras bien où ça te mènera. Une philosophie qui apportait sans doute autant d’ennuis que d’autres, mais qui évitait bon nombre de prises de tête inutiles à propos de questions aussi obscures que la moralité et le bien commun.

Le brun s’agita quelques instants, réunissant divers objets qui ne présentaient aux yeux de Benedict aucun intérêt particulier. Les explications ne tardèrent pas.
-Ecoute-moi bien. J'vais faire deux mélanges. Le premier, c'est un cocktail Molotov, le second rien de plus que du dichlore, un gaz toxique. Je garde le Molotov, tu vas t'brûler sinon, et c'est toi qui iras devant la porte leur balancer le dichlore. Tu rajoutes l'acide chlorhydrique direct dehors hein, pas ici, j'te filerai tout mais tu fais le mélange là-bas logique. Voilà voilà. Partant?
Il était dangereusement près de l’Elu, encore une fois. A quelques millimètres de métal d’un souffle mortel. Et il ne tremblait même pas. Benedict savait être constant dans ses décisions. La dernière en date était qu’il n’avait pas peur de Maena, et, comme pour toutes les précédentes, il avait bien l’intention de la tenir. Il ne se souvenait plus quel genre de promesse il avait bien pu tenir dans sa vie passée, mais il était sûr d’une chose : il les avait tenues. C’était d’ailleurs une chose qui le préoccupait beaucoup. Et si, sur Terre, il avait fait un serment, et que son amnésie l’empêchait de le tenir ? Les raisons qui poussaient le jeune homme à être sincère étaient pour la plupart utilitaires : c’était plus simple, et ça faisait généralement chier le monde. Mais à force, un coin de morale s’était développé quelque part au creux de son cerveau et s’horrifiait à l’idée d’une déviance quelconque. Ne pas savoir s’il avait trahi sa parole le préoccupait.

- D'toutes façons t'as pas l'choix.

Le roux sourit. Exactement, il n’avait pas le choix. Les promesses qu’il avait faites là-bas, il n’aurait de toute manière aucun moyen de les tenir maintenant. Alors autant les laisser dans le tombeau de sa mémoire perdue et se concentrer sur celles qu’il avait faites ici. Comme aider l’Elu à prendre la fuite, par exemple.

Benedict déposa à regret le cahier de la Sirène pour saisir les produits, frustrer de ne pas être parvenu à déchiffrer les mots. Il ne lisait pas beaucoup, mais cela ne l’empêchait pas de tenir les écrits, et surtout leurs auteurs, en très haute estime. Ça permettait de mieux comprendre les gens. Les gens en général, mais surtout ceux qui avaient écrit.
Ecrire, c'est comme un appel à l'aide. Quoi qu’on écrive, c'est une trace, et le but d'une trace, quelques soient les efforts qu’on tente peut-être pour la dissimuler, c'est d'être trouvée, comme ces bouteilles qu'on jette parfois à la mer. On se dit bien que c'est ridicule, inutile, que les chances que quelqu'un les trouve sont quasi nulles. Parfois, on se prend même à espérer que personne ne parvienne à mettre la main dessus. Mais au fond, on espère quand même.
S’il vous plait, que quelqu'un le trouve,
S’il vous plait, que quelqu'un le lise,
S’il vous plait, que quelqu'un comprenne,
S’il vous plait, que quelqu'un m'aide.
Un écrit, quoi qu'on dise, c'est toujours un appel à l'aide, un message plus ou moins codé qu’on balance dans le monde sans trop savoir ce qu’on en attend.
Benedict ne pouvait pas comprendre les mots tracés. Et même s’il l’avait pu, il aurait sans doute été incapable de saisir le message, si message il y avait. Les gens n’aiment pas être découverts, même s’ils écrivent, consciemment ou non, dans ce but. Enfin, c’était peut-être juste une idée qu’il se faisait. Mais si les gens choisissent de graver des mots sur du papier, c’est bien pour une raison, non ? Sinon, ils se contenteraient de les hurler.
Il aurait voulu pouvoir comprendre les mots dans le cahier, ne serait-ce que pour voir si ça pouvait l’aider à déchiffrer l’être trop compliqué qui avait décidé pour une raison inconnue qu’il n’était pas nécessaire de le faire mourir.

Son matériel en main, le roux se fit entrainer jusqu’à la porte de leur abri improvisé et se retrouva sans tout bien comprendre emprisonné dans l’étreinte de l’Elu. Encore. C’était bien loin d’être désagréable, et dans leur situation actuelle, il avait même tendance à trouver cela rassurant, mais ça restait perturbant comparé au tableau effrayant qu’on avait pu lui peindre de l’homme. Pourquoi il agissait comme ça ? On ne lui avait pas menti quand on lui avait parlé de la folie de la Sirène, il l’avait lui-même confirmé. Alors pourquoi il agissait comme ça ? Pourquoi il était si… gentil ? Obligeant ? Prévenant ? Benedict n’était pas complètement idiot, il ne croyait pas au mythe selon lequel une part de bonté se cachait au cœur de chaque homme. Il faillit lui rendre son étreinte, mais n’en fit rien en réalisant que c’était la première personne ici qui avait un geste qu’on pourrait qualifier d’affectueux à son égard. Compte tenu de son absence de souvenirs, il pouvait tout aussi bien considérer que c’était tout simplement la première personne qui avait un geste qu’on pourrait qualifier d’affectueux à son égard. Et dans ce genre de circonstances, sauf si on a beaucoup de temps devant nous et qu’on a pas peur de se prendre un coup de poing quelque part en représailles, on évite de prolonger le contact. C’était quelque chose d’affreux, les souvenirs. Surtout quand, justement, on ne s’en souvenait pas. Il y avait une trace, un sentiment, qui vous signalait que quelque chose manquait. Une vague impression de manque, un déjà-vu à l’envers. Une envie impossible à identifier, à nommer. Un trou, entre la gorge et le cœur, qui fait mal d’être vide. Cet homme ressentait-il la même chose quand il regardait ses cicatrices ? Ne pas savoir, et savoir qu’on ne sait pas. Qu’il manque quelque chose. Quelque chose qui devrait faire que nous sommes nous. Ne pas savoir comment réagir, parce qu’on est plus sûr de ce que nous sommes. Il y avait un cœur qui battait à quelques centimètres de Benedict. Et ses vibrations engendraient des sensations dont il ne connaissait ni la cause, ni le nom. Il aurait pu appeler ça de la nostalgie. Mais peut-on vraiment parler de nostalgie quand on ignore absolument ce qui nous manque, pourquoi ça nous manque ?

- Te blesses pas Nedict. Ce serait con.

-Je peux rien promettre, mais j'essaierai. Je pense avoir eu ma dose de risques et de blessure aujourd’hui, de toute façon.

C’était lourd. Lourd et désagréable à porter, sans doute même blessant à la longue. Il n’y pensait pas pourtant. Il avait le masque trop grand de la Sirène sur la figure, qui gênait sa vision, sa respiration. Une petite cage de plastique et de métal, ça lui faisait indéniablement penser à un film terrien, Hannibal Lecteur, même si ce masque là ne ressemblait pas vraiment à celui de l’histoire. Mais au fond, ils avaient la même fonction : protéger les gens de la bouche du porteur. La bouche, l’organe du mal absolu. C’est par elle que tu détruis, en mangeant, en mordant, en parlant. Elle peut blesser les gens, physiquement comme mentalement. Alors, comme toute chose dangereuse, on la met en cage, on t’empêche de t’exprimer, de faire part de tes joies, tes peines, ta colère et ta peur surtout. Mais de toute façon, tu ne peux pas crier au secours, parce que la personne qui entendrait ton appel à l’aide en mourrait.

L’Elu lui adressa quelques mots, sur un ton mesuré, il essayait de ne pas le tuer en parlant, sans doute. Ça faisait quand même mal, le jeune homme grimaçait sous le masque, mais ne disait rien, enregistrant les paroles douloureuses de l’autre. Il avait bien intérêt à se concentrer, la chimie ne faisait pas vraiment partie des domaines où il excellait, et ça serait quand même dommage de planter un truc et de les mettre en danger, tous les deux. Ils l’étaient quand même suffisamment, pas besoin d’en rajouter. Verser ce truc dans ce truc et prier pour que ça marche, D’accord, compris, c’était dans ses cordes, normalement.

Un baiser sur la nuque. Malgré la douleur qui lui vrillait le crâne à cause des paroles du brun, il ne sentait que ça. Des lèvres sur sa nuque. ça lui faisait de l'effet, c'est sûr. Parce que ces lèvres, elles pouvaient tuer. Ces lèvres, ce sont des prisonnières, des artistes maudites. Le son merveilleux qu'elles produisent dynamitait tous ceux qui l'entendent.
L'art, c'est dangereux.
La beauté, c'est dangereux.
Le don de Maena n'était qu'une métaphore de ce risque. Une véritable œuvre, ça vous touche, ça vous émut, ça vous tort le ventre, la gorge. La beauté, c'est comme ça, ça vous remue au plus profond de votre être, ça provoque un intense désespoir dont la véritable raison vous échappe pourtant. Vous avez mal, parce que la chose que vous observez, que vous écoutez, que vous goutez, sentez, touchez, rappelle quelque chose à votre être.
Ça lui faisait de l'effet, c'est sûr. Ça lui rappelait, aussi, surtout. C’était la mémoire du corps, comme on dit. Mais juste le corps, car Benedict prenait bien soin de ne laisser passer aucune pensée, aucun souvenir parasite. Le rythme cardiaque qui s'accélère, la gorge qui se serre, les pensées qui se brouillent... L'amour et la peur, les symptômes sont les mêmes. Et ils te servent à te préparer à la même chose: fuir. Fuir tout de suite, loin de cette personne qui représente un danger, parce que si tu restes proche assez longtemps pour t'attacher, ta sais que tu vas souffrir. La gorge qui se serre, l'esprit qui se brouille, le rythme de la circulation et de la respiration qui s'accélèrent. Et le cœur surtout. Le cœur qui bat. Pourquoi le sentiment d'amour avait-t-il été attaché à cet organe-ci en particulier? Parce que c'est lui qui réagissait le plus fort. La première chose qu'on ressentait, quand on est amoureux. Le cœur. Qui bat. Pas forcement plus vite. Mais plus fort. Et partout. Il n'est plus simplement dans votre poitrine, même si c'est là qu'il vous oppressait le plus, mais il était aussi dans votre tête, votre gorge, vous empêchant de penser, de respirer, de pouvoir formuler le moindre appel à l'aide. C'est quelque chose d'horrible, ce sentiment. La peur du noir, du vide, ça parait logique, tout le monde est d'accord, qu'il y a un danger. Mais qui a un jour eu l'idée idiote d'appeler la peur de l'autre "amour" ?
La question n'est pas de savoir qu'est ce que ça fait, d'être amoureux.
La question, c'est de savoir pourquoi on est amoureux. Pourquoi notre inconscient masochiste décide un jour sans raison d'offrir à une personne le pouvoir de nous réduire en miettes. Pourquoi acceptons-nous un beau jour de nous mettre à ce point en danger? Pourquoi donner un tel pouvoir sur nous à un tiers qui n'a souvent rien fait pour le mériter, bien au contraire. Suicide? Gout du risque? Simple stupidité inconsciente de ce qu'elle commet?
Non, Benedict n’était pas amoureux, et malgré son amnésie, il pouvait dire avec une quasi certitude qu’il ne l’avait jamais été. Il était trop égoïste pour ça, il n’accepterait jamais de donner un tel pouvoir sur lui à une autre personne. Il pouvait aimer des gens, oui, sans doute, mais pas en tomber amoureux. C’était une chose qu’il refusait. Il n'avait pas besoin d'aimer pour vivre. Mieux, il avait besoin de ne pas aimer. C'était quelque chose que le seul souvenir qui lui restait lui avait appris.

Il fit quelques pas pour s’éloigner de la porte, de l’autre, pour pouvoir respirer un peu, penser à autre chose. Toutes ces effusions lui donnaient la désagréable impression qu’il allait y rester. C’était peut-être pour ça qu’il était toujours en vie après avoir passé autant de temps en compagnie de la Sirène. Ça se trouve, il avait prévu ça depuis le début, de l’utiliser pour se sortir de ses emmerdes, de le jeter en pâture aux autres pendant qu’il prenait la fuite. C’était peut-être pour ça qu’il s’était montré si gentil, le psychopathe de Layca. Benedict secoua la tête. Et alors ? L’aider même s’il devait se faire flinguer, c’était ce qu’il avait dit tout à l’heure non ? Il prenait peut-être des décisions sans réfléchir. Mais au moins, il s’y tenait, à ses décisions. Si on ne peut même plus se croire soi-même, comment on peut continuer à rester avec des gens ? Parce que c’était plus simple pour lui, le jeune homme disait toujours la vérité. Et toujours parce que c’était plus simple pour lui, le jeune homme considérait qu’on lui disait toujours la vérité. Ce n’était pas de la naïveté. Plutôt de la flemme. Les gens étaient si compliqués, il fallait au moins faire semblant de pouvoir se raccrocher à quelque chose.

Il commença son petit mélange en entendant des bruits de chaussures. Leurs propriétaires avaient sans doute été attirés par le bruit de la porte qui s’était ouverte et fermée. Pas discrète celle-là, manque de chance. Benedict sourit. Pour lui, c'était ça la liberté. Ne pas avoir à choisir. Ne même pas avoir la possibilité de choisir. Être juste jeté dans le courant des évènements, ne pas pouvoir, avoir à décider de l'endroit où aller, de quoi et comment faire. Se laisser porter. Parce qu'un choix, en réalité, ce n'en est pas un. Au contraire, c'est une contrainte. Vous devez sélectionner une et une seule option parmi celles qui vous sont proposées. En quoi est-ce une liberté, d'avoir un choix dont les alternatives vous sont imposées? Quand bien même vous refuseriez de choisir, c'est quand même un choix. Vous n'êtes pas libres. Vous ne le serez jamais. Mais ce qui se rapprochait à ses yeux le plus de la liberté, c'était ça. Se jeter dans le courant de la vie. Ne pas réfléchir, ne pas se poser de questions. Juste agir sans réfléchir, avancer, avancer toujours.
Ce monde méritait décidément bien son nom. Alea Jacta Est.

C’était ça, ce qui le poussait à vivre, Benedict. La curiosité. Cette force irrésistible qui vous poussait à donner un gros coup de poing sur le bouton rouge marqué « NE PAS APPUYER », rien que pour voir si vous alliez vraiment le regretter. Avec l’air bienheureux du gosse qui sait parfaitement qu’il fait une bêtise, il mélangeait soigneusement les deux produits, tâche qui, par chance, ne demandait aucune compétence en chimie. Il regarda avec une légère déception la fumerole verdâtre peu impressionnant qui commençait à se former, montant paresseusement vers le plafond. Le masque l’empêchait de savoir si la préparation avait un quelconque effet, et il ne tenait de toute façon pas à le vérifier par lui-même. Il se redressa et se tourna vers ses camarades Laycaïstes qui avaient prudemment choisi de rester à distance au cas où les flacons que manipulait le roux efféminé contiendraient quelque chose susceptible de leur exploser au visage. La fumée ne semblait pas les inquiéter beaucoup, il faut dire qu’elle n’était pas particulièrement effrayante.
Par ce qu’il était honnête, le jeune homme jugea utile de renseigner ses compatriotes.
-Maena Aiolia Meryl Raphaëlita m’a dit que c’était du dichlore. Il parait que c’est toxique. Je n’ai pas personnellement vérifié, mais je serais vous, je me méfierais quand même, il avait l’air de s’y connaitre.

Seule une jeune fille réagit à ses paroles et décida qu’il était plus prudent pour elle de tourner les talons et d’aller voir si elle n’avait pas quelque chose de plus intéressant et de moins dangereux à faire ailleurs. Benedict la regarda d’un air embêté, se demandant s’il devait ou non la retenir. Il décida que non. On ne s’en prennait pas à quelqu’un juste parce qu’il refusait d’essayer de vous taper dessus. Et puis de toute façon, il avait déjà assez à faire avec le reste de la troupe qui s’approchait de lui, l’air pas du tout inquiété par les volutes vertes. Un être humain normal peut rester environs trois minutes sans oxygène. Le roux considéra que c’était le temps qu’il devait tenir avant de commencer à paniquer si aucun homme ne semblait souffrir du gaz. En attendant, il devait trouver un moyen de ne pas subir de dommages. Difficile quand on est acculé dans un coin de couloir, sans rien pour assurer sa défense. A défaut d’autre chose, il décida qu’il était temps de mettre en pratique ce qu’il avait tout récemment appris à propos de la maitrise de son don. La situation n’aidant pas, il mit plusieurs secondes avant de réussir à matérialiser à malheureux post-it qui chût lamentablement sur le sol, devant les Laycaïstes qui ne semblèrent pas tellement s’en préoccuper.

Ça s’annonçait très mal. Il savait se battre, bien sûr, mais pas contre des adversaires habitués à guerroyer régulièrement et pourvus de dons dangereux et dissuasifs. Si Maena pouvait s’en sortir de son côté, et rappliquer, il en serait très heureux. D’ailleurs, bien que ce ne soit pas exactement le moment d’être exigeant, si Maena pouvait s’en sortir de son côté et rappliquer rapidement, il en serait vraiment très heureux. Parce que finir dans la Fontaine puis dans un endroit qui s’apparenterait très certainement à un conseil de disciple, ça n’entrait pas dans ses choix d’avenir. A court terme en tout cas. A défaut d’avoir le temps de réfléchir à une tactique de défense efficace, le roux entreprit de noyer le couloir sous tous les post-it qu’il parvenait à invoquer. Ces gens étaient de son côté pourtant, il avait déjà des adversaires désignés par les Dieux. C’était stupide ce qu’il faisait, irréfléchi. Il devrait avoir honte. Pourtant, il était fier de ce qu’il disait, de ce qu’il faisait. Oui, bien entendu, qu’il était fier, pourquoi ce ne serait pas le cas ? Parce qu’il faisait quelque chose de « mal » ? Parce qu’il se battait contre son propre camp simplement par ce que la tête d’un Elu éventuellement en tort lui revenait ? Et alors ? Quand bien même toutes ses actions seraient mauvaises, qu’est ce que ça changerait, qu’il en ait honte ? La honte, ça vient après, ça sert à rien, on n’en tire aucune leçon. C’est même pas des regrets, parce que même si ça nous rend honteux, ce qu’on a fait, c’était parce qu’on le voulait. Faut assumer. Faire ce qu’on a envie sans disserter pour chercher à prédire les conséquences des nos actes. Il faisait peut-être une énorme connerie, mais au moins, il le faisait en accord avec lui-même.


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