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 Hélianthe. [Alvaro.]

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Place dans l'échiquier (click ?)

MessageSujet: Hélianthe. [Alvaro.]   Jeu 26 Jan - 23:37


Racines.


Instinct. C'est par instinct que j'suis arrivé ici. J'me souviens de toutes ces créatures étrangères à mes horizons que j'ai pu rencontré. Je n'parle bien sûr pas des énergumènes qui peuplent la cité de Layca. Eux ne sont que des larves, des loques sans âme qui vive, juste des torchons dénués de tout bon sens et conditionnés, à de rares exceptions près, à servir la divinité nuit et jour. Je voue, moi aussi, le respect à Layca. Je ne l'insulte pas, je ne cherche pas, comme cet imbécile qui me sert de Bras Droit, à me rebeller à la moindre baisse de régime. Je suis reconnaissant, envers Layca. Je lui dois ma place ici. Je lui dois mon pouvoir, mon statut, quelque part. J'ai agis, mais je n'ai pas été seul. Je peux être stupide par moments, mais pas en ce qui concerne Layca. Je sais qu'il a été là. Je sais qu'il l'est toujours. Mais je ne perds pas mon temps à le vénérer sans bornes. Il n'y a pas de livre sacré chez lui. Je ne m'amuse pas à camper dans la Chapelle pour un oui ou pour un non. Je m'en fous. Il est là, et c'est tout. Je le remercie de temps en temps, pas besoin de deux heures et de cinquante cérémonies plus mortelles les unes que les autres. C'est un dieu d'ici. Voilà tout.
J'ai décidé de fuir. Encore. J'en peux plus de l'atmosphère de la Forteresse. Trop oppressante, trop collée à toi tout le temps. Quand certains pions ont été portés disparu, les hauts-gradés se sont méfiés de tout le monde. Depuis qu'un des Elus n'est jamais rentré à la maison, les aristocrates s'affolent. Comme ça, Belzeneff s'en prenait à certains d'entre nous. Ben voyons. Remarque qu'il avait le droit, quelque part. C'est son échiquier, il en fait ce qu'il veut. De toutes façons, si ce n'est qu'une question d'effectif, je suis certain qu'on s'en fait pour rien. À mon avis, si chez nous ça disparait, chez Oppse, ça doit être la même chose. Si je croise à nouveau un Oppsédé, comme celui de la plage, je lui demanderai. S'il veut bien me répondre. Après, t'as la dimension humaine, pseudo-humaine, de la chose. C'est certain que perdre définitivement quelqu'un, quelqu'un qui a du se lier d'amitié avec d'autres gens, ça fait mal au cul. Surtout au coeur. Puis pour Kamui et sa bande de joyeux lurons, perdre un Elu ça revient au suicide. Après, on en revient à la même tarre génétique chez tous les stressés de la guerre. S'il y a des disparitions chez nous, pas de raison qu'il n'y en ait pas chez les autres. Même, si on se fie au caractère de Belzeneff, il est bien évident que jamais il n'avantagera un clan par rapport à l'autre. D'une, il se f'rait sans doute engueuler par les deux autres. Du moins par l'une d'entre elles. Mais surtout, venant de lui, c'est impossible. Il aime trop la situation. Jamais il ne mettrait fin à ce jeu sordide. C'est un gosse, Belzeneff. Un gosse qui a des jouets vivants et qu'il adore mettre en scène. Tu peux parier qu'il fera durer le jeu aussi longtemps que possible, sachant qu'il a droit de vie et de mort sur quiconque foule le sol de son échiquier géant. Les disparitions, elles s'expliquent simplement par le fait qu'il devait s'ennuyer. J'le comprends, ça fait un moment qu'il n'y a pas eu de réels affrontements entre les deux factions. Ou alors j'étais pas là. C'qui ne s'rait pas non plus totalement irrecevable comme excuse.
Ca faisait des heures que je marchais. J'avais aucune idée d'où aller. Et du coup, ben j'atteris ici. Normal. Oh puis merde, j'suis loin d'la Forteresse, j'vais pas m'plaindre. J'me demande s'il n'y a pas comme sur la montagne des petites bestioles marrantes. Les petits êtres noirs étaient juste fascinants. Vraiment. Je les ai assomé avec ma voix. J'ai remarqué qu'en leur parlant doucement, deux espèces de fentes sur les côtés de leur crâne s'ouvraient. C'est l'équivalent de nos oreilles. Sauf qu'en fait, en en ouvrant un, j'ai vu qu'il n'y avait aucun appareil auditif. le signal sonore est directement envoyé dans le cerveau. Y'a aucun traîtement des données. En fait, ça ne comprend pas ce que ça dit, mais ça reconnait les sons. Enfin. Le cerveau est au moins cinq fois plus résistant que celui des humains d'Alea Jacta Est. Non, sérieux. Je n'ai pas pu les tuer sans monter à la moitié des capacités de mon chant, alors qu'il suffit de hausser la voix à à peine dix pourcents pour faire sauter la boîte crânienne d'un humain. J'parlerai pas des organes modèle réduit, c'est classique chez ce genre de bestioles, mais alors j'ai jamais vu un foie aussi énorme. Ca prend, limite, tout leur buste. De la gorge au bas ventre. Le truc de fous, sans déconner. Après, sinon, c'est à peu près pareil que sur une souris. Les organes sont placés aux mêmes endroits, ce sont les mêmes, enfin rien de bien particuliers à souligner. Vu leur peau, ils ne doivent pas avoir de mélanine, ou alors elle est complètement déréglée. Après, j'ai pas l'matos d'un entomologiste, j'peux pas faire de miracles. Ah ouais, et des quatre bras, deux sont rétractables. Et si tu leur en coupes un, il repousse autant de fois que tu le coupes. Mais si tu leur en coupes deux, que ce soit la première fois ou pas, aucun des deux ne repousse. C'est marrant.

J'divague totalement. J'ai trop chaud.
J'ai gardé mon sweat, comme un con. J'vais te choper une saloperie, en rentrant, tu vas voir comme ça va être drôle. J'en peux plus. J'me laisse tomber sur le sable. J'm'assoie en tailleur, le sac à côté d'moi. J'regarde droit devant. La tempête est encore loin, et il n'y a quasiment pas de vent de mon côté. Ca ne saurait tarder remarque. Pour le moment, autant en profiter. Je regarde. Le vide. Le rien. C'est comme une sorte de trou noir énorme, alors qu'au contraire, les couleurs s'enchantent sous mes yeux et j'vois que dalle. J'me sens pas bien. J'me sens vide. Ca fait des jours qu'ça dure. J'me sens... amorphe. Totalement à sec. J'ai chaud à en crever. J'enlève le sweat. Puis le haut. J'me retrouve torse nu sous cette chaleur accablante et ces rayons mortels. M'en fous, j'bronze pas. J'resterai pâle comme un cadavre toute ma vie. Et c'est très bien comme ça. L'horreur, en fait. Non, pas ma peau. Je sais pas. Y'a un truc. Ca fait des jours que j'ai pas dormi. des semaines. C'est comme une grosse journée. Une très grosse journée. J'vais pas bien, je le sais. J'vis une journée infinie. C'est comme si... en fait, je suis fatigué. Je suis épuisé, exténué. Vraiment. J'me sens ennuyé par tout. J'me sens las. Las de ce monde, las, las. Ca fait des siècles que j'n'ai pas ouvert un organisme, une anatomie qui en valle la peine. Que du déjà-vu. Des cadavres sans saveur. J'ai besoin de quelque chose. De quelque chose qui puisse me réveiller, me maintenir en vie. Rien n'a changé, depuis. Rien n'est différent du monde du passé. C'est vrai. Ce désert est un désert terrien. Les forêts sont terriennes. Rien n'est si différent. Tout est tellement vide. Tellement neutre. Rien ne suinte l'inconnu. J'ai pas dormi depuis des lunes. Une journée sans fin. La tristesse d'un monde qui me semble définitivement dépourvu de bon sens. J'en peux plus. J'suis fatigué.
J'ai aucune idée de si les cachets feront effet ou pas. Conception artisanale, c'est moi qui ai fait. Mais je n'suis pas pharmacien et encore moins scientifique pharmaceutique. On verra bien si ça fait quelque chose ou pas. Je mets le tout dans ma bouche. Ma bouteille est pleine. J'ai horreur de ça. Je ne veux pas boire, et j'avale le tout avec difficulté. J'ai horreur de l'eau. Le chemin vers le bonheur est même parsemé de cette saloperie. On prend des risques tout l'temps. Et quant bien même je m'étoufferai en buvant ça, où atterrirai-je? Dans la fontaine. Se foutre de la gueule des pions sur cet échiquier machiavélique en beauté, c'est tout un art. J'te jure. J'suis mort de peur. J'ai horreur de l'eau. Je jette la bouteille n'importe où, j'm'en fous. J'ai déjà sorti le briquet. Aller, allume-toi. S'il te plait briquet, me fais pas c'coup là. Donne-moi une flamme, quelque chose... Putain... Aller, allume-moi ça! J'la porte à mes lèvres, l'inhale au maximum. Inspire tout. Recrache rien. J'garde tout. J'respire plus. Apnée. C'est étrange, comme sensation. J'respire pas. J'vois que tout se trouble autour de moi, et j'm'en fous. À quoi bon, de toutes façons en définitive j'peux pas crever. J'me laisse faire comme un chien. J'ai un mal de crâne ignoble. J'respire pas. Hé. Maena, tu t'souviens de la dernière fois où t'es resté aussi longtemps sans respirer? J'me souviens plus de rien. Oh. Ca va vraiment pas. J'vois des points noirs et blancs qui clignotent devant mes yeux. J'respire pas. Le soleil devient un gigantesque tournesol. Putain. Attends. A comme amande. B comme banane. C comme cloporte. D comme... différence, différence. E comme... E... Eustr... Euerts... Eustrogeun... Eustrogène...
Maena! Tu te souviens, de la dernière fois où tu es resté aussi longtemps sans respirer? Tu te souviens? C'était quand il a voulu te noyer.
Recrache la fumée en un nuage toxique. Il pleure à moitié. Se sent mal. Défaillit. Se laisse tomber en arrière. S'affale dans le sable. Ferme les yeux.


Rêve.


À présent, il ne regrettait rien. Mais situation futile, face au village d'où il était issu. Face à ces collines de sable inssurmontables. Face à ces étendues désertiques meurtrières. Face à cette ardeur, cloisonnée dans cette si ridicule étuve asphyxiante. Cet environnement hostile, ces âmes malsaines, suintant le pacte avec le Diable. Ces pinces, ces crocs, ces poisons, cette douleur. Ces grains s'affaissant, lentement, sûrement. Ces dunes bercées par le zéphyr effervescent, véhément. Et ces ruines. Ces ruines, qui n'étaient pas là auparavant. Ces ruines, ensevellies sous ces montagnes mouvantes, qui se postaient droit devant le nouveau village, reconstruit sans doute il y a peu. Ces ruines, qui malgré tous leurs efforts, seraient toujours là, sous ces dunes, devant ces nouveaux bâtiments. Sous ce grand tas de cadavres. Sablier dépravé, arène teintée de rouge. Ces catacombes effrayantes, ce village fantôme. Sa neutralité était impériale, implaccable. Dénué de tout sentiments, de toute émotion. Sa voûte juvénile réduite en une plage de cendres solaires. Débrits du passé, effacés. Elles étaient encore loin, et malgré son enveloppe à l'endurance occulte, il savourait les bienfaits de cette posture d'observation. Seul au monde, face aux murs qui l'avaient vu grandir, s'épanouir. Fleur du Désert, Fils du Vent, devenu renégat venimeux. Ce carmin versé. Cette peur exitante. La jouissance était tout sauf feinte. Il ne souriait point, ne riait point. Il ne souriait que peu, ne riait jamais. L'idée de ces ammoncellements de charognes, délicieuse. Les viscères jonchant le grès, succulentes. Son sadisme, inégalé. Son art, à son apogée.
Calmement, le Natif du sable prit place sur son trône onirique. Longues plaintes d'un peuple ravagé. Il ignorait l'auteur de ce chef-d'oeuvre de cruauté, mais lui accordait toutes ses félicitations les plus sincères. La magnificence du spectacle était un régal. Le souffle divin rapporta vers son corps recouvert par les grains l'odeur de brûlure provenant des vestiges de la place engloutie. Une explosion. Nul doute. Il pensa à la sirène qui rêvait dans sa chambre. Se demanda ce qu'il pourrait bien penser face à telle splendeur. Candeur absolue, finesse notable. Tout autour du monde. Silence à perte de vue. Magie sans précédent. Le soleil innondant de sa chaleur tous les mirages aux alentours. Les ruines restaient intactes. Bijou du pays, trésor du désert. Le maître marionnettiste sortit de l'étui de son pantalon sa culture vaporeuse. Effluve d'un baiser, il la coinça entre ses lèvres, l'alluma, rangea le briquet dans cette même ouverture. Bien-être. Sablier immortel. Ses mèches rouges lui brisait la vue. Il avait beau les réorganiser à sa guise, elles se perdaient à nouveau devant ses iris écarlates. Alors, il bascula en arrière, s'allongea sur les gains. Ils s'immissaient entre chacune de ses plissures, de ses cheveux. Laissait voltiger sa création autour de lui. Le sablier, en fin de compte, s'était changé en clepsydre. Le sable, en liquide. Cascade de sang, le temps a du passer vite, ce jour-là. Adrénaline traître. Envie intenable. Beauté ravissante. C'était un travail d'expert. Un expert comme l'artificier qui partageait son caveau.
Des pas, qu'il sentait derrière son dos. Une détente absolue, une confiance naïve. Le Scorpion tuait le temps qu'il avait en trop. N'allait guère se presser pour chercher l'inspiration. La place, une mine d'or servie sur un plateau d'argent. Oisiveté étrangement décrétée. Soulagement tragique. Ironie du drame, qu'il ne semblait qu'ignorer. Il était né dans cette relique. Avait tué, aux alentours, ici-même. Nostalgie évasive, précioseté allarmante. Tous ces imbéciles avaient donc péris. La fiole laissait gouter l'huile temporelle, l'élixir séculier. L'ombre dans son dos, plaisantine, s'effaçait sous les mémoires granuleuses. Il pouvait se joindre à lui. Prendre place à ses côtés. Admirer l'oeuvre la plus parfaite.

Et la clepsydre était de sang. Le temps, pleurant des larmes macabres, s'était arrêté.
Cela ne pouvait être que grandiose. Grandiose.


Ses yeux se rouvrent. Il y voit trouble. Le soleil, comme un million de fleurs éparpillées autour de lui. Enseveli. Les sillions tracés par ses sanglots encore collants, les grains étaient parvenus à s'agripper à lui. À ne plus l'abandonner. Enfant d'ici. Un mal de crâne ignoble. La tête qui tourne. Ne se sent pas bien. Des helmintes dans tout le corps. Se redresse sur ses avants-bras, puis sur ses paumes de main. Dresse son dos. Oeuvre à regarder là où les vents le lui permettront. Le vide. Le rien. La plaine désertique neutre. Le zéphyr de plus en plus violent. Ses cheveux qui se torsadent en de magnifiques rouleaux sablonneux. Ses lèvres ont le goût du sel. Le champ de vision atteint. Le masque. Derrière lui. Il creuse, creuse encore. Craint de découvrir quelque chose qu'il n'aimerait pas découvrir. La hantise des larmes d'autrefois. Le trouve, miraculeusement. Quand il ouvre le filtre pour vérifier s'il est intègre, des dunes s'en échappent. Il est recouvert de sable. Tout son corps, enfoui. Une relique vivante. Survivante. Par chance, son sac est toujours visible. Il ne comprend rien à ce qui se passe, à ce qui a bien pu se passer. Il cherche à se redresser, vainement. Passe une main tremblante dans sa chevelure démise. Et il entend des pas.
Il fait un effort surhumain pour lutter contre les vents et se hisser de toute sa hauteur sur ses pieds. Plus puissant que n'importe quoi. Il regarde l'intrus qu'il ne distingue que par une silhouette qu'il semble connaître. Ses yeux le foudroient. Quel qu'il soit. Il devient fou de rage. S'empare d'une pierre à ses pieds, chancelant, titubant. Il y en a bien plus qu'une, mais il ne semble pas le réaliser. Il jette celle qu'il tient entre ses doigts aux pieds de l'indésirable. Sa voix, divine, résonne dans l'oxygène comme le chant le plus sauvage et le plus mirifique qu'il puisse exister en ce monde. La Sirène hors de l'eau.

- Dégage! T'es qui toi, tu viens d'où?! Qu'est-c'que tu m'veux?! Fous l'camp, j'veux pas t'voir! J'veux voir personne! Si t'es v'nu ici pour ça, pour Layca, tu peux disparaître sur-le-champ! J'ai b'soin d'personne! Dégage! J'rentrerai pas! J'veux pas rentrer, pas maintenant! Fous-moi la paix, fous l'camp d'ici! Laisse-moi seul!

Cri de désespoir. Il veut juste comprendre. Il doit juste se calmer. Douleur ignoble dans le crâne, reproduite dans le crâne des autres. Il n'a pas remis le masque. Il ne veut pas s'enfermer dans le masque. Il craint quelque chose. Il ne va pas bien.
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Hélianthe. [Alvaro.]

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