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 Eau pure [Event S][PV Alvaro]

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Kamui
Administrateur innocent ۩ Guide des âmes perdues

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MessageSujet: Eau pure [Event S][PV Alvaro]   Jeu 2 Fév - 18:25

Un simple reflet. L'apparence vibrant au gré des ondées, des jeux de lumières et de couleurs. La surface lisse vous apparaît chatoyante, pas une seule imperfection ne vient troubler l'écho serein de cette image de glace. Répondant à votre demande, offrant à qui le souhaite le tableau d'un Narcisse enfiévré. Il est le symbole de votre représentation la plus parfaite. Miroir de l'âme qui se glisse paisiblement sous vos yeux surpris. Effleurer du bout des doigts ce verre incolore, cette eau si pure. Vous vous laissez bercer par le ressac de l'éternité, guettant le moindre signe. Surveillant la raison de votre propre existence. Les gouttes éphémères se noient en un mirage aqueux. Vous vous perdez au fond de ce dédale d'inconnu. La perfection de votre unique être s'esquisse au fond d'un canevas de cristal. Les éléments s'agitent pour donner naissance à votre profil le plus glorieux. Vous buvez la tasse, embrassez et saluez ce que vous pensez n'être qu'un curieux manège. L'illusion d'une silhouette ébauchée au gré des âges, changeante comme les saisons qui filent. Les traits s'affinent se fanent ou se lissent. L'enfant de son allure de chérubin dévoile de son cocon les ailes d'une créature fragile et futile. Frivolité qu'est la vision. Elle ne vous montre que l'image que vous souhaitez observez. Vous constatez par vous même l’œuvre de la nature. Une mère nourricière qui s'est pliée pour vous donner le sein et faire de vous la plus belle fleur de son jardin. Donner naissance à la réalité, caresser les songes d'un pinceau d'écrin. L'encre se mêle au liquide translucide pour vous tendre la réfraction de vos sens. Vous pensez trouver au fond de l'eau la réponse à vos doutes, à vos questions. Vous pensez octroyer à vos passions la somme toute fin de votre création. Bercé par le clair de lune, la brise écorche votre réflexion. Vous arrachant du monde onirique pour vous rappeler à la concrète vérité. Le superficiel décharné, aplani de tout vice, se laisse succomber à l'ardeur de votre désenchantement. Vous vous penchez sur le rivage de votre innocence pour contempler ce que vous avez été un jour, ce que vous demeurez, ce que vous serez. Vous partagez le même dessein que cette élucubration de vous, vous êtes lui, elle est vous. Pendu à ce miroir de diamant, à cette perle de l'océan. Vous brillez de sa grâce, vous vivez de son souffle. L'air balaye en son chemin laborieux le Destin d'une réverbération mystérieuse. Vous pensez que tout ceci sera éternel, mais le froid de la glace patiente pour vous cueillir. Les doigts ancrés sur le miroir de votre conscience, vous spéculez sur l'avenir, pleurez sur le passé et constatez le présent. Vouloir traverser cette mince paroi n'est aujourd'hui pas de l'ordre du miracle. Vous voiler la face ne vous mènera qu'à plus de doutes, plus d'inquiétudes. Vous n'êtes finalement pas mieux que cette cruelle image de la sainte idée. Vous n'êtes rien de plus que le banal écho d'un spectre oublié. Fuyez, fuyez avant que votre âme ne soit emportée. Car le reflet n'a d'égal que l'individualité. Car le seul problème posé par vos deux entités est la perte de votre seule identité. Trouverez vous à nouveau le chemin guidé par la lumière ? Saurez-vous différencier le factice et le vrai ? Pensez-vous encore être capable de retrouver qui vous êtes, perdu au beau milieu de vous même ? Êtes-vous encore capable de vous souvenir de votre nom ? N'avez-vous pas seulement trop joué de ce miroir ? De cette facette ? N'êtes-vous pas vous-même devenu le pâle reflet de votre image ? Car le miroir contemplateur peut devenir votre pire ennemi. Car une fois votre esprit emprisonné dans le verre, plus rien ne peut l'en libérer.

A part peut-être... En brisant la glace.

J'étais épuisé. Essoufflé. Toutes mes forces m'avaient été ôtées. Le liquide brûlait ma chair d'une cicatrice glaciale, lent supplice de l'air léchant la chair, de l'eau gelant les os. A quoi bon lutter lorsque l'on sait soi-même que tout est d'ores et déjà perdu ? Pourquoi s'obstiner à chercher le pourquoi, les raisons, l'explication d'une situation déjà catastrophique ? Je n'avais fait qu'échouer une fois de plus. J'avais été humilié devant l'être pour lequel j'avais le plus de considération. Rabaissé et piétiné de par le jeu malsain de Belzeneff. J'étais le souillon de ce monde. La crasse viscérale d'un univers baigné d'hémoglobine.

Les plumes frissonnant au rythme des épaules agitées par le froid, je sentais chaque fibre de mon être crispée par l'enfer hivernal. La pluie n'avait pas cessé, trempant ma chair dévoilée d'une pellicule aqueuse qui, caressée par le vent, engourdissait à chaque seconde un peu plus mon être. Squelette de givre abandonné au milieu de l'inconnu. Le corps à moitié immergé dans ce bassin remué par les flux, l'impression de ne plus ressentir les sensations animant mon corps me fit serrer les dents. L'azur perdu au fond d'un sombre et mirifique fantasme, seul mon reflet martelé par la pluie répondait aux larmes silencieuses dévorant mes joues. L'or dilué, rendu docile au fil des courants s'était assagi, ornant une épaule, une clavicule ou le front de bouclettes aqueuses. A quoi bon se leurrer... ? L'Innocence de Layca n'était rien de plus qu'un mirage... Une banale et éphémère représentation d'un portrait d'absolu.

Les ailes en un battement disparurent, m'abandonnant à mon piteux sort. L'allure gracile aux courbes féminines, seulement protégée par l'étoffe trempée que mon Élu m'avait offerte, s'offrait en spectacle à ce monde d'un silence diluvien. Posant une main pour tirer l'étoffe sur ces formes traîtresses, profanes. Une taille trop svelte. Une poitrine chétive. Le tissu dévorait d'un toucher audacieux cette aguicheuse allure. Je n'eus d'autre choix que de nouer prestement la parure déchirée autour de ma poitrine, protégeant de façon superficielle ce que personne ne devrait voir. Faufilant une main rendue blanchâtre dans le liquide aux sensations aigres. Prendre appui pour se redresser. Frémir au contact de l'air battu par les flots, sentir ses membres engourdis rendus rigides de par l'inactivité. Combien de temps avais-je contemplé l'eau mue par la pluie ? Depuis combien de temps était-il parti... ? Au fond, qu'est-ce qque tout cela pouvait bien changer ? Il n'était plus là... Et ne reviendrait probablement plus... Ma réaction avait du l'effrayer... Le repousser.... Quoi de plus naturelle lorsque celui que l'on croit être un Ange ne se révèle être qu'un abominable Démon... ? Quoi de plus naturel lorsque les sentiments révélés, la seule réaction de l'être aimé n'est que de vous repousser ?

A quoi bon sortir la tête de l'eau si ce n'est que pour mieux noyer ses espoirs et ceux d'autrui... ? A quoi bon donner libre cours aux extravagances de mon cœur si ce n'est que pour briser celui que... Si ce n'est que pour le briser Lui.

Je n'avais probablement eu que ce que je méritais. Le châtiment des Anges s'étant perdu au bras du vice, au bras du Diable. Les péchés salissant les ailes d'une marque indélébile. L'Innocence perdue dans un ébat dépourvu de sens... A quoi bon Alvaro... ? A quoi bon se voiler la face... Tout ceci n'est que de ma seule et unique faute... Et c'est ton cœur que j'ai brisé en y insufflant les doutes de mon âme.

Récupérer le voile perdu que ma Fée avait confectionné pour moi. Traîner le fardeau de ce sexe faible qui m'avait été injustement imposé. Quitter le bassin regorgeant du malheur de l'Humanité... Du mal des miens... Foulant du pied l'herbe satinée d'eau, fredonnant du bout des lèvres la mélodie de l'Hiver, ma chair frigorifiée, une seule idée animait mon être. Retrouver la Forteresse. Retrouver ma tanière, mon refuge...

Les pieds nus sur le sol boueux, l'étoffe salie par le sang d'une blessure désabusée, il me fallait avancer sans plus regarder en arrière. Les doigts ensanglantés agrippés à la robe traînante, le tissu se tachant des salissures croisant son chemin, je n'avais plus qu'une chose en tête. Ne croiser âme qui vive et retrouver la chaleur enivrante des bassins de la Forteresse.

Pénétrant l'enceinte de mon domaine, parcourir les couloirs au seul son de mes pas moites fut un supplice. Le marbre glacé s'évertuait à devenir une patinoire sous mes pieds humides. Laissant sur mon chemin l'ombre poisseuse et sale de ma trace, j'eus une pensée pour Castiel qui tôt ou tard croiserait le désastre terreux que j'avais fait des couloirs de la Cité...

Mes doigts crispés vinrent saisir la clenche de la porte de ma délivrance. A cette heure tardive, personne ne serait dans les bassins, c'était tout du moins l'espoir que je me faisais. Dans un grincement sec, les vapeurs d'eau caressèrent ma peau mordue par le froid. Sensation délectable. Je jette un rapide coup d’œil aux alcôves. Personne ne semblait errer en ces lieux. La lune était encore haute dans les cieux d'Alea Jacta Est... Qui donc viendrait s'octroyer un bain de minuit... ? Dans un soupir, je fermais la porte sans un bruit. J'avais quelques minutes plus tôt pris le partie de faire un détour par mon bureau pour me saisir de la clé des lieux, m'empressant de verrouiller ce sanctuaire à tout inconnu qui oserait s'aventurer en ces lieux. Les horaires étaient peut-être fixes, mais qui donc n'enfreignait jamais les règles ? Si les petits pions se retrouvaient face à une porte comble, rien ne leur permettrait d'ouvrir la pièce... Tout du moins, c'était la sotte idée qui avait traversé l'esprit à cet instant là.

Trop peu alerte pour penser à quoique ce soit d'autre, je dénouais rapidement l'étoffe qui voilait ce corps perfide. Abandonner le tissu salace près de la porte, en un tas négliger et s'avancer vers les bassins d'eau fumante. Une légère odeur de lys envahissait la pièce, touche à l'arôme subtile bien qu'envoûtant. Le corps nu, balayant du regard la pièce, l'azur croisa des perles marines. L'or des mèches s'installa comme semblable au fond de la glace embuée. Le long du mur bordant les renfoncements permettant un brin d'intimité à chaque pion. S'esquiver de l'objectif. Se rapprocher lentement de l'infatigable reflet. La chair des doigts laisse son emprunte sur la vapeur d'eau déposée sur la surface plane. Appuyer doucement la paume et tracer une large ligne. La réflexion apparaît. Corps fielleux. Hérésie d'une Humanité déchue. Père... Pourquoi m'avoir infligé ce mal... ?

Pourquoi une Femme ?

L'azur scellé sur les courbes captieuses, une point de colère s'invita au fond de mon être. Reculant d'un pas, touchant le miroir à bout de main, la silhouette dessinée en d'aphrodisiaques arabesques. Le sang coagulé au niveau de ma cage thoracique tiraillait ma chair en une déplaisante sensation. Un souffle épuisé m'échappa. Caressant à peine la blessure, les pupilles abandonnées dans l'abysse glacial de cette image infâme, le vent de la haine se leva timidement.

Pourquoi moi ? Pourquoi devais-je subir pareil abus ? N'était-il pas déjà suffisamment compliqué d'endosser le poids du mal que m'infligeait Andrew ? De supporter l'affront quotidien de la cicatrice qu'Astaroth m'avait infligé ? La sempiternelle douleur de n'être rien d'autre qu'une poupée de chiffon traînée au gré des envies et désirs des affres de ce monde ? Que vous ai-je donc fait Père ? N'ai-je pas accompli la mission que vous m'aviez confié ? Ne suis-je pas suffisamment à la hauteur pour être votre fils... ? Pourquoi m'infliger ce châtiment ? Pourquoi me rabaisser ainsi ? Pourquoi faire de moi une catin ?!

Dans un son éructé, mes dents se crispèrent. Un poing vif vint s'abattre sur la glace macabre, brisant cette illusion parfaite. Exécrer sa propre image. Haïr n'être que l'onde de l'immondice. Le sang devient venin dès lors que l'idée de n'être plus que cette bassesse m'effleure. Les muscles bandés, les membres rendus rigides par le froid et la rage, chaque fibre de ce chétif corps qu'est le mien se mit à trembler. Les étincelles de glace répandues sur le sol humide, destruction d'un idéal inexistant. Portant mon poing déchiré par le verre à mes lèvres, j'embrassais le sang de cet arsenic tant désiré. J'aurai tant désiré en finir. Mettre un terme à tout ceci. Abandonner cet Enfer qui m'a rendu plus faible que tous. Retourner à l'état de poussière duquel mon Père m'a arraché. Redevenir le simple Fils d'une entité de perfection. Être la tendre représentation de cette Bête ineffable. Et non plus seulement le pâle mirage d'une vie et d'une chair brisée. Je ne voulais plus être cet Ange déchu sur lequel tous pouvaient compter... Je ne voulais plus être personne. Seulement m'abandonner aux bras de Morphée, pour l'éternité. Devenir le Narcisse qui le regard perdu sur sa propre image se contemplera jusqu'à la nuit des temps dans les lagons infernaux du Styx.

Le sang s'invite en une danse mortuaire sur ma peau diaphane. Filant gracieusement le long des doigts fins, marquant sa trace sur l'enveloppe d'un cœur calciné. Les cendres de l'univers reposent au fond de mon âme, piédestal d'un Avenir inexistant. D'un passé détruit. D'un présent irréel. Le sang trace en quelques gouttelettes éphémères le chemin du damné vers l'échaffaud.

Je quittais cet état de dégoût. Abandonnait cette rancœur. A quoi bon... ? Pourquoi s'évertuer ainsi à donner de l'importance à la misère d'une existence dont le seul sens n'est que la mort, interminable, indéterminée et sans fin ? Pourquoi donc ne me portez-vous pas le coup de grâce Père ? Pourquoi n'arrachez-vous pas votre propre Fils de cette geôle aux barreaux de douleur ?

Le sang trace en quelques gouttelettes éphémères le chemin du damné vers l’échafaud. Mes pieds glissent en une démarche chancelante jusqu'aux premières marches du grand bassin. La lave aqueuse s'invite à épouser la chair en un ballet d'échos sulfureux. S'immerger à chaque pas un peu plus. Avancer jusqu'au centre de ce lieu d'exaltation pour certains, de repos pour d'autres.

Pourquoi Père ? Ne suis-je pas le Fils que vous désiriez tant... ? Ne suis-je pas suffisamment pieux à vos yeux... ? M'accorderez vous la miséricorde de la Fin ? M'aiderez-vous à retrouver le chemin... ?

Poser les yeux sur la surface ondulante de l'eau. L'azur aperçoit ses semblables en une myriade de vaguelettes aqueuses. L'or se rappelle de la couleur de sa gloire au fil de son immersion.

Fermer les yeux sur ce reflet de l'aberration. Fermer les yeux sur cette existence. Abandonner tout espoir. Abandonner tout pouvoir. Se laisser aller à l'eau brûlante. Submerger mon être des abysses de l'éternité. Laisser le souffle me quitter.

Dire adieu à ce Monde. A ce reflet brisé.

_________________

    We each begin in innocence
    We all become guilty
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Alvaro
Ψ Narcissique Impitoyable Ψ

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MessageSujet: Re: Eau pure [Event S][PV Alvaro]   Mar 24 Avr - 20:54

                  
            
            
Quand la pluie a-t-elle commencé à s'abattre sur mon visage... ?

Pourquoi je ne sens plus rien autour de moi... ?

Depuis combien de temps suis-je ici... ?

Peu m'importe.... Je me fiche pas mal...

De vous tous...

...Allez tous au diable. Tous autant que vous êtes.

Je vous hais.


Tout est vide. Le vrombissement de l'eau transformant mon masque en un amoncellement de chair pétrifiée et livide. Le temps s'était comme arrêté au détour de cette longue et macabre chute aux enfers. Le glaive du dépit avait décapité mon coeur, ne laissant plus qu'un amas de veines nouées par le chagrin. Était-ce réellement la pluie qui brisait ainsi cette toile hypocrite qui recouvrait mon faciès ? Allais-je donc continuer à me voiler la face...Pour l'éternité ?

Allais-tu te réduire à n'être toute ta vie qu'un misérable ver de terre Alvaro ? Écrasé par ce que tu ne pourras jamais t'offrir ? Meurtri, abattu, frappé en plein cœur par ces êtres pathétiques ? Comptes-tu rester là, assis, à pleurnicher sur ton sort ? Ne souhaites-tu donc pas ne plus être la mauviette que tu as toujours été ?

Va-t-en...

Que je m'en aille ? Tu sais mieux que moi que j'ai toujours été le seul qui ait daigné te suivre partout ou tu es allé mon petit... Tu ne peux pas me chasser. Tu dois accepter ce destin qui est le tien. Tu dois rompre avec ces chaînes qui entravent ta vie et brident ton potentiel. Tu dois te débarasser de ces perles salées qui souillent ton nom et ton âme.

Laisse-moi tranquille...

Pourquoi refuses-tu de me tendre la main Alvaro ? Ne suis-je pas pourtant...Ton seul ami ? Le seul qui ne t'aie jamais trahi. Le seul être en qui tu peux avoir pleine et entière confiance. Allons mon enfant... Ne retiens plus cette colère qui pourfend ton corps fébrile. Laisse ton âme s'exprimer. Laisse ta haine consumer ces malheureux vermisseaux.


...Je...Ne sais plus...

Aaah. Tu vois. Tu commences à comprendre. Viens. Ne faisons plus qu'un Alvaro. Trop longtemps tu as tenté de me tenir à l'écart, et regarde où cela t'as mené. Même lui. Même lui a fini par te tourner le dos. Viens...

Viens...Mon enfant...


Frappant le mur dans un réflexe incontrôlé, je me sorti alors de mes songes macabres. Frottant ma main endolorie donc s'écoulait une légère teinte rougeâtre, je la regardai d'un regard éteint. Cette même douleur qui transperçait mes phalanges...Elle n'existait pas réellement. Tout ceci n'est qu'un complot...Une mise en scène. Un piège dont j'étais la misérable victime... Une profonde fatigue se fit alors sentir. Ayant perdu la notion du temps, je me demandais combien de temps avais-je bien pu passer à ruminer au clair de lune. Mais finalement, la nuit noire avalait encore le ciel ne laissant plus que quelques rares trainées de lumières factices. Les étoiles elles-même n'étaient qu'un vaste mensonge. Une illusion.

Rien de tout ceci n'était vrai. Rien de tout ceci n'a le moindre sens.

La soirée avait semblé durer pourtant une éternité. J'eus cet étrange sentiment qu'une vie venait de défiler à l'instant devant mon regard déphasé. Et puis... Le doux venin de l'ironie vint hanter mes veines et me rappeler que ma propre existence avait été bien courte. Comment pourrais-je avoir la moindre conscience de ce que voulait signifier ''voir la vie défiler devant ses yeux'' ? Bouche pâteuse, sensation d'abandon. Ma tête lourde refusait de fonctionner correctement. Tel un lendemain assassiné par l'ivresse, je tentais de reconstruire ce puzzle qui bourdonnait dans mon cœur. Pièce après pièce, je m'efforçais de justifier ces larmes qui brûlaient ma peau. Mais tel l'ivrogne je me devais de faire face à nouveau à cette peine. Car la mémoire ne saurait jamais me faire défaut.

L'on ne pouvait fuir son fardeau. L'on ne pouvait s’immuniser face à ces peines sans leur totale destruction. J'allais devoir porter ce poids pour toujours. La pièce est-elle à votre convenue, mes chers dieux ? Etes-vous satisfait de constater que vos pions n'ont d'autre choix que de trainer ce poids insoutenable pour l’éternité tel Sisyphe et sa pierre ? J'ose espérer que cette toile que vous avez peint de vos doigts tâchés de sang est à la mesure de vos espérances. Véritables artistes chaotiques, admirez donc avec délectation ce sombre échiquier que vous déchirer de jour en jour.

Ma raison semblait s'être tarie au profit d'une aigreur insaisissable. D'un pas claudiquant, je me relevais tant bien que mal de cette cage noircie par mon âme. Marchant d'un pas fatigué mais néanmoins motivé en direction de cette forteresse qui se voulait abriter... les ''nôtres''. J'avais perdu toute envie de justifier ma présence, mon rôle, mes besoins, mes envies... Même mes sentiments. Pour l'heure je n'avais qu'un souhait. Qu'une volonté que mon corps me réclamait à corps et à cris. Je souhaitais me laver de mes pèches, consumer ma peau et mon coeur dans l'eau bouillante. Enbrumer mon esprit et prier...Prier si fort...Pour que jamais plus il ne puisse retourner sur cette maudite Terre de désolation qu'étais Alea Jacta Est. Je me laisserais mourir dans la vapeur du bassin. Le monde n'avait pas de sens, pas plus que ma supposée mission.

Pas plus que toi Kamui.

Tu n'étais qu'un maudit rêve. Une corde de cette marionnette géante. Une entité divine inateignable... Qu'il fut sot de ma part d'oser croire....

D'oser croire en nous...

Que pourrait bien obtenir un pauvre mortel d'un enfant de Dieu comme toi ? Les règles sont pourtant simples... Je me dois de te servir. M'agenouiller face à toi. Sans jamais rien attendre en retour. Sans jamais plus oser poser mes mains profanes sur ta peau pâle.

Tu n'as rien à m'offrir n'est-ce pas. Cette histoire...

N'est qu'un amour impossible.

Ainsi je n'ai d'autre choix que de retourner dans cette haine qui me tends les bras. Ainsi je n'ai d'autres choix que d'imposer mon courroux. Il me faut disperser les flammes... Je dois saigner ces chaînes. Je refuse d'abandonner. Je refuse de perdre le jeu. Les dés sont peut-être jetés, mais mon âme elle brûlera tant que les Dieux n'en auront pas fait de pitoyables cendres. Tant que mes poumons respireront cet air inexistant, je me battrais. Je me battrais jusqu'au bout. Je trouverai la solution.

Je tuerai ton père.

Et ce même si je dois me dissimuler dans ce manteau sombre et obscur que tu ne saurais tolérer. Tu pourras me fuir. Me haïr. Tenter de m'en dissuader. Mais tu ne sauras jamais apaiser ma haine.

Je tuerai...Ton père...

Peut-être ne remarqueras-tu jamais rien. Peut-être que tes yeux ne verront désormais plus que le pathétique pion ailé que les dieux t'ont offert. Si mon coeur n'était pas tant troublé par les nuages du chagrin...

L'ignorance serait l'unique mal que je te souhaiterais...

Tel un voyage dans le temps. Tu ne t'apercevras de rien Kamui. Tout ce qui s'est passé jusque là n'a jamais été rien de plus qu'un songe d'une nuit d'été. Rien de tout ce qui a pu meurtrir ton coeur en cette nuit de pleine lune n'aurait su exister en dehors de ton esprit. Souviens-toi. Je ne suis que ton humble serviteur. Silencieux. Calme, serein et solitaire.

Je ne suis qu'Alvaro. Simple et banal Elu de Layca.


Le chemin au bassin se fit plus pénible que prévu. Véritablement rouillé par cette fatigue qui me rongeait je me trainais Je n'avais pourtant pas sommeil. C'était une sorte de lutte spirituelle qui tentait de m'achever de l'intérieur. Un bon bain saurait me remettre les idées en place...Il me fallait repartir de zéro. Faire table-rase du passé. Me relever de cette défaite cuisante. Acquérir de la puissance. Plus de puissance. Infiniment plus. Trouver les moyens. Les mettre en œuvre... Et pour cela, je ne pouvais pas reculer à nouveau. Je ne pouvais pas en rester sur cet échec. Je me relèverai, coûte ce qu'il m'en coûte. Peu importe les obstacles... Peu m'importe les moyens.

J'obtiendrais ma vengeance.

Et ma liberté.

Mes pieds encore nus sentaient peu à peu la chaleur mordre les dalles de pierre qui me séparaient du Bassin. La porte massive qui me retenait à l'extérieur de ces derniers n'était pas scellée. Evidemment, qui aurait l'idée de prendre un bain à une heure aussi tardive ? Personne.

Du moins c'est ce que je croyais. Mais j'oubliais que je n'étais pas la seule âme en peine à errer dans les couloirs de la Forteresse cette nuit là. Mon coeur déchiré ne put s'empêcher de battre plus fort lorsque je compris que la jeune fille immergée dans les bulles et la vapeur n'était autre que l'Ange de Layca. Encore touché par la malédiction sexuelle de Belzeneff, c'était un corps aux formes certaines et à la peau reluisante qui se laissait guider par la chaleur. Un bien beau tableau se dressait devant moi...Mais je ne saurai mordre à cette pomme que me tendent les démons. Plus jamais. Gardant mon calme et ma sérénité, je tamisais tant bien que mal ces poings qui ne pouvaient s'empêcher de se resserrer. Je ne saurai dire si j'étais malheureux ou empli de joie à la vue de cet être aussi exceptionnel qu’inatteignable. Que pensais-tu de moi à l'instant Kamui ? T'envolerais-tu à la vue du démon ? Sans doute...

Mais n'oublie jamais... Il ne s'est jamais rien passé Kamui. Jamais...

D'une voix partagée entre l'angoisse et la tristesse, je crachais à demi-mot ces quelques palabres. Ne souhaitant pas m'atarder sur l'un de ces sempiternels monologues dont j'avais le secret, j'avais décidé, pour une fois, d'être des plus brefs.

''Ne te méprend pas, je ne compte pas te déranger. J'irai me baigner à l'extrême opposé afin de te laisser en paix avec tes pensées. Fais donc comme si je n'étais pas là.''

Ôtant ce paigne imbibé de larmes et de sang, je plongeais alors dans ce bain moussant a l'extrême opposé du bassin. N'osant pas même jeté le moindre coup d'oeil à l'élu primordial. A quoi bon ? N'était-ce pas futile d'observer un ange lorsque nous savions que nos mains ne feraient que lui brûler les ailes ? A quoi bon permettre à ces orbes de sang que Belzeneff m'avait offert ''gracieusement'' de souiller une pareille créature imbibée de lumière ?

Trempant tour à tour chacune de mes mèches. Je me laissais couler lentement vers cette sombre destinée qui s'avérait être la mienne. Me regardais-tu Kamui ? Pourquoi ne pouvais-je faire taire cette obsession... Pourquoi ne pouvais-je nier à tout jamais ces sentiments que j'éprouvais. Plongeant mes yeux au creux de ma main, je marmonnais alors sans cesse ces mots qui étaient telles des épées me saignant tour à tour.

Je dois t'oublier....
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Kamui
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MessageSujet: Re: Eau pure [Event S][PV Alvaro]   Dim 29 Avr - 19:22

La peur. Est-ce seulement un sentiment ? Peut-on dire que l'on connaît la peur ? N'est-ce pas au contraire plutôt elle qui nous connaît. Elle sait tout de nous. Elle s'évertue à rendre notre environnement plus complexe. Elle s'insinue, s'infiltre comme la peste. Étreint le cœur, l'esprit. L'âme tente désespérément de s'échapper d'un étau létal contre lequel elle n'est rien de plus qu'un chétif insecte. Mais qu'en est-il de la rumeur ? Le vent souffle, se glisse paisiblement sous l'étoffe protectrice. Le frisson remonte, glacé. Glacial. La chair se contracte, appelée par l'ineffable sensation qui la ronge. Le cœur s'échappe, sort de ses gonds et suit un rythme endiablé. Elle dévore de l'intérieur. Chaque recoin, chaque parcelle, ce corps est son domaine. La tétanie se propage, l'âme s'engourdit en faveur de l'indescriptible frayeur. Toute pensée rationnelle s'échappe, tout s'embrouille. Le brouillard se lève dans les limbes d'une conscience rendue folle. Frénésie inhumaine qui broie les os. Tapie dans l'ombre, cachée du regard de tous, elle n'attend que l'instant le plus propice pour se dévoiler. Plane comme le funeste augure au-dessus de tous les vivants. Inlassable, ravageuse. Le sang boue, se pétrifie lorsque son odeur vient à votre flaire. Les sens rendus incohérents, la démence vous guette. Le souffle court, Méduse s'empare de votre fuite. Les mouvements vous sont impossibles, vous coulez dans l'abîme du mal. Elle se délecte de vos soubresauts, vos tremblements l'excitent. Elle s'ébroue et s’énamoure de tant de douleur. Inexorablement drainé vers les profondeurs. Il ne sert plus à rien de vous débattre. Son voile sombre vous enveloppe, vous étouffe, vous aspire. Elle s'invite en vous comme une malingre affamée. Vous êtes son festin tant attendu. Vos hoquets allèchent ses babines, votre regard empli de terreur ne fait que lui donner plus envie de vous. A quoi bon lutter contre ce qui n'est pas de votre ressort ? Après tout, vous n'êtes qu'un simple vivant. La peur finira toujours par revenir vous hanter. Car elle au-dessus de tout peut vous dominer. Car seule la peur est en possession des moyens pour vous annihiler. Car si vous croyez encore être le maître de votre destin, c'est que la peur n'a encore jamais frappé à votre porte...
Prenez garde... Elle est sûrement derrière vous.

Car rien en ce monde n'est capable de vous extirper du monde des cauchemars. Car vous demeurerez indéfiniment seul dans ce cercueil d'oubli et d'horreur. Mais n'existe-t-il pas au fond un moyen d'y échapper... ? Peut-être suffirait-il simplement... D'y penser ?

Comme un monde où la course du temps aurait succombé aux folies d'une magie inconnue. Tout semble flou, saccadé. Les éléments semblent comme en suspension. L'azur noyé par une réalité devenue trop oppressante. Pouvais-je simplement estimer tout ceci comme un fait ? N'avais-je pas simplement été berné sur toute la ligne..? Cette journée semblait n'avoir eu pour but ultime que de ruiner un peu plus chaque fragment de cette carapace que je m'étais évertué à consolider jour après jour. Le mince espoir de pouvoir être un jour intouchable m'avait autrefois obnubilé. Une volonté indestructible d'être un jour comme lui. Indestructible. Tout semblait pourtant nous opposer. Quelle autre logique aurait put être ? Nous étions les antipodes de ce monde. Les deux fils damnés des Dieux. Comment aurait-il été possible que... Je puisse devenir aussi résistant que lui... Tout ceci n'était qu'un vaste songe. Une idolâtrie impossible et interdite. Comment moi le fils de Layca pouvais-je envier la charogne progéniture d'Oppse ? Tout ceci n'avait toujours été. Que mirages et oubli. Se laisser emporté. Donner raison au devoir contre la seule volonté. Car à quoi bon..? Je ne suis probablement qu'un pantin de plus...

L'or en une écume sulfureuse lèche la peau immergée. Tout ceci est irréel. Ce ne peut être qu'un mauvais rêve... Cette journée ne s'était jamais produite... Je n'ai jamais perdu espoir... Quelle que soit la situation je ne peux que persister. L'effort ne pouvait être interrompu de la sorte. Je ne peux pas abandonner ainsi... Que dirait Alice...? Ma chère et tendre retournerait ces terres s'il fallait me déloger de cet Enfer tant desiré. Elle était cette force inestimable, ce soutien sans faille sur lequel je pouvais compter en permanence... Pourtant je ne voulais pas plus en imposer à celle qui avait tant fait pour moi...

Alice, m'en voudrais-tu ?

L'eau brûlante incendie ces vaines blessures. À quoi bon ? Ne serai-je finalement que l'un de plus de ces êtres faibles qui s'offrent à la potence sans même avoir lutté ? Est-ce réellement digne de mon statut...? S'offrir ainsi en pâture à la fontaine des fées. Quel intérêt pourrai-je bien en tirer...?

Désarroi. Frustration. Dégoût. Tu ne vaux pas mieux que n'importe lequel de tes pions Kamui... Tu te balances au bout de la chaine alimentaire au titre glorifique de Roi. Et tout ceci dans que but..? T'abandonner à la facilité ? Tu n'es finalement qu'un lâche. À quoi bon m'appitoyer sur mon sort...? Il n'en demeurera pas moins immuable...

Dans une éclaboussure aqueuse, je repris contact avec le monde extérieur. Les poumons se remplissent, oxygène vital. Je secoue tristement la tête, les mèches aux couleurs d'or s'ebrouant en une myriade de gouttelettes chauffées par les bassins. Un profond soupir m'échappe alors que je rejoins le bord des bains. Croisant les bras sur le rebord carrelé, mon front vint rencontrer mes avant bras. Fatigue. J'étais littéralement exténué de tout ceci. Je n'avais aucune idée de combien d'heures avaient pu passer depuis cette... rencontre à la cascade...

Dans un mouvement fluide, mon dos vint s'appuyer à la paroi du bassin. Le rouge dévorant inlassablement mes joues. Tentant de me faire le plus petit possible, j'immergeais mon visage sous l'eau. Oui, ce n'était pas de la gêne. Encore moins du tourment. Non, ce n'était que la chaleur des bassins qui commençait à me monter à la tête...

L'azur devenu fuyant bien contre mon gré, les idées se bousculaient. Tout ceci...

Un bras laiteux s'échappa des flots. Portant mon regard sur cette main souillée par l'hémoglobine encore mêlée à l'eau, je fermais lentement les yeux.

Cette sensation... Ai-je ressenti la même chose lorsque ses bras m'enlaçaient...? Est-ce que ses doigts sur ma peau... Brûlaient ma chair comme ces eaux...? Laissant le bout de mes doigts parcourir une épaule immergée. Rencontrant les sillons ensanglantés que ma folie avaient marqué... Il n'est pas... Comme Lui... N'est-ce pas...?

D'un geste inconscient, les doigts imitèrent ce chemin que les mains azalées aavaient emprunté. Un frisson. Une inspiration mesurée.

- Que m'as-tu fait Alvaro...?

Ressasser ces paroles. Revivre ces instants derrière la toile anthracite d'un regard voilé. Combien de temps y ai-je pensé...? Combien de temps mes pensées ont-elles été envahies... De Toi...? L'esprit emplit du seul bourdonnement de tes paroles. Tout semble rendu flou...

Un craquement, le bruit métallique d'une serrure.

L'azur s'agita. Un regard rendu trouble s'échappa en direction de cette porte. Était-elle réellement à cet endroit là...? Le bourdonnement s'intensifia. La pulsation du coeur résonne en un son entêtant. L'eau vascille. Ne serai-ce pas plutôt les iris qui...? Confusion.

Et puis le déclic.

Me rappelant subitement de la situation dans laquelle je trouvais, je prenais une grande inspiration et plongeais sous l'eau. Pourquoi mes poumons n'avaient-ils pas voulu tolérer plus d'air...? Pourquoi ma cage thoracique se fait-elle douloureuse. Peu importe. Personne ne devait savoir. Personne ne devait comprendre. Aucun de ces êtres n'avait le droit de voir ce corps châtié. Cette immonde souillure que Belzeneff avait créé.

Cherchant désespérément une issue au fond de l'eau, le son ténu des pas sur les briques entourant les bassins me parvint. Quelqu'un était entré. Panique. Cherchant à me faire le plus discret possible, je sentais malgré moi mon corps s'engourdir. Que ferai-je si...? La gorge serrée. Nul ne pouvait me voir dans cet état. Effroi.

Glissant mes mains sur la parroi lisse des bassins, l'azur aux sourcils froissés sous cette eau savonneuse. L'inquiétude s'emparait de moi à chaque seconde. Ne pas céder à la confusion. Ne pas s'agiter. Il ne fallait pas que tout ceci se sache. Mais comment...? Comment disparai...?

Sous l'effet de la surprise, les yeux s'ouvrent en grand. Disparaître. Ici se trouvait mon issue de secours. Je n'étais finalement qu'au beau milieu de la plus belle issue qui puisse m'être offerte.

Le bourdonnement s'intensifie, l'air vient à manquer. Le tout pour le tout...? Je n'avais plus que cette option. Aussi sotte soit-elle... Chercher à reconstituer le calme. L'eau tangue autour de moi... Pourquoi ma tête me semble si lourde ? Peu importe. Ce n'est plus qu'une question de seconde. Quel que soit l'incongru qui ait osé pénétrer en ce lieu...

Les muscles se contractent, le manque se fait douloureusement sentir. Fermer les yeux. Et inspirer. La substance aqueuse s'invite là où jamais elle ne devrait s'écouler. Magma incandescent. La douleur vrille le larynx. Encore quelques secondes...

L'esprit se vide, les yeux se ferment contre leur gré. Le bourdonnement s'estompe, le noir l'emporte. Un sentiment. Une sensation. Une aura. Réalisation.

Les lèvres se meuvent en un nom incertain. Le silence des tréfonds l'emporte avec lui.

Alvaro.

Mais tout est déjà noir. Il est déjà trop tard.

Car dans la profondeur d'une âme, si la peur terrasse, ce n'est que pour la simple raison que nous n'avons pas cherché assez loin. Car dans un monde comme celui d'Alea Jacta Est. Quel que soit le tourment face auquel nous nous trouvons opposé... Il demeurera toujours une issue de secours.

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MessageSujet: Re: Eau pure [Event S][PV Alvaro]   Sam 18 Mai - 2:11

- Laisse-moi... Va t'en...

Parfois les mots savent meurtrir bien plus que milles aiguilles. Un cri du cœur était bien souvent plus létal qu’une lame aiguisée qui vous mordrait le cœur. Les blessures provoquées par les palabres mutilées ne faisaient guère couler de sang, il est vrai. Mais y’a-t-il pire châtiment que de voir son âme s’effondrer dans la plus profonde noirceur ? Une partie de moi-même semblait s’être éteinte alors même que tes lèvres prononçaient ce verdit. La guillotine encore brûlante s’était abattue sur la nuque de mes sentiments. Pouvais-je encore me regarder dans un miroir ? Cette image de toi. Dévasté, méconnaissable, je revois ces yeux qui me chassent inlassablement, je revois cet être fébrile et angélique qui s’enfuit, loin de moi. Pourrais-je un jour oublier pareil souvenir ô destinée qui est la mienne ? Impardonnable Scorpion…

Ma tête n’était plus qu’un boucan imagé infernal. Encore et encore la vidéo repassait dans cette cervelle fatiguée mais infatigable. La fontaine, le passé, ses rires, ses pleurs, sa peur. Son rejet. Tout me revenait. Tourbillon inlassable et insaisissable. Ce sentiment qui me traversait était si familier. Le cyanure arpentait chaque millimètre de ma bouche endolorie. Cette sensation, je la connaissait bien. Tout le poids que portait mon cœur, ce sentiment que le monde avait perdu tout son sens. Oui, tout ceci avait toujours fait partie de mon existence. Pauvre pécheur que j’étais, je n’avais jamais su affronter cette peine. Me voiler la face avait toujours été ma seule et unique stratégie. Je passais ma vie à jouer les scorpions, à menacer quiconque m’approcherait, mais tout ça n’était qu’une mascarade. Derrière ces vociférations et ce vocabulaire déferlant se cachent une culpabilité sans pareille. Je m’étais toujours senti coupable d’exister, portant ce fardeau psychique du mieux que je le pouvais. Mais ce poids qui était le mien ne s’était que multiplié en voyant la peur dans ses iris azurés. Mais était-ce bien de la peur ou n’était-ce pas simplement du dégoût… Pourquoi en étions-nous arrivés-là. Je n’ai guère de mots pour exprimer mon désarroi face à ton courroux, Ange.

La vapeur se faisait de plus en plus étouffante. Mes yeux s’embuaient à mesure qu’ils se perdaient dans le vide. Un coin de ma tête ne pouvait néanmoins pas ignorer sa présence. Il était là, tout près, dans le même bassin. Lui qui m’avait demandé de partir, il était à nouveau si proche. Il me fallait être fort, et ne pas détourner mes yeux en sa direction. J’avais adhéré à sa requête. Je me devais désormais de le laisser tranquille… Un être humain est-il seulement capable de faire abstraction de l’être aimé alors qu’il n’est qu’à quelques centimètres ? Tout ceci s’apparentait d’ores et déjà à de la torture silencieuse. Je croiseait les bras, me forçant à me concentrer, à penser à autre chose. Se fixer sur la chaleur, la couleur de l’eau, la texture des murs…Tout sauf penser à lui. Il le fallait. Incapable de diriger mes pensées ailleurs, je fermais alors les yeux sur le monde. Se focaliser sur un souvenir, un évènement. Peu importe quoi… Mais tout ceci fut bien futile : si nos yeux étaient capables de s’éteindre afin ignorer la lumière, nos oreilles, elles, demeuraient toujours actives et ouvertes aux stimulations externes.

Un clapotis de bulles vint alors alerter mes tympans. Ploc, ploc, ploploploc. Il s’accélérait de plus en plus. Ce son était des plus intrigants. Ce son me rappelait quelque chose. Il m’évoquait… Le bruit que nous faisions alors que nous retenions notre respiration sous l’eau. Ces bruits de bulles étaient les mêmes que l’oxygène qui s’échappe vers la surface. Pourquoi donc… ? A quoi rimait donc un pareil tohu-bohu aquatique ? Ma curiosité me rongeait. Mais je ne pouvais pas pourfendre ce tabou auto-imposé…
N’est-ce pas ?

J’avais fini par détourner le regard. Et qu’elle en fut ma terrible surprise de découvrir qu’il n’y’a’vait plus qu’une ombre qui flottait à l’autre bout du bassin, accompagnée par les fameuses bulles qui avaient attiré mon attention.

« Mais…Qu’est-ce que… »

Une demi-seconde de latence s’était alors écoulée. Le temps c’était figé devant mes yeux. Les informations s’étaient emballées dans ma tête. Le chaos régnait. Un mélange vomitif de passé présent et futur déambulait dans mes orbites. Ce magma sensoriel n’arrivait pas à s’accorder sur quelque chose de concret. Une sorte de panique s’était alors emparée de moi. Instinctivement, j’avais compris. Aveuglé par ma propre rigidité, je n’avais guère réalisé ce que Kamui s’était évertué à faire. Inconsciemment, je m’étais alors élancé vers lui. La réflexion n’était plus. Seule l’action comptait. Il me fallait réagir et vite, car à ce rythme chaque seconde comptait.

Tiens bon Kamui.

J’arrivais près de l’ombre et dans un geste brusque et rapide je soulevai ce corps aux formes gracieuses et encore maudites par Belzeneff. Je sortais alors sans réfléchir la majestueuse jeune femme aux boucles d’or qui tentait de se noyer. La respiration haletante, pris par l’excitation et la panique du moment, je pris l’élu dans mes bras et je l’allongeais délicatement sur le carrelage du bassin à l’abri de l’eau chaude. Posant rapidement ma tête contre sa poitrine dénudée, je remarquai avec crainte que son cœur battait péniblement désormais et sa respiration n’était plus qu’un souffle imperceptible. Son corps était néanmoins encore matérialisé, ainsi l’élu primordial s’accrochait encore à la vie. Il me fallait agir et vite. Sans me poser de questions, toujours guidé par l’instinct, je m’étais agenouillé aux côtés du corps pâle et mourant, puis pinceant son nez fin et délicat la main gauche, j’écartais légèrement ses lèvres divinement fines. Puis, dans une grandiloquente inspiration, j’insufflai alors de l’oxygène, collant mes lèvres inquiètes contre les siennes et soufflant de toutes mes forces et avec toute ma volonté. Je recommençais l’exercice une, puis deux fois. Et j’alternais finalement avec des pressions fermes sur son abdomen. Tu ne pouvais pas mourir maintenant Kamui. Pas dans cet état, pas dans ce corps. Que ferais-tu si tu te retrouvais nue et sans défense à la fontaine des fées ? Je ne pouvais pas te laisser subir un tel désarroi. Tu devais vivre Kamui.

Tu dois vivre.

« Allez Kamui. Respire bon sang ! Respire !!

Et puis vint la secousse libératrice. Je sentis tout son corps vibrer, alors que ses lèvres rejetaient l’eau qui s’était infiltrée dans ses poumons. La manœuvre avait fonctionné. Sa respiration avait repris. Nous l’avions échappée belle… Un sourire se dessina sur mon visage rongé par la peur. Ses yeux étaient encore fermés, sans doute fatigué par une telle épreuve, mais son corps était bien vivant. L’élu primordial respirait à nouveau et je pu pousser un soupir de soulagement alors même que je mit la main sur un linge non loin de là. Je recouvris ce corps fin et merveilleux de cet habit blanc. Cachant cette douce poitrine et ses formes que le démoniaque Belzeneff lui avait offert. Dans la panique je n’avais même pas prit la peine d’observer ce corps pâle qui tremblait devant mes yeux. Ma seule préoccupation était qu’il vive. Ta place n’est pas dans les ténèbres Kamui… Je ne m’étais autorisé au final qu’un simple regard de ces prunelles fermées. Ce visage si doux, si désirable…Et si paisible. Nulle doute que ce surnom que l’on t’avait attribué t’allait à merveille… Les gouttes d’eau qui perlaient encore de mes mèches charboneuses vinrent éclabousser gentiment cette peau d’une douceur sans nom. Seule la satisfaction que tu sois encore en vie régnait en mon cœur désormais. Et dans un immense soupir, je relâchai cette pression qui me courbait l’échine et me laissait m’effondrer à ces côtés. Nous étions deux corps, deux êtres allongés côtes à côtes. Peut-être qu’un Démon tel que moi ne pourrait jamais ne faire qu’un avec un Ange. Mais nul ne pouvait abolir cet instant précieux. Nous étions là, tous les deux. Tout nous opposait pourtant. Tu dormais, calmement après avoir bravé la tempête, et j’étais là, essoufflé et éveillé. Peut-être n’étions-nous pas destinés à vivre nos jours ensemble. Peut-être que cet amour était interdit et illusoire.

Mais qu’importe ? Tu étais en vie.

Et c’est la seule chose qui comptait à cet instant…

Je fermais lentement les yeux. Me laissant aller à l’obscurité à mon tour… Juste un instant de répit.

Juste toi et moi…

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