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 La Belle et le Scorpion [Event-S Kamui](CLOS)

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Alvaro
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MessageSujet: La Belle et le Scorpion [Event-S Kamui](CLOS)   Sam 14 Jan - 0:16

La journée avait été très longue. Qui aurait cru que de devoir porter une maudite robe et des cheveux longs allait m'apporter un tel lot de mésaventures. C'était ce genre de journée qu'il valait mieux renfermer au fin fond de sa mémoire et ne jamais lui permettre d'en sortir. Faire usage en quelques sortes de mémoire sélective et oublier à tout jamais ce qui c'était passé. Tout ceci m'avait fatigué, et je ne souhaitais désormais qu'une seule chose alors que les rayons du soleil se tapissaient lentement dans l'obscurité : le calme et la solitude.

Pouvoir subir cette malédiction loin de la populace était la seule et unique chose que je désirais. Trop de rencontres fortuites, trop de conflits et trop de moqueries avaient eu raison de ma patience. Le silence, le calme, l'abandon de soi... Me laisser aller dans la nuit pour oublier qu'aujourd'hui j'avais vécu l'étrange drame...

...D'être une femme.

En traversant les couloirs de la forteresse et réfléchissant à la meilleure destination pour aspirer à cette tranquillité, j'avais pu croiser certains membres qui avait, à en croire leur apparence physique, recouvrer leurs traits d'origine. Ainsi cette malédiction belzenefienne sortie de nulle part se guérissait d'elle-même de façon toute aussi aléatoire... Voila qui me ravissait. Pour combien de temps encore allais-je devoir supporter jupons et barrettes ? Les dieux avaient plutôt intérêt à me rendre mon intégrité au plus tôt. Cette impression de n'être qu'un vulgaire eunuque me semblait être bizarrement familière, comme un état d'âme propre qui m'aurait longtemps été méconnu, mais elle n'en restait pas moins particulièrement désagréable pour mon psychisme réaliste.

Les dortoirs allaient sans aucun doute être bondés, et j'éprouvais une certaine réticence à retourner sur les toits après ce qu'il s'était passé à l'infirmerie. Le même sort frappait la cascade, elle aussi teintée de souvenirs obscurs que je ne souhaitais pas ressasser...Et pourtant, celle-ci devint la destination choisie après plus mure réflexion, car de tous les endroits potentiellement fréquentables, la cascade n'en restait pas moins celui que personne ou presque n'osait plus visiter à cause des rumeurs à mon sujet. Être un élu sévère avait parfois du bon lorsque nous voulions prendre un peu d'écart, et c'est ainsi que d'un pas décidé je me mis en route pour la cascade, relevant tant bien que mal les pans de ma robe pourpre et usée par cette usante journée.

Quelques oiseaux sifflaient encore gaiement sur l'herbe verte qui accompagnait le jet d'eau infini de la cascade. Cet endroit, baignant dans le calme le plus absolu, avait gardé ses teintes et ses reflets de lumière que j'avais jadis tant apprécié lors de mes escapades nocturnes. L'eau étincelant sur le naissant reflet lunaire faisait briller cette étendue de mille feux. Cette belle soirée qui s'annonçait allait sans aucun doute me permettre d'oublier l'espace d'un instant le calvaire que m'avait imposé cette maudite peluche démoniaque. Tout allait rentrer dans l'ordre...Ici et maintenant. Et si cela devait durer encore des lunes et des lunes, j'étais prêt à attendre ici sans bouger un seul cil. Je ne retournerai au dortoir que lorsque j'aurais regagné ma fierté d'Homme entier et inébranlable.

C'est alors qu'un étrange picotement commença à parcourir mon corps. Une brûlure de plus en plus nette se faisait sentir au bout de mes orteils, puis dans mon avant bras et enfin mon torse lui-même. Cette étrange impression de me consumer de l'intérieur voire même que quelque chose ne tournait pas rond avec mes os était des plus désagréable. C'était comme si...Mon corps n'était plus suffisamment grand pour contenir mon âme. Que se passait-il ? C'était si bizarre... Et puis, plus rien. La douleur s'en était allée aussi rapidement qu'elle était venue. Je ne comprenais plus rien, mais je n'avais pas envie de comprendre pour autant. Peu m'importait au fond ce que mon organisme pouvait bien réaliser dans mon dos...

Et puis je vis cette personne. Une légère exclamation malpolie me vint alors à l'esprit. Je n'étais donc pas seul. ''Seule'' conviendrait mieux à la situation de ce fait. Ne l'ayant pas remarquée d'office, je saluais sa discrétion. Rares étaient les pions de Layca à savoir faire usage de ce don de la nature qu'était le contrôle de soi et le bruit minimum. A dire vrai... Je n'en connaissais qu'un seul capable de hanter un lieu dans le silence le plus pur et le plus pieux de la sorte. Un seul être pouvait se tenir la, au pied de l'eau, accueillant avec une grâce divine les halos de lumières offerts par l'astre de la nuit. Une position aussi religieuse que parfaite ne pouvait appartenir qu'a lui et lui seul.

''Kamui... ? Qu'est-ce que tu fais ici seul dans la nuit...?

Je n'avais évidemment pas oublié ce qui s'était passé au cours de la journée, mais j'avais décidé de mettre ça de côté pour le moment. Il était si majestueux, regardant le vide et brillant de mille feux. L’attribut de véritable dieu me semblait n'être qu'un euphémisme pour décrire une telle pureté. Mais Dieu ne convenait pas à la situation. A ce moment-là, une robe d'un blanc aussi pur et immaculé que son âme virevoltait au gré du vent, donnant le rythme à sa chevelure d'or que j'avais déjà aperçue plus tôt. Si j'avais pu trouver Kamui magnfique sur la corniche, la pleine lune et la cascade n'avait fait que le rendre d'autant plus majestueux. Ce soir là, l'Ange de Layca était tout simplement...

La plus belle des princesses qu'il m'avait jamais été donné de voir.

Et puis ce moment de silence et d'intense observation prit fin. Alors même que Kamui avait légèremment tourné la tête, répondant ainsi à mon appel, et alors même que je pus apercevoir ces traits encore tourmentés par ce qu'il s'était passé, mon regard se perdit dans un flash d'une blancheur oppressante. La douleur était revenue. Mais cette fois, le feu me consumait avec une ardeur sans pareille. Et puis... Un - POF- sonore et brut vint accompagner un énorme nuage qui m'avait enveloppé. Me sentant alors subitement plus léger, je retrouvais peu à peu la vue sur le monde réel. Ne sachant ce qu'il s'était réellement passé, j'avais alors cette étrange impression...D'être redevenu moi-même. D'avoir retrouvé ma force et mon esprit d'antan. Et puis le vent frais me fit alors réaliser qu'il glissait désormais le long de ma peau dénudée. J'étais désormais complètement nu, avec pour seule tenue un reste de robe déchirée jonchant le long de mes jambes. Gêné par la situation et commençant déjà à rougir, je m'empressais de nouer les pans de ce tissu pourpre autour de la taille afin de cacher mon intimité retrouvée.

''Hm...Je...Voila qui est plutôt inattendu...

Mais une chose n'avait néanmoins pas quittée mon esprit malgré ce sursaut du destin. Femme ou Homme mon avis n'avait pas changé. Au clair de lune...

...Kamui était la plus belle des princesses.

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Kamui
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MessageSujet: Re: La Belle et le Scorpion [Event-S Kamui](CLOS)   Dim 15 Jan - 2:03

Parfois sans savoir comment ni pourquoi le monde s'efface. Du bout de vos doigts vous effleurez le vide, le néant vous tend les bras de son silence aguicheur. Sombrant dans ces abysses aux arômes d'infini, l'inexistant s'ouvre à vous. Dévorant l'exquise douleur de votre seul souffle. L'air s'infiltre, lave acerbe brûlant votre trachée. L'aubaine salvatrice n'est autre que l'infecte réalité qui vous détruit jour après jour. Le monde est petit. Mais vous n'y êtes que le plus ridicule des insectes. Poussière insignifiante d'un télescopage miraculeux. Par les deux constantes universelles, vous avez trouvé la voie de la vie. Mais à quoi bon s'engager sur ce chemin pavé d’embûches lorsque l'on sait pertinemment que la seule mère nourricière qui vous cueillera à la fin de votre périple tumultueux ne sera autre que la Faucheuse. Emmitouflée de cette toile noire et insipide, elle vous convie de son plus beau sourire édenté à rejoindre sa macabre danse. La tête vous tourne, rien n'y fait, vous n'êtes plus de ce monde-ci. Vous avez trouvé un nouveau refuge auprès de la décomposition charnelle d'un sarcophage atemporel. Cercueil de l'âme, cocon d'une matière si douce, si froid et si intangible. A quoi bon vous évertuer ainsi à lutter ? Tout effort est vain. Votre lutte est d'ores et déjà perdue. Vous n'avez plus lieu de faire tout ceci. Car votre vie est déjà finie. Vous croyez respirer ? Vous croyez que le présent est là et vous attend ? Mais dès lors que le mot présent vous est soufflé, il est déjà passé. L'avenir vous attend. Mais aller de l'avant. N'est-ce pas courir irrémédiablement à votre fin ? N'est-ce pas finalement la raison même de l'Humanité ? De la Vie ? Est-ce que tout ce que nous somme ne prend pas un sens dès lors qu'une fin irréversible sait vous effrayer à chaque instant. Vous profitez. Vous existez. Mais pour quelles raisons ? Vous ne serez bientôt que poussière. Et vous croulerez sous l'amas misérable de la crasse éternelle. Couvert d'un duvet délicat et grisâtre sous lequel tous vous oublieront. La vie est si belle. Si faste. Et si stupide. Car vous n'êtes que les créatures d'un laboratoire appelé univers. Vous n'êtes que l'inepte fruit d'une alchimie fortuite. Vous croyez avoir trouvé le sens de la Vie en attachant un quelconque intérêt à la Mort ? Connaître la Mort pour mieux Vivre ? Exister pour mieux Mourir ? Le monde finira un jour par ne plus être. Et tout ce qu'il vous restera sera... Qui sait ? Peut-être le saurez-vous le premier.

Mais dans ce Monde ? Tout ceci ne perd-il pas son sens ? Lorsque vous franchissez les portes de votre univers si serein. Lorsque votre vie vous est cruellement arrachée. Que vous reste-t-il ici ? Les souvenirs... ? Si personne ne vous les a volés. Et si la mémoire vous est restée... N'est-ce pas simplement un cadeau empoisonné.. ? Car Alea Jacta Est n'est pas le Paradis rêvé de l'Humanité. Car l'Eden n'est pas le jardin gracié des Dieux. Car Layca et Oppse vous ont volé tout espoir. Et votre félone Mort Humaine ne devient qu'un doux rêve que vous crevez d'envie d'atteindre. Ce Monde est l'Enfer de Lucifer. Et la Mort face aux crimes, vices et pêchers vous semble subitement une alternative bien plus agréable que la simple existence.

Car ici, la Vie n'a plus de sens. La Mort n'est que le faire valoir de l'existence. Alors qu'y avons-nous gagné ?

Père ? Pourquoi la Faucheuse ne me tend-elle pas les bras ? Ne l'ai-je pas mérité, après tout.. ?

Dire que je n'avais jamais été soumis au doute aurait été un mensonge éhonté. Dans ce monde asservi par des puissances face auxquelles nous ne sommes que des vulgaires insectes, il n'y avait d'autre possibilité que de se laisser envahir par l'hésitation, le tourment, l'inquiétude. Qu'en était-il au fond ? Père m'avait jeté au sein de cette querelle qui n'aurait jamais du avoir de lien avec moi. Pourquoi donc m'avait-il choisi moi plutôt qu'un autre ? Hérédité, fraternité, souvenirs et passé, brillant amalgame d'une existence déchue. Auriez-vous reconnu votre essence en mon sein ? N'était-ce pas une sotte fable... ?

Un rire m'échappa. Désabusé. Blessé. Épuisé. Cette journée virait au plus chaotique des Enfers. Traîné dans la boue. Humilié. Piétiné. Je ne voulais plus de tout ceci. Pourquoi donc t'acharner ainsi sur nous ? Y trouves-tu une quelconque satisfaction, Belzeneff ? D'une voix serrée, je criais face à la bise, seule acolyte de cet effroi qui me broyait.

- Pourquoi ? Pourquoi moi ?!

Le silence. Si seulement le silence m'avait répondu. Un rire tonitruent fit écho en ce lieu abandonné de tous. Levant les yeux sur ce ciel d'après-midi aux éclats océaniques, je sentis une goutte d'eau glisser le long de ma joue. Fermant les yeux sur cette immensité d'infini, j'avais le sentiment que jamais le destin ne cesserait de s'acharner contre mon pauvre sort.

Les secondes passèrent. Les minutes défilèrent. Immobile au beau milieu de ce sanctuaire de solitude. Esseulé à cette peine millénaire qui rongeait mon âme chaque jour que Belzeneff faisait. A quoi bon toute cette mascarade ? Bercé par la brise machiavélique d'un univers à la douleur sempiternelle. Rongé par l'odeur apaisante d'une herbe grasse dont la réalité n'avait d'égale que la perfide et acariâtre facticité. Ce monde d'un réalisme et d'une perfection troublante... N'est que l'infecte reflet des âmes damnées qui viennent parcourir ces terres. Nous ne sommes rien. Le sable continuera de couler sans fin dans cet engrenage brisé de l'existence. Décharné. Désabusé. Illusionné.

Combien de temps étais-je resté là sans sourciller ? Combien de temps le désarroi a-t-il rongé mon cœur ? Je n'en sais plus rien. Abandonné à ce fardeau. Échoué à cette destinée ineffable.

Un frisson remonta le long de mon échine. Posant mes doigts glacés sur la peau blanchie de mes bras dénudés, je reprenais petit à petit conscience de mon environnement. Où avais-je donc fini ma course ? Quel endroit avait accueilli le pieux silence de ma solitude ? Solennité abusée par les violences de la Guerre. Laissant l'azur dévoilé par mes paupières glisser sur l'étendue d'herbe qui s'écoulait en un tendre lit à mes pieds, je fis un rapide point sur la situation. Les couleurs pastelles à l'horizon mouraient en un récif écharpé sur cette ligne mirifique qu'est l'horizon. La palette du ciel se brise en un millier de couleurs éphémères, chef d’œuvre aux effluves d'absolu.

Un souffle lourd m'échappa. Comme tiré d'un sommeil sans repos, je tournais les pieds de ce perchoir céleste. Laissant mes pieds nus guider ma marche, apaisant mes sens au paisible son des flots, ce fut sans réelle surprise que mes pas me menèrent à ce malheureux lieu.

La cascade.

Observant l'interminable cours qui crachait son venin, l'air frais du coucher caressa mes épaules, souleva les blés d'une mèche échappée de son étroit étau de céramique. Glissant d'une main agile mes doigts sur la broche qui retenait la cascade de ma chevelure. Dans un coup de vent inopiné, un torrent d'or s'écoula le long de ma nuque, caressant ma peau dans une sensation si longtemps oubliée.

Un autre souffle. Plus léger. Attrapant d'une main svelte les pans salis de cette robe d'immaculée qui avait été confectionnée par les soins de ma fée, j'avançais d'un pas silencieux vers les larges roches qui délimitaient la petite étendue d'eau reposant au pied de la cascade. La végétation effleurait, dansait avec ma peau en un ballet harmonieux, les arômes de la Nature se mêlant à ce vent frais, aux délices corsés de l'eau limpide qui éclaboussait doucement la surface lisse de ce mirage de quiétude. Relevant le tissu blanc jusqu'à mes genoux, j'enjambais sans peine le roc imposant qui retenait le liquide de vie. Posant un pied dans l'eau, puis deux, mes iris se levèrent vers cette diva éclatante. Un chant mélodieux s'élevait. Mêlé à la vie sauvage, respirant d'un souffle de renouveau.

Retour aux sources.

J'avançais doucement dans ce lagon de petitesse. L'onde se mouvait en un mouvement gracieux, s'accordant à ma chair, glissant subrepticement au-dessus de mes genoux. Mouillant l'étoffe de perfection. Voulant faciliter cette baignade improvisée, d'un coup de main calculé, je nouais au niveau de mes hanches le tissu qui en temps normal couvrait mes pieds. Montrant aux yeux de la faune et la flore de ce monde des jambes fines et délicates qu'aucun n'aurait du avoir le droit de voir de son vivant.

Libéré de cette entrave textile, je glissais le bout de mes doigts dans cette eau presque glaciale. La montagne était un ennemi farceur. Le soleil aurait beau briller le temps d'une lunée, jamais la neige des sommets ne se réchaufferait à sa fonte. Un tremblement, puis deux. Revigorant. Revivifiant. Un sourire étira ce visage fatigué. Harassé.

- A quoi bon..?

Posant mes yeux sur la paroi rocailleuse le long de laquelle s'écoulait la cascade, je pris le partie de m'asseoir sur l'un des rochers le plus en retrait. Laissant l'eau jouer avec mes pieds, l'eau submergeant ma chair jusqu'à mes chevilles, encore un souffle.

Pourquoi ?

Glissant mes mains sur la roche où je m'étais assis, je laissais doucement mon buste basculer en arrière, mes bras tendus me retenant. Levant le visage vers la voûte céleste, je ne voulais qu'une chose.

Me perdre dans ces Cieux. M'oublier.

Combien de minutes.. ? La Lune berçait déjà ce lieu maudit. Les souvenirs étaient là. Imprimés dans l'herbe, l'eau et l'âme. Fixant les constellations, perdu au vide de ma réflexion, je fus tiré de cette semi torpeur par le bruit reconnaissable de pas. Une bête ? Pas ici. Détournant mon regard de cette contemplation sans fin, j'observais la silhouette se dessiner sur le chemin menant à la cascade. Et cette aura.

Alvaro.

Et de toute évidence, le fléau de Belzeneff n'avait pas cessé son joug. A la dérobée, je suivais du regard cette créature aux courbes si parfaites, dont la robe d'une pourpre violacé épousait d'une splendeur radieuse la grâce. Mirant ce spectacle étrange de son incompréhension, je demeurais dans un silence religieux, ne quittant pas cette place. Mes doigts ankylosés, mes pieds glacés, une douleur perçante brûlant mon cœur.

Pourquoi es-tu là Alvaro ? Est-ce donc le destin qui te poussera toujours sur ma route lorsque le doute me ronge... ?

Semblant entendre le son de ma pensée, l'améthyste luisant de surprise se posa sur moi. L'azur s'y perdit une fois de plus. Comme à chaque fois que nos regards se croisaient. Envoûtement face auquel mon esprit semble n'être qu'une banale proie. Et comme l'éternelle ritournelle, ce fut le son fluet de sa voix qui me tira de ma contemplation.

Tournant mon visage dans sa direction, je m'interrogeais sans le moindre bruit. Pourquoi étais-je là... ? Le savais-je simplement... ?

Bercé par le ruissellement de l'eau, glacé par l'ardeur des monts, mes lèvres ne se descellèrent point. A quoi bon... ?

Ce fut une lueur éblouissante qui mit fin à ce pesant silence. Relevant prestement la main, cherchant à protéger mes prunelles de cette lumière assassine, une légère détonation se fit entendre. Et la lumière s'en fut. Dans un murmure inaudible, le son diminué de ma voix s'éleva.

- Qu'est-ce...?

Écartant lentement le revers de ma main qui voilait mon visage, prêt à couvrir à nouveau mon regard à tout éclair inopiné, je posais à nouveau l'azur sur...

Mon cœur rata un battement. Le souffle bloqué dans ma poitrine, la main à demi écartée de mon faciès, l'azur rivé sur ce corps... D'Apollon. Sans crier gare, un millier de nuance de rouge vinrent colorer mes joues. Adam retrouvé, rendu à sa plus primaire nature, Alvaro se tenait là, dans le plus simple appareil. Je ne sus bouger. Pas avant que lui n'esquisse un premier geste.

Alors seulement qu'il s'empressa à couvrir cette nudité révélée, je sus cacher à nouveau mon regard derrière mes doigts laiteux. Gêné au plus au point. Durant tant d'années, j'avais tout fait pour limiter ce genre de contacts visuels avec un quelconque de mes pions. Instaurant des horaires de bain différenciés, ne demeurant pas dans le dortoir lorsque d'autres sans gênes montraient leur splendeur à qui souhaitait la voir. J'avais toujours été pudique. Autant pour ma propre personne que pour celle des autres. Et le voir ainsi me...

Le timbre grave et sensuel se fit entendre. Berceuse rassurante à mes oreilles. Pourquoi... ? Pourquoi le son de sa voix avait-il toujours eu cet effet sur moi... ?

Osant un regard timide, j'écartais doucement mes doigts, cherchant des yeux la silhouette que j'espérais quelque peu couverte de mon Élu. Un léger soupir de soulagement m'échappa lorsque je constatais que la démence n'avais pas encore entièrement établi son emprise sur le brun, qui s'était expressément recouvert des lambeaux de cette feu robe aux couleurs éclatantes...

Retirant mes doigts de devant mon visage, je posais un regard hésitant sur le corps d'éphèbe se tenant là, devant moi. D'une voix éteinte, un léger sourire étirant mes lèvres, je lui adressais.

- Tu es finalement redevenu ce que tu as toujours été... Un homme on ne peut plus dés... Un frisson vint interrompre le fil de mes mots, je me reprenais d'une voix précipitée, réalisant l'erreur évitée de justesse. N.. Normal !

Posant d'un geste rapide mes doigts sur mes lèvres, comme m'étant brûlé, mes dents vinrent mordre ma joue. Qu'est-ce qu'il me prenait ?

Détournant vivement le visage, essayant de mettre en avant un facétieux mépris, un rire forcé m'échappa alors que j'ajoutais sans aucune conviction.

- J'allais te retourner la question de ta présence. Mais je vois que tu ne venais ici que pour assouvir tes pulsions... Nudistes, je suppose?

Fronçant les sourcils, la gêne me rongeait l'âme. Mal en point. Je resserrais imperceptiblement ma main toujours posée sur la roche.

Mais que m'arrive-t-il... ?

La routine, la solitude, la vie éternelle. Malédiction de l'Humanité. Lorsque vous savez que jamais la Faucheuse ne viendra vous chercher. Que vous reste-t-il à part les doutes... ?

L'imprévu.

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Alvaro
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MessageSujet: Re: La Belle et le Scorpion [Event-S Kamui](CLOS)   Dim 15 Jan - 16:40

Je n'avais jamais été très au clair sur la question du désir. Bien souvent sur terre m'étais-je demandé à quoi cela pouvait-il bien ressembler et comment diable un concept pareil pouvait mobiliser à ce point les individus. Ce désir charnel qui hantait tant mon entourage me laissais pantois et désarçonné. Évidemment je n'étais pas en reste sur la théorie banale que l'on vous apprenait à l'école : tout jeune mâle princier se devait de trouver sa petite princesse attitrée et se reproduire pour perpétrer sa génération afin de pouvoir ''aspirer au bonheur''. Telles était les règles sociales que les livres, les médias et plus généralement la société se bornait à nous faire comprendre et intégrer. Seulement voilà, mon enfance entravée par les préceptes religieux ne m'avait pas mené sur ce chemin là dés l'origine de mon existence. Baignant dans la soi-disant piété et la virginité hypocrite, mon coeur n'eut d'autre choix que de bannir ces contes romantiques que j'explorais jour et nuit à l'abri des regards. Enfoui au plus profond de mes entrailles, ces rêves de princes et princesses jamais ne devaient ressurgir. Car alors même que j'apprenais l'autonomie, j'avais déjà perdu toute foi en cette humanité se vantant de mensonge, haine et violence. Vint alors ma vie d'artiste itinérant. Vie luxueuse ou l'argent et le vin aurait pu couler à flot si j'avais été le même misérable rat que tous les autres. Mais avec la célébrité et l'art j'avais aussi eu droit à une toute autre philosophie charnelle. Le milieu des artistes reconnus était un monde propice au libertinage et ou la notion de norme sociale n'existe pas réellement. Il n'était pas rare de voir les membres de ma troupe s'adonner à des activités extra-théâtrales durant les pauses à mon grand désarroi. Quoi de mieux pour vous dégouter que d'attester l'extrême le plus malsain ? Au final la conclusion était des plus moribondes : deux mondes, deux extrêmes dansant tous deux sur fond moralisateur social prônant la famille nucléaire.

J'avais donc décidé de fuir tout ceci et de sceller mon cœur dans cet univers irréaliste de l'amour véritable m'exilant ainsi à tout jamais d'autrui jusqu'à ce qu'il vienne me libérer de mes propres chaînes. Mais personne n'était jamais venu durant toute mon existence. Ne collant pas à l'archétype souhaité, qui donc voudrait partager sa vie avec un être désagréable, impatient, solitaire et froid ? Qui donc aurait ne serait-ce qu'une once de patience et d'envie de me comprendre et de savoir qui je suis réellement ? Il est si facile pour nous, pauvres humains, de s'arrêter à la première impression. D'abandonner aussitôt que l'autre ne fait aucun effort. Si je ne mâche pas leur travail en ouvrant mon coeur... Personne ne viendra jamais.

Personne n'était jamais venu...

Sauf lui.

Cet être spécial qui se tenait face à moi, contemplant d'un regard vide le dragon d'eau était assis sur les bordures de pierre qui entourait le bassin formé par la cascade. Ses pieds nus brillant dans la nuit baignaient paisiblement dans cette eau aussi limpide que ses yeux. Une douceur incroyable se dégageait de cette scène. Je pris quelques instants pour l'observer avant de répondre à sa petite provocation en jouant le jeu tout en prenant un ton de voix suave et doux.

''Mes pulsions nudistes dis-tu ? Aha, qui sait. Peut-être que l'idée ne te déplairait pas tant que ça au fond...n'est-ce pas princesse ? ''

Je laissai s'échapper un léger rire moqueur empli de bons sentiments. La brise de la nuit et la joie d'être redevenu moi-même avait empli mon cœur d'une légèreté sans pareil. La journée avait été si longue et si épuisante... Je n'avais plus envie de m'en tenir à mes obligations. Plus envie d'être responsable ni de me martyriser. Je voulais le calme, la paix. Et si le destin avait décide de mettre Kamui sur ma route, alors qu'il en soit ainsi... Peu importe le passé, la guerre et notre délicate relation minée par les responsabilités. Je n'en demandais finalement pas tant aux dieux. Juste de me laisser tranquille l'espace d'une soirée après une horrible journée. Juste une.

''Je suis effectivement ravi d'avoir retrouvé mon corps d'origine. Il n y a pas à dire...être une femme n'est pas de tout repos. Mais apparemment Belzeneff ne souhaite pas te rendre ton dû. Enfin bon, n'en fais pas une affaire personnelle en ma présence. Que tu sois un homme ou une femme ne change rien à mes yeux. Pour moi, tu restes le même.''

Je ne sais si la lune avait un effet sur ma personne, mais une irrémédiable envie de sourire me prit. C'était comme-ci inconsciemment j'avais souhaité de le retrouver ici. Que mon cœur ne souhaitait qu'une chose : être seul avec lui, au clair de lune, au bord de l'eau... Rien que tous les deux après tous ces ennuis. Et pour ces raisons je décidai de m'approcher de l'élu primordial et de tremper mes propres pieds au côté des siens. L'eau était froide. La douleur s'accaparait lentement de mes jambes. Comment l'élu primordial faisait-il pour laisser ses pieds dans un tel bain glacé sans réchigner ? Mais je ne pouvais décemment plus reculer. Évitant de grimacer tant bien que mal, je repris la parole, me rapprochant légèrement de la jeune fille en robe siégeant près de moi.

''Au sujet de ce matin... Je souhaiterais m'excuser si je t'ai heurté. Loin de moi d'apprécier de commettre ce genre d'affronts, mais je perds tout contrôle lorsque mes émotions s'emballent, et je ne réfléchis plus forcément avec raison et dextérité.''

Je contemplais mon reflet au bord de l'eau. Un brun aux yeux plus rouges apparaissent dans ce flou virevoltant sans cesse. Je n'avais jamais aimé mon reflet. Au delà de mes vociférations narcissiques, je ne supportais pas mon visage. Combien de miroirs étaient déjà partis à la déchetterie durant mon périple terrestre... Ceci ne m’empêchait évidemment pas de prendre soin de moi, artiste oblige. Mais j'en arrivais toujours à la conclusion que ce visage ne m'apportait rien. Rien d'autre que des questionnements. Même ici, sur l'échiquier, j'évitais au mieux de me regarder dans la glace quand cela n'était pas nécessaire. D'autant plus que désormais... Ce visage n'était plus vraiment le mien. Et ma légère malédiction du jour avait tendu à me le rappeler.

''Savais-tu que ces yeux ne sont pas vraiment les miens ? Ils ne sont qu'un artifice... Tu as eu la chance d'apercevoir leur véritable couleur plus tôt. C'est un bien étrange sentiment que celui de savoir que nous ne ressemblons pas quotidiennement à ce que nous devrions réellement être ne trouves-tu pas...? ''

Et faisant bouger mes pieds au creux de l'eau, j'effaçais ainsi d'un mouvement sec ce reflet qui m'apportait tant de désarroi pour me tourner vers le visage de la douceur divine incarnée. Je ne m'étonnais plus réellement de son statut de Fils de Layca. Ces traits était si fins et parfaits. Son odeur était douce comme un champ de roses. Ses cheveux d'un or pur étincelaient au gré des fluctuations de la lune. Sa voix apaisante enivrait sans cesse mon cœur...Et ses yeux... Venaient tout simplement d'un autre monde. Jamais durant mon existence je n'avais ressenti une telle vibration et une telle chaleur. Avais-je donc devant les yeux...Cette princesse tout droit sortie d'un conte de fée dont j'avais tant rêvé durant mon existence ? Il était évident que tout ceci n'était pourtant qu'une histoire courte et volatile. Demain tout redeviendra comme avant, et Belzeneff aura rendu à Kamui toute l'ampleur masculine dont requiert ses fonctions. Mais alors même que je réalisai cela, un léger pincement surgit en mon cœur. Je ne sais si la lune ou la cascade m'avait rendu fou... Mais j'étais totalement subjugué par Kamui. Cela allait bien au delà de mes sentiments les plus purs à son égard. Fixant désormais le ciel et sentant mes joues brûler avec légèreté, j'entrouvris mes lèvres souriantes de gêne et de paix.

''C'est amusant... Je n'aurais jamais crû.... Que les robes t'iraient aussi bien. ''
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Kamui
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MessageSujet: Re: La Belle et le Scorpion [Event-S Kamui](CLOS)   Lun 16 Jan - 21:56

Changement de circonstances. Revirement de situation. Désarçonné. Désabusé. Choqué ou encore éberlué. Tant de nuances pouvaient parfois contraster la simple idée de surprise. Du banal étonnement à l'époustouflante sensation d'avoir été pris de cours. L'être humain à la pensée si moralisatrice, à ces fonctionnements si prédéterminés. Qu'advient-il de tout ceci lorsque l'on ne sait pas ce que nous réserve les quelques secondes à venir ? Pour ne pas dire l'avenir tout entier. Le hasard. Ne dit-on pas que celui-ci fait bien les choses ? Car lorsque nous sommes égarés au milieu de notre seule existence, quelles sont donc ces événements qui nous rendent l'envie de continuer ? Peu de choses peuvent se guérir par la solitude. Peut-être y retrouve-t-on la paix. La sérénité. Mais n'est-ce pas au contact de l'étranger que nous devenons plus grand ? S'épanouir par autrui. Apprendre et comprendre des façons et des arts qui ne nous sont pas communs. Croiser le chemin d'un autre peut sembler être un fait plus qu'anodin. Mais si l'on croit au Destin. Chaque âme qui vient paver le chemin de notre existence est là pour jouer un rôle. De la misère à l’apothéose, le contraste n'est au final qu'un doux parfum de renouveau. Vous étiez seul et soumis à un cadre formel et rigoureux que l'on vous a imposé pendant toute votre enfance. Et subitement, les portes scellées de votre univers s'ouvrent à l'inconnu. D'une seule personne, vous en devenez plusieurs. Certains restent, d'autres partent. Ceux de passage vous permettront de donner de la valeur à l'essentiel. Ceux qui vous épauleront toute votre vie, vous ne saurez le prix qu'ils représentent à vos prunelles le jour où vous serez sur le point de les perdre. Ou peut-être que la solitude vous aura formaté à l'altruisme ? Peut-être que vous n'avez pas besoin d'être accompagné, et qu'au final, c'est vous qui permettrez à l'étranger de tout apprendre de votre sagesse. L'inconnu peut effrayer. Fasciner. Surprendre. Mais au final, lorsque le savoir tape à notre porte. Lorsque les fils du Destin s'enlacent et se nouent sans vouloir se détacher. N'est-ce pas là votre chance de devenir quelqu'un d'autre... ?

D'exister.

Alors lorsque l'on a passé toute son existence seul dans le noir. Doit-on encore y croire ?

L'iris avait retrouvé sa source. L'azur limpide de la cascade s'écoulait, jumelles parfaites. Une note de rose, teintant des joues glacées. La chair pétrifiée, les sens rendus insignifiants. Je sentais pertinemment chaque membre de mon corps affaiblit par cette fébrile torpeur. Sentais-je encore mes pieds trempant dans cette étendue de neige.. ? Le printemps ne tarderait probablement plus à laisser apparaître ses verts bourgeons. Alors que resterait-il de moi... ? Les hivers s'étaient succédés. Dans ce monde où les saisons n'existent pas, quels repères avais-je encore pour donner un sens à tout ceci... ?

Levant les yeux au ciel dans ce silence perturbé par le seul bruit de l'écoulement des flots, admirant cette voûte aux attachements stellaires. Pourquoi cette Diva ne cessait-elle donc pas de chanter... ? N'avais-je pas essuyé suffisamment de sanglots pour que la Nature elle-même s'obstine à m'abaisser ainsi.. ? Face à ces Cieux dont la seule beauté n'était due qu'à un pâle mirage. Qu'avais-je donc encore... ? J'aurai aimé me perdre aux bras de ce monde atemporel. Oubliant tout. Ma conscience me semblait s'effacer, aspirée par cet environnement.

Mais tout ceci était factice.

Une voix douce me tira une fois de plus de mes songes. Me rappelant précipitamment que les choses n'étaient pas si simples. Ces moments d'absence me semblaient irréels. Cette journée était celle de trop. Et ses propos faillirent le confirmer.

« Princesse ».

Mon sang ne fit qu'un tour. N'en avait-il pas déjà trop fait ? Pour qui se prenait-il ? Tournant un visage froid vers celui qui avait osé me qualifier en ces termes, ce ne fut pas le doux sourire accroché à ses lèvres qui me fit desserrer la mâchoire.

J'aurai aimé me lever. Aimé lui infliger la correction qu'il méritait. Mais les muscles tétanisés par le froid, le seul mouvement que je sus faire fut de serrer les poings... Pathétique. Au final, n'était-ce pas plutôt de moi-même dont je rêvais de terrasser l'existence.. ? Misérable fleur qui n'attend plus que les saisons passent pour se faner... Ce vide. Cette douleur. Les frissons n'ont même plus de sens. Le vent peut souffler sur nous, on ne le sent même plus. Comme absent d'une enveloppe charnelle qui n'a de nous que nos seuls traits... Que me reste-t-il au final... ?

Alors quoi.. ? Pourquoi prends-tu un ton si doux... ? Ne devrais-je pas plutôt voir de la colère au fond de tes yeux... ? Pourquoi n'est-ce pas plutôt de l'apathie et du dégoût que je ressens lorsque tu me fixes de la sorte... ?

Parce que je suis une fille... ? Une vulgaire Princesse... ? Belzeneff s'était bien joué de moi...

Toute trace de rancœur emportée, je n'avais qu'une envie. Disparaître.

Dans ce cas pourquoi... ? Pourquoi ta compassion venait-elle embrasser mon cœur meurtri... ? Pourquoi pouvais-tu prononcer les mots qui me permettraient... D'exister... ?

Écoutant le son de l'eau remuant à mes côtés, je relevais un visage dénué de toute émotion vers l’Élu. Toi au moins tu n'es pas un piètre pantin désarticulé. Tu ressens encore ce froid qui ronge tes entrailles... L'étincelle qui brûle au fond de tes iris serait-elle donc le reflet de ta volonté d'exister... ? Alvaro... Comment fais-tu... ? Pourquoi t'excuses-tu lorsque je suis le seul à blâmer... ? Ne comprends-tu pas par ce silence que je ne peux rien t'apporter... ?

Pourtant tu ne t'es jamais éloigné de moi... Et l'intérêt que tu me portes, les mots que tu m'accordes... N'est-ce pas ici enfreindre les limites de ta propre croyance... ? N'avais-tu pas dès le début prêché pour l'église de la solitude... Alvaro... Pourquoi... ?

Relevant l'azur sur ces lagons rubis, je ne sus quels mots pourraient être prononcés. En avais-je seulement la force... ? Le froid mordant glaçait jusqu'à mes plus profondes émotions...

Alors pourquoi des larmes vinrent-elles remplir mes prunelles lorsque tu prononças ces derniers mots... ?

Une inspiration. Baissant mon regard sur l'eau glaciale de ce bassin, je me fis une promesse... Mais à quoi bon... ?

Forçant sur mes muscles endoloris, dans un mouvement d'une lenteur marquée, je déliais mes membres rendus lourds par l'engourdissement. Me relevant calmement, retenant une grimace à la sensation douloureuse de chaque fibre de mon être. Posant le voile de l'azur trempé sur ce regard de braise, j'effectuais un pas vers Lui.

- Homme ou femme, ça n'a pas d'importance... Prononçais-je du bout des lèvres, d'une voix inaudible.

Un autre pas. L'eau s'ébroue au contact lent de ma peau. Blanchie à l'extrême, éclaboussée par les remous délicats. La lumière de l'astre Lunaire s'accrochaient en une lueur scintillantes sur chaque perle aqueuse parcourant ma peau. Le long de ces jambes dénudées à outrance. Le long d'une joue glacée par les doléances de la solitude. J'ajoutais calmement.

- Penses-tu seulement être le seul à ne plus être le même en ces lieux...?

Glissant le bout de mes doigts sur le tissu blanc remonté à mes hanche, traçant le chemin remontant de ces plissures jusqu'à cette poitrine qui n'était pas la mienne sans détacher ma peau de cette soie imprégnée de pureté. Je fis un autre pas. Quelques gouttelettes vinrent s'échouer le long des jambes de mon vis à vis. Alvaro... As-tu toujours été si grand... ? Où est-ce seulement de me retrouver dans ce corps de femme qui me fait sentir si frêle à tes côtés... ? D'une note tumultueuse, je repris.

- Quelque soit l'étoffe qui recouvre ce corps...

Gardant l'océan de mon regard planté dans le brasier de ces yeux tant chéris, j'osais effleurer de mes mains gelées le torse brûlant de mon Élu. La Diva pour seul témoin... Quelques vagues débordèrent en une marrée sournoise le long de mes joues. Pourrais-tu seulement comprendre l'ampleur de tout ces maux qui me hantaient... ?

Dans un souffle brisé, je ne pus que prononcer.

- Tout ceci n'est qu'un mirage...

Lorsque les Ténèbres du Néant s'acharnent à dévorer tout ce qui fait de vous un être si singulier. Seule la Solitude vous offre sa gratitude, compagnon parjure d'un tourment ineffable.
Pourtant les liens rouges qui croisent votre route retiennent en leur toile injurieuse cette félonne Solitude. Qui donc vous saisi la main pour vous séparer de cette épouse trop vorace... ?

Lui.

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MessageSujet: Re: La Belle et le Scorpion [Event-S Kamui](CLOS)   Mar 17 Jan - 0:52

La brise continuait de faire frissonner ma peau nue éclairée par les pâles lueurs de la nuit. Debout, ne sentant plus vraiment mes chevilles trempées et mordues par le froid, je ne bougeais plus. Mon visage calme et apaisé continuait d'observer avec attention la douce princesse qui barbotait encore au coin de cette eau congelée. J'avais hésité à aller m'asseoir à ses côtés afin de profiter des ces vues miraculeuses qui nous entourait, mais me rappelant encore de la douloureuse gifle que Kamui m'avait offert j'ai préfère gardé mes distances, au cas où la plaie serait encore ouverte. Sait-on jamais, ma tentative d'approche n'allait peut-être faire qu'alimenter la discorde dont j'avais été à l'origine. Ainsi, ni trop près, ni trop loin, je contemplais avec un certain bonheur cet ange qui avait apporté la lumière à ma sombre existence.

Le terme d'ange n'avait jamais été aussi approprié. Digne fils d'un dieu, je me demandais alors comment une personne pouvait être aussi fascinante alors qu'elle appartenait à ce genre si imparfait qu'était l'humanité. Mais pouvait-on finalement vraiment le qualifier ainsi ? N'était-il pas en soit autre chose qu'un simple être humain? Quelqu'un d'infiniment supérieur à nos fautes et nos péchés. Quelque qu'un qui se rapprochait plus de la mythologie que de la réalité. Cette lumière que dégage ton âme était si douce et aveuglante, que jamais plus je ne voudrais te quitter Kamui. Si seulement je pouvais trouver les mots. Si seulement tu pouvais savoir...

Mon observation fut alors interrompue par un geste inattendu de la part de l'élu primordial. Semblant à bout de force, l'Ange de Layca fit mine de déployer les derniers soupires d'énergie qui parcourait son corps pour se mettre debout. Que comptait-il faire... ?

Pas à pas, l'élu se rapprochait. Les perles d'eau glissant le long de ses jambes dénudées par ses soins. Cette peau d'une blancheur irréelle brillait de mille feux. Abasourdi par un telle vision, j'eus cette impression qu'un Ange véritable s'était dressé face à moi, repliant alors ces ailes majestueuses pour me baigner dans la lumière la plus pure. Était-ce un rêve ? Peut-être que ceci n'était qu'une simple illusion. Mais je ne pouvais décemment pas résister à une telle pureté. Son âme et son corps regorgeant d'innocence étaient si chaleureux...Si envieux. Si...Désirables. Déçu par l'humanité je ne pouvais que m'incliner face à Kamui. Jamais il ne m'avait déçu. Jamais il ne m'avait trahi. Il était le premier Homme a avoir reçu ma confiance.

Repliant légèrement les pans de sa robe pour laisser les gouttes perler librement, Kamui n'était plus qu'à quelques pas de moi désormais. Ne bougeant pas d'un cil, je restai là, attentif à ces actions et ses douces paroles. Sa lente respiration se faisait de plus en plus claire au creux de mes oreilles. Comprenant ces paroles, je gardai le silence pour ne pas interrompre cette Sainte Parole. Un silence fasciné.

Des perles d'eau vinrent alors me sortir de cet état de grâce. La fraicheur s'accaparait alors lentement de mes jambes nues et encore épargnée par le froid, me signalant dans la douleur que l'Ange s'en était rejoint benir le piètre être humain dans l'eau sacrée. Et puis cette main vint se poser sur mon torse. Cette main douce mordue par le froid venant chercher la chaleur sur ma peau abrasée ne fit alors plus qu'un avec mon cœur lattant à l'unisson. La lumière vint alors chasser l'obscurité qui rongeait mon âme et ma peau. Cette douce chaleur qui m'était méconnue m'attirait vers un Espoir inlassable. Nous étions si proches désormais. Plus rien ne semblait pouvoir nous séparer désormais. Je ne voulais plus permettre qu'on nous sépare une nouvelle fois. J'étais prêt à me battre pour le garder. J'étais las de tant de règles et d'obligations. Peu m'en importaient le châtiment promis. Y avait-il au fond un quelconque risque ? Avais-je ne serait-ce qu'une seule bonne raison de me plier à toutes les exigences de ces maudits dieux ? Que pouvait-ils bien faire au final ? Enchainé à mon destin, je n'avais plus rien à perdre. Plus rien.


- Tout ceci n'est qu'un mirage...


Un mirage. Ces mots allaient bien au delà de la simple apparence. En disant cela, mon cœur avait compris que les mots pesaient bien trop lourds pour Kamui. La liberté, le droit...Tout ceci n'était qu'un rêve inatteignable. Une vaste blague purgée sur l'auteul de l'illusoire. Tu en avais largement conscience n'est-ce pas ? Mais si tout n'était que mirage alors... Nous n'avions rien à perdre. Si notre futur était bridé par les chaînes, alors devions nous forcer notre présent à s'incliner ? Ne serait-ce pas un premier pas vers notre rêve que de se tenir debout face à ceux dieux intransigeants ?

''Un mirage dis-tu ? Sans doute... Tu as raison. Mais à mes yeux, quelque chose n'en demeure pas moins vrai et réel au delà de ce grand mirage qui nous entoure. ''

Effleurant alors légèrement la taille d'une blancheur pâle de la Princesse, Je rapprochais alors lentement mon visage vers le sien, retrouvant alors cette douce oxygène qui bénissait ces lèvres parfaites. Ce visage d'ange qui me fixait avec inquiétude...Si beau...Si parfait... L'air serein, un sourire au lèvre, le feu qui ornait mes yeux continuait de fondre la glace qui effrayait l'azur angélique. Remontant alors peu à peu mon bras, contournant les formes gracieuses et finement taillées de l'élu primordial, je laissais notre lien se tisser davantage. Je souhaitait que cette Union perdure et ne demeure plus qu'un simple bourgeon. Les gouttes perlaient au même rythme que mes doigts frêles et hésitants. Pouvait-tu ressentir ce filet de chaleur transpercer ce froid qui t'emprisonne...Kamui... ? As-tu peur de moi à cet instant...?

''Je n'ai évidemment pas oublier mon rôle. Et je sais mieux que quiconque là où se trouve ma place en ces lieux. Je ne suis rien d'autre qu'un vulgaire pion, n'est-ce pas ? Du moins c'est ce que j'ai appris en arrivant ici.''

Une épaule dénudée vint alors communier avec ma main. Douce épaule innocente, acceptais-tu d’accueillir en ton berceau une telle main, toi qui avait vu tant d'atrocités perpétrées par les Hommes... ? Pouvais-tu ressentir ce calme et cette sérénité que ma peau imposait alors a cette peau fine tendue par le quotidien ? Nous étions seuls...Et avec moi, plus rien n'était à craindre. Ma main continuant son ascension frôlait alors ces cheveux d'or ayant gagné en longueur et en beauté. Un doux parfum enivrant s'en dégageait. Je ne pouvais plus reculer désormais. Envouté par cet ange, plus rien ne pourrait me l'arracher de mes mains...

''Je ne peux nier évidemment l'existence de ce grand mirage qu'est cet échiquier. Nous ne sommes bien sûr que des pantins asservissant une guerre sans queue ni tête dont les cordes sont tirées par des êtres méconnus. Je n'ai aucun droit ni pouvoir ici. Mais...Malgré tout cela... Il me reste quelque chose. Quelque chose qui transperce cette bulle illusoire et qui n'est manipulable par quiconque. Quelque chose qui m'appartiendra à tout jamais.''

Glissant mes doigts sur son cou, ma main vint finalement se poser au creux du visage angélique. Reprenant mon souffle et contemplant avec intensité ce regard que j'aimais tant, j'offrais à Kamui une dernière vision de mon regard, priant pour que rien ne puisse entacher la sincérité débordante qui se dégageait entièrement de moi. J'avais laissé libre court à ma volonté et mes sentiments. J'avais perdu patience. Peut-être tout ceci n'était qu'une fatale erreur. Allais-je regretter pareil affront ? Avançant lentement mon visage, je repoussais avec douceur les mèches qui cachaient son oreille avant d'y glisser mes lèvres, effleurant alors cette douce partie qu'il ne m'avait jamais été donné de voir. Regroupant mon oxygène, je prononçais alors d'une voix sereine, apaisée et des plus suaves ces quelques mots. Peut-être que tout ceci n'était qu'un mirage, un vulgaire illusion. Et peut-être que tout ceci ne servirait à rien.

Mais je n'avais rien à perdre.



''Je t'aime Kamui.''
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MessageSujet: Re: La Belle et le Scorpion [Event-S Kamui](CLOS)   Mar 17 Jan - 13:58

Il existe dans le monde des milliers de situations bien différentes. Certains moments de l'existence que l'on qualifie comme étant des instants clé. Ces courts laps de temps au cours desquels tout semble vouloir s'arrêter. Déclaration fortuite ou préméditée. Agissements proscrits ou actes usuels. Quand sommes-nous aptes à envisager chaque situation sous le meilleur des angles ? S'offrir le précieux temps de la réflexion avant de n'oser faire ne serai-ce qu'un pas. On s'interroge, on croit et on spécule. On obtient le droit de ne plus savoir ce qui est bien ou non. Tout ceci en vaut-il la chandelle ? Peut-on réellement se permettre d'agir sans penser ? Aller de l'avant et en oublier jusqu'à notre propre raison ?  Peut-on sincèrement faire abstraction de tout ce qui nous entour pour ne nous dévouer qu'à l'état du cœur ? Abandonner tous nos principes, s'oublier soi-même pour ne faire exister que ce que nous considérons dans nos plus beaux songes comme étant la bonne solution ? Envisager un monde Parfait sous les traits d'un contact, d'un regard, d'une douce révélation ? Pouvait-on rejeter tout ce qui nous avait conçu et s'offrir ce que tant d'autres avaient fait miroiter sans gêne sous nos yeux, éveillant jalousie, curiosité et détresse. Était-il possible pour ceux qui n'étaient que vices et responsabilités de s'octroyer cette parcelle du Paradis.. ? Entamer le jour sans s'interroger sur les horreurs de la guerre. Attendre la nuit pour enfin pouvoir retrouver le repos tant mérité... Cette chaleur tant sollicitée. Mais tout ceci... N'était-ce pas au fond un engagement encore bien plus lourd à porter que ces responsabilités.. ? Chaque moment peut vous permettre d'effectuer un grand chambardement dans votre existence. Tout n'est que question de choix, de croyances, et de courage. Mais lorsque vient le grand moment de prononcer la difficile sentence de notre propre décision, qui sera là pour reconstruire le monde que vos choix auront peut-être détruit ? Lorsque les Espoirs que nous avons fondé en un seul pari disparaissent pour ne laisser derrière eux que votre seule enveloppe charnelle désillusionnée. Brisée. Ravagée. Vous avez cru si longtemps au monde Idéal. Vous vous êtes bercé pendant des années sur la beauté de cette Nature et de ces êtres qui vous entourent. Mais lorsque la dure réalité vient vous prendre à la gorge et vous serre le cou prête à vous assassiner. Vous n'êtes plus qu'une nouvelle proie qui s'est laissée berner par les grands discours. Les belles idées. Mais y succomberez-vous ? Ou prendrez-vous la fuite ? Car les options peuvent se faire nombreuses. Pourtant les champs se divisent bel et bien en deux grands axes. Êtes-vous prêt pour le grand saut ? Car ici, vous n'avez que deux possibilités.
Tout perdre. Ou tout gagner.

Aurai-je pu croire que cette soirée s'achèverait ainsi.. ? Cette journée depuis l'aube n'avait été qu'une vaste plaisanterie. Quiproquos envoûtants et magie noire ensorcelante, nous avions tous été mis face au fait accompli.. Tiré de mon devoir par les cris de toutes ces âmes, j'avais été séquestré et mis face à la dure évidence. Rien n'irait aujourd'hui. Mis à nu par les doigts agile de ma Fée. Il avait profité de toute cette folle mascarade pour donner vie à ses plus folles envies... Du Prince à la Princesse, il m'avait offert de ses propres soins la parure d'un Ange tombé des Cieux. Jeté dans la fausse au lion, avec pour seule défense ma Solitude. Perdu au bord de cette corniche. J'aurai voulu déployer mes ailes. Mais quelles funestes rencontres.. ? De cette douce gitane aux louables intentions à cette perfide gorgone. Les nerfs meurtris, la haine au bord du cœur. Douleur, colère et déception. Puis le Vide... Tendre Néant. Seul éternel partenaire qui jamais ne m'avait abandonné. Compagnon de jeu d'un univers sali par la cendre et le sang. N'était-ce pas simplement une cruelle démence qui couvrait mon corps... ? L'Innocence de Layca, immaculée dans cette soie aux rappels d'or et d'azur. Un être séraphique... ? De qui pouvais-je me moquer. Ce corps entier était entaché du vice le plus abominable. Alors pourquoi... ? Pourquoi es-tu là... ?

Avais-je donc oublié combien tout ceci était douloureux.. ? La brûlure sulfureuse de ta peau contre la mienne... Combien de fois désormais avais-je trouvé refuge près de ton corps...? Tu m'as tant de fois tendu la main.

N'était-ce pas tout simplement un mensonge inhumain... ?

Alors pourquoi ton regard me fait-il réagir de la sorte... ? Glacé par les tourments de cette existence que je n'avais le droit de vouer à mon seul bien... Pourquoi donc tout chez toi s’évertuait à me ramener à mon Humanité perdue... ? Redécouvrant à tes côtés des sensations si longtemps oubliées... Goûtant aux saveurs d'une Terre inconnue... Tu es pourtant si jeune... Alors comment... ? Comment es-tu capable d'éveiller en moi pareils sentiments... ?

Ne me regarde pas ainsi... Pourquoi ne puis-je détourner les yeux de ces orbes captivantes qui consument mon âme.. ? Qu'attends-tu de moi Alvaro... ? Tires-tu satisfaction de voir ces larmes... ? Non... En quoi peux-tu croire ainsi pour garder cette douceur au fond de ton regard... ? Quel est donc cette réalité qui te tiens si loin de l'horreur de ce monde... ? Quel est donc ton secret... ?

Ne détachant pas l'azur inondé de mon regard de ses iris incandescentes, ce fut avec une pointe de surprise qu'un faible hoquet s'échappa de mes lèvres glacées. Un effleurement. Une caresse. Un contact aussi léger que la brise... Le regard troublé, cherchant à trouver les réponses au fond de ces braises incendiaires... Pourquoi te comportes-tu ainsi... ? Est-ce le malin qui s'est éprit de toi... ? La démence de voir le corps d'une jouvencelle ainsi offert... ? Ton souffle se mêlant sereinement au mien... Et ce sourire si rare qui étire tes lèvres... Qu'essaies-tu de me dire Alvaro... ? Pourquoi tes doigts courent-ils le long de ma chair... ? Fronçant imperceptiblement les sourcils, sentant mon cœur s'affoler... Comme en danger... Je soufflais à peine...

- Qu'essaies-tu de faire Alvaro...?

Cette main insidieuse se frayant un chemin le long de cette peau salie par le Passé. Je ne pus retenir un frisson. Cette caresse brûlante... La douce sensation de ces doigts étrangers flattant ce torrent d'or éclaboussant mes épaules dénudées... Le souffle rendu court, je ressentais cette sérénité pure et sincère qui émanait de mon Élu. Alvaro... Que se passe-t-il... ? Pourquoi ne puis-je point me défaire de ton étreinte... ? Laissant mes doigts s'appuyer un peu plus fermement sur ton torse, les battements de ton cœur battant ainsi me rappelant le rythme effréné qui animait le mien à cet instant...

Que se passe-t-il... ? Père... ? Serai-je en train de...

Écoutant sans réellement les comprendre les paroles d'Alvaro, je ne voulais plus croire qu'à une chose... Je succombais à un mal bien trop longtemps enfoui... Je laissais mon cœur surpasser ma raison... Non... Je ne pouvais pas... Je n'en avais pas le droit... Mon existence n'était que cristal brisé... Tâché d'un sang qui n'est pas le mien... Calciné d'une brûlure infernale... Suffoquant d'ignominie. Carnassier et dévastateur. Destruction.

Alors pourquoi ces doigts qui effleurent ma peau... Pourquoi ce souffle qui brûle ma chair... Pourquoi ces lèvres caressant mon oreille... Pourquoi Alvaro... ?

''Je t'aime Kamui.''

Silence.

L'écho de la cascade se répercutant sur le bassin... L'onde caressant en un mouvement régulier notre peau. Le souffle léger de la brise nocturne... L'herbe et les feuilles bruissant d'une mélodie céleste. Les étoiles et l'astre Lunaire pour seuls témoins...

Alvaro... Que viens-tu de faire... ?

Tout ceci était impossible.

Décollant lentement mes mains de son torse, mes doigts trouvèrent refuge devant mes lèvres. Son souffle brûlant et le son de ces mots se répercutant encore au fond de mon être, vibrant d'une douceur qui brisait jusqu'à la moindre parcelle de mon âme.

Un pas. Je sentis les doigts d'Alvaro sur mon cou entraîner avec eux quelques fils d'or alors que mes gestes nous séparaient. Plantant l'océan orageux sur ce brasier, je ne pus qu'y lire une chose.

La sincérité.

Un battement raté. Le cœur qui se serre. La poitrine oppressée par un sentiment inconnu... Inconnu... ? De qui me moquais-je... ? Tant de contes et récits retraçaient ce doux labeur qu'est... L'Amour... Je pensais avoir effleuré l'essence de cette sensation étrange au gré de mes lectures... Mais il n'en était rien... Tout ceci était si... Différent.

La gorge nouée par les émotions, chaque fibre de mon être tremblant d'une crainte inavouée. Mon souffle se perdit en une unique question.

- As-tu seulement idée de ce que tu viens de faire...?

Reculant encore d'un pas, marquant lentement la distance entre cet opposé diamétral qui me faisait face. La Lune et le Soleil jamais ne pourraient se rencontrer. Jamais... Car la Lune aura beau imaginer le Soleil... Jamais il ne le connaîtra réellement...

- Tu crois m'aimer... ? Vers qui penses-tu que ton affection est tournée... ? Vers ce Prince rendu oiselle... ? Vers cet être d'Innocence et d'immaculée... ? Penses-tu me connaître Alvaro...? Secouant la tête, fébrile, l'or en ce mouvement ce mêla à une multitude de perles d'eau. Le souffle tremblant, un sanglot m'échappa. Plantant un regard brisé au fond des iris de feu, la glace se brisa. Connais-tu seulement mon nom... ? Penses-tu Aimer ce que tu crois que je suis... Ou ce que je suis réellement...?

Un fin sourire vint étirer mes lèvres. Résignation. Désillusion... Les larmes coulant à flot le long de ce visage d'Ange déchu... Une voix éteinte prononça.

- Tu n'en sais rien... Tu...

Détournant les yeux, fixant l'eau. Un sanglot secoua mes épaules. Fermant les yeux sur le désastre causé. L'eau brûlante inondant mes joues glacées meurtrissant mon âme. Dans un dernier souffle, ces mots m'échappèrent.

- ...Ne m'aimes pas.

Alors pourquoi cette brûlure au fond de mon cœur ? Pourquoi cette Lueur au bout du chemin... ? Pourquoi cette pointe d'Espoir vient-elle étinceler au beau milieu de ce gouffre qu'est mon existence... ? Pourquoi...

Suis-je en train d'y croire... ?

Le bruit de lourdes chaînes s'écrasant sur le sol des Ténèbres. Le Néant s'affaisse. La Solitude se retire. Où vas-tu mon amie... ? Pourquoi m'abandonnes-tu... ? N'étais-tu pas la plus sincère... ? Pourquoi... ? Pourquoi la Lumière transparaît-elle en cet infâme antre qu'est mon âme... ? Déchirée. Piétinée. Humiliée...

La boîte de Pandore n'est plus.

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MessageSujet: Re: La Belle et le Scorpion [Event-S Kamui](CLOS)   Mar 17 Jan - 18:32

- As-tu seulement idée de ce que tu viens de faire...?

Ainsi, Telle était ta première réponse à pareil aveu ? Je ne fus guère étonné d'entendre ces palabres incertaines teinté le coin de tes lèvres. Enchaîné à ton destin et à tes obligations, il n'était sans doute guère aisé pour toi d'accorder aussi subitement un crédit à toutes ces émotions qu'il nous fallait apprendre à bannir du quotidien. Un monde bâti par des pierres obscures maintenues les unes aux autres par du sang coagulé. Voilà ce triste paysage qu'il te fallait supporter jour après jour en te disant que tout ceci n'en tenait qu'à ta plus pure personnalité. Je ne t'en voulais évidemment pas de reculer. Jamais je n'aurais pu faire chose pareille. N'était-ce pas logique et humain au fond que tu prenne désormais tes distances ? Que tu tentes tant bien que mal de fuir cette réalité que l'on ne peut envisager mais qui n'en demeure pas moi existante ? Tu ne pouvais être blâmé de te perdre dans tes multiples facettes. Et je n'avais pas l'once d'un droit de critiquer ce choix. Mon rôle ce soir était tout autre. Mon devoir, ma seule chance de te garder près de moi n'était pas de te regarder fuir en espérant que tu reviennes. Ce temps là est terminé. Je ne demande pourtant rien en retour. Cet aveu n'implique au final aucune décision. Je veux juste... Te garder près de moi.

Et pour cela... Je me devais de retenir tes ailes. Afin que l'Ange ne puisse plus s'envoler...

Que les dieux fassent s’abattre la foudre si mon hardiesse ne jouait pas en leur faveur ! En cette douce soirée bercée par les astres et le doux rugissement de la cascade, je ne comptais pas te laisser partir. Pas cette fois. Plus jamais. Affrontant ton regard dépité et mouillé par le chagrin, je m'efforçais de maintenir les braises de mes yeux afin émerveiller le blizzard que ton cœur imposait à tes yeux. Exalté et sûr de mes pas, je n'avais plus rien à perdre. Qu'on m'enchaîne sur le champ si cela dérangeait qui que cela soit. Sans quoi... Plus rien n'allait pouvoir m'arrêter. Plus rien n'avait d'importance. Plus rien...Sauf toi, Mon Ange.

- Tu n'en sais rien... Tu... ne m'aimes pas.

L'amour. Sentiment si étrange et ayant fait coulé tant d'encre. Mon existence m'avait privé de goûter à ce calice sacré ignorant tout alors de sa force et de sa pureté. Jamais je n'aurais crû qu'une telle chose était en mesure de m'offrir une telle volonté. Jusqu'ici je ne l'avais pas entièremment compris. Me perdant à mon tour dans cette boîte insensée malmenée par Belzeneff. J'avais fait mien les règles et les codes en oubliant tout simplement ma propre liberté. Mes propres sentiments. Ou avais-je donc la tête ? Jouer les chevaliers allait-il vraiment me permettre de nous faire avancer vers une hypothétique liberté – si tant est qu'elle existe- ? Faire semblant...Ne pas croiser nos regards pour ne pas admettre l'évidence. Est-ce là ce que nous voulions vraiment toi et moi ? Tout ceci te fait sans doute trembler Kamui. Et ces larmes qui ne cessent de ternir tes joues ne sont qu'une preuve supplémentaire que ton coeur est en désaccord avec ces dires. Je comprenais très bien que toi seul ne puisse faire ce pas en ma direction. C'est pour cela... Que le scorpion devait arrêter la fugue de l'Ange. Retrouvant d'un grand pas la distance qui nous séparait à l'origine, je me hâtais d'immobiliser avec douceur ton poignet en continuant de contempler ces saphirs hésitants qui s'écoulaient infiniment. Éteignant ces perles d'eau avec mon autre index, je n'eus d'autre choix que d'expliquer mon point de vue d'une voix lente et douce qui se voulait rassurante. Tu n'avais rien à craindre en ma présence...

''Penses-tu donc que je prends cela à la légère ? Que ces mots ne reflètent pas la réalité ? Tu sais mieux que quiconque que je n'offre pas ma confiance au premier venu Kamui. Ouvre les yeux bon sang. ''

Mes mots étaient clairs et limpides comme une flamme déchainée. Ma voix se devait de rallumer cette lumière qui s'éteignait pas à pas face à moi. L'ange de Layca ne devait cesser de briller. Jamais je ne tolérerai que sa lumière s'étouffe et ne puisse plus réduire à néant cette obscurité qui me guette. Ensemble, nous pouvions ouvrir la voie... Je devais au moins essayer. Je devais au moins t'empêcher de t'en aller cette fois-ci. Tu ne pourrais plus me laisser seul Kamui... Plus jamais... Je ne voulais plus de cette solitude. Et si ton unique souhait était de m'y abandonner à tout jamais, alors tu allais devoir m'en convaincre par la force...

''Peu m'importe ton nom, ton passé et tes secrets. Peu m'importe ce que tu caches dans cette boîte que tu gardes loin de tout. Quand je suis avec toi, il n'y a qu'une seule chose qui compte. Une seule chose qui existe. Et cette chose c'est Nous. ''

Maintenant fermement l'élu primordial tout en faisant usage de douceur, je rapprochais le tissu blanc contre ma peau. Il fallait que tu comprennes. Il fallait que tu voies qu'ensemble nous étions plus forts... Que contre ma peau brulant pour toi tu n'avais plus rien à craindre... Il te fallait apercevoir qu'au moment même ou ta main venait se loger contre mon corps, plus rien n'avait d'importance. Ce lourd secret qui t'emporte vers les profondeurs du désarroi n'était pas un frein à mes sentiments. Ces larmes ne devaient pas couler pour moi. Ce que j'aimais...Ce n'était pas l'image que tu donnes au quotidien à tes Hommes. Non. J'ai appris au fil du temps à connaître tes forces et faiblesses.

''Je n'ai que faire des erreurs du passé. Et je n'ai que faire de l'idée que tu doives t'en tenir à la hiérarchie. Peu m'importe l'étoffe qui te recouvre. Quand j'ai pu voir la peur, la crainte, la tristesse mais aussi la joie au fond de tes yeux, je m'estime en savoir suffisamment...Pour savoir qui tu es.''

Faisant reposer sa tête sur mon épaule, je continuais alors de tenter, peut-être en vain, de convaincre Kamui de ne plus me quitter. De ne plus verser une seule larme pour mon âme. Je ne méritais pas cet honneur. Je ne voulais pas que ton cœur en résulte meurtri. Je souhaite uniquement... Te proposer une voie vers ton propre bonheur. Car cet amour qui me hante et qui me fait tenir ton poignet avec conviction n'était pas basé sur des futilités telles que ton apparence ou tes agissements. Tout ceci allait bien au-delà. Dans un monde basé sur le mensonge et l’oppression, ou la seule compagnie à laquelle nous pouvions aspirer n'était autre qu'une chaîne rouillée par les millénaires et ternie par le désespoir, je n'ai pu me rattaché qu'à une seule chose que je savais véritable. Derrière ce masque, derrière ces attitudes, un véritable ange me faisait face. Faisant preuve d'une extrême séverité avec toi même, je savais néanmoins que l'homme que j'aimais était celui qui parfois me regardais comme jamais personne n'avait pu le faire avant toi. Ces nombreux sourires que tu as pu m'offrir, et ces nombreuses larmes étaient les témoins d'une relation allant au delà de ce mirage. Vois-tu cette main que je te tends ? Tu ne souhaites pas la prendre. Tu en es effrayé n'est-ce pas ? Alors... Laisse moi la prendre pour toi.

Relâchant légèrement le poignet de l'élu primordial, je m'empressais alors de glisser mes doigts sur la paume humide et pâle de cette Innocence blessée par les lames froides de l'abandon et de la résignation. Chacun de mes doigts vinrent alors agrippé les siens d'un geste serein et chaleureux. Descendant alors avec la plus grande délicatesse, je m'offrais à nouveau les visions de son cou griffé par les lames de cette brise nocturne qui me faisait tant de bien. Tout restait encore à faire...

''Tu peux mentir sur ton nom. Tu peux mentir sur ton rôle et les enjeux qui en découlent. Mais tu ne peux me mentir sur tes émotions Kamui.''

Mon coeur semblait battre de plus en plus fort, faisant écho au poids de ces mots qui prenaient naissance au creux de ma plus pure sincérité. Ayant fait tombé mon épée, je m'agenouillais désormais au pied de l'Ange, lui demandant miséricorde. Il n'était pas question d'abandonner le combat ni même de tenter sottement de s'affranchir du joug des Dieux. Mais j'étais simplement las de suivre les ordres...

Et de me mentir à moi-même.


''Alors oui. Je le répète ici même et autant de fois qu'il en sera nécessaire...''

Passant mes deux bras au niveau de la taille de l'élu. Je pris un léger repis avant d'emplir à nouveau mes poumons de cette oxygène libératrice. La brise continuait de caresser nos visages se faisant face. La seule lueur de la lune pour témoin. Puisant toute ma force dans ces sentiments qui m'enivraient. Il était si bon parfois de s'écouter vivre. J'étais simplement heureux. Heureux de pouvoir l'exprimer. Heureux de pouvoir contempler cet ange en le maintenant au creux de mes bras. J'étais heureux...Et peut-être que tout ceci était bien la dernière fois. Mais...Qu'avais-je à y perdre... ? Une nuit de bonheur ne valait-elle pas mille et un jours de cachot... ? Deux minuscules larmes vinrent alors teinter mon visage jusque là épargné. Ce n'étaient pas des perles de tristesse. Simplement un geste... En l'honneur d'une nouvelle nuit qui ne reviendrait probablement plus jamais. J'avais tout à y gagner... Et absolument rien à y perdre.

''Je t'aime Kamui...''

Sous le doux craquement de l'eau qui s'écoulait sans cesse nous emportant légèrement, mes bras rapprochèrent le corps enveloppé dans cette robe blanche. Mon front n'était plus qu'a quelques millimètres du visage de l'ange. Nos yeux se perdant inlassablement l'un dans l'autre. La chaleur avait pris la place de ce froid qui parcourait nos entrailles. Dans un dernier soupir lunaire, je me plongeais alors dans l'obscurité. Et dans le plus chaste des silences je vint sceller cette douce nuit paisible d'un baiser immortel. Nos deux lèvres jointes pour seule preuve de ses sentiments qui me hantaient. Je t'offrais alors Kamui...La seule chose qui m'appartenait encore.

''...Pour toujours...''
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MessageSujet: Re: La Belle et le Scorpion [Event-S Kamui](CLOS)   Mer 18 Jan - 1:53

Il existe au Monde de biens nombreux sentiments. Un large panel si vaste et étendu. Autant de nuances s'offrent à vous. Autant de couleurs que vous pouvez apposer comme il vous souhaite à chaque humeur. Chaque envie. Un choix si large que vous pouvez vous y perdre. Vous n'arrivez pas à identifier cette sensation que vous serre le cœur. Quel est donc le vrai sens de ce poids qui repose sur vos épaules ? Pourquoi avez-vous les larmes aux yeux ? Est-ce une simple poussière... Ou bien plus ? Il y en a tant. Si divers et variés. Ils sont la représentation même de ce qui fait de vous le Vivant. Vous existez. Et par ce simple fait, vous ressentez. Éprouvez. Du plus petit pincement à la douleur insurmontable. D'un grain de sable au plus haut des monts. Vous ne pouvez vous l'expliquer. Mais tout ceci est bel et bien réel. Vous voudriez vous en débarrasser. Éluder tout ce qui fait de vous cet être fragile qu'est l'Homme. Vous souhaitez vous détacher de tout ce qui peut vous lier à quiconque. Vous exiler de cet Univers ou tout semble vouloir vous contraindre, vous imposer une marche à suivre prédéfinie. Des milliers de stéréotypes s'imposent à vous sans même que vous ne puissiez les comprendre. Perception intangible et incohérente. Sensation unique née d'un rien. S'émouvoir de tout. S'horrifier d'un rien. S'énerver dans le vide... Aimer. Vous voulez fuir tout ceci. Mais savez-vous que pour certains, il s'agit d'un but à atteindre... ? A force d'un travail de Titan. D'une main minutieuse, sculpter sa propre âme. S'ouvrir à ces torrents d'essences aux effluves si étranges. Aphrodisiaques naturels de l'existence. Dès votre naissance ils vous ont été octroyés. Par vos premières larmes, vos premiers sanglots, vos premiers rires et sourires, vous avez contracté à la lourde charge qu'est la Vie. Un Pacte universel qui jamais ne pourra être brisé. Ou seulement lorsque votre dernier souffle vous aura quitté... Pourquoi lutter ? N'est-il pas tellement plus facile de céder ? Participer à ce cycle immortel. Donner pour recevoir, recevoir pour donner. Principe philosophal d'un échange équivalent. Ou non. Car l'Humanité est cribléé du vice de la Genèse. Le fruit interdit mordu, son nectar coulera éternellement au creux de vos veines. A quoi bon la génétique... ? Ne sommes-nous pas tous issus d'une seule et même création... ? Ne sommes-nous pas le fruit de l'Univers... ? Ne sommes-nous pas les laborieux serviteurs d'un poids qui jamais ne s'enlèvera de nos frêles épaules... ? Ne sommes-nous pas le réceptacle de l'origine même des émotions... ?
N'avons-nous pas tous un « Cœur »... ?

Pourquoi... ? Pourquoi ceci devait-il arriver... ? Quelles étaient donc les raisons qui nous avaient mené à cette fin, Alvaro... ? Pourquoi dois-je fuir... ?

Citation :
Création d'un scientifique appelé Univers. Seul dans ce monde aux allures d'horreur. Abandonné à une réalité inexistante. S'offrant les vertus d'un savoir infini. Qui peut lutter contre le savoir de l'inconnu ? Accordez-lui le nom que vous souhaiterez. Mais si vous daignez parler de sa si belle création. Ne prononcez-que le mot « Miracle ».
Aux portes de la connaissance absolue, il donna vie à une Merveille. Ange de perfection, créature ancestrale tombée du Ciel. Tout en cette chair appelait à l'idéal. Pourtant, un vide entier demeurait au sein de cet être séraphique. Cette chose si précieuse. Cette invention si inestimable...
Cette création fabuleuse qu'est le « Cœur ».
Le temps s'égrena... Sans relâches, à force de travail et de labeur... Il crut avoir atteint son but... Mais jamais l'Ange ne réussit à saisir la notion qu'est ce « Cœur ». Elle vivait, existait... Il ne pouvait rien faire... L'Univers ayant joué son rôle, le temps l'emporta dans ce cercle vicieux qu'est la vie. Et la créature demeura seule. Que lui restait-il... ?

Je ne pouvais empêcher les larmes de couler. J'étais si faible. Si faible face à ton regard... Pourquoi ne me laisses-tu pas partir... ? Pourquoi te rapproches-tu de moi... ? Fuis... Échappe-toi tant qu'il en est encore temps. Tu ne sais pas à quels affres tu tentes de t'accrocher. Tu ne sais pas quel est le poids de ma simple et fragile existence. Alors pourquoi t'obstines-tu... ? Pourquoi tes doigts sont-ils si doux sur ma peau... ? Ne vois-tu pas ce sang, ces brûlures... ? Ces cicatrices laissées par un Passé bien trop lourd à endosser pour quiconque... ? Pourquoi sèches-tu mes larmes... ? Ne vois-tu donc pas le Monstre que je suis... ? Ne comprends-tu donc pas que tout ceci est Impossible... ?

Un frisson vint parcourir ma peau lorsque le son de ta voix s'éleva... Oui je te connais Alvaro... Et tu n'es qu'un fou... Fou de croire en moi... Fou de croire en Nous...

Alors pourquoi... ?

Citation :
Un seul et unique souhait.
« Je veux savoir ce qu'est un « Cœur ». Lui qui m'a tant chéri. Lui qui a tant donné pour moi. Je veux comprendre cette chose qu'il souhaitait créer pour moi. Comprendre ce pour quoi il a épuisé son existence. Ce pour quoi l'Univers a donné naissance à mon être.

La tendresse émanant de chacun de tes faits et gestes... L'esprit en alerte, ressentant chaque pointe et chaque contraste de ces sentiments si sincères qui brûlaient ton âme. Pourquoi... ? Pourquoi me rapproches-tu ainsi de toi... ? Pourquoi ma main libre se colle-t-elle si naturellement sur ta peau brûlante... ?

Pourquoi cet Espoir insidieux vient-il resserrer les liens qui m'enchaînent à mon Horreur... ? Pourquoi suis-je en train d'y croire... ? Toi qui crois-me connaître... Penses-tu être apte à endurer tout ceci... ?

Toi qui me connais... Crois-tu que je sois capable de t'offrir ce que je suis... ?

Citation :
Et d'un battement éphémère. Le « Miracle » prit vie.
Les larmes ne veulent cesser de couler... Pourquoi mon corps tremble-t-il... ? Les pulsations s'accélèrent... Est-ce donc cela le « Cœur » que j'ai tant désiré... ?
Si étrange, si fébrile... Indescriptible.
J'appris la vie, j'appris la joie.
Si étrange, si fébrile... Intouchable.
J'appris la mort, j'appris le deuil.
Si étrange, si fébrile... Infini.
J'appris la douleur... Est-ce ça un « Cœur » ?
Désormais je commence à comprendre la raison de ma naissance. Je réalise que la Solitude est un sentiment intolérable... Je me souviens...
Ses gestes, ses mots, ce moment...
Ce « Cœur » m'apprend les souvenirs du Passé.

Ma tête contre ton épaule, le son de ton cœur battant au creux de mon oreille... Tout ces sentiments qui déferlent en toi... Quelle est donc cette sensation... ? Pourquoi tout ceci me revient en tête... ?

Toi que j'ai rencontré dans ce lieu gardé de Dieux venus d'autres contrées. Dans ce berceau de pierres, où l'herbe est bercée par le vent. Toi qui a brandit si fièrement ta lame contre moi... Toi le loup solitaire qui n'avait d'yeux que pour cette échappatoire tant rêvée... Est-ce qu'à cet instant là, mon cœur battait déjà si fort au son de ta voix... ?

Toi qui a veillé mon sommeil tourmenté. Toi qui a aperçu jusqu'à mes plus profondes faiblesses. Toi seul sait que je ne suis pas invincible... Toi seul à su apercevoir l'autre côté de cette glace indestructible qui me sépare du monde des Vivants. Toi qui a essuyé mon chagrin... Toi qui a su me réprimander dans la peine et me pousser vers le chemin qui me permettrait la survie... Étais-je déjà si bien au creux de tes bras... ?

Toi qui a accueilli en ton domaine l'âme en peine que j'étais... Toi qui a ressenti le mal qui me rongeait... Toi qui a vu mon esprit brisé et réduit en morceaux... Avais-je simplement réalisé la bienveillance que tu as toujours montré à mon égard... ?

Toi qui m'a protégé des intrus. Toi qui a pansé mes plaies, épanché ma peine et ma douleur... Toi qui a partagé ta souffrance avec moi qui ne gardais que le silence... Toi qui m'a avoué ce sentiment si pur que je n'ai su comprendre... Toi qui a su réchauffer mon cœur et apporter un court instant de paix à ma Vie... M'as-tu toujours aimé... ?

Toi qui t'es jeté contre toute loi devant moi pour préserver mon image... Toi que j'ai giflé sans aucun remords... Sauras-tu me pardonner d'être ce que je suis... ?

Tes doigts enlaçant les miens... C'est si doux... Si agréable... Ai-je toujours ressenti ceci à ton contact... ?

Mes émotions... ?

Citation :
Je comprends désormais. Laisse-moi t'accorder mes mots les plus sincères.
Laisse-moi te les offrir.
Merci... De m'avoir donné la Vie.
Merci... Pour ces jours que nous avons pu passer Ensemble.
Merci... Pour Tout ce que tu m'as donné.
Merci... Je te le dirai pour l’Éternité. »

Tes mots semblaient prendre tant de sens... M'as-tu réellement accepté... ? Ces bras qui viennent enlacer ce corps gracile... ? Pourquoi mes yeux ne peuvent-ils pas se détourner du brasier qui ravage tes pupilles... ? Pourquoi mon cœur se borne-t-il à battre à ce rythme effréné... ? Est-ce pour suivre la danse endiablée qui entraîne le tien... ? Pour quelle raison suis-je ainsi pendu à tes lèvres, m'abreuvant de chacun de tes mots... ? Pourquoi ce silence me semble-t-il subitement si serein... ? ...Pourquoi ces larmes coulaient-elles le long de tes joues... ?

Prenant une inspiration, voulant esquisser un geste pour essuyer ces félonnes, je fus surpris par le son suave de ta voix. Par le souffle de tes lèvres caressant le mien... Par tes mots qui prenaient enfin un sens dans mon cœur.

Me laissant entraîné par la suave entrave que tu resserrais sur moi... Mes doigts posés sur ta peau brûlante. Sentant chaque parcelle de ton corps épouser le mien... Est-ce bien réel... ? Quelle est donc cette lueur qui vacille au fond de ton regard... ? Peux-tu voir... Qu'elle brille aussi au fond du mien... ? Mes lèvres brûlant au contact de ton ultime soupire, les rubis se voilèrent...

Et l'azur en fit autant...

Citation :
Tout ceci ne pouvait que porter le nom de « Miracle ».
Cette créature qui avait obtenu un « Cœur » ne cessa de chanter. Elle lui accorda tout ses sentiments.

Ce contact doux et rassurant... Cette sensuelle sensation d'éternité... Venais-je réellement d'y goûter... ? Ton souffle heurtant mes lèvres des plus délicates paroles... Mes paupières s'ouvrirent lentement sur ce jour nouveau... Ce visage paisible surplombant le mien... Ces mèches de jais voilant partiellement ce regard parfait...

Quelle était donc cette sensation qui venait de s'offrir à moi... ?

Portant une main tremblante à ta joue, j'essuyais en silence les traces de ces gouttes salées qui avaient osé ternir ton visage... Est-ce une impression, ou tes doigts se sont-ils réellement resserrés sur moi... ?

L'expression indescriptible, l'océan plongé au plus profond des flammes, les doigts graciles vinrent repousser une mèche d'encre. Laissant doucement glisser mes doigts à la base de ton cou...

L'eau s'agita calmement en une onde parfaitement circulaire. La cascade et la Lune observant d'un regard fugueur cet instant éphémère...

Rehaussé sur la pointe de mes pieds, stabilisé par ton corps contre lequel j'avais trouvé refuge... Les paupières closes, mes lèvres vinrent te voler un baiser.

Me reculant dans un mouvement d'une lenteur exagérée, baissant à peine le visage, j'osais enfin un regard vers toi. Le rose teintant sobrement mes joues, les lèvres entrouvertes, ma langue vint timidement savourer le goût ce contact.

Reprenant un appui naturel sur les roches humides du bassin, je détournais légèrement le visage, prononçant dans un souffle.

- Quelque soit mon nom... J'ai comme toi un cœur à porter...

Citation :
Mais le « Miracle » ne dura qu'un instant...
Ce « Cœur » était bien trop lourd à porter pour elle...
Incapable de supporter ce poids. Le « Cœur » s'arrêta, emportant avec lui la créature pour l'éternité.

Relevant un visage impassible vers mon Élu, profitant de sa chaleur un dernier instant, je laissais échapper dans un murmure.

- Mais je n'ai pas le droit à tout ceci...

Citation :
Pourtant sur son visage persistait un radieux sourire.
Elle ressemblait à un Ange.

Prononçant ces mots, je voulais m'imposer ce que mes responsabilités ne pouvaient m'autoriser... Mais au plus profond de moi...

Le goût de ses lèvres brûlait déjà mon cœur d'un sentiment insurmontable...

Spoiler:
 

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Alvaro
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MessageSujet: Re: La Belle et le Scorpion [Event-S Kamui](CLOS)   Jeu 19 Jan - 0:10

Deux âmes, deux corps. Le sang battant au rythme de cette tempête qu'étaient dés lors nos cœurs. Le calme absolu recouvrait nos corps perdus entre flammes et blizzard. Le léger ronronnement de la cascade nous berçait. Tout ceci était si féérique et intense... Que tout aurait très bien pu n'être qu'un rêve. Le doux voile finira-t-il par se lever vers cet horizon damné par les Dieux... ?

J'étais si bien. Ainsi c'était ça...L'amour. Cette chaleur qui nous hante et nous motive à toujours protéger le petit oisillon qui vient se perdre au creux de nos mains. Cette force qui nous guide pour ne jamais lâcher la main de cet être si spécial. Un seul sourire et tout le mal est oublier. D'un regard, d'un clignement de cil, la dure réalité gagnait en légèreté pour n'être plus qu'une blanche colombe porteuse de liberté et de joie. Je comprenais désormais. Tout était plus clair, plus limpide. Cette sensation extraordinaire qui parcourait mes veines alors que mes bras parcouraient lentement ce corps parfait d'ange qui se tenait face à moi. Ce baiser que je t'avais offert... Jamais je ne l'oublierais. Et toi Kamui... ? Que pouvais-tu bien penser en ce même instant... ?

Un doigt fin vint rendre à mon visage son éternelle neutralité. Surpris par un tel geste, je savourais cet instant de douceur. Merveilleux contact humain, il n'existe de nuit ou je ne fus pas tourmenté par ce désir de te voir parcourir ma peau. Pourvu que cela dure... Pourvu que jamais cela ne cesse. Tombant dans le piège du vil serpent, le scorpion avait croqué dans la pomme. Un retour en arrière n'était désormais plus à l'ordre du jour. Condamné à sombrer avec mon âme, jamais plus mes sentiments ne s'éteindraient. La flamme ardente qui consumait jadis mon esprit rugissait désormais bien trop pour être contenue. Cet incendie sauvage, indomptable et capable d'affronter la glace la plus tranchante avait repris son juste trône en mon cœur pour ne jamais plus l'abandonner. Et puis...

Cette douceur divine. Ce contact inattendu entre nos deux lèvres. L'appel sans réponse dont j'avais fait la prédiction s'était-il avéré n'être qu'une grossière erreur ? Quelle était donc la nature de ce geste ? Pourquoi m'offrir à ton tour ce doux péché Kamui ? Etait-ce car les barreaux de ton coeur avaient eux aussi cédé à cette délectable tentation ? Souhaitais-tu toi aussi croquer dans cette pomme que j'avais entamée contre toute attente... ? Mon cœur ne fit qu'un bond. Exquise surprise, ce parfum qui parcourait désormais mes lèvres les marquaient à jamais. De nombreuses questions surgissaient alors dans mon esprit, mais trop préoccupé aux réjouissances d'un tel présent je les mis de côté. Peu importaient les raisons. Tu avais répondu à mon appel. Qu'ouï-je au loin sur les plaines du destin ? Seraient-ce les douces cloches apportant la Bonne Nouvelle ?

...Ou était-ce plutôt le sinistre glas du désespoir qui se pressait déjà à ma porte ?

- Mais je n'ai pas le droit à tout ceci...

Un regard fuyant. De trop lourdes responsabilités. Un destin tout tracé. Un cœur meurtri. Une âme balayée. Un sourire perdu. Des ailes brisées. Un espoir corrompu. Un corps abandonné. Mes sentiments... Immolés sur l'autel de la réalité.

J'avais été naïf au point d'y croire. Le Scorpion avait baissé sa garde. Pris au piège par ma propre erreur. Plus grande est l'ascension, plus dure en sera l'indéniable chute. Ne voulant croire ce que mes oreilles avaient accepté d'entendre. N'acceptant pas une telle conclusion à un récit ponctué par cette faible lumière qui semblait capable de broyer l'obscurité. J'avais toucher le paradis du bout des doigts... Mais cela n'était que dans l'unique finalité de mieux retomber dans le néant.

''Pas le droit à tout ceci... ? Alors... Non. Tu ne peux pas Kamui. Tu ne peux pas fuir à nouveau. Tu ne peux pas me laisser. Pas maintenant. Pas comme ça. ''

Le refus. Reniant cette malheureuse vérité, je cherchais tant bien que mal le masque qui serait capable de me protéger d'une pareille désillusion... En vain. Car ce masque n'existait pas. Et mon coeur si fragile n'eut d'autre choix que d'accepter cet échec. Car le regard de Kamui ne mentait jamais. Et l'océant tremblant qui fleurissait ces iris n'offraient qu'un simple mot : résignation.
Malgré mes efforts. Malgré notre relation, nos gestes. Malgré cette flamme criante et réelle, ces cruelles chaînes continuaient inlassablement d'enlever mon Ange. L'innocence corrompue par ces dégoutantes divinités. Violence. Réaction. Incompréhension. Telles étaient les cris qui résonaient désormais au fond de moi. Pourquoi ? Pourquoi ?!

Pourquoi m'avait-il embrassé pour finir par me transpercer le cœur ? Pourquoi m'avoir fait croire que l'espoir subsistait l'espace d'un instant pour me le retirer ensuite ? Je ne comprenais plus rien. Je ne voulais plus comprendre. Il en était trop. Pourquoi m'avoir fait croire que ton cœur battait pour moi comme le mien pour toi ? Pourquoi refusais-tu de t'abandonner dans mes bras ? Pourquoi me torturer ainsi. Véritable cadeau empoisonné, en cette nuit éclairée par l'astre de la nuit, j'avais connu l'Espoir. Et si tant qu'il existera de la lumière, l'ombre ne saura disparaître, il en allait de même pour le désespoir. L'un ne pourrait jamais aller sans l'autre.

''Me débattre est inutile...N'est-ce pas ? Cette Rose que tu m'as montrée est recouverte d'une infinité d'épines la rendant inaccessible. Sommes nous donc condamnés à supporter ce fardeau à tout jamais? N'existe-t-il donc aucun moyen de nous libérer de nos chaînes?''

Mon regard avait changé. Frustré, incompris et meurtri, je m'en voulais à moi même d'être allé aussi loin. Tenté le diable m'avait ouvert une nouvelle porte vers les Enfers. Tel un enfant privé de son bien le plus précieux, on m'avait offert l'amour pour me l'arracher des mains sans vergogne. Je voulais le récupérer. Il le fallait. Coûte que coûte. Je n'avais rien à perdre...

''Tu ne trouves rien à redire. Et ce baiser que tu m'as offert alors ?! Que suis-je réellement à tes yeux ? Ce geste avait-il un sens si tout cela doit se terminer de la sorte ?! Pourquoi te refuses-tu d'être heureux ?! Réponds-moi !''

Sentant l'ange déployer lentement ses ailes, je me hâtais de resserrer mon emprise sur lui. Je refusais de te voir partir. Broyé par la colère déçue et capricieuse, je ne pouvais abandonner le seul bonheur que ma vie avait connu. Si nos lèvres ne pouvaient s'oublier... Alors elles ne pouvaient se dire adieu. Mes bras agrippaient désormais l'étoffe blanche de l'élu primordial. Je ne te laisserai pas partir. Tu ne pouvais pas fuir Kamui. Je veux savoir. Parle-moi. Crie. Pleure. Rit. Frappe-moi. Mais n'abandonne pas. Ne succombe pas à la résignation.

''S'il s'avère que tes sentiments égalent les miens...''

Cet amour que tu te refuses remplissait mes yeux éteins des débris de mon coeur. La réalité avait finit par me rattraper. Tout ceci n'était qu'un rêve. Une amère illusion bercée par un souvenir immortel. Tout ceci était impossible. Jamais plus nos lèvres rendront cet amour possible. Et même si je refusais d'y croire, te tenant sans relâche au creux de mes mains, la violence qui teintait ma voix n'était qu'une preuve de plus que la déception avait emprisonné mon cœur, et que j'avais été bien trop sot d'avoir cru que tu pourrais un jour m'offrir cette lumière.

''Si tu m'aimes Kamui... Reste avec moi. ''

Désir égoïste. Volonté marquée. Souvenir charnel. Braises immortelles...

Le coeur a ses raisons que la raison ignore.


Dernière édition par Alvaro le Dim 22 Jan - 4:12, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La Belle et le Scorpion [Event-S Kamui](CLOS)   Jeu 19 Jan - 19:09

Un don bien surprenant. Le savoir s'abreuve au creux de vos mains. Vous êtes le gouffre d'un état contre lequel nul ne peut lutter. Rien n'échappe à votre regard aiguisé. Chaque mouvement, chaque battement de cil, jusqu'aux palpitations de votre cœur. Mais au delà de cet organe imprégné de l'encre de la Vie, réside un bien qui est encore plus précieux à l'Humanité. Au-delà des apparences. Une caverne d'Ali Baba recelant de tous les secrets d'un monde étrange et si vaste que sa perception s'en voit altérée par chaque regard. Un trésor inestimable caché des yeux de tous... De tous ? Non. Il existe une personne en ce bas monde. Un lien qui vous unit. Une essence de vie. Un sens. Une raison. Une finalité. Le but même d'une Vie. Les doigts entrelacés, à cœur ouvert. Le vôtre battant à l'unisson avec le sien. Amitié, Amour, Haine. Quel est donc ce profond sentiment qui a soudé vos âmes pour n'en faire plus qu'une... ? Quel est donc le nom de cette fièvre qui vous consume en silence ? Cet être qui d'un geste balaie le froid glacial de la Solitude. Vous croyez pouvoir lutter contre tout ceci. Mais il est trop tard. Le Destin a scellé votre existence aux fers de sa Volonté. D'une renaissance à l'autre. D'une chair à une âme. D'un sanglot aux pleurs. D'une parole au silence. Tout est calculé. Vous n'avez le choix qu'en apparence. Car quelle que soit votre décision, il ne vous restera qu'à suivre le chemin tracé par cette entité qui vous surplombe. Vous berce de ses doux songes ou de ses affres. Malgré cette douleur, vous outrepassez vos propres limites. Vous vous offrez corps et âme à cette laisse qui vous ancre au Destin d'un autre. Repousser. Accueillir. Détester. Mais qu'en est-il au fond ? Pourquoi n'ignorez-vous simplement pas ce qui vous tracasse ? Pourquoi ne pas juste détourner les yeux et éluder ce fléau qui étend sa tache chaque jour qui passe... ? Pourquoi accordez-vous tant d'intérêt à tout ceci... ? Vous qui n'avez juré que par le Vide. Par le Néant. Vous qui n'êtes qu'une frêle créature en proie au vent de la Providence. Vous qui n'est rien d'autre qu'un cœur déchiré, une âme brisée, un corps souillé. Vous qui n'êtes que le déchet indésirable d'un passé reclus, d'une vie désœuvrée. Vous qui avez essuyé les affronts, la honte, l'humiliation. Pouvez-vous seulement laisser exister cette attache... ? Les menottes du Destin enlacent vos mains. A qui donc êtes vous dévoué... ? Pour le meilleur et pour le pire. Et pour les siècles des siècles. Cet étroit tissage fait de vos mains unies, ce chemin qui s'est bâti à la force du temps et de la volonté ne tient plus qu'à un fil. La tranchante épée de Damoclès pesant au dessus de vos têtes n'attend qu'une chose.

Un choix.

Pourquoi tout ceci devait être si compliqué... ? N'avais-je pas déjà suffisamment enduré ? Les Cieux n'accordaient-ils aucun répit à ceux dont la vie n'avait de cesse ? Je ne pouvais aujourd'hui que trop bien comprendre les raisons de la Mort. Comprendre pourquoi l'Humanité se devait d'avoir une fin. Pourquoi nous ne pouvions perdurer jusqu'à la nuit des temps. Car l'être de par son cœur ne peut affronter les maux éternellement.

Car mon cœur brisé depuis l'aube de mon existence ne pouvait plus endurer tout ceci.

La saveur de ses lèvres brûlait encore mon âme d'un magma sulfureux. La conscience rongée par des mots dont je m'étais résigné à ne jamais entendre le son. Les torrents d'une sensation jamais connue. L'effluve d'un parfum entêtant, la tête m'en tourne... L'envie de perdre conscience pour pouvoir reposer à jamais au creux de ce duvet chaleureux qui vous étreint. Le besoin insatiable de partager ce désir...

Pourquoi tout ceci m'est interdit... ?

Créature décharnée. Arraché de mon berceau de quiétude. Le sang se mêle en un breuvage douloureux à la salive sur ma langue. La réminiscence d'une douleur éternelle. L'Enfer eut été une sentence bien plus douce. Croupir dans la geôle infinie du vice. Tremper dans le même bain que ceux ayant commis les pires crimes, les pires affronts. Serrant à pleine main ce cœur calciné par les larmes. Brisant les os, arrachant la chair. Les ongles salis d'une peau déchirée, les dents meurtries de s'être trop serrées. La peine silencieuse d'un calvaire sans nom. Géhenne impérissable qui jamais ne cessera de lécher mon être de ses crocs acérés. Le sang cessera-t-il un jour de couler de cette plaie béante jamais refermée ? Serait-il possible de suturer cette plaie infectée du venin de l'horreur ? Était-il seulement possible de laver les mains de l'Assassin lorsque son Destin fut scellé par le Hasard ? Aucune fin ne viendra cueillir ma peine. Aucun remède n'existe à ces maux qui vrillent ma tête...

Alors à quoi bon... ? A quoi bon offrir mes tourments à autrui... ? Pourquoi infligerai-je ceci au seul être qui ai jamais su me montrer tant de sincérité... Tu ne supporterai pas ce poids. Cette enclume qui écrase ma poitrine et me coupe le souffle. Cette lame qui sans cesse transperce mon cœur, continuant indéfiniment à me rappeler à la Raison...

Mais malgré cela... Pourquoi avais-je succombé... ? Pourquoi avais-je tant désiré frôler tes lèvres... Quelle idiotie que de souhaiter si ardemment que jamais tes bras ne me relâchent... Tes doigts s'agrippant fermement à ces lambeaux de mon Innocence. Ton corps brûlant, ton âme consumée incendiant chaque fibre de mon être... La peine que tu ressens me fend le cœur... Pourquoi ne l'avais-je pas mis en garde plus tôt... ? L'incompréhension brisant l'éclat iridescent de tes yeux, la douleur du refus te faisant serrer les dents...

Je ne veux pas fuir Alvaro... Je... N'ai pas le choix... Scellé dans cette cage aux barreaux de verre, quiconque en effleurerait la surface verrait son âme brisée... Recouvert de ce voile noir qui cachera pour toujours l'étendue des dégâts qui ravagent ces miettes de moi. Si aujourd'hui tu trouves ma réaction douloureuse... Qu'en sera-t-il quand tu sauras... ? Que diras-tu lorsque tes yeux ne poseront plus sur moi qu'un regard de dégoût des plus total... ? Lorsque ton amour se sera fané... Lorsque le rideau aura été tiré... Corrompu. Avili. Putréfié. Cette belle Innocence n'est qu'une vaste illusion... La Fontaine des Fées me rendant cet éclat perdu à chaque résurrection... Les cicatrices et le sang épargnant cette chair d'immaculée...

Si seulement tu savais... Tu ne me le pardonnerai jamais... Je veux t'épargner. T'éviter cette désillusion destructrice... Ne pas t'infliger l'affront que je suis... Préserver ce cœur pur. Exempter ton âme de ma souffrance...

Kamui... Pauvre fou... Lequel de nous deux essayes-tu vainement de protéger... ?

Pourquoi te voiles-tu la face... ?

Que puis-je te répondre Alvaro... ? Lorsque l'azur pleure de voir les flammes ainsi ternies... Quelle est donc la réponse que tu souhaites entendre... ? Cette poigne qui colle mon corps au tien... Réalises-tu que cette créature que tu enlaces n'est pas celle que tu crois... ? Le venin perfide de ta détresse me broie le cœur. Entravé au creux de l'étau protecteur auquel tu me contrains, je n'ai qu'un souhait.

Les paroles moururent au bout des tes lèvres. Ce fruit déchaînant la passion, ce caprice perfide du damné. Pourquoi Alvaro ? Pourquoi tout ceci doit être si compliqué... ? Pourquoi t'acharnes-tu... ? Pourquoi m'aimes-tu... ?

Glissant doucement mes doigts sur ton torse, je repoussais délicatement notre étreinte. La sensation de tes doigts glissants sur l'étoffe si mince voilant cette peau rendue vierge par les ablutions d'une fontaine bénie... Par les heures de prières au pied d'un autel sacré.. La piété aurait-elle raison de mon cœur... ? Raison de mes torts. Raison de ma décision... ?

Gardant les yeux rivés sur nos deux peaux unies, contemplant le contraste de ces doigts liliales sur ce torse aux délicates teintes basanées... Lentement, l'azur vint croiser le rubis. Le son cristallin de ma voix s'éleva enfin.

- Sais-tu qu'aujourd'hui... Tout nous oppose... ?

Doucement, ma main droite s'éleva, effleurant du bout des doigts une mèche d'encre. Prenant une lente inspiration, je sentis mon cœur frémir lorsque l'écho de ma voix vint accompagner le ruissellement de la cascade.

- La nuit et le jour... Mes doigts remontèrent sur le visage de mon Élu, se perdant sur le haut de ses pommettes, fixant les iris rougeoyantes rendues si pâles. Le feu et la glace... Le souffle serré, ma main revint à sa place initiale, sur ce torse ferme et dévoilé, rejoignant sa jumelle. Tu en sais plus que tu ne le penses à mon sujet...

Troublé. Le cœur battant, mon souffle s'échappa en une plainte douloureuse.

- L'amour n'est pas une vertu que je peux m'accorder... Je... Je suis le fils de Layca et... Ma seule existence m'a été arrachée il y a déjà des années de cela... Un temps si lointain que tu n'as jamais connu... Alvaro je... Je suis désolé...

Marquant d'un geste la distance entre nous, mes mains vinrent se poser sur les siennes. Détachant à regret ses mains de mes hanches, mes dents vinrent meurtrir ma lèvre inférieure. Je ne devais pas flancher... Je ne pouvais pas céder... Pas maintenant...

Alors pourquoi garder ceci pour moi me faisait si mal.. ? Pourquoi voir son regard brisé m'arrachait-il le cœur... ? Je n'avais pas le droit...
Et pourtant... Il fallait qu'il sache...

Dans un murmure inaudible, l'azur affrontant les flammes, je prononçais, resserrant imperceptiblement mes doigts sur les siens.

- Mais crois-tu sincèrement que je puisse te mentir... ? Crois-tu que je sois capable de me jouer de quiconque... ? Penses-tu que je ne sois pas sincère...?

Remarquant son regard briller d'un éclat différent, l'une de mes mains vint sceller sa parole, se posant tendrement sur cette bouche aux couleurs vermeilles. Les lèvres pincées, les sourcils froncés, l'océan de mon regard perturbé par de nouvelles larmes que je luttais à garder pour moi. Le cœur ouvert, cette blessure suintante m'arrachant les entrailles. En un écho meurtri, le son tremblant de ma voix s'étouffa, accompagné d'une multitude de gouttes salées.

- Je... Une inspiration difficile. Relâchant ses doigts et quittant ses lèvres, mes mains vinrent délicatement se poser sur ses yeux, imposant l'obscurité à mon Élu. ... Suis plus que sincère...

Dans un sanglot térébrant, mon don pris le dessus sur cet amas de désespoir qui rongeait le cœur de mon Élu.

- Pour ton bien Alvaro... Oublie cet Amour... Retrouve la paix qui te sieds tant... Et... Ce fut d'un soupir sans éclat que ma voix rendue vide souffla. Pardonne-moi...

Comme la marée entraîne avec elle les empruntes des passants sur le sable... Comme le vent repousse les nuages couvrant l'horizon infini... Mon don dissipa toute once de sentiments...

Laissant mes mains sur ce visage si parfait, contemplant la douceur ayant rendu leur superbe à ces traits d'éphèbe, l'azur daigna se tarir enfin. Tout pourrait être balayé... Alors je pouvais me le permettre n'est-ce pas... ? Tout sentiment effacé... Lui répondre ainsi ne le blesserait pas car... Peut-être n'en verrait-il pas le réel sens...

Baissant les yeux, le souffle rendu rêche, cherchant du regard un point sur la surface limpide du bassin qui renfermait ces deux cœurs brisés. Trouver un point imaginaire pouvant me confirmer que mon choix serait le bon... Je laissais échapper d'une voix tremblante ce que mon cœur m'assénait.

- Alvaro... Je... Prenant une profonde inspiration, les orbes céruléennes rendues troubles par tant d'émotions jamais ressenties, je murmurais. Je serai toujours là...

J'osais prendre ce pari gagnant...

Que cet aveux soit le sceau de ma Fin. Que mes paroles m'ouvrent les portes de cet Enfer si longtemps tenu loin de moi. Les flammes de Lucifer viendraient bientôt assassiner l'âme de cette hominidé souillé s'offrant à l'Espoir. Car la Raison n'est au Cœur qu'une barrière téméraire à la Divine Providence. Car la Raison qui a si longtemps glacé mon sang m'entravait corps et âme. Brisant ces chaînes qui broyaient mon esprit et ma conscience depuis un temps immémorial. Abandonnant cette carapace qui n'avait pour but que de protéger ceux qui me sont cher... Comprendrez-vous tel parjure... ? Saurez-vous accepter la Réalité... ? Pardonnerez-vous mes péchés... ?

Père... Dois-je brûler en Enfer... ?

_________________

    We each begin in innocence
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MessageSujet: Re: La Belle et le Scorpion [Event-S Kamui](CLOS)   Dim 22 Jan - 4:13

Nous étions si proches en ce dernier instant, et pourtant la nature toute entière luttait pour nous tenir éloignés. Une barrière infranchissable se dressait inlassablement sur notre route, nous empêchant de goûter réellement à ce fruit défendu par les Dieux. C'était comme-ci deux mondes nous séparaient Kamui et moi. Une frontière se bornait à nous rappeler que nous ne pouvions être ensemble. Que jamais je ne pourrais serrer cet être dans mes bras en ne craignant pas qu'il s'envole aussitôt. Qu'il n'existait aucun espoir pour ces doux rêves qui immergeaient mon cœur dans un bassin de lumière. Le prince provenait d'un monde divin, sacré et intangible. Invisible pour les profanes, cette bulle bénite contenait bien des secrets dont la nature m'était inconnue. Toutefois, je savais que l'être imparfait et simplement humain que j'étais n'aurais jamais accès à tout ceci. Enchainé par les fers sans connaître la raison exacte, je devais regarder l'ange voler près de moi sans pouvoir ne serait-ce que le frôler des bouts des doigts. Était-ce ceci la punition que les Dieux m'avaient réservée ? Vivre accroché à des sentiments prohibés qui ne me voueront qu'à l'enfer et la désolation ? Avais-je réellement envie de tout ceci... ? Pouvais-je réellement supporter un tel fardeau ? Dans ce rideau d'incompréhension qui entourait dés lors mes épaules, je pus néanmoins apercevoir ce voile posé sur notre histoire. Tissu marqué par le sang et les larmes cachant éternellement ses sentiments que nous semblions partager tous deux... Aurais-je la force de soulever un jour ce drap ? Trouverais-je l'épée qui nous libérera de nos fers ? La colère qui parcourait mes veines avait-elle finalement céder sa place à la résignation tout comme toi Kamui... ?

Le frisson que me produisait les doigts fins de Kamui parcourant mon visage vinrent rallumer les braises qui se laissaient mourir quelques instants plus tôt, rongées par la déception. Pourquoi mon cœur s'emballait-il à nouveau... ? N'avait-il pas compris que tout ceci était futile ? Pourquoi s'acharner ? Et cette main qui retourne s'approprier de mon torse brûlant... Pourquoi ne puis-je simplement pas la retenir ? Pourquoi n'arrivais-je pas à me convaincre que ce geste me déplaisait ? Pourquoi me forcer à souffrir encore et encore ? N'avais-je pas réussi à vivre ma vie sans me soucier des autres jusqu'ici ? Alors pourquoi est-ce que je continuais de m'accrocher encore et encore ? L’Innocence n'avait-elle pas été assez cruelle en m'imposant la vérité ? Allais-je donc laisser la réalité m'écraser infiniment sous prétexte que...

Non. Je ne pouvais pas. Je ne voulais pas. Jamais plus je ne comptais céder sous le joug de Layca et la torture de Belzeneff. Je trouverais un moyen. Je te libérerai de ce fléau. L’éternité m'avait ouvert ses portes. Ainsi, je prendrais le temps et les mesures qui s'imposeront pour que ce baiser que nous avions partagé puisse un jour avoir le sens qu'il mérite. Les mystères du cœur m'échappent. La raison se bornait pourtant à me rappeler qu'un baiser ne signifiait rien. Et pourtant... Les battements incessants de mon cœur s'alignaient à mes souvenirs pour ne plus former qu'un hymne à l'espoir. Pourquoi tes yeux me persuadaient que je n'étais pas le seul dans cette histoire ? Pourquoi alors que tout nous oppose comme tu le dis si bien, la lumière semble attirée par l'obscurité ? Pourquoi pouvais-je trouver cette lueur au fond de tes yeux qui semblait vouloir réconforter ce feu qui s'étouffait peu à peu ? Peut-être parce qu'au fond mon coeur avait été pris au piège. Et..

Que je voulais y croire plus que tout. Je voulais que cet ange soit mien. Que ces ailes blanches qui m'étaient pourtant inatteignables me recouvrent pour l’éternité. Ce désir pourtant si égoïste ne cessait de me hanter. Je voulais que Kamui...Soit mien. Pour toujours.

Et puis la réalité rattrapa le désir. Les divines palabres vinrent plonger mon cerveau dans un chaos d'incompréhension et de doute. Avais-je donc eu raison d'y croire... ? Cet espoir qu'il me semblait distinguer à l'horizon n'était-il pas un vulgaire mirage ? Se pouvait-il...Que tu m'aimes vraiment Kamui ?

''Je...Suis plus que sincère...

Sincérité. Y avait-il cadeau plus grand que celui d'un Ange qui vous avoue à demi mot que ses gestes étaient motivés par de réels sentiments ? L'espace d'un instant, l'enfer fit place à un bref mais intense semblant de paradis. Je n'étais donc pas seul dans cette lutte... Plus que jamais... Nous étions deux. Heureux malgré le poids de l’échec. Cette confession eu l'effet d'une explosion enivrante. Je connaissais désormais la nature de tes sentiments, et plus que jamais je souhaitais te chérir. T'enlacer jusqu'à la nuit des temps. Te garder. Ne jamais te laisser partir... M'approprier de tes lèvres qui me semblaient dés lors d'autant plus désirables. Ces mêmes désirs parcouraient-il ton esprit ? Me voir te procurait-il aussi ce sentiment de paix... ?

Mais...

La notion de paix n'était parfois pas la même pour tous. Certains la considèrent comme le climax du bonheur et du calme. D'autres ne l'estiment que comme un état ou les effusions de sang ne sont plus à l'ordre du jour durant un conflit. Et puis d'autres encore considèrent la paix comme le moment où tout tracas est alors aboli par la force des choses. La vie sur Alea Jacta Est était une véritable montagne russe. Fluctuations émotives. Des hauts et des bas sans cessent guettent votre cerveau prêt à le démolir. À le réduire à l'état de cendres. Telle une confession attendue qu'il nous faut oublier aussitôt. Kamui s'apprêtait à assassiner une nouvelle fois mon cœur au nom d'entités dépassant ma propre raison. Mais cette fois-ci, le meurtre avait une raison bien plus profonde. Bien plus personnelle : mon propre bien ?

Non. Il fallait que je l'en empêche. Il ne pouvait pas me faire ça. Arrête Kamui ! Ne me regarde pas comme ça. Ne m'mpose pas ce regard triste et profondément marqué par cette volonté. Ne m'oblige pas à succomber à l'oubli. Ne me force pas à retourner dans cette obscurité. Ma paix n'est pas celle que tu crois. Arrête ! Ne m'oblige pas à employer la force ! Ne prononce pas ces mots ! Non je ne te pardonnerai pas. Tu n'auras rien à te faire pardonner car tu ne feras rien. Ne soulève pas cette tempête qui ravage mon coeur car... Même si j'ai mal... Même si je souffre... Même si je sais... T'aimer ne m'a jamais rendu aussi heureux.

''Non... !''

Le monde entier s'était éteint face à moi. La lumière avait cessé de briller à l'horizon ne laissant plus qu'une plaine bercée par les ombres de mon propre désespoir. La pluie battante avait laissée place à un fond gris et delavé. Dénué de sentiments. Dénué de vie. Mes pupilles perdirent son manteau de feu pour ne laisser qu'un reste de rubis terni par cette marée incroyable. Ma mémoire glissait toujours sans fin dans cet océan de souvenirs, mais mon cœur avait réduit sa cadence. Les désirs étouffés me firent lâcher prise sur cet ange qui avait accomplit son devoir. Sa plus stricte obligation. Comme le cordon ombilical coupant à tout jamais l'enfant de sa mère, Kamui avait tamisé mes espoirs pour me faire glisser sur le chemin de la relativité. Tu penses bien faire. Tu estimes que cela est le mieux pour moi. Savoir que tu puisse me faire souffrir te ravage n'est-ce pas ? Voilà pourquoi tu préférais que j'enterre ces sentiments à tout jamais.

Et toi dans tout cela ? Pourquoi te sacrifiais-tu toujours pour les autres ? Pour nous ? Pour moi... ? La joie et l'amour avaient quitté mon coeur. Mais je ne pus l'empêcher de motiver ces larmes qui coulaient alors sur mon visage rendu neutre. Ce n'étaient plus de larmes de douleur. Ni même de joie. Cela n'était plus qu'une expression de cette tristesse qui hantait désormais mon coeur. Les mots qu'avaient prononcés Kamui vinrent m'emprisonner un peu plus dans cette toile sans fin. ''Je serai toujours là...Pris au piège, ne pouvant m'echapper...N'ayant pas le droit de t'aimer''. Tels furent les mots qui transpercèrent un peu plus mon âme tels qu'ils avaient été compris. Ceci n'était pas un message réjouissant. Tu ne faisais que me répéter que ceci ne se terminera jamais. Que notre amour est simplement...

Impossible.

''Ainsi soit-il...''

Ni la haine ni l'amour subsistèrent à la volonté divine. Condamné au mutisme, mon cœur s'abandonnait peu à peu. Les nuages gris tournaient lentement à l'orage. Mon cœur ne réclamait plus rien. J'avais été forcé de rendre mes armes et de m'agenouiller une nouvelle fois.

J'avais perdu.

'' Tu me condamnes donc au malheur éternel.''

Rendez-moi mon âme. Rendez-moi la joie. Rendez-moi ce baiser. Rendez-moi mon désir. Rendez-moi cette peau denudée et douce. Rendez-moi ces boucles d'or qui enivraient mon regard. Rendez-moi cet instant si précieux. Rendez-moi mes sentiments...

Kamui...Rends-moi mon coeur...

Rendez-moi mon ange...

''Je vous en supplie...''

La perle salée qui avait rejoint ma lèvre se melait désormais aux larmes venues du ciel. Les nuages sombres s'étaient invités à la messe. Y perdant mon regard, je cherchais au fond de cette toile sombre et mouillée une quelconque perle lumineuse qui saurait me rendre l'espoir.


J'étais si malheureux...
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Kamui
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MessageSujet: Re: La Belle et le Scorpion [Event-S Kamui](CLOS)   Lun 23 Jan - 5:08

L'on peut parfois penser que ses choix seront les bons. Vous envisagez avec difficulté toutes les probabilités qui s'offrent à vous. Vous vous obstinez à croire en un avenir meilleur. Bercé par votre naïveté, votre innocence, vous espérez que tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais quel est donc le mirage qui a illusionné votre sot esprit ? Vous y avez cru. Chéri cette idée d'un monde parfait. Cajolant cet espoir sincère du meilleur à venir. Vous vous êtes donné corps et âme. En dépit de vos propres convictions, allant même à l'encontre de vos propres sentiments. Vous vous êtes offert à un Destin qui n'est pas le vôtre. Et pour sauver le mince espoir d'un avenir meilleur pour autrui, vous avez brisé jusqu'au dernier recoin de votre cœur. L'âme fragilisée par un Passé, une histoire si douloureuse, vous n'êtes plus que la poussière qui ternira cette fable d'un voilà lugubre. L'initiateur de cette tragique Fin. Vous avez été le fin scénariste d'un événement que vous même n'aviez pas prévu. Si attaché à cet objectif vain, en oubliant jusqu'à la seule idée que les autres peuvent aussi pensé, vous vous êtes vous même enfermé dans cette cage qui désormais referme ses barreaux sur votre svelte silhouette. Vous étouffe, vous étreint jusqu'à ce que suffocation s'en suive. Une asphyxie mortelle s'empare de votre chair, les poumons brûlés d'un désir calciné de vos propres mains. Vous venez de briser vos seuls espoirs. Mais ceci n'est rien au fond n'est-ce pas ? Car avec votre chute, vous n'avez pas hésité à entraîner avec vous les êtres qui vous sont si chers. Trop peu soucieux de votre seule existence, vous n'aviez pas calculé que d'autres pouvaient s'être lié à vous à outrance. Révélant des sentiments qui vous semblaient alors si lointains, étrangers. Que pouvez-vous faire ? Arrachant sans vergogne cette chose si précieuse à ceux qui vous soutenaient. Pendu aux lèvres d'un Destin bien trop farceur, bien trop lourd à supporter pour vos frêles épaules. Vous vous obstinez. Vous vous bornez à ne pas succomber. Céder à cette douce tentation qu'est l'abandon. Vous perdre dans ce dédale onirique et confus qu'est la mystique contrée des sentiments. Vous barricader ne vous mènera nulle part. Vous êtes face à la pire créature qui existe au monde. Avide de sang. Battant et écrasant tout sur son passage. Sa pulsation effrénée, son souffle dévastateur. Cette force sans faille qui jusqu'à votre fin vous tiendra en haleine et éveillera en vous tant d'émotions. Ce Monstre de l'Intérieur qui vous guette à chaque cruelle seconde de votre existence. Cette chair putréfiée par la noirceur de votre corps. Cette chair immaculée par la bonté de votre âme... Que vous reste-t-il d'autre que ce Cœur servile et frivole. S'éveillant d'un rythme endiablé à chaque hésitation, chaque pincement... Pourquoi est-il donc le fief conjuré d'une Forteresse si mal gardée... ? Pourquoi la Raison n'avait-elle pas continué de surpasser ces débordements qui réveillent en vous l'Humanité... ? Pourquoi n'êtes vous pas plus fort que cette douleur qui vous ronge de votre propre sein ? Un battement après l'autre, incessant, envoûtant, enivrant. Votre propre sang est le poison d'un Mal contre lequel en ce Monde vous ne pourrez lutter. La Vie. Alors que vous reste-t-il... ? Qu'y a-t-il encore après cette Vie... ? Vous avez détruit ce qui vous était le plus cher. Ruiné ce pour quoi vous vous battez depuis toutes ces années. Mis à mal, et rendu au Néant le travail fructueux que vous avez effectué de vos propres mains. Blessé, et parfois tué pour protéger ceux qui un jour ont compté en votre Cœur comme les êtres les plus remarquables. Ceux qui un jour ont compté plus que vous. Ceux qui aujourd'hui encore ne pourront être remplacés, mais que vous avez impunément brisé... Que reste-t-il... ? Mis face à l'évidence. L'erreur se fait fatale. La douleur vous broie. Vous n'avez essuyé qu'un échec de plus... Vous avez osé penser à vous relever. Vous avez essayé de vous voiler la face... De changer cette condition qui vous brisait... Au péril de votre être cher... Alors quel choix existe encore ?

Avancer ou reculer. Tout donner ou abandonner. Vous investir... Ou fuir.

Mais pouvais-je simplement me résoudre à l'une de ces solutions, lorsque le cœur brisé de celui qui m'était si cher gisait en lambeaux au creux de mes mains salies de son sang... ? Pouvais-je simplement quitter les lieux sans un regard en arrière... ? Pouvais-je simplement le laisser ici... ?

… Non...

Mes doigts posés sur son visage glissèrent lentement le long de ses joues fines. Dévoilant ces paupières closes. Ce visage effacé de tout sentiment. Ces longs cils charbonneux.. Ce regard si vide... Pourquoi mon cœur me fait-il si mal... ? Pourquoi l'écho du cristal de mon âme résonne-t-il ainsi au fond de ma tête... ? Pourquoi voir ton regard éteint de la sorte m'arrache le cœur... ?

Alvaro... Pourquoi les larmes coulent-elles sur ton visage... ? Pourquoi est-ce mon cœur qui saigne de voir tes iris si envoûtantes rendues si pâles... ? Pourquoi tes lèvres si désirées prononçant ces quelques palabres me brûlent-elles d'un feu si ardent... ? Je suffoque du même air que toi... Les larmes s'invitant au fond de l'azur assombri par ce noir présage.

J'avais échoué.

Et ces gouttes inondant le faciès si cher de mon Élu n'avaient de cesse de me le rappeler.

Reculant d'un pas. L'eau d'un froid mordant glaçant d'effroi mon cœur meurtri. N'était-ce finalement qu'une erreur de plus commise au cours de ma longue et misérable existence... ? Avais-je pour finir moi aussi brisé l'existence d'un être... ? Le grondement sinistre d'une vie détruite. La Terre ne s'affaisse pas... C'est le Ciel qui nous lave de nos péchés. Qui emporte sur son passager les maux. Tourments et conflits...

Ton regard porté vers le ciel d'encre, quel Dieu es-tu en train de supplier... ? Père...

… A quoi bon prier.

Je suis déjà damné.

Que les larmes des Cieux effacent le mal que j'ai fait. Que les larmes des Dieux entendent le requiem de mon âme salie. Que les larmes de l'enfant du Ciel bénissent ceux qui ont souffert. Que les larmes de l'enfant de la Terre s'éteignent.

Puis-je me moquer de tout ce qui m'a permis de me reconstruire en ce monde ? Puis-je bafouer la promesse éternelle faite à mon Père...? Puis-je seulement et simplement... Exister...?

La pluie battante trempait chaque pore de ma peau. L'étoffe blanche collant rapidement à cette chair profane rendue visible. Je m'en moquais... L'or rendu liquide s'étalait en une rivière sur ma peau, parsemant de ses fils précieux cette peau diaphane rosissant au contact du froid. L'azur débordant de larmes contenues si longtemps... Mais verras-tu seulement quelles sont mes larmes au milieu de cet écoulement céleste qui trempe mon visage...?

Alvaro... Sauras-tu me pardonner...?

Franchissant la distance qui nous séparait dans un bruissement d'onde étouffé par la pluie diluvienne, mes doigts glacés vinrent se faufiler sur ce dos musculeux. La soie d'immaculée vint jouer, friponne, avec la peau rendue luisante de mon Élu. Collant ma joue contre ce torse exposé, je soufflais d'une voix serrée.

- Pardonne-moi...


Serrant les dents avec violence, tentant de réprimer ce mal qui obstruait ma gorge. Je devais le dire. Au Diable tous mes principes. Au Feu mes responsabilités...

Alvaro était plus important...

Mes bras enlacèrent ce corps rendu las par ma faute. Déchiré par la tristesse, mes larmes redoublèrent... Sentirai-tu la morsure de cet océan de lave qui lèchera ta peau...? Mes doigts se resserrèrent sur la peau tendue du dos, agrippant avec vigueur. Je devais trouver la force... La force de lui dire... La...

La force d'Aimer...

Détachant mon visage de cette chair abrasée, l'azur chercha le rubis. Les larmes mêlées à la pluie, l'or dégoulinant en quelque subtiles mèches encadrant un visage rougit par l'émoi d'un cœur si longtemps emprisonné, un gémissement saccadé par un sanglot m'échappa.

- Alvaro... Regarde-moi...!

Le feu rencontra la glace.

Je me détachais à peine de son corps, quittant le doux âtre protecteur de ses bras... L'insidieuse chaleur qui démange mon cœur... Je devais le faire... Pour lui... Pour moi...

Pour nous.

Un souffle inaudible suffit.

- Je ne te quitterai jamais.

Les joues empourprées, l'azur débordant des perles de sincérité. Le cœur, l'âme et le corps dévoré par un mal indicible. Un mal dont le nom ne pourrait être prononcé de vive voix... Un mal auquel j'avais succombé...

L'Amour...

Mais à quel prix...

Car quels que soient vos choix, chacun entraînera des conséquences. Et quels que soient vos choix, vous n'en demeurez pas moins vous-même.

Anéanti par vos chaînes.

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Alvaro
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MessageSujet: Re: La Belle et le Scorpion [Event-S Kamui](CLOS)   Lun 23 Jan - 20:25

La pluie s’écrasait lentement sur mon visage. La douce sensation de ces gouttes perforant ma peau motivait l'ascension de mon regard. Mes yeux cherchaient encore désespérément l'espoir. Mais une toile sombre recouverte d'épais nuage n'abandonnait jamais la moindre source de lumière. Les étoiles m'avait définitivement quittées tout comme l'élu primordial. A quoi bon insister ? Le geste de Kamui avait pourtant été suffisamment clair. Il me fallait abandonner. Mais... mon cœur refusait de capituler. Guerrier inlassable, il avait été attaché par les dieux mais les chaînes ne sauraient mettre fin sa passion. J'avais été maudit par l'amour, et je savais qu'il suffirait d'un simple regard pour retourner sur le champ de bataille. Un seul contact et les braises redeviendraient flammes. L'amour...Quel étrange pouvoir. Il n'était guère aisé, même pour toi Kamui, de faire taire un coeur inspiré par cette force. L'on ne pouvait forcer une âme à haïr lorsqu'elle aime. L'on ne pouvait faire taire un battement lorsque sa vie en dépendait désormais. Je savais pertinemment...Que lorsque mes yeux descendraient du Ciel divin pour retourner sur la Terre des Hommes...

...Tout recommencerait à nouveau.

Te pardonner. N'était-ce pas là le doux song de l'ironie qui tentait de frapper mon âme à nouveau... ? Pourquoi devrais-je te pardonner ? Qu'as-tu donc fait de mal Kamui ? Ces fers...Ce n'est pas toi qui me les as mit autour des poignets. Ce monde que tu administre n'est pas l’œuvre de tes mains. Tu es une victime Kamui... Tout comme moi. Et t'entendre t'excuser me rappelait alors sans cesse que tes actes ne visaient jamais ton propre bonheur. Te sacrifiant sans cesse pour les autres... Pensant à ma propre paix avant la tienne. Pourquoi un coeur si pur n'avait-il donc pas le droit au répit ? Peu importe au fond que son bonheur ne dépende pas moi. Je voulais juste... Pouvoir contempler ce sourire si merveilleux pour l’éternité. Ces larmes qui coulaient sur mon visage, faisant écho à la pluie qui ravage mon coeur, elles ne coulaient guère pour ma propre tristesse. Je réalisais simplement, dans ce silence qui s'imposait en moi, à quel point tu pouvais être malheureux Kamui. Je souhaitais pouvoir te faire oublier tout ceci. Je voulais te sortir de là. Te libérer de tes chaînes... Je t'ai voué ma vie. Et mon existence toute entière se déploierait désormais à te faire goûter, toi aussi, au bonheur.

Et puis l'Ange me revint. Je sentis à nouveau cette douce étreinte. Chaleur exquise. Cœur revigoré... Tu m'étais donc revenu beau prince... Sentant ton visage posé au creux de mon cou, je fermais alors les yeux, profitant de ce geste inattendu, laissant les ailes divines étreindre mon corps nu. Sentant les perles salées mordre mon cou, hésitant à entourer de mes bras se corps frêle...Une nouvelle fois.

- Alvaro... Regarde-moi...!

Te regarder...Savais-tu ce que cela signifiait...Kamui... ? Etait-tu capable de supporter à nouveau mon regard ? Pouvais-tu accepter une nouvelle foi que mon cœur s'enflamme à nouveau pour tes yeux étincelants ? Que mon désir s'emballe pour ce corps si parfait... ? Oserais-tu prendre ce risque... Car mon coeur était un phénix. Capable de renaître éternellement de ses cendres... Ma vie t'appartient désormais. Et tant que mon cœur battra, jamais mon amour ne pourra s'éteindre. Personne n'en sera capable. Ces sentiments étaient miens... Pouvant être brimés, freinés, réduits à l'état de braises éparpillées. Mais jamais ils ne mourraient étouffés. Tu étais bien trop précieux...Bien trop parfait... Pour que je puisse abandonner un jour ma promesse. Pour que tes mots résignés puissent à jamais me convaincre. Nos larmes se melaient désormais pour ne former plus qu'un torrent d'amour. Tout ceci était injuste... Un jour...

Je nous libérerais de notre prison.

Posant à nouveau mon regard sur l'élu. Je découvrais à nouveau cet Ange aux traits si parfaits. Je ne bougeais pas. Confiné au mutisme profond. Observant avec attention celui qui faisait battre mon cœur. Tes cheveux d'or étaient désormais trempés par la pluie rugissant de plus en plus fort. Les nuages avaient-ils décidés de faire écho à nos larmes toujours plus nombreuses ? Nos cœurs criaient
à ne plus en pouvoir... Abandonnant l'espace d'un instant tes obligations pour venir ne faire plus qu'un avec mes bras. Désormais...Tu comprenais mieux... Battant à l'unisson, marquant ce cœur à jamais. Et puis ne bougeant pas, je sentis tes bras me quitter à nouveau, rattrapé inlassablement par la voix de ton Père. Tu m'avouai néanmoins alors une nouvelle fois ce lourd secret que tu ne pouvais supporter davantage. Tu souhaitais toi aussi rester avec moi pour l’éternité... Contempler le soleil et la lune au creux de mes bras. Espérer que cette toile lumineuse nous apporte l'Espoir. Et pourtant ce paradoxe continuait de te tourmenter. Tu t'éloignais pour mieux te rapprocher de moi. Ton coeur et ta raison n'étaient plus unies pour un seul même but n'est-ce pas... ? Mais n'aie crainte Kamui... Ne t'envole plus si tu n'en as plus envie... Car... Moi aussi...

''Je resterai avec toi Kamui. Pour toujours....

La pluie battait désormais son plein. Le rugissement de la cascade ne fut plus qu'un doux ronronnement caché par le choc assourdissant des gouttes sur notre peau. Mon esprit perdit toute trace de la réalité. Il n y avait plus qu'un grand tableau où nous étions assis, toi et moi. Ensemble...Heureux... L'eau avait noyé tes cheveux et tes vêtements. Posant mon regard sur cette étoffe aux couleurs sacrées, je remarquai alors qu'elles ne pouvaient plus dissimuler tes douces formes offertes par Belzeneff. J'avais beau savoir que tout ceci n'était qu'un mirage, j'étais inévitablement attiré par une telle magnificence. Ainsi... Ton corps tout entier était aussi limpide et parfait que ton esprit...Me rapprochant de l'Innocence à nouveau, j'agrippais désormais ses épaules du bout de mes doigts refroidis par l'eau, maintenant les ficelles transparente de cette Robe qui te seyait à merveille.

''Tu es trempé Kamui... Ceci ne t'es plus d'aucune utilité désormais...

Faisant glisser lentement les fines lanières qui retiennent encore cette étoffe sur ton corps parsemé d'eau, mes doigts se conjugaient à ta peau douce et brûlante. Contournant alors ta taille, je venais agripper le léger ruban blanc attaché à ton dos, le défaisant avec délicatesse. Le laissant alors tomber sur cette eau qui entouraient encore nos chevilles dénudées, je passais désormais mes mains sur cette douce poitrine qui était tienne, te privant alors de ce vêtement divin qui te cachait du commun des mortels. Les lanières quittèrent les bras de l'élu primordial, motivées par le geste de mes mains, et le tissu divin s'effondrais sur son bassin taillé. Nous étions désormais sur un même pied d'égalité...

''Si...parfait... Si... Désirable...

Parcourant ce corps qui n'avait plus de secrets, mes mains vinrent agripper sa taille, ramenant alors le Prince contre mon propre corps. Mon torse ne fit alors plus qu'un avec sa poitrine libérée. Une douce chaleur se dégageait d'un tel tableau. Il n y avait pas a ressentir de gêne...Nous nous aimions... Et même si ce corps que mes yeux admirait n'était pas réellement le tien, cela m'importait peu. Je voyais au-dela de la simple apparence. A mes yeux... C'était la personne que j'aimais que j'enlaçais alors sous une pluie battante, avec pour seule arme nos deux corps dévoilés.

Ne crains rien Kamui... N'oublie jamais que je t'aime...

Serrant mon étreinte, je profitais de ce doux parfum qui se dégageait du corps de ce bel Ange que j'avais capturé. Avais-je le droit de faire ça ? Je ne le savais guère. Peut-être n'était-ce là qu'une maladresse supplémentaire de ma part. Mais je ne pouvais renoncer à cette âme et à ce corps. Le désir était trop grand. L'occasion trop belle... La pluie m'avait offert une icone divine qui m'avait fait succombé à la tentation.

Allais-tu me blâmer pour cela...Kamui... ?

Mon bel Ange...Ne pars plus je t'en supplie...
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MessageSujet: Re: La Belle et le Scorpion [Event-S Kamui](CLOS)   Lun 23 Jan - 23:15

Il est certains jours au cours d'une existence qui vous marqueront au fer rouge. Certains événements qui jamais ne quitteront l'âtre charbonneux de vos souvenirs. Vous pourriez en donner la date, l'heure... Et peut-être même la seconde près... Quelle était sa tenue ce jour là ? Quelle chanson passait à la radio.. ? Rien ne vous a échappé. Enregistré en votre sein en une trace indélébile, quelle que soit la circonstance, cet instant ne sera jamais altéré. Vous pouvez y repenser à tout instant, et la véracité des faits ne perdra jamais son caractère marquant. Vous y êtes encore. Vous ne pouvez vous détacher d'un environnement qui vous a construit. Ce bref moment où Chronos semble daigner stopper le cours du temps. Le sable fin se suspend dans l'air rendu âpre. Le vide s'éveille. Le silence. Tout ceci... Est-ce bien réel... ? Ne suis-je pas simplement en train de rêver... ? Perdu aux bras d'un passé qui ne desserrera jamais ses griffes de votre conscience. L'âme à tout jamais signée d'une lame qui n'est pas la vôtre. Est-ce le Destin qui a laissé poindre pareille situation... ? Est-ce le Hasard si ceci vous est arrivé... Peu importe, n'est-ce pas ? Car quoi qu'il advienne, tout ceci n'est plus d'actualité. Le feu rémanent, les braises à demi-éteintes vous rongent d'une douleur servile. Ployer face à ce petit quelque chose qui jamais ne daignera s'effacer... S'estomper, qui sait. Mais jamais l'eau ne viendra éteindre les flammes meurtrières. Les larmes seront peut-être là pour essuyer votre fardeau. Vos épaule tressautent sans jamais pouvoir réagir. Vous avez été fait prisonnier de votre propre vivant. Quel est donc cette image doucereuse qui lèche votre psyché en une douleur acariâtre ? Quelle est donc la raison pour laquelle vos larmes n'ont pas cessé de couler malgré le temps qui passe.. ? Les Dieux ont redonné libre cours à la Vie. Avancer, toujours plus. Ne jamais lâcher son but des yeux... Mais lorsque la fatigue vous emporte. Lorsque le sommeil vient prendre ses quartiers en cet encéphale brouillé par tant d'émotions ? Quand le rideau noir laisse se dévoiler à vos yeux émerveillés la douce mélodie de la nostalgie... Qui croyez-vous donc berner... ? Ne sont-ce pas des larmes qui dévorent votre visage... ? Ce gémissement pincé qui s'enfuit de vos lèvres, mourant prématurément sur l'oreiller de l'oublie... De l'abandon. Le duvet des ténèbres vous enlace avec conviction. La profonde noirceur s'immisce entre vos lèvres. Obstrue votre gorge. La poitrine se soulève en un mouvement. Réflexe. Frénétique. L'air manque. Suffoquer. Respirer.

Ouvrir les yeux.

Tout ceci n'est qu'un cauchemar...

Mais lorsque le cauchemar prend vie... Lorsque les ténèbres m'entravent, l'acier brûlant tâchant mon corps de sa perfide œuvre... Saurai-je me réveiller... ?

Pourquoi les Cieux ne cessaient-ils pas leur chant divin... ? Pourquoi l'atmosphère s'était-elle ainsi troublée... ? Pourquoi le ciel si clair était-il devenu si sombre... Tableau effilé d'un art rendu millénaire... Impressionnisme. Lyrisme... Où est passée ma bonne étoile, au beau milieu de cet ouvrage duveteux... ? Pourquoi l'ombre dévie-t-elle sur cette scène d'une douce rencontre.. ? Le cœur battant, les yeux luisant d'une lueur nouvelle... Pourquoi ne sont-ce pas des étoiles qui viennent se pendre à mes yeux... Pour quelle raison les larmes ont-elles envahit mon visage... La voûte céleste couverte d'un linceul funeste... Pourquoi n'avais-je pas deviné plus tôt... ?

Tu daignes répondre à cette supplique brisée. Est-ce le son plaintif de ma voix qui t'a attiré... Où crois-tu vraiment en ce regard que tu poses sur moi... ? Le flambeau de vivacité qui reprend son domaine, le rubis noircit par les larmes... Ton visage trempé... Sais-tu à quel point tu es... Beau... ? Tes lèvres se meuvent en un écho serein. Bercé par ce sentiment de quiétude qui habite ton cœur, mes paupières vinrent se clore sur sur cette douce sonate... Une promesse d'éternité...

Suis-je trop naïf de vouloir y croire... ? Non... Ouvre les yeux... Ce n'est pas un rêve...

Le frisson délectable de tes doigts qui effleurent ma peau... La sensation rassurante d'être couvé de ton regard... Puis-je profiter aussi de ce songe... ? Puis-je partager avec toi l'éternité... ? Ai-je le droit d'espérer... ? Alors pourquoi ne pas laissez l'azur contempler cette parfaite illusion... ? Peut-être parce que les larges paumes de mon Élu sur mes épaules m'offrent une délice si particulier, enveloppé dans cette douce obscurité...

Le son enivrant de... Ta voix...

L'azur perturbé s'ouvrit d'un éclat, cherchant, inquiet une réponse au fond des lagons carmins. Que... Que venait-il de... ? … Dire... ?

Le vide. Le Néant.

Le contact humide de l'étoffe effleurant une épaule. Collant l'épiderme, épousant les formes... Deux bras enlacent votre taille... Le corsage ingénieusement noué libère son étreinte. La pluie glissant en une lave sulfureuse sur cette peau laiteuse. Les doigts assurés effleurent une poitrine tendue par le froid ambiant. La chair immaculée se dévoile en un ballet sensuel, sous le regard d'un maître soucieux... Cette danse devait être la plus belle pour lui. Cette danse devait lever le voile...

D'une mèche d'or, une goutte traça son chemin le long d'une joue d'opale. Un cou gracile... Contournant une clavicule aux traits estompés et féminins... Parcourant sensuellement le galbe d'une poitrine dévoilée aux yeux du monde, s'estompant au gré des côtes, léchant avec délice le ventre plat pour venir mourir dans cette étoffe froissée... Ses jumelles suivaient son tracé. Mordant les reins offerts, s'offrant cette taille finement sculptée. Certaines osaient s'enfuir des iris tétanisées... Mourir sur ces lèvres entrouvertes desquelles le souffle avait cessé de s'échapper...

Choc.

''Si...parfait... Si... Désirable...''

Sortir la tête de l'eau. La poitrine de souleva en un souffle erratique. Les pupilles ne sachant où reposer leurs âtres larmoyants. La fibre de chaque muscle se crispa au contact de cette peau. Ce torse plaquant en un contact charnel une poitrine jamais vue. Une poitrine dont la seule existence n'était pas réelle. Les doigts s'enlacent sur cette peau glacée. Un frisson remonte le long de l'échine.

Effroi.

Les yeux grands ouverts sur cette scène de la Genèse, Adam emprisonna Ève au creux de ses bras. La pomme croquée avec trop d'avidité par l'Homme gît sur l'herbe grâce... Teintée de sang. Le serpent s'est épris de la gorge de la Belle, ses crocs ardemment plantés dans la chaire blanche d'une gorge offerte.

Pris au piège.

Des ailes brisées.. Un Paradis perdu.

Un tremblement s'empara du corps livide. L'étoffe de cette robe perfide retenue par ces deux bassins si étroitement serrés. Pourquoi.... Pourquoi... ?

Ouvre les yeux. L'Enfer t'a ouvert ses portes.

La pluie battant son plein, une lueur vint zébrer les Cieux. Un claquement sinistre. La foudre avait frappé.

Insufflant l'air aux poumons, repoussant de toutes ses forces, fuir. S'échapper. Le tissu alourdi par la pluie glissant lentement le long des jambes graciles.

Nue.

Un cri. Des larmes. Un bruissement distinct...
L'écho du Paradis. Le son des Déchus. L'Ange sur Terre avait déployé ses ailes. Le mystique duvet d'immaculé enveloppant en un étroit cocon ce corps. Décharné. Meurtri. Souillé.

Reculant de plusieurs pas, le remous de l'eau trop faible... Un sanglot. Accompagné d'un gémissement de douleur. Insoupçonné. Brisé.

- A.... A l'aide... !

L'obscurité ronge l'être. Le cauchemar n'est plus...

Tout ceci est bel et bien la réalité...

Ma réalité.

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MessageSujet: Re: La Belle et le Scorpion [Event-S Kamui](CLOS)   Mar 24 Jan - 16:34

N'avez-vous jamais eu de regrets ? Ce sentiment qui vous prend, décapitant alors à vif votre cœur posé sur le billot du bourreau spirituel. N'ayant pour seul autre juge que votre conscience, vous punissez alors vos actes par cette sentence irrémédiable. Ne gardant alors que vos larmes pour seul rachat. Telles étaient ainsi les terrible destinées d'une âme souillée par le regret. Tel fut ainsi, s'opposant aux apparences, le funeste fardeau que ma vie n'eut d'autre choix qu'endurer. Et tout laissait croire que ma deuxième existence ne pourrait se passer de cette douleur. J'avais joué les durs à cuire, enfilant à tout jamais ce costume de Scorpion. Indestructible, intouchable et dangereux... M’abritant dans ma seule logique et raison de vivre, attaquant cet extérieur trop corrosif. Mais par-delà le masque, au creux de cette carapace, existait un point faible. Mon talon d’Achille. Caché aux yeux du Monde, personne avant Lui n'avait pu l'apercevoir. M'emmitouflant dans ce voile de mensonges et de présupposés, j'en avais oublié à quel point la carapace ne pouvait surpasser les douleurs du cœur. Mais je ne pouvais plus rien faire contre cela. Il était désormais trop tard pour revenir en arrière. Fusionnant le scorpion à mon âme meurtrie, j'espérais un jour pouvoir m'en détacher. J'avais vécu ainsi dans cette triste illusion qu'un jour mes actes dépasseraient mes sentiments. Mais jusqu'à aujourd'hui...

Tout n'était que regrets.

Mon étreinte gardait ce corps abandonné près de moi. Pensant bien faire, m'abandonnant à mes émotions et autres sentiments, j'avais fais l'erreur de croire que l'élu partagerait sa lumière contre mon torse, ignorant alors le grave danger qui s'en suivrait. Ignorant alors... Que l'on ne pouvait mettre un Ange en cage. Car si ces créatures divines étaient si belles... Ce n'était autre car elles aspiraient à la liberté éternelle. Leurs ailes leur avaient été données pour quitter ce monde imparfait et maudit. Souillé par cette avidité humaine, j'avais crû bon de m'approprier de son cœur et de le faire mien. Désir égoïste, impardonnable... J'avais souillée cette âme qui était la mienne une nouvelle fois. Le corps tremblant et nu de l'Ange s'était mit à trembler. Dénué de toute résistance, l'Ange ne pouvait rien faire. Il était pris au piège. Il n y avait aucune issue. Alors sa seule échappatoire était la peur. Sombrant dans l'angoisse, les épaules frêles de Kamui perdirent leur calme. Ses yeux pourtant limpides tournèrent au vide. Son regard n'était plus en lien avec la Terre. Il avait quitté la réalité pour sombrer dans ce torrent incompréhension s'abreuvant dans l'océan de la frayeur. Desserrant alors mon emprise, trop humain pour comprendre, je cherchais du regard les origines de ce drame. Mes bras se desserrèrent naturellement, laissant à l'ange la possibilité de se dégager de cette emprise qui se révélerait fatale. Si seulement j'avais su... Si seulement j'avais pu deviner.

Un cri, perçant, dévastateur vint couvrir le craquement des larmes sur ses joues. Cette pluie qui nous entourait avait ouvert ses bras à l'orage. Kamui s'était définitivement perdu dans la terreur, et mes yeux cherchaient encore les raisons d'un tel sursaut. Qu'avais-je donc fait... ? Quel erreur avais-je encore osé commettre ? Le voir dans un tel état m'avait fait sombré dans un champ de doutes et d'horreur. Je contemplais désormais mes mains avec effroi. Qu'avais-je osé faire... ? Cette sensation de délit criminel. Cette sensation d'avoir commis l'irréparable. Tout ceci était insupportable. Reculant d'un pas je cherchais à comprendre. Qu'avais-je donc fait de mal... ?

L'ange déploya alors ses ailes majestueuses, prêt à quitter cet enfer qu'était la Terre. Je n'avais jamais eu l'occasion d'apercevoir ce merveilleux don céleste appartenant à l'élu primordial. Elles étaient si belles et uniques... Étant un élu, l'on m'avait aussi offert une paire d'aile que je ne déployai jamais, n'appréciant guère ce don mystique et sacré. Mais il ne faisait aucun doute que ce cadeau du ciel était incroyablement plus beau que ces pâles ailes qui me furent données... Kamui était un véritable ange.

Un ange meurtri.

- A.... A l'aide... !

De l'aide... N'étais-je alors plus qu'un danger à ses yeux... ? Le cœur avait-il encore été surpassé par le Scorpion... ? Je contemplais, vidée par le dégout de moi-même, cet Ange dévoilé, nu et tremblant devant moi. Perdu dans cette nébuleuse angoissante. Tentant de me fuir... Moi qui avait commis ce crime impardonnable.

Que devais-je faire ? Partir ? Lui permettre de s'envoler ? Peut-être que disparaître réussirait à calmer sa peur. Peut-être qu'au fond... Je n'étais pas digne. Pas à la hauteur. J'avais été trop hâtif dans ma démarche. M'abandonnant à la facilité, oubliant mon devoir, nos limites...Nos craintes. Je ne comprenais évidemment pas la nature d'une telle réaction, probablement embrumé par mon esprit souillé, mais je savais que j'étais le seul coupable en ces lieux. Le seul être à juger. Le seul a avoir des regrets... Peu importe au fond de connaître la nature de votre crime. Vous saviez que vous êtiez en tort, et rien ne saurait changer ça. Il me fallait vivre désormais avec cette image de l'Innocence de Layca, suppliant les Dieux de l'aider alors même qu'il s'abandonnait tantôt au creux de mes bras... J'aurais dû freiner ce désir interdit. J'aurais dû savoir... Mais je me rendais alors compte qu'au fond, trop préoccupé par ma misérable existence...

Je ne savais rien.

Je ne pouvais néanmoins partir. Il fallait tenter tant bien que mal de racheter ce geste malsain que mon corps avait produit. Je n'allais pas empêcher l'Ange de s'envoler loin de moi, mais je lui permettrais au moins de calmer ces flammes noires qui hantaient désormais son cœur. Dénouant lentement la robe qui dansait encore au gré du vent sur mon bassin, je me saisissais de cette large étoffe, m'approchant lentement du Prince. Il le fallait... Passant alors le tissu autour de ces épaules, je le fis couler le long de ce corps interdit, le voilant à nouveau et à tout jamais de mes yeux intrus et indignes. Le Scorpion ne pouvait se permettre de côtoyer la Belle. Tel était mon crime. Élevant ma voix, tentant tant bien que mal de transpercer l'obscurité, je criais de toute mes forces à travers le vacarme de la pluie.

''Kamui...Ne craint rien. Je...Je ferme les yeux. Je ne vois plus rien. Tu n'as plus à craindre pour ton existence. Je ne te veux aucun mal...''

Vile tentation. Une main souhaitant se glisser sur ces épaules fragiles, les rassurer. Les convaincre que je n'étais pas un monstre ni un menteur... Mais n'était-ce pas là au fond une tentative de me convaincre moi-même ? Mon âme souhaitait se purifier en chassant définitivement ce Scorpion qui vivait en moi... Mais tout ceci est vain et futile. J'avais commis la faute.

Il n'en resterai que des regrets.

''Tu es libre Kamui... Fuis...Pars loin... Je ne te ferais rien. Cela n'a jamais...été mon intention. Tu n'as pas à avoir peur. Regarde je...''

Ma voix troublée trahissait les échos dissonants de mon coeur. Baignant dans la honte et le dégoût, l'incompréhension frappait néanmoins mon esprit. Mais je ne souhaitais pas comprendre. Peu m'en importait. Je voulais juste...Que cet Ange se tordant de douleur devant moi puisse à nouveau aspirer à la paix.

''Je... Entends ma voix je t'en supplie... Il ne t'arrivera rien. Fais moi confiance. Jamais plus je ne tenterai de te forcer à rester près de moi...''

Reculant pas à pas, je terminais ce discours qui entravait ma gorge. Qu'allait-il se passer ? Tout était si trouble...Si Flou... Je ne comprenais plus rien. Pourquoi ? Comment ? Je suppliais la lumière de revenir. Chassant de toutes mes forces cette ombre grandissante oppressant nos poumons.

''Je te le promets Kamui.''

Reculant encore et encore, j'offrais à Kamui cet espace de liberté. Lui tournant le dos, je m'interdisais alors tout contact. Physique comme visuel... J'avais franchi le pas de trop. Mon amour s'était avéré n'être qu'une pierre de plus attachée à la cheville de l'Innocence. Priant pour que l'orage fasse place au beau temps, je bannissais mon âme au fin fond de la cascade, contemplant le vide. Regard coupable.

Je me haïssais.

J'étais devenu une bête à ses yeux.

Le scorpion avait vaincu.
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Kamui
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MessageSujet: Re: La Belle et le Scorpion [Event-S Kamui](CLOS)   Sam 28 Jan - 0:15

Ajouter une pierre de plus à l'édifice de votre tombeau. Brûler une fois de plus les restes d'un corps qui vous est si cher. Les larmes cesseront-elles de couler ? Inhumer ce visage qui vous rappelle tant de sourire. Voir linceul de la mort couvrir cette chair à l'importance inestimable. Voir vos Hommes s'effondrer sous le feu de la guerre. Ramasser avec désespoir les reste d'une histoire. Caresser du bout des doigts les photos, les souvenirs d'autrefois. Relire les lettres à l'entre diluée par l'iode de vos larmes. Rendre aux cendres du brasier de votre âme le souffle d'un espoir. L'arracher brutalement, le dissiper, le désabuser. Se morfondre sur la solitude d'un soir. Ne plus jamais avoir l'espoir. Crier, hurler. Cracher ses poumons dans un malaise qui désoriente vos sens. La vie ne tourne plus, le temps ne s'écoule plus. Un cœur qui bat un instant. Mais cesse tout mouvement sans vous prévenir. Elle vous court après sans que vous ne l'aperceviez, puis fauche d'une haine viscérale l'être qui se tient à vos côtés. Elle est mesquine, se glisse et s'insinue dans chaque endroit. Les recoins et les ombres sont son terrain de jeu favori. Elle brise et s'infiltre. Dilapide les miettes de vous. Gaspille votre souffle. Essuie vos larmes d'un rire moqueur. Vous tend le tissu d'un réconfort. Épongez vos larmes tant que vous le pouvez. Le désastre à nouveau s'abattra. Vous pouvez retrouver le sourire, continuer d'avancer. Persister, survivre, vivre, exister. Courir à en perdre haleine. Fuir cette nature aux couleurs obsidiennes. S'abandonner à ce vaste désert qu'est l'océan de la tristesse. Chagrin perfide qui se complaît au détour d'une catastrophe. Un accident, la vie, le hasard. Arracher. Broyer. Démembrer. Vous vous croyez à l'abri. Vous vous cachez. Se leurrer d'un avenir meilleur. Croire que la fin n'est jamais proche. Croire en un futur. Croire au meilleur. Croire à l'amitié, à la famille aux amours. Croire à toutes ces choses qui donnent un éclat à ce regard qui s'efface et se vide de toute consistance. S'évertuer à donner vie à un rêve. Se borner à la résistance. Pousser toujours plus loin, lancer toujours plus haut. Grimper les marches pour mieux les redescendre. Des hauts et des bas, des bas, de bas... Le sol vous semble si familier, vous croyez même connaître chaque fibre, chaque poussière qui l'alimente. La lave en fusion réchauffe vos membres ankylosés, endoloris par la fourberie d'un moment d'oubli. Perdre de vue ce qui vous a semblé si important. Laisser de côté ce dont la vie vous a privé. S'effondrer dans un lit aux draps froissés avec la seule idée que demain sera meilleur. Pleurer de joie. Pleurer d'exister. Vivre pour avancer. Courir, toujours plus vite, toujours plus loin. Se donner du fond du cœur, s'exaucer avec ardeur. Toujours continuer, de l'avant de l'avant. Se laisser porter au gré du vent. Accélérer, cadencer, s'asphyxier. Le bonheur vous tend la main, pourquoi le refuser ? Enlacer, attraper, chérir. Il ne vous reste probablement plus beaucoup de temps. La fin approche, approche et approche inexorablement. Vous vous offenser, exprimez, vivez. Vous avez retrouvé le goût à l'existence, perdu le goût du silence. La vie sans eux semble amère. Mais la vie sans la vie semble bien pire. Rire sans y croire perdrait toute sa saveur. Donner sans recevoir. Rire sans écho. Parler sans être entendu. Courir et courir sans jamais atteindre son but. Haleter, respirer, s'époumoner. Donner une direction, donner une orientation. S'esclaffer, saisir une main et ne jamais plus la lâcher... Mais elle vous court toujours après. Elle court aussi vite ou plus que vous. Vous riez, oubliez, existez. Mais elle court derrière vous. Elle vous pourchasse et attend que vous ayez oublié jusqu'à sa seule existence pour revenir vous piquer. Rappel douloureux des maux silencieux. Contre coup acerbe d'un voile oublié. Soulever le rideau, tirer, tirer. Et qu'allez-vous y trouver ? Du sang des larmes et de la douleur. Du sang des larmes et des pleurs. Les sanglots s'accumulent, le souffle vous manque. Coma d'une existence bafouée. Oublier pourquoi on a existé. Perdre jusqu'au moindre souvenir du pourquoi. N'avoir d'yeux que pour ça. Ce souvenir impérissable. Ce mal inébranlable. Vous tombez, chutez, souffrez. Pleurer pour s'extérioriser. Mais à quoi bon ? Pourquoi donc faire savoir au monde que tout va mal... ?

Car au fond il ne persiste qu'un souvenir immémorial. Vous avez un jour été brisé. Toutes les pièces ramassées. Mais rien ne vous rendra votre ardeur, votre robustesse... Car une fois déchirée, la feuille n'aura jamais plus son aspect d'antan. Car d'un simple coup de vent...

Tout disparaît.

Le vide me tend les bras. A quoi bon se raccrocher ? Pourquoi donc espérer ? Je n'ai plus d'accroches. Plus de sens à donner à ma vie. Qu'y a-t-il à ajouter sur une existence dont la seule immaculée ne dépend que d'un don démérité ? Pourquoi donnerai-je aux Cieux ces larmes vides de tout. Vide de cœur, vide d'âme. Tout espoir éteint. Le corps brûlant. Enflammé par le Destin. Les larmes débordent, signification plus qu'inconnue... Mais qui crois-je donc berner... ? Qui donc pourra croire que le fils de Layca peut ainsi se perdre aux bras de la désolation ? Qui donc croira que cette fillette tout de mensonge enveloppée, tout de sorcellerie brodée... ? Belzeneff m'avait joué le pire tour qu'il soit. M'infliger ce châtiment n'était qu'une plaisanterie de trop. M'abaisser à ces donzelles écervelées me vrillait le cœur. Nausée. Braises de souvenirs trop ardents. Le corps efface le passé, mais l'esprit n'oublie jamais. La raison sans aucun mépris guide le cœur pour le sauver. Sauver conscience et espérances. Sauver le peu qui peut encore subsister. Épargner les miettes, les poussières, les cendres du cadavre obsolète. Balayer d'un revers de main le pourquoi, le comment.

Je n'avais qu'un désir, une volonté. Disparaître.

Perdu. Abandonné. Esseulé. Les ailes traîtresses cajolant les courbes d'un corps calomnieux. Cacher du regard des imprudents le résultat de pareil envoûtement. Isoler. S'effacer. Il ne devait pas me voir ainsi. Pas m'approcher. Pas comme lui, pas comme eux, pas comme tous. Éloigne-toi. Fuis. Ne t'approche plus. Tu es déjà bien trop près. Tu as déjà bien trop fait. L'écho de ta douleur se répercute en moi. Crier... Mais aucun son ne veut m'échapper. Devenu l'inventeur décharné d'un trésor disparu. Placé sous une morphine répondant au doux nom de démence. Appelé à voir une scène qui n'est que mienne d'un regard extérieur. Les émotions et la peine libérée, la raison scellée au fond de cette boîte trop longtemps silencieuse. La mélodie du drame qui sommeillait s'éveille en un fiasco. La scène de la vie m'acclame comme maître de sa plus grande tragédie.

Pourquoi... Pourquoi... Pourquoi... ?

Ne t'approche pas... Ne parle pas... Tais-toi... ! N'ose plus jamais... Plus jamais...

Un sanglot. Perçant. J'avais toujours tenté d'être le seul maître de mes sentiments. Le seul usurpateur se jouant de ce que pouvaient ressentir les autres... Alors pourquoi ? Pourquoi les larmes ne cessent-elles pas de couler ? Pourquoi ma chair transie de froid me fait-elle souffrir à ce point ? Pourquoi suis-je ainsi décimé... ? Pourquoi tout ceci... ? Pourquoi exister... ? Pourquoi continuer pour ne plus jamais se relever... ?

Un gémissement. Un de plus. L'étoffe trempée posée sur mes épaules. L'azur renfermé sous ce drap de ténèbres. Sa voix suave qui s'élève en un ton hésitant. Doute. Appréhension. Hésitation. Mes bras enlacent mon propre corps pour mieux dissimuler cette peau félonne. Les appendices ailées couvraient d'ores et déjà amplement ce squelette mis à nu... Pourquoi ? Pourquoi serrer si fort... ? Pourquoi mes ongles s'agrippent-ils si désespérément à l'étoffe souillée qui repose fugacement sur mes épaules ? Secoué de tremblements incontrôlés. Le givre soufflait un mal dardant au plus profond de mon être. Incompréhension. Trouble.

Les images défilaient sur le film d'encre de mes paupières clauses. Le sang. Les larmes. Le sang. Les cris. Les coups. Le mal. Un regard fou. Acharné. Inhumain. Diabolique. L'Enfer.

Niant de tout mon être, mes genoux flanchèrent. Ne plus écouter les paroles. Les larmes coulent à flot. Plus rien en compte. Effondré dans ce bassin de glace. Les plumes d'immaculé couvrant les épaules, et le buste. La chair frissonnante. Le souffle dévasté. L'azur brisé. Ouvrir les yeux. Entendre le son de ma propre voix s'échapper en d'innombrables gémissements de douleur... Le froid mordant. Avais-je seulement mal... ?

Non...

Les flammes lèchent mes entrailles. Le cœur serré en un pression insoutenable. L'air manque. Les larmes s'enfuient, cherchant à rejoindre le torrent d'azur. Les orbes céruléennes s'affolent, paniquent. Les doigts se resserrent contre cette poitrine factice. Les ongles plantés dans les côtes. Arracher ce cœur. Détruire ce mal de l'intérieur. Les larmes ne cessent. Le cœur se consume. Le bruit éraillé d'une voix brisée. Le souffle saccadé. L'orage répondant à mon appel, clocher rappelant les saint en son fief.

Griffer. Déchirer. Arracher. Étouffer ce mince espoir qui a ravivé la flamme du mot de croire. Détruire chaque parcelle, chaque essence, chaque cellule. Déchiqueter jusqu'à l'os. Pourfendre la chair, dévaster la raison, reprendre conscience.

Réveille-toi...

Lacérer. Perforer. Briser. Le liquide poisseux recouvre la chair. Les doigts ancré en son propre sein. Les plumes cachant ce massacre aux yeux de l'humanité. Seuls les pleurs persistent. Ne rien voir. Ne rien comprendre. Seulement détruire. Annihiler. Revenir au point de départ. Recommencer depuis le début. Retrouver l'envie de respirer. Retrouver l'envie de faire cesser ces larmes. Redevenir qui j'étais. Abandonner tout cet univers. Retourner d'où je viens... N'être plus que poussière... Mourir et ne plus connaître de demain... Disparaître à tout jamais. Baisser les bras et se laisser entraîner le long du diluvien Styx. Abandonner... Fermer les yeux et oublier...

Redevenir E...

Réveille-toi !

Un sifflement persistant au fond de ma tête. Un rire si bien connu. Encore toi... Tu n'arrêteras donc jamais... ?

Reprendre contact avec la vie. Reprendre contact avec la Terre. Le monde... Ouvre les yeux... Respire... Vis.

Le corps pétrifié jusqu'à la taille. L'eau glaçant la chair. Les membres oubliés. Les doigts se resserrent. Les larmes se tarissent. Le souffle s'offrant une accalmie méritée. Calamité d'un spectacle putride. La chair mise à vif. Les ongles teintés du jus de mon sens. Qu'avais-je fait... ? Pourquoi... ? Pourquoi.... ? Comme tiré d'un mauvais songe. Pourquoi ? Un hoquet de douleur. Les ailes resserrent leur étaux autour du corps fané. Les pétales s'échappent d'une fleur dont la vie touche à chaque seconde un peu plus irrémédiablement le lourd instant de sa fin... Respire... Existe... Vis... Survis.

Levant l'azur amoindri sur la silhouette éloignée d'Alvaro... Ce regard désespéré qui lèche mon corps. Ces émotions aux effluves de charbon, de douleur, d'injustice... Je soufflais d'une voix terne.

- Pourquoi...?

Restant ainsi prostré au beau milieu de cette eau, les jambes et les hanches immergées, les plumes trempant dans ce liquide d'incolore, je cherchais mes mots. Portant mes doigts ensanglantés à mon visage. Ne prenant garde à la cicatrice d'encre que laisserait le parcours de mes doigts, j'effleurais le bout des mes lèvres. Glissais un doigt pour parcourir le dédale aqueux de mes joues...

Est-ce ainsi que tu m'observes Alvaro... ?

D'un souffle brisé, les mots m'échappèrent.

- Laisse-moi... Va t'en...

Est-ce ainsi que le Ciel punit ses Anges... ? Déchus. Privés de tout...

Dans ce monde, aux seules mémoires peuvent se superposer les événements du présent... Le fardeau que vous portez est intolérable. Vous devez pourtant en accepter la lourde charge... Avancez. Courrez. Vous n'avez pas le choix. Elle vous court après. Elle piste vos empruntes... Essuie vos traces... Flaire la peur, l'angoisse et la douleur. Elle est là...
Elle ? Ce n'est que vous...

Le cœur arraché.

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MessageSujet: Re: La Belle et le Scorpion [Event-S Kamui](CLOS)   Sam 28 Jan - 2:45


Un véritable tonnerre d'applaudissements s'abattit sur la scène. Un mirobolant orage d'exaltation faisait vibrer les douces planches de l'Opéra. Des bravo jaillirent ici et là de la foule. Se levant l'un après l'autre, la joie se lisait sur leur visage. Ne regrettant pas les pièces déboursées pour le spectacle, un peu de bonheur avait été injecté dans leurs banales existences. Un peu de rêve, peut-être. Crucifié sur ma croix, achevant la Passion, j'entendais les cris des enfants, et les compliments des adultes. Ce sentiment étrange qui me prenait de cours... Cette chaleur... Pouvais-je me considérer comme un véritable Sauveur ? Arrivais-je par-delà l'hypocrisie et la haine à me trouver une place en ce monde ? L'orchestre achevait sa dernière mesure, et le front accablé par la sueur, j'épousais ces doux instants ou le monde avait semblé m'accepter. Vive la troupe. Vive le spectacle. Vive moi ? Et puis le rideau s'abattait sur la scène dans un claquement sourd, séparant l'onirique du réel une nouvelle fois, m'ôtant des bras de la reconnaissance pour me replonger dans cette routine infernale. La couronne d'épine qui m'avait immaculé d'un sang factice n'avait pas su freiner ses larmes qui arpentaient mes joues. J'étais devenu quelqu'un et désormais...

Je n'étais plus personne à nouveau.

Cette scène humide qui s'affichait devant moi prit une tournure des plus tragiques et insupportables. Ange martyrisé, détruit et souillé, je me perdais peu à peu dans ce vaste nuage d'incompréhension et de vide. Embrassant le néant, refaisant mienne cette obscurité si détestable et pourtant si familière, je rouvrais mes yeux égoïstes sur ce monde, contemplant alors cette créature fragile tentant de s'arracher le cœur. Comme des doigts fins glissant sur les notes d'un piano, mes dernières larmes quittait le bas de mes joues creuses pour venir marteler l'étendue bleue qui me mordait les chevilles. Formant ainsi une famille, unie grâce à ma propre tristesse. Il était temps de faire taire ces yeux. Il était temps de prendre ses responsabilités. Car ces yeux qui sont les miens se posaient sur cet ange caché par ce voile, pleurant à chaudes larmes, et ne cessaient de me rappeler cette éternelle question.

Avais-je le droit d'être triste ?

Le néant. Étais-tu donc cet inlassable et unique ami que mon existence avait connu et connaîtrait pour l'éternité ? Douce obscurité, vile tentation. Le démon m'offrait une nouvelle pomme. Plus facile à croquer. Moins regrettable sans doute. Et cette Pomme permettrait d'amener la paix chez ceux que j'aime n'est-ce pas ? Ainsi... Faisons un pacte démon. Offre moi le silence, à l'unique condition qu'il permette à l'Ange de se relever et de vivre. Prends moi dans tes bras sombres si cela permet à l'Ange de mieux dormir. Ce n'était pas une décision dramatique, ni même égoïste. J'appliquais simplement ce qui me semblait être le plus juste. S'adapter aux circonstances. Tailler à vif ses désirs prohibés. Cesser de limer ces fers indestructibles et apprendre à vivre avec. Adopté cette mission qu'on avait fait mienne. Et par-dessus tout, oublier mes illusions et mes rêves. Car ceux-ci n'étaient bon qu'à faire crier les Anges. Car ceci... Jamais ne le rendrait heureux.

N'est-ce pas ?

Je ne saurais probablement jamais pourquoi Kamui avait réagit ainsi. Peut-être cela n'était que le fruit d'un lourd secret. Ou peut-être que ce n'était simplement qu'une réaction humaine face à un acte aussi maladroit. Mais au final, je me fichais pas mal des raisons derrière tout ceci. La seule chose qui comptait à mes yeux alourdis étaient les conséquences. J'avais crû bon de me laisser aller à cette mièvrerie, me perdant dans ces sentiments insensés. Cherchant cette force dans ce concept trop complexe qu'était l'Amour, j'avais fini par m'en mordre les doigts. J'avais donc fait preuve de naïveté. Pensais-je trouvé la clé de ces chaînes en prenant l'Innocence du bout des bras ? Avais-je osé croire un seul instant qu'il existait le moindre espoir de nous échapper d'ici et de jouir du véritable bonheur, Ensemble ?

Voyons Alvaro... Depuis quand avais-tu sombré dans un tel gouffre de niaiserie ? Tu pensais réellement être capable de tout changer ? T'étais-tu surestimé au point d'envisager ne serait-ce qu'une seule seconde que tu étais digne de partager son coeur ? Avais-tu eu l'arrogance de te comparer à une véritable créature divine ? Cet ange que tu venais de blesser. Tu pensais vraiment qu'il serait à toi ? Pauvre fou... N'as-tu donc pas encore compris que tu n'est qu'une misérable vermine ? Une simple poussière dans un immense échiquier dont les plus strictes règles t'échappent. Tu ne sais rien. Tu n'as jamais rien su. Et tu pense pourtant pouvoir le sauver. Ou devrais-je dire... Te sauver. Après tout, tu ne pouvais cacher cette nature égoïste à mes yeux omniscients. Je te connais par cœur petit Scorpion. J'ai toujours été à tes côtés. Je suis ton seul ami et tu le sais. Le seul en qui tu peux avoir confiance. Le seul qui jamais ne te quittera... Alors écoute-moi. Écoute moi bien attentivement. Tu ne peux rien faire pour lui ni pour qui que ce soit. Cesse donc de lutter. Ton existence fut, est, et sera éternellement liée à l'échec. Baignant dans le mensonge depuis ton plus jeune âge, je sais tout de toi. De ton passé, de ton présent et de ton futur. Tu aimerais rester avec lui pour toujours n'est-ce pas ? Oui...Tu aimerais être aimé et chéri pour une fois dans ta pathétique existence. Mais tu sais mieux que moi que cela n'est pas possible. Tu es condamné Alvaro.

Tu es condamné.

Alors...Abandonne.

Le bruit de la cascade berçait mes pensées. Mon visage jadis détendu avait retrouvé ces traits sévères. La lune continuait son éternelle descente, annonçant ainsi l'aube à venir d'un jour nouveau. Ne disait-on pas que la nuit portait conseil ? Douce et implacable ironie. Je continuais de m'éloigner de cette âme que je craignais de corrompre. Le son des vagues provoquées par mes pieds nus se mélangeait aux battements frénétiques de mon cœur. L'espoir n'existait pas en ces lieux. Seule la réalité compte. Celle qui vous blesse. Vous prend au cœur, vous égorge sans regret pour ne laisser qu'un cadavre humide près à recommencer encore et encore. Pas d'espoir. Pas de libérté. Pas d'amour.

Juste de la dévotion. Juste de l'acier mordant ma chair à n'en plus finir.

Le temps semblait avoir suspendu son envol. Je n'étais pas vraiment triste, ni même en colère. Je ne ressentais rien. Le vide s'était emparé de moi, attendant, comme chaque matin qu'on me donne les ordres. Doux et obéissant. N'était-ce pas ce que j'avais de mieux à offrir ? N'était-ce pas ce pourquoi Layca m'avait offert une seconde chance ? Je ne devais plus poser de questions. Je ne devais plus essayer de résoudre cette énigme. Il m'était interdit de ronger ces bracelets de fer qui me maintenaient prisonnier. Mon seul devoir... était d'exécuter les ordres.

- Laisse-moi... Va t'en...

Si tel était ton désir, ainsi soit-il. Je ne le contesterai pas. Je ne tenterai plus de folie. Car je me rendais bien compte à présent que ma simple existence n'était qu'un poids de plus à rattacher à ta conscience déjà alourdie par de nombreuses autres réalités. Pouvais-je me permettre de te blesser encore et encore Kamui ? Mon imperfection et mon ignorance ne saurait combler cette douleur qui perforait ton âme. Alors pourquoi insister ? Pourquoi te faire plus de mal que de bien ? La Belle et le Scorpion n'était hélas pas un joli conte de fée, mais bel et bien cet écho impitoyable que nous offrait notre quotidien dénué de sens. Ils ne surent ce qu'étaient un enfant, et ils ne purent vivre heureux.

''Entendu.''

Etais-tu heureux là-haut perché créature démoniaque répondant au nom de Belzeneff ? Te délectais-tu d'infliger tant de peine à ces êtres mortels privés d'un long sommeil pourtant mérité ? Ressentais-tu de la fierté à l'idée de voir le Scorpion s'incliner face à tes maudites farces ? Jusqu'où pensais-tu donc continuer à piétiner mes valeurs et mes sentiments ? Je n'étais plus qu'un misérable pantin destructeur. Semant le chaos là ou je vais, mes mains ne sauraient guérir les plaies qui semblent hanter cet Ange si précieux. Fallait-il donc que je disparaisse ? Ainsi soit-il.

Il était temps pour moi à présent de tirer ma révérence. La pièce s'était finalement achevée. L'ovation s'était éteinte il y a longtemps maintenant. Je restais seul, contemplant ces places désertées. Le rideau devait s'abattre sur la scène maintenant. La foule était partie, m'abandonnant sur les planches froides et impitoyables. Seul, abandonné face à moi même. Redevenir poussière pour mieux recommencer. J'avais cru tenir le Bonheur du bout des doigts, mais celui-ci s'échappait inlassablement. Le frôlant du bout des doigts à peine, il était vif et insaisissable.

Jetant un dernier regard à ce lieu regorgeant de souvenirs, mes yeux se posèrent une dernière fois sur Kamui, n'exprimant rien d'autre que le regret et le néant. Je m'engouffrais alors dans l'obscurité, quittant le repaire du Dragon d'eau avec pour seule sensation un arrière-goût de gâchis et de déception. Tout avait semblé si facile et si abordable. Mais tout avait fini par se renverser.

Tel était ainsi le drame des comédiens. A se jouer de l'hypocrisie...Se voilant la face éternellement et ne sachant plus qui nous sommes vraiment. Portant jour après jour de nombreux masques. Noyant notre nom dans le papier et l'encre, s'appropriant des chairs et des âmes qui ne nous appartenaient guère. Faisant sien des rôles que nous n'étions pas digne de porter.

Tout cela finissait tôt ou tard par nous rattraper.
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MessageSujet: Re: La Belle et le Scorpion [Event-S Kamui](CLOS)   Lun 30 Jan - 1:17

Pourquoi le monde s'acharne-t-il toujours contre ceux qui ne le méritent pas ? Pourquoi le Destin, la fortune, le hasard. Pourquoi toutes ces constantes n'avaient-elles de cesse de s'abattre sur les miséreux ? Sur ceux qui n'ont aucunement le mérite de subir tant de peine. Ceux qui ne sont pas tâchés par le péché. Ces êtres touchés par la grâce de Dieu. Ces êtres qui jamais au cours de leur paisible existence n'ont attenté à la sérénité du Monde. Des créatures à l'immaculée si flamboyante que la seule once de leur gentillesse, leur seul sourire peuvent éblouir et faire fondre les cœurs de tous. Vous vous trouvez face à la création la plus illustre et somptueuse de la Nature. L'antithèse du Démon. L'hérésie des Enfers. Le fruit défendu des Cieux. L'Ève et l'Adam éternels au sein de l’Éden. Jamais une pomme ou un perfide serpent n'ont foulé le sol de leur divine demeure. Partager l'air le plus pur qu'il soit. Posséder l'âme la plus chaleureuse d'un Univers brûlé par la haine et la guerre. Déposer au beau milieu d'une cage de cristal la rose d'absolu d'un cœur bourgeonnant. L'eau bénite berce le ressac de leur existence. Leur souffle aux échos d'une douce mélodie, leur voix, perles d'opale luisant au soleil. Rien ne peut ternir l'image de ces saintes créatures aux airs séraphiques. Comment expliquerez-vous à la face de la planète que vous êtes celui qui a avili la perfection d'un cœur ? N'avez-vous pas honte de simplement côtoyer cette charnelle création ? De leur regard limpide, ils font fondre toute entité animée par la vie. Leur sincérité, leur tendresse. Vous ne pouvez nier tant de qualités. Ils sont les représentants d'un Dieu idéal sur Terre. Parcourant le Monde de leur silhouette gracile. Dansant au gré d'une bise angélique. Chantant la mélodie de la vie avec la gaîté des Cieux aux abysses d'azur. La voûte céruléenne affection ses chérubins nés d'une goutte de pluie échouée sur la plus belle des fleurs. Essence de l'Humanité. Antipode de l'aberration. Les effluves sucrées soulevées par chacun de leur geste. Un arôme savoureux d'herbe coupée, de fleurs égarées. Le rire carillonnant provenu d'un abysse lointain. Vous effleurez du bout des doigts les plumes d'un Ange. Pourquoi avez-vous osé approcher l’œuvre du Ciel ? Quelle démence vous a saisi lorsque vos doigts souillés ont osé caressé le doux songe d'une Innocence choyée ? Les ailes se teintes d'une encre d'obsidienne. Le sourire se fane, les larmes naissent. L'azur s'emplit du carmin de votre sang. Ses larmes émaciées tâchent de votre seule faute la toile d'un créateur de l'ébauche idéale. L'Ange sali pleure son Paradis perdu.

Déchu.

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