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 La Rose et le Scorpion [CLOS]

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Alvaro
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MessageSujet: La Rose et le Scorpion [CLOS]   Lun 14 Mar - 18:48


~ La Rose et le Scorpion
~
D’immenses nuages noirs engloutissaient désormais le ciel. Le bleu étincelant laissant bientôt place à une noirceur terrifiante. Un flot de gouttes martelaient désormais le sol d’une certaine violence qui se voulait répétitive. Il n’était pas rare d’apercevoir un éclair dévastateur trancher le ciel d’un impact aussi bref que puissant. C’est au beau milieu de cet espace apocalyptique que je me retrouvai, agenouillé et fébrile, visage contre terre dont les larmes se noyaient aux flaques formées par la pluie. Le désespoir commençait lentement à m’envahir, rendant le moindre geste impossible à exécuter. Je ne pouvais bouger, je ne pouvais crier… Une ombre démoniaque apparut alors devant moi. Elle était gigantesque et riait froidement. Intérieurement, je la suppliais d’arrêter et de me laisser tranquille, mais plus je redoublais d’effort au fond de moi, et plus le rire devenait bruyant et sadique. Je relevais alors la tête, et je remarquai que d’immenses bras noirs étaient sortis du sol et venaient de m’agripper tout en me soulevant du sol. J’étais prisonnier de l’étreinte et désormais tout mouvement de ma part n’était qu’illusoire. D’un mouvement sec, il m’envoya valser sur le sol et une immense cage noire surgit alors du sol, me piégeant sans que je puisse réagir. Légèrement secoué, je mis quelque temps à me relever, me tenant fermement aux barreaux de ma nouvelle prison. L’ombre s’arrêta alors soudainement de rire, et une ignoble voix grave résonna dans mes oreilles.

« Tu resteras enfermé ici pour l’Éternité ! Les enfants comme toi n’ont pas le droit à l’Espoir ! Remercie moi de te laisser en vie pauvre vermine ! AHAHAHA ! »


Cette voix ténébreuse me glaçait le sang et faisait trembler chaque recoin de ma peau. Je me laissais lentement submerger par le désespoir, renonçant peu à peu à ma propre existence et acceptant le triste sort qui m’était promis… Toutefois… Un étrange sentiment commença à parcourir mon corps. Fruit de l'impuissance la plus totale alors ressentie. Un sentiment violent et sanglant… La tristesse laissait peu à peu place à la colère. Oui… La colère la plus pure et négative qu’il puisse exister. La colère la plus noire et la plus violente. Celle qu’on appelait… La Haine. J’empoignais fortement les barreaux dans mes mains. Les larmes qui parcouraient mon visage se séchèrent et firent place à une grimace qui ne trahissait autre chose que cette Haine incontrôlable… Je me mis à crier :

« LAISSEZ MOI SORTIR ! LIBÉREZ MOI IMMÉDIATEMENT OU JE VOUS TUE ! JE VOUS HAIS ! JE VOUS HAIS TOUS AUTANT QUE VOUS ÊTES ! AAAAAAAAAAAAAAH ! »




Une légère lumière venait éclaircir mon œil droit, fraîchement entre-ouvert. Tout ceci n’était donc qu’un mauvais rêve… Une douleur vive traversait alors mon front à l'image d'un feu qui brûlerait mon esprit. J’y portai ma main, le frottant avec délicatesse. Encore et toujours le même cauchemar incessant… Rien de mieux pour vous mettre de mauvaise humeur. Le ciel arborait une couleur magnifique. Un doux mélange entre l’orange du crépuscule et le bleu pâle du bon matin. Je m’étais donc endormi un long moment…

Reprenant peu à peu mes esprits tout en me frottant quelque peu le visage, je contemplai mes alentours, essayant de rassembler mes souvenirs de la nuit passée. Un doux bruit d’écoulement d’eau effleurait à ce moment-là mes oreilles. Ce bruit fort apaisant faisait partie de mes préférés… Il n’y avait rien de tel que de se prélasser quelques instants au bord d’un coin d’eau qui s’écoule calmement, sans jamais s’arrêter. Je commençai alors à reconstruire peu à peu les événements qui ont précédé cet horrible cauchemar. Tout en restant allongé, je reconnu la petite cascade paisible de la forteresse de Layca qui s’écoulait non loin du petit point d’eau ou je siégeais à cet instant même. C’était un endroit que j’avais l’habitude de fréquenter quotidiennement afin de pouvoir profiter de la solitude ne serait-ce que quelques instants. Pas un seul bruit, pas un seul être humain inutile blablatant à longueur de journée pour ne rien dire d’intelligent… C’était en quelques sortes un petit paradis pour moi.

Déplaçant mes bras sur le sol, je remarquai alors qu'un objet solide vint se cogner contre ma paume. Je tournais alors mon visage pour analyser l’objet en question et je constatai que ce n’était autre que ma lyre qui reposait à côté de moi. Je m’étais probablement endormi alors que je jouais quelques morceaux au clair de lune… Je la pris dans mes mains, la fixai durant quelques secondes, puis je plaçai mes doigts sur les cordes, prêt à jouer un morceau alors que je me posais convenablement assis sur une pierre. Après tout, il fallait bien que je chasse ces idées noires transmises par mon rêve. Une note…Deux notes… Une mélodie se créait peu à peu au fil des caresses de mes doigts sur les cordes fines. Je n’étais certes pas le meilleur musicien qui ait existé, mais à l’échelle personnelle, mon talent était suffisant pour apaiser mes pensées tumultueuses et débordantes.

Mais alors que j’entamais un nouveau couplet, j’entendis une sorte de petit craquement quelques mètres plus loin. Un craquement typique de quelqu’un qui viendrait de marcher maladroitement sur une branche d’arbre, la brisant en morceaux et lui faisant perdre ainsi toute discretion. J’arrêtai subitement de jouer, puis d’un claquement de doigt, je fis disparaître mon instrument dans un petit nuage de poussière. Me relevant calmement et agrippant le fourreau de ma rapière de la main gauche je poussa un cri en direction du bruit.

‘’Qui va-là ?!’’
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Bloody Rose
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MessageSujet: Re: La Rose et le Scorpion [CLOS]   Mer 16 Mar - 20:30


Les souvenirs. Ces choses mystérieuses que l'on ne sait trop décrire. Que sont-ils pour nous ? Ils peuvent se transformer en malédiction qui ne cesse de nous rappeler la vérité sur notre existence. Mais ils peuvent aussi être de la mélancolie pure, un sentiment que je hais plus que tout au monde. Un sentiment que je commence à perdre. Plus j'utilise mon don, plus de choses s'effacent de ma mémoire. J'ai peur. J'ai peur de ne plus me souvenir des choses importantes. J'ai peur de perdre mon âme, sans même que je l'aperçoive.
Ces souvenirs qui tracent nos émotions, me transperçaient infiniment, ne me laissant jamais tranquille. Je commençais doucement à me demander si je ne préférais pas avoir un psychopathe à mes trousses, plutôt que d'être poursuivie par les réminiscences d'Alea Jacta Est. En réalité, j'ai voulu partir justement pour ne plus avoir à fuir. Pourquoi a-t-il donc fallu que je tombe sur ce don en particulier ? Il était vrai que de cette manière, je constituais un pion très important aux yeux de Layca ... Mais malgré cela, ces gens-là n'avaient que faire de mon rêve de devenir danseuse étoile. Ils ne faisaient que me manipuler, pouvoir pêcher le plus d'informations possible. Et puis les jours passaient, et mon cerveau était de plus en plus endolori par toute cette masse de souvenirs que je collectionnais à longueur de journée. C'est ainsi que je me retrouvais à fuir la foule, voulant à tout prix me reposer à l'abri des autres. En inspectant les environs, au beau milieu de la nuit, je trouvais cet endroit féerique.
La sérénité de cette cascade, dépourvue de la lâcheté des hommes, m'enchanta dès le début. Le calme que proposait cette eau qui ne cessait de couler de façon rythmée ne faisait qu'ajuster le paysage magnifique qui se présentait devant mes yeux ébahis. Mes doigts frôlaient l'Éden de ce monde. J'avais la possibilité de me baigner dans cette cascade miraculeuse.
Après tout, l'eau paraissait si rafraichissante, et je savais que personne ne pourrait me déranger. Je me déshabillais donc soigneusement, me retrouvant ainsi vêtue uniquement de mes sous-vêtements et d'une robe blanche légère, et plongeais dans l'eau. Le contact du liquide était si agréable, que je pensais y rester pendant le restant de mes jours. Je n'ai jamais compris pourquoi mes parents s'inquiétaient de me voir trop longtemps dans l'eau. Je n'étais pas faite de sucre, je n'allais pas fondre. Bien que cette occupation paraissait plus qu'amusante, je sortais bientôt de l'eau, et restais là à regarder tranquillement les gouttelettes éclabousser ma peau, dansant dans la plus délicieuse des solitudes.
C'est à ce moment-là que les étoiles disparurent complètement du ciel. Un rire sardonique m'accueillit dans cette utopie qui virait à la dystopie. Je me retrouvais prisonnière d'un ancien souvenir devenu cauchemar. Comment était-ce possible ? Une chose pareille ne m'était jamais arrivée auparavant. Mes inquiétudes furent néanmoins brisées par un cri masculin:
« LAISSEZ MOI SORTIR ! LIBÉREZ MOI IMMÉDIATEMENT OU JE VOUS TUE ! JE VOUS HAIS ! JE VOUS HAIS TOUS AUTANT QUE VOUS ÊTES ! AAAAAAAAAAAAAAH ! »
Puis, tout s'arrêtait ... Ce qui prouvait que c'était manifestement un simple rêve. Mais quel genre de puissance pouvait donc me surprendre à ce point ? Ce genre de choses ne m'arrivait pas, d'habitude. L'aube affichait ses couleurs pastelles sur le paysage qui devenait, à ma grande surprise, encore plus merveilleux. Et une douce mélodie voyagea jusqu'à mes oreilles, qui semblait provenir d'une lyre. Dans ce cas, je n'étais réellement pas seule ici ? Je me laissais guider par ces notes énigmatiques, lorsque j'aperçus le musicien en question. Il constituait à lui seul l'image d'un chef d'œuvre, et je fus vite hypnotisé par la tendresse de ses traits et la couleur enivrante de ses yeux. La pâleur de sa peau, tout aussi contrastante que la mienne, ne faisait qu'accroître mon intérêt pour lui. L'homme qui était devant moi faisait partie des plus séduisants que j'ai rencontré. Il semblait prêt à se battre.
‘’Qui va-là ?!’’
Ce n'est que lorsque j'entendis le son harmonieux de ses cordes vocales, que je me rappelais que mes vêtements n'étaient pas encore tout-à-fait secs. Mais la curiosité était trop intense, je décidais de lui répondre:
- Que faîtes-vous ici ?
Malgré son charme immense, il était tout de même en train de me gâcher une matinée qui promettait d'être calme et passionnante. Et je ne pouvais quand même pas lui dévoiler ma fascination pour sa beauté sans lui demander cela, n'est-ce pas ?


Dernière édition par Bloody Rose le Mar 12 Avr - 10:50, édité 2 fois
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Alvaro
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MessageSujet: Re: La Rose et le Scorpion [CLOS]   Ven 18 Mar - 0:32

Ma question ne resta pas longtemps sans réponse. Une jeune fille s’avança délicatement en ma direction. Je l’observai sans dire un traître mot. Posant mon regard sur elle, je la contemplai de haut en bas d’un œil attentif. D’une taille inférieure à la mienne, la jeune fille possédait des yeux d’une couleur pour le moins inhabituelle – un doux mélange entre un marron apaisé et un rouge vif - . Ils ne m’inspiraient aucun sentiment particulier. Pire, ils me laissaient totalement de marbre. Son visage était extrêmement bien taillé, et ses cheveux bouclés devaient lui avoir apporté plus d’un compliment dans sa vie antérieure et probablement aussi en ces lieux. Une vraie Jolie petite poupée de porcelaine, sans le moindre défaut, sans la moindre fissure… Exaspérant. Oui. C’est bien le premier mot qui me vint en tête en contemplant la personne qui se tenait en face de moi. Je dois dire que ma mauvaise humeur n'aidait en rien à la situation et n'allait être en aucun cas favorable à la petite nouvelle.

Je n’ai jamais aimé les femmes. Elles m’ont toujours horripilé au plus haut point et ce depuis que mes souvenirs sont clairs. Alors même que je n’étais qu’un gamin, elles m’avaient déjà démontré qu’au fond d’elles il n’était question que de venin, superficialité et frustration. Tout n’était que stratagème. Se cacher derrière un voile de douceur pour mieux vous planter le dard en pleine gorge et vous laisser mourir, le sourire aux lèvres et les yeux brillants des mille feux du sadisme le plus pur. Il était si simple pour elle d’attirer le mâle dans leur toile pour leur arracher les yeux. Je ne suis pas de ceux qui favorisent le genre masculin. Je n’ai que faire des litiges sexuels et des inégalités au sein de la race humaine. Ma haine des femmes n’était qu’un litige des plus personnels, et en aucun cas je n’avais envie de les plier à ma volonté, ou de les punir. Je laissais ces considérations idiotes aux primates qui peuplaient notre monde et qui prenaient un malin plaisir à se considérer comme étant du ‘’Sexe Fort’’. Ma seule volonté dans l’absolu était de tenir ces vipères hors de mon chemin. Moins je les voyais, mieux je me portais. Peu m’importait au fond le rôle qu’elles pourraient bien jouer dans ce misérable château de carte appelé ‘’Société’’.

Il en va sans dire que plus la jeune fille qui avait le malheur de croiser ma route usait d’artifices en tout genre, et plus elle risquerait de s’attirer mon aversion. Je vous laisse donc imaginer quelle fut la première impression que cette jeune fille se dressant en face de moi me fit :Extrêmement mauvaise.
Premièrement, son physique de rêve m’agaçait au plus haut point. Le désir, quel sentiment pitoyable. N’est-ce donc pas triste de se complaire dans la beauté créée de toute pièce ? Qu’il est misérable de donner tant d’importance aux notions d’attirance lorsque celle-ci n’est issue que d’une manipulation totale. N’est-ce pas là la preuve parfaite qu’en ce monde rien n’est vrai, et rien n’est sincère ?

La jeune fille n’avait donc pas gagné ma sympathie, et comble de la malchance, elle commit deux terribles erreurs : la première, celle de plus mauvais goût, était son accoutrement actuel. En effet, probablement à cause d’une baignade récente, sa robe blanche, encore bien trempée, n’avait plus rien d’opaque et elle laissait transparaitre les courbes de son corps. Voilà qui mettrait K.O un bon nombre d’hommes en rut. Mais pas moi. Je trouvais cela fort provoquant et totalement déplacé. Sa deuxième erreur, tout aussi grave à mes yeux, fut de pénétrer dans mon petit jardin secret comme s’il lui appartenait et d’en plus, oser me demander à MOI, grand habitué de ces lieux, ce que je pouvais bien faire ici. Mais pour qui se prenait-elle donc ? La moindre des choses aurait été de se présenter humblement, et de se retourner sans rechigner. Je brisai mon silence de plomb par une série de mots aussi tranchants que mon épée :


« Ce que je fais-là ? Je pense plutôt que c’est à moi de vous poser cette question. Voyez-vous, très chère, j’ai pour habitude de venir ici de façon récurrente. Or sachez que je n’apprécie guère qu’on vienne me perturber dans mes séances de relaxation solitaire. Je n’ai aucun intérêt à vous punir pour cet affront, cela ne serait qu’une perte de temps. Toutefois, il vaut mieux pour vous que vous soyez plus attentive à l’avenir de ne pas mettre les pieds n’importe où. »

Le petit mètre qui nous distançait auparavant n’était plus que de l’histoire ancienne. Je m’approchai suffisamment près de la jeune fille, un grand sourire aux lèvres, pour lui murmurer quelque chose à l’oreille, calmement, sans être brusque, d'un ton qui restait toutefois loin d'être rassurant :

« Maintenant, vicieuse sirène, ne t’avise plus jamais de te montrer de la sorte devant moi. Sache que je ne suis pas sensible à tes charmes, et ce n’est pas ton parfum empestant la Rose qui aura raison de moi. Je ne sais pas ce que tu veux, mais crois-moi, il vaut mieux ne pas jouer à ce petit jeu avec Alvaro Crescent. Maintenant, déguerpis. »

J’étais révolté à l’idée que la douce odeur d’un champ de rose puisse être employée de la sorte par une pareille Succube. Je n’attendis d’autre réaction que son départ. Mes propos violents n’avaient d’autres buts que de la dissuader de rester là, plantée devant moi à envahir mon espace vital. J’aspirais à la tranquillité, et ce n’allait pas être une femme comme elle qui allait m’en empêcher. Je lui tournai le dos et je me redirigeai vers l’endroit ou j’étais allongé quelques instants plus tôt.
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Bloody Rose
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MessageSujet: Re: La Rose et le Scorpion [CLOS]   Ven 18 Mar - 21:26


L'inconnu avait l'air de réfléchir très minutieusement à la réponse qu'il allait me donner. Ou alors ... cherchait-il simplement à pouvoir me jauger d'une manière si arrogante ? Je reculais doucement, me plaçant derrière un buisson. Il allait probablement penser que je ne suis rien qu'une enfant perdue qui s'est complètement trompé de chemin. Et pourtant, je continuais de fixer ses yeux fabuleux, qui semblaient dégager une froideur impassible. Je recherchais une once de sympathie dans ce personnage taciturne, qui semblait vivre une sorte de dystopie maladive. Je voulais à tout prix comprendre son cauchemar, et découvrir pourquoi était-il si spécial.
L'eau de la cascade n'avait pas aidé à réaliser ma découverte. J'étais gelée. Et je n'avais aucune envie de tomber malade. Toutefois, je ne pouvais pas partir d'ici sans découvrir qui était ce garçon mystérieux. Une chose pareille ne m'arrivait pas tous les jours ... En réalité, depuis que je suis arrivée ici, cela ne m'est absolument jamais arrivé. Je ne fais pas parti des nouveaux venus. Ma place est auprès des Élues, de l'élite qui offre son âme pour servir Layca. J'apporte des informations primordiales, travaillant la plupart du temps en solo. Je devais donc user de chacune des chances qui s'offraient à moi pour récolter quelques souvenirs qui pouvaient devenir des éléments cruciaux. Heureusement, l'inconnu m'empêcha de continuer à songer à toutes ces choses inutiles, en lancer le plus brisant de ses discours:
« Ce que je fais-là ? Je pense plutôt que c’est à moi de vous poser cette question. Voyez-vous, très chère, j’ai pour habitude de venir ici de façon récurrente. Or sachez que je n’apprécie guère qu’on vienne me perturber dans mes séances de relaxation solitaire. Je n’ai aucun intérêt à vous punir pour cet affront, cela ne serait qu’une perte de temps. Toutefois, il vaut mieux pour vous que vous soyez plus attentive à l’avenir de ne pas mettre les pieds n’importe où. »
Quelle impertinence ! Comment osait-il parler de cette manière à une Élue aussi compétente et puissante que moi ? Comme s'il pouvait réellement rester ici tout seul, ne laissant personne profiter de la cascade. Je n'en avais que faire de sa présence, de toute manière. Aux yeux de ce monde, il ne représentait qu'un voyeur vaniteux. Toutes les chances étaient de mon côté, me répétais-je, têtue. Mon expression vira à la surprise, et sans m'en rendre compte, bien qu'en bégayant, je lui répondis:
- Eh bien, en voilà une conduite arrogante ! Prouvez vos dires, cher Monsieur. Où exactement se trouve l'information qui m'indique que ce lieu est votre propriété ?
Mais vivement, l'homme s'avança jusqu'à moi assez près pour que je sente son souffle sur mon oreille. Je sursautais, mais incapable de faire un quelconque mouvement, je continuais d'examiner son visage. Apeurée, je commençais à me demander si j'allais vraiment découvrir ses souvenirs, ou tout simplement le laisser tranquille, et trouver une autre cascade aussi mystique. Mais qu'allait-il penser si je m'en allais, exécutant ainsi sa volonté sans failles ? Je ne pouvais me le permettre. J'avais un devoir à accomplir. Je voulais reculer, mais il chuchota quelques phrases à peines audibles à mon oreille:
« Maintenant, vicieuse sirène, ne t’avise plus jamais de te montrer de la sorte devant moi. Sache que je ne suis pas sensible à tes charmes, et ce n’est pas ton parfum empestant la Rose qui aura raison de moi. Je ne sais pas ce que tu veux, mais crois-moi, il vaut mieux ne pas jouer à ce petit jeu avec Alvaro Crescent. Maintenant, déguerpis. »
Terrorisée, je déglutis en baissant la tête. J'étais médusée. L'être exaspérant se retourna, et fit quelques pas en avant. Il s'appelait donc Alvaro Crescent ? Ce nom ... me rappelait quelque chose. Il devait être un Élu de Layca, lui aussi. Ce qui ne faisait qu'augmentait la chance que ses souvenirs soient précieux. Je ne pouvais donc pas abandonner. Les données qui se disputaient dans son crâne pouvaient bientôt devenir une arme vitale non seulement pour Layca, mais aussi pour moi-même. Je me concentrais pour recevoir ses souvenirs, mais cette technique ne semblait étrangement pas porter ses fruits. Je devais entretenir un contact corporel avec l'individu. Mais, toujours pétrifiée, j'avais du mal à imaginer ne serait-ce qu'effleurer le front de cet être impassible. Que fera-t-il lorsque je découvrirais ses souvenirs ? Devrais-je les utiliser contre lui s'il m'attaque ? Le plonger encore plus profondément dedans ? Une chose était sure: il allait devenir la prochaine pièce de ma collection de souvenirs.
- Souvenez-vous ... murmurais-je
Je décidais donc de le rattraper, et de poser mes mains sur sa tête, délicatement, mais aussi assez rapidement pour qu'il n'ait point le temps de me repousser. A ce moment-là, je vis deux parents, flous, derrière une brume épaisse. Je me sentais tellement incapable, tellement seule ... Ils disparaissaient, laissant apparaître un bâtiment qui rappelait un orphelinat. Mais là-bas, j'entendis des cris, des pleurs, la solitude. Mais pouvait-on entendre la solitude ? A présent, je découvrais qu'une telle possibilité était envisageable. J'aperçus un artiste singulier, mais aussi une ville espagnole. Je vis des marionnettes qui vivaient de leurs propres vies. Voilà des souvenirs particulièrement farfelus ... Je vis aussi une personne qui me rappelait vaguement l'élu primordial qu'était Kamui, et grâce à cela, je remarquais que mon hypothèse était juste. Le dénommé Alvaro était donc un Élu, aux services de Layca. Puis, dans un univers théâtre, sous l'acclamation de la foule et les rires des spectateurs, je voyais un homme. De la jalousie. Un revolver. Une balle. Une mort. Et ce fut la fin.


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Alvaro
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MessageSujet: Re: La Rose et le Scorpion [CLOS]   Dim 20 Mar - 23:44

Un éclair blanc me foudroya, m’aveuglant l’espace de quelques instants et me faisant perdre le contact visuel avec le monde réel. Ce fut bref mais particulièrement désagréable. Ce fut comme si le geste brusque de la jeune fille que je n’avais pas vu venir m’avait plongé dans une dimension parallèle. Tout ceci me mettait fortement mal à l’aise mais me semblait pourtant étrangement familier… Comme lorsque nous revenons dans une vieille pièce où persistent encore les odeurs de ceux qui y habitaient avant malgré les années. J’étais paralysé, mes membres étant incapables de faire le moindre mouvement. Je ne pouvais ni avancer, ni reculer, ni m’enfuir… J’étais condamné à observer cette dimension retenu par des chaînes invisibles. Je sentais toutefois la présence de Rose. Ainsi, elle était là elle aussi… En soit cela était logique, après tout, cela n’était probablement qu’une illusion créée de toute pièce par elle, ainsi il est logique que je ressente son aura en ces lieux.

Je me débattais psychologiquement pour tenter de briser le charme sans succès. Je ressentis alors une secousse, puis une forte brume engloba les alentours. Deux silhouettes apparurent au-loin. Deux silhouettes qui, au moment même où je posais mes yeux sur elles, firent battre mon cœur comme jamais. Je connaissais ces gens… La brume m’empêchait de les distinguer clairement, toutefois, je pouvais reconnaître un homme à la carrure forte, au cheveux châtains d’une longueur égalant la mienne. Il croisait les bras et portait une tenue typique de marin. A ces côtés une femme à l’épaisse chevelure noire ornée d’un foulard rouge et portant des vêtements typique d’une danseuse itinérante. Plus de doutes… Ces deux personnes n’étaient autres que mes parents… Je reconnus ma mère et en déduit que cet homme était mon père. Je n’avais gardé de ma mère qu’un vieux médaillon portant sa photo et une mélodie qu’elle me chantait qui jamais ne s’effaça de ma mémoire. Je voulus leur tendre la main, courir les rejoindre mais… A peine les avais-je reconnus que ceux-ci faisaient déjà demi-tour et s’enfonçaient dans la brume, disparaissant devant mes yeux… Une immense désillusion vint me frapper et mon cœur se serra violemment. Des larmes souhaitaient s’échapper, mais aucune émotion ne pouvait être exprimée dans cet endroit… Je ne pouvais rien faire mis à part ressentir les choses à l’intérieur de moi… Mais le désespoir de voir mes parents fut bref. Un sentiment d’angoisse vint me hanter au moment même où un bâtiment que je connaissais très bien apparu à son tour… Ce n’était ni plus ni moins que l’Orphelinat ‘’Los Angeles del Silencio’’. Je préférais lui donner l’appellation d’Enfer Terrestre. Cela lui allait mieux… Je n’avais plus le moindre doute quant à ce qu’essayait de faire la jeune fille. Elle explorait mes souvenirs les plus profonds et les plus marquants… Je ne pouvais pas tolérer une pareille intrusion dans mon esprit. Cela m’était insupportable… De plus, il m’était impossible de contrôler mes réactions. Voir ce vieux bâtiment délabré me faisait irrémédiablement penser à ma vie là-bas, aux châtiments, aux punitions, aux corvées… Aux rires sadiques des religieuses… Je sentais en moi la peur. J’étais effrayé à l’idée de revivre ceci, et me retrouver là était comme un recommencement… Un retour pur en simple dans l’antre de Satan.
Le bâtiment disparut à son tour dans la brume. Ceci n’était donc qu’une sorte de défilé de souvenirs sur fond de brume épaisse… ? J’avais envie de crier. Crier pour que cela cesse. Crier pour qu’on me sorte de là. Mais c’était purement impossible. Et je le savais au fond de moi. J’étais prisonnier, et je ne pouvais qu’essayer de résister spirituellement aux souvenirs. Combattre le psychique par le psychique… Il me semblait évident qu’en faisant cela, la jeune fille essayait de me faire perdre le contrôle de moi-même, et peut-être même de me faire goûter à la folie. Ainsi je résistais tant bien que mal à cette oppression…

Les prochains souvenirs furent toutefois moins intenses et douloureux. Je pu voir successivement la construction de mes valeureux pantins et le moment où je leur insufflais la vie puis j’aperçus clairement l’élu primordial de Layca… Kamui. Je fus surpris de constater qu’une puissante chaleur m’envahissait alors que le blond m’adressait l’un de ses fameux sourires. J’avais la brûlante envie de le rejoindre, d’être près de lui… Sa présence me réconfortait. Peut-être que je pensais au fond de moi qu’il allait me tirer de cette misère, venir me sauver de cet horrible cauchemar… Quelle pensée naïve. Tout comme le reste, il disparut lui aussi dans la brume, me laissant seul. Il m’abandonna comme tous les autres. Il me laissa, pris au piège par ma propre existence… Je fus tellement déçu que la vue du public déchainé du théâtre de Madrid ne me fit ni chaud ni froid. Pire, elle me dégoutait. Toute cette hypocrisie… Ces gens ne m’appréciaient pas moi, mais les différents masques que j’ai pu porter au cours de ma carrière… Purement et simplement dégoûtant…

J’avais l’impression qu’une vie s’était désormais écoulée depuis que la jeune fille m’avait plongée ici. Mais j’approchais de la fin. De ma propre fin. En effet, je pus revoir précisément la fameuse scène de ma mort… Le moment ou cette enflure d’Enzo pointa le revolver sur moi, un sourire démoniaque aux lèvres. Puis il appuya sur la gâchette… Je me vis tomber au sol, cette fameuse balle plantée dans mon front. Le sang coulait. D’abord un léger filament… Puis de nombreux écoulements, faisant baigner mon cadavre dans une flaque rouge. Je ressentis alors un froid terrible. Il semblait parcourir l’ensemble de mon corps… Ce froid était glacial et n’inspirait qu’un seul sentiment ; La mort… La fin de l’existence. Je me sentais mourir, comme ce jour-là. Je me sentais à nouveau abandonné par tous alors que je gisais au sol, sans pouvoir crier à l’aide… Allais-je mourir… ?

Un nouvel éclair blanc surgit. Le cauchemar était terminé. Je me retrouvais au sol, transpirant, manquant de souffle. J’avais froid. Ma tête frôlait la terre et mon corps tremblait de tous ses membres. Je restai ainsi, traumatisé par mon expérience, ne pouvant ni bouger ni parler. Je reconnus le bruit de la cascade. J’étais revenu dans le monde d’Alea Jacta Est… ? Alors la fille ne m’avait pas mené vers la mort… J’essayai tant bien que mal de me relever, sans succès. Je ne pus que relever les yeux avec grande difficulté. Elle était là, assise sur un rebord, me fixant. Elle n’avait pas l’air satisfaite ou heureuse. Non… Elle semblait comme perdue dans ses pensées et mal à l’aise… Je la fusillai du regard, la haine parcourant mon sang. La violence qui traversait mon esprit me poussa à me relever subitement. J’ai tenu debout quelques instants, le temps d’un regard assassin… D’un échange visuel lourd. Je voulais qu’elle paie pour ce qu’elle m’avait fait… Je voulais qu’elle paie pour m’avoir refait connaître l’enfer… Mais… Mes forces n’étaient pas suffisantes, et je m’écroulai au sol lamentablement. Je ne sais ensuite ce qu'il advint de moi, la couleur du monde s’éteignant peu à peu, laissant le voile noir de l’inconscience enrober mon esprit…
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Bloody Rose
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MessageSujet: Re: La Rose et le Scorpion [CLOS]   Sam 26 Mar - 22:25


Chaque souvenir nous emportait dans une dimension nouvelle, que j'étais pourtant la seule à remarquer. Mes victimes étaient tout de suite charmées par le fait de retourner dans le passé. Elles ne savaient plus ce n'était qu'une misérable illusion que je créais pour effacer leurs mémoires, m'amuser avec leurs malheurs, découvrir leurs craintes. Elles agissaient bizarrement, comme si tout ce paysage utopique, - mais aussi très souvent dystopique -, était réel. Au début, j'étais terrifiée par ce pouvoir, je n'osais presque jamais l'utiliser. Mais le temps passait, et je devenais une véritable championne dans ce domaine. Je me laissais emporter par la vague de ces mirages qu'apportaient mon âme, je commençais même à les planifier. Ces étranges créations qui semblaient être des rêves s'emparaient lentement de mes gestes, faisant de moi la Princesse des Souvenirs. Je perdais mon âme, bercée par la musique du vent, la danse des feuilles, l'intensité des rayons de soleil. Je n'étais plus qu'une danseuse perdue parmi les roses écarlates de ce destin moqueur. Je chantais, riais, dansais, criais, jouais, pleurais, tuais. Et ce jeu démoniaque m'envahissait de plus en plus. J'étais condamnée à fasciner les autres. Les émerveiller. Les trahir.
Et ce jeune homme au physique avantageux, qui attrapa mon âme dans ses mains d'artiste, sans même le vouloir, n'était pas différent des autres. Le cauchemar qu'il avait fait était probablement un souvenir déformé de son enfance, lorsqu'il était à l'orphelinat. Quoique clairement, je n'en étais pas vraiment sûre. Je pouvais cependant déduire plusieurs choses de ce petit voyage. Premièrement, il semblait très proche de Kamui, mon élu primordial. Je n'avais pas réussir à éclaircir la nature de leur relation, mais je pouvais deviner que le sourire affiché sur le fabuleux visage de ce dernier n'était pas le fruit du hasard. Un lien singulier semblait les unir ... Ce qui valait donc bien d'avoir inspecté ses souvenirs. Deuxièmement, je voyais enfin qu'une chose nous unissait: nous nous sommes tous les deux fait assassinés par des personnes jalouses de notre magnificence et gloire. L'éclat méphistophélique que laissaient apercevoir les yeux son meurtrier était le même que celui qui était présent dans l'œil du Borgne. Cette sensation était à la fois déroutante, et balsamique.
Je continuais de ranger rigoureusement les données dans ma tête, pendant qu'Alvaro combattait en vain la vague de souvenirs que je créais. Il était coriace, malgré ses airs de garçon faible. Alors doucement, je lui susurrais:
- Vous ne pouvez point me fuir ... Vous ne pouvez point fuir votre passé. Rappelez-vous, mon très cher Adonis, qu'il n'y a rien de plus vivant qu'un souvenir ...
Je dansais entre les images de son inconscient, mélancolique. Lui, m'avait l'air bien malheureux. Ses souvenirs, il les haïssait. Faire disparaître ses cauchemars s'avérait en fait très simple. Il suffisait d'effacer ses souvenirs. Toutefois, voulait-il réellement tout oublier ? Je l'ignorais.
Nous retournions dans le présent. Tous deux couchés dans un tapis d'herbe verte. Le silence nous accueillait, ironique et sempiternel. Je me levais, m'asseyais tranquillement sur une pierre immense, et observais le visage parfait d'Alvaro Crescent. Ce qu'il était mirifique, pensais-je. Oser l'attrister ne me plaisait pas vraiment ... Je ne souhaitais que découvrir pourquoi faisait-il ce cauchemar. Mais une fois encore, j'étais allée trop loin. Je savais qu'il souffrait. A présent, je connaissais une partie de sa vie. Nous partagions un lien saugrenu, que personne ne pouvait vraiment décrire. Mais chaque être vivant qui avait voyagé avec moi à travers son passé pouvait affirmer qu'il existait. Une chose unique se créait entre nous, que même l'amnésie ne pouvait pas effacer. Il se réveillait, me fusillant du regard. Il se releva, commença à se diriger vers moi. Mais je savais qu'il n'aurait pas la force de continuer. Je le fixais avec pitié pendant qu'il chutait. Morphée l'attendait. Je cueillis une rose rubiconde, non loin du prince endormi. Je profitais de sa faiblesse momentanée pour m'agenouiller près de lui, et posais la fleur sur sa poitrine. L'envie de toucher cette beauté était pourtant trop aiguë. Je passais ma main dans ses cheveux soyeux, parcourais du bout des doigts ses joues impeccables, l'arrête de son nez, pour finir de frôler ses longs cils. Son parfum énigmatique me passionnait, à l'encontre de ses goûts, bien négatifs à mon égard. Mais à ce moment-là, je m'en fichais. Il était trop vulnérable pour l'instant. Cependant, lorsqu'il se réveillera, je serais prête à le questionner.
- Voudriez-vous effacer votre mémoire, Alvaro ... ?
Ses yeux demeuraient clos, et j'avais l'impression de parler à moi-même. J'essuyais la sueur sur son visage avec un mouchoir en tissu. Je devais me montrer patiente.
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MessageSujet: Re: La Rose et le Scorpion [CLOS]   Ven 1 Avr - 20:00

Une légère lueur pouvait être perçue alors que j’entrouvrais à peine mes yeux. Il m’avait semblé entendre une voix quelques instants auparavant. Elle m’avait probablement sortie de mon sommeil profond. Je regardais rapidement le ciel et écoutait les bruits alentours. Inévitablement, je reconnus encore une fois la fameuse cascade de la Forteresse de Layca. Il aurait été illusoire, hélas, de penser un seul instant que mon inconscience me ferait quitter cette infernale prison qui semblait n’avoir aucune issue. Malgré mes nombreuses recherches et mon ascension dans la hiérarchie depuis que j’ai mis pied en ces lieux, je n’ai toujours pas trouvé de solutions pour me libérer des chaînes de Layca. Cela commençait à lentement me désespérer car je n’ai absolument aucune piste et les jours s’écoulent et m’emportent comme une rivière sauvage emporterait un nageur trop audacieux. De plus, comble de l’ironie, alors que je cherche à tout prix à me débarrasser de Layca et donc, par déroulement logique, de son élu primordial dénommé Kamui, j’ai pu remarquer une certaine sympathie naissante en moi à l’égard de ce dernier. Bien que cela m’agaçait au plus haut point, Kamui était l’un des rares pour ne pas dire le seul membre voué à la divinité Layca que je pouvais supporter à long terme. Tous les autres ne sont que des cloportes inutiles à mes yeux qu’il vaudrait mieux écraser sans vergogne. Il en va évidemment de même pour la jeune fille que j’ai rencontrée précédemment. Son Aura particulière trahissait son appartenance à notre ‘’clan’’. Toutefois, il était impossible pour moi de déterminer avec exactitude la place qu’elle pouvait bien occuper au sein de notre hiérarchie. Était-elle une simple âme fraîchement débarquée en ces terres ou avions-nous affaire à un véritable Bras Droit ? Ne l’ayant jamais vue auparavant il était bien trop facile pour moi de la considérer comme un vulgaire insecte débarquant récemment de nulle part et n’occupant aucune place d’une quelconque importance. Toutefois, il est nécessaire de rester vigilant en toutes circonstances et de se méfier car, ayant l’habitude de travailler seul, l’hypothèse que cette fille soit en réalité une pièce de luxe sur l’échiquier que je n’avais jamais pris le temps de remarquer n’était en aucun cas à écarter. Qui sait, peut-être avais-je même une authentique Élue de Layca en face de moi. Ceci me semblait même être fort probable au vue de la puissance de son don gratifié par la divinité. Mais malgré ce qu’elle a bien pu me faire subir, tout ceci ne m’importait au final que bien peu. Je ne l’a craignais aucunement et j’étais intimement motivé par un désir ardent de Vengeance. Celle qui se mange à toute heure, peu importe la température du plat.

Je restai allongé sur l’herbe, ayant fermé les yeux pour me permettre une plus mûre réflexion et pouvoir ainsi garder mon éveil à l’état de secret au cas où j’étais encore observé par une quelconque personne. La fille était-elle partie ? M’avait-elle laissée là, abandonné, sans même prendre la peine de m’achever ? Je ne comprenais pas comment cette personne avait pu épargner ma vie et je me demandais ou elle pouvait bien se trouver à ce moment-même. Était-elle encore dans les alentours ? Peut-être m’observait-elle, attendant que sa proie se réveille à nouveau ? Qu’importe après tout.
L’important au moment actuel était de rassembler le moindre petit détail à son sujet. Je devais réussir à me concentrer suffisamment sur la moindre bribe de souvenir qu’il me reste d’elle pour percevoir la moindre faille dans son comportement et ainsi, pouvoir la prendre plus efficacement au piège sans risquer de retomber dans les limbes de cet Enfer Mémoriel dont elle détenait le secret. Je commençais alors à repasser séquence après séquence chaque geste, chaque mouvement, chaque parole que nous avons pu échanger auparavant afin de découvrir cette faiblesse qui me permettrait de planter mon dard sans crainte. Une légère chaleur se fit alors sentir au niveau du visage. Comme une glissade lente et douce qui parcourrait l’ensemble de ma chair faciale. Cette douce sensation me faisait immédiatement penser à de longs doigts fins et taillés à la perfection qui glisseraient sans retenue sur une peau, la caressant systématiquement.

Mon premier réflexe aurait été de brusquement repousser cette main brûlante qui violait mon intimité, mais mon esprit en ébullition fut plus fort que ma capacité de réaction et ainsi, si je n’avais pas à faire usage de ma plus grande discrétion j’aurais pu crier de toute mes forces la fameuse expression ‘’Eurekâ !’’. Ce geste suave me mit immédiatement sur la piste. La faille était toute simple ! Le mot-clé était : Le toucher. Si la jeune fille a pu m’enfermer dans mes propres souvenirs c’est parce qu’elle a réussi à toucher mon front de ses mains. Ainsi, il semble évident que son pouvoir demande un certain contact physique pour qu’il puisse être. La solution était donc toute simple : Il me suffisait de l’immobiliser en bloquant ses mains pour la rendre totalement impuissante et qu’elle soit finalement entièrement à la merci de mon courroux. Or, par chance, je dispose de tous les moyens nécessaires pour faire cela. Il me suffisait simplement de capter son attention et…
Ma pensée fut arrêtée de façon brusque par une puissante odeur de parfum. C’était encore cet exquis parfum de Rose un peu trop aspergé à mon goût. À trop en mettre, même la plus douce des odeurs en devient désagréable. Quoiqu’il en soit, un tel parfum ne pouvait appartenir qu’à une seule personne, à savoir la jeune fille de tout à l’heure. Plus de doute désormais, elle était restée près de moi alors que j’étais inconscient. Mais pourquoi ? Et surtout, pourquoi ce geste étrange après m’avoir fait subir une telle souffrance ? Peut-être était-elle l’une de ses tortueuses sadiques qui prenaient un malin plaisir de tomber amoureuse de leur proie pour en ressentir d’autant plus de plaisir alors qu’elles offrent la plus douloureuse des peines. Et puis qu’importe au final. Qu’elle soit un petit ange naïf ou une véritable vipère n’était guère une chose essentielle. Pour l’heure, il fallait qu’elle paie. Ce misérable insecte ne perdait rien pour attendre. Oser jouer avec moi de la sorte était tout bonnement impardonnable. Mais il me fallait faire preuve d’un grand calme si je souhaitais pouvoir parvenir à mes fins. Il allait me falloir être plus rusé que le renard et profiter d’une potentielle naïveté à l’aide de mon plus grand talent :
La manipulation.


Mes yeux s’ouvrirent totalement d’un geste vif alors que je poussais un léger gémissement pour signaler mon ‘’réveil’’. J’étirais ensuite chacun de mes membres en prenant bien soin d’exagérer mes mouvements. En faisant cela, je cherchais clairement à montrer à mon opposante des signes familiers d’une escapade des bras de Morphée des plus communs. Une attitude familière conduit généralement vos témoins à vous reconsidérer comme n’étant pas réellement la menace attendue. Faire voir que nous n’étions au final pas dangereux était censé provoqué un relâchement qui ouvrirait alors plus facilement la porte aux inattentions et autres faiblesses. J’obtins en premier lieu, comme prévu, une réaction de fuite de la part de la jeune fille. Probablement surprise que je me réveille aussi soudainement alors qu’elle passait ses doigts sur ma peau sans la moindre permission, elle retira alors d’un mouvement brusque et rapide sa main et pris ses distances d’un bon mètre et demi à l’aide d’un bond en arrière. Toutefois, son visage qui montrait en premier lieu un certain effroi fit bientôt place à une certaine sérénité. Je ne montrais aucun signe d’animosité envers elle après tout.
Me relevant avec difficulté, les jambes encore endolories par ma douloureuse expérience, je m’appuyais délicatement contre un muret pour me maintenir en équilibre. Je me mis alors à fixer la jeune fille d’un regard neutre, puis je pris ma tête de mes mains pour simuler une forte douleur à a tête.

« Aaah ! Quelle souffrance… ! J’ai l’impression que mon crâne va exploser… »

Me frottant vigoureusement la tête, j’attendais une quelconque réaction. La jeune fille prononça alors quelques mots pour le moins surprenants. Elle semblait gênée et avait l’air de s’être préparé à les prononcer depuis un long moment :

- Voudriez-vous effacer votre mémoire, Alvaro ... ?

Effacer ma mémoire… ? Quelle était donc que cette proposition insensée ? Elle me fixait d’un regard…comme attendri. Un regard qui témoignait d’une pitié atroce et insupportable. J’ai horreur de la pitié. Elle n’avait aucun droit de s’apitoyer sur mon sort. Absolument AUCUN droit. Pour qui se prenait-elle pour oser me demander une chose pareille ? Elle me réduisait à la folie pour ensuite considérer mon passé comme une vulgaire histoire à effacer d’un claquement de doigt ?! Je sentais mon sang bouillir, et l’envie de frapper férocement cette fille se faisait de plus en plus ardente. Toutefois il me fallait garder mon calme. L’offensive n’allait que me mener vers la défaite. Il fallait rester concentré sur le rôle à jouer. C’est pourquoi je m’approchais de la jeune fille en ôtant délicatement mon masque, et affichait mon plus beau sourire.

‘’Excusez-moi jeune damoiselle, mais je ne comprends pas de quoi vous voulez bien parler. Il me semble bien que mon nom est Alvaro, toutefois je n’en suis plus très sûr. De plus, quelle est donc cette histoire de mémoire à effacer ? Je ne me souviens de pas grand-chose, ainsi, que voulez-vous donc me faire… ?’’

Je me rapprochais encore un peu de la fille. Puis, alors que je croisai les bras et faisait mine de réfléchir, je m’exclamais vigoureusement :

‘’Aaah ! Quelque chose me revient à l’instant en tête. C’est une douce mélodie… Je crois que cette mélodie vient d’un très lointain passé… Elle résonne comme un vieux souvenir qu’on ne pourrait effacer. Quelle jolie coincidence que je me rappelle d’une pareille chose alors qu’une inconnue me propose d’effacer ma mémoire ne trouvez-vous pas ? ‘’

En esquissant un sourire, je riais légèrement et poliment, comme le ferait un prince noble et timide dans une nouvelle ancienne. Je repris alors la parole en joignant mes mains :

‘’Je me demandais deux choses, très chère. Tout d’abord, je ne vous connais guère. Comment pouvez-vous connaître mon nom sans que jamais nous ne nous soyons rencontrés auparavant ? Quel est donc le petit nom qui se cache derrière cette fleur ? Puis, je me suis souvenu d’un instrument. Une lyre qui m’appartient. Je crois que je peux la faire apparaître et en jouer quelques notes si je lui en donne l’ordre. Cette mélodie que j’entends au fond de mon cœur se fait trop opressante. Me laisseriez-vous la jouer pour vous afin de laisser cette mélodie incessante s’exprimer ? Si je ne permets pas au Menuet de vivre, alors il risque bien de se transformer en Requiem…’’

Je fis apparaitre d’un geste ma belle lyre, attendant une réaction. Un sourire aimable au lèvres, un sourire machiavélique en tête…
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MessageSujet: Re: La Rose et le Scorpion [CLOS]   Mar 5 Avr - 18:24


Pourquoi est-ce que diable une telle froideur subsistait dans cet être regorgeant de magnificence ? Les apparences sont donc toujours si trompeuses ? Toute personne dotée d'une beauté semblable se doit d'être chevaleresque et éloquente, n'est-ce pas ? Dieu n'a pas offert un physique de rêve aux demoiselles grossières et mal-élevées. Je suis à moi seule une preuve de la théorie que j'avance. Voir un taux si élevé de goujaterie dans cet individu me surprenait beaucoup, et ce depuis le prélude de son flot de paroles blessantes. Chaque humain normal aurait déployé ses plus grands talents devant une jeune fille si adorable que moi. Hélas, ce garçon-là n'avait clairement pas envie de me voir ici. Mais je n'étais point rancunière, loin de là. Je me devais de garder mon nom de famille intact. Cependant ... Quel était donc mon nom de famille ? Je ne m'en souvenais plus depuis un certain temps. Voici un souvenir de plus qui m'a été volé, nonobstant mes tentatives désespérés de l'éviter ... Je m'inventais une multitude de noms harmonieux et réputés, sans jamais me décider à en choisir un en particulier. Les autres me disaient que je ne devrais pas, que ces petites plaisanteries n'étaient que de vulgaires mensonges qui aveuglaient mes interlocuteurs. Mais je m'en fichais. Je me présentais comme je voulais, j'en avais bien le droit.
Cet être qui était couché sur ce tapis de verdure rebelle me donnait envie de pleurer. Quel passé lugubre avait-il ... Et finalement, j'étais déçue, car rien de bien fascinant ne m'avait frappée dans ses récits de jeunesse. Pourquoi était-ce que son cauchemar avait réagit en moi, dans ce cas ? Avec si peu de ressources, je ne pouvais même pas rêver de déterminer la nature de ces troubles. Je me contentais donc de presser lentement le bout de mes doigts contre son os zygomatique, attendant qu'une quelconque information m'éclaire le long de ce sombre chemin. Je ne pouvais pas aller plus loin, même s'il demeurait assoupi. En réalité, je ne suis jamais allée plus loin. Les découvertes que je pouvais faire avec un simple baiser ne me donnaient guère envie. J'avais peur, peur d'un contact trop intense. Je savais qu'un pécher de ce genre-là se transformerait vite en une blessure qui me rongerait sans retenue, me rappellerait mon assassin. Et je ne pouvais pas me souvenir de cet homme. Cela m'était insupportable.
Pendant que je laissais errer mes pensées, les pupilles captivantes d'Alvaro Crescent montrèrent enfin leur beauté au monde des "vivants" (mais pouvait-on appeler ainsi ce monde ?). Il se réveillait. Pourtant, son expression était différente ... Ses gestes me semblaient étrangement grotesques ... Je me levais brusquement, passant instinctivement ma main sur les plis de ma robe à la blancheur éclatante. Il devait être encore très faible après sa première fois au Pays des Souvenirs ... Néanmoins, je ne pouvais jamais être vraiment certaine de l'attitude des humains. Il trouva une certaine difficulté à se lever, et fut obligé de s'appuyer contre un muret pour ne pas tomber à la renverse une fois encore ... Une douceur exquise se peignit sur ses traits, le rendant ainsi plus fabuleux que jamais auparavant. Il ne m'avait pas enragé par le fait que je venais de fouiller sa mémoire. Devant mes yeux ébahis se tenait un gentilhomme sympathique et courtois. Se jouait-il de moi ? Ou était-il vraiment souffrant, vu ses mains soigneusement posées sur son crâne ?



- Aaah ! Quelle souffrance… ! J’ai l’impression que mon crâne va exploser…
Pauvre homme ... Avoir vécu tant de misère durant sa vie ... Nombreux ont été ceux qui souhaitaient effacer leur mémoire après tant de douleur. Bien évidemment, leurs cas étaient souvent plus sérieux que le sien. Je me rappelle de cette fillette, Marie-Neige s'appelait-elle ... Son histoire était dure comme la pierre, éphémère comme le souffle du vent. Marie-Neige avait sept ans lorsqu'elle est morte dans une tuerie scolaire. C'est une femme inconnue qui l'avait hébergée, nourrie et soignée. Mais un jour, sa maison qui se trouvait non loin de la chapelle sacrée a été l'objet d'une attaque sanglante de la part des serviteurs d'Oppse. D'habitude, personne ne venait s'aventurer dans ces contrées. La femme y habitait tranquillement avec la petite pendant une année entière, loin de toute haine et mépris. Elles se cachaient face à ce monde qui ne cherchait à détruire ... En vain. La femme fut brutalement tuée devant les yeux de la petite fille, qui a néanmoins réussit à s'échapper grâce à son aptitude à courir avec une vitesse inhumaine. Alors qu'elle n'imaginait pas survivre avec des blessures si fraîches, j'apparus dans son monde, l'illuminant avec mon don mirifique. J'effaçais entièrement l'épisode de la femme qui l'avait aidé, de manière à ce qu'elle n'éprouve plus jamais de tristesse à son égard. Certains disent que ce n'était pas bon, que la petite ne pourra jamais savoir que quelqu'un l'a aidé ... Mais n'est-ce pas mieux ainsi ? Elle n'aura jamais aimé, donc jamais souffert. Si j'avais eu ce pouvoir sur Terre, je ne serais pas ici, à attendre la réaction de cet être lunatique. Mon destin aurait pu être tellement plus clair ... J'aurais effacé la mémoire de cet homme opportun. Je ... refuse de m'imaginer la vie que j'aurais probablement menée. Je rejette ces minables possibilités. Désormais, je n'accepte plus les souvenirs. La vérité se cache derrière ce lourd masque de mémoire. Je ne vis que par le présent.
- Excusez-moi jeune damoiselle, mais je ne comprends pas de quoi vous voulez bien parler. Il me semble bien que mon nom est Alvaro, toutefois je n’en suis plus très sûr. De plus, quelle est donc cette histoire de mémoire à effacer ? Je ne me souviens de pas grand-chose, ainsi, que voulez-vous donc me faire… ?
Il souriait. J'arrachais mon regard lourd de pitié pour lui offrir une touche d'incompréhension. Il touchait des sujets si curieux avec un pareil sourire ? J'avais la vague impression de le voir jouer dans une mauvaise comédie. Si décalé ... Si peu naturel ... Je me penchais vers lui, gardant malgré cela une distance appropriée.
- Voyez-vous, le destin a voulu que nous nous rencontrions ici pour une raison bien précise. Je connais vos craintes, Alvaro. Je sais que vos nuits sont rongées par d'affreux cauchemars ... J'ai la possibilité de les éliminer, d'effacer les sombres passages de votre mémoire, de rendre votre passé, présent, et futur plus glorieux encore ... Je peux vous guérir de tous vos souvenirs néfastes.
Il se rapprocha de moi, ce qui commençait à m'exaspérer ... Je saisissais une mèche de mes cheveux pour la tourner frénétiquement autour de l'index, chose que je faisais souvent lors des moments de stress marqué.
- Aaah ! Quelque chose me revient à l’instant en tête. C’est une douce mélodie… Je crois que cette mélodie vient d’un très lointain passé… Elle résonne comme un vieux souvenir qu’on ne pourrait effacer. Quelle jolie coïncidence que je me rappelle d’une pareille chose alors qu’une inconnue me propose d’effacer ma mémoire ne trouvez-vous pas ? Je me demandais deux choses, très chère. Tout d’abord, je ne vous connais guère. Comment pouvez-vous connaître mon nom sans que jamais nous ne nous soyons rencontrés auparavant ? Quel est donc le petit nom qui se cache derrière cette fleur ? Puis, je me suis souvenu d’un instrument. Une lyre qui m’appartient. Je crois que je peux la faire apparaître et en jouer quelques notes si je lui en donne l’ordre. Cette mélodie que j’entends au fond de mon cœur se fait trop opressante. Me laisseriez-vous la jouer pour vous afin de laisser cette mélodie incessante s’exprimer ? Si je ne permets pas au Menuet de vivre, alors il risque bien de se transformer en Requiem…
Un besoin de musique ? Je connaissais bien cette sensation. Je n'étais pas une admiratrice de la lyre en particulier, mais je ne pouvais pas l'empêcher de s'exprimer, après tout ...
- Vous venez justement de vous présenter, Alvaro ... Quant à moi, vous ne m'en avez pas donnée la chance ... Je me nomme Rose, Sempiternelle Princesse des Souvenirs. J'ai juré fidélité à Layca, et promis de le servir jusqu'à la fin de mes jours, en tant qu'Elue.
Je fis la révérence, et détaillais rapidement l'instrument qu'il tenait. Une lyre de qualité, ressemblante à celle qu'a créé Hermès dans l'imagination des grecques perdus dans leur paganisme. Elle ne m'avait pas l'air d'être construite à partir d'une carcasse animale, ou autre bizarrerie visible chez certains musiciens ... Cette caisse de résonance minuscule, qui, malgré ses limites assez accentuées, persistait à créer de délicieuses mélodies facilement mariées avec d'autres instruments. J'aimais ce son, nonobstant le fait que ses notes devaient être accompagnées par une voix humaine. C'était ainsi la magie des poètes, dont la lyre ne faisait qu'enrichir les vers coulants de magnificence. Le charme des instruments à cordes pincées se situait dans le fait de pouvoir frôler la musique sans gêne ni accessoire. Sentir les cordes vibrer sous nos doigts ... Cela me manquait beaucoup. Bien que je trouvais le fait qu'il ait instantanément envie de jouer plutôt anodin, je ne pouvais m'empêcher de hocher la tête.
- Eh bien, faîtes, lui répondis en riant, impatiente d'écouter sa musique.


Dernière édition par Bloody Rose le Lun 25 Avr - 14:19, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: La Rose et le Scorpion [CLOS]   Lun 11 Avr - 15:53

La jeune fille se nommait donc Rose. On n’aurait pas pu lui donner meilleur nom pour la décrire finalement. Tout chez elle faisait référence, de loin comme de près, à la Reine des Fleurs. Que cela soit son parfum, son apparence frôlant la perfection et le détail près ou encore son attitude. Son don lui-même pouvait être associé aux terribles épines de la Rose. Il protégeait son cœur des intrusions maléfiques, comme l’épine qui empêche le mécréant de cueillir cette merveilleuse plante. Mais connaître son nom ne fut pas l’unique nouvelle information qu’elle m’offrit. Elle mit fin à mes doutes en se présentant comme l’élue dévouée de Layca ainsi que la Princesse des Souvenirs. Ainsi, elle était belle et bien l’une des nôtres, et se hissait même à un rang équivalent au mien. Mais ceci ne freina pas mes intentions, j’étais obstiné à poursuivre mes projets, et ce n’était pas le fait qu’elle se considère pitoyablement comme étant une princesse qui allait enjoliver la personne à mes yeux. Bien au contraire.

Ma noble requête reçu une réponse positive de sa part. Elle semblait même particulièrement enthousiaste à l’idée que je joue quelques notes à l’aide de ma lyre. Ce plaisir qu’elle ressentait démontrait-il une certaine âme musicale ? Voilà qui tombait à point nommé, car sa soif mélodique allait être servie par mes soins dans un plateau d’argent des plus périlleux.

‘’Très bien, je vous remercie humblement pour votre accord et j’espère de tout cœur que vous apprécierez de la meilleure des façons ce petit concert en votre honneur.’’

Une rapide révérence vint conclure ma petite tirade ainsi qu’un sourire poli. Me relevant délicatement et observant une dernière fois Rose, je me rendis compte que son visage était illuminé par une joie assez particulière. S’attendait-elle donc réellement à une banale représentation musicale de la part d’un vulgaire amnésique ? Ne se doutait-elle donc d’absolument rien ? Quelle naïveté affligeante et typiquement féminine. Croire aussi facilement aux bons sentiments et rejeté toute sorte de méfiance était d’un ridicule astronomique. Tout ceci méritait d’autant plus une jolie correction pour lui apprendre à ne pas accorder sa confiance aussi facilement à autrui. Ma vengeance prenait une légère tournure éducative. Quelle merveilleuse ironie ! Un léger sourire s’esquissa sur mes lèvres, puis je commençai finalement à alterner mes doigts sur les cordes de mon instrument. Le moindre petit élément de mon plan s’exécuta à merveille et voir le corps et l’attention de Rose entièrement focalisés sur mon petit spectacle m’apportait une immense satisfaction. Rien n’allait pouvoir contrecarrer mon piège désormais.


Les cordes vibraient et la mélodie prenait vie peu à peu. Il ne restait plus que quelques secondes désormais. Rose souriait encore et joignait ses mains dans le plus grand silence, comme pour apprécier pleinement ma prestation. C’est alors qu’entamant un nouveau couplet, mes yeux se mirent à briller et s’illuminèrent de mille feux comme un incendie qui dévorerait une forêt vierge. Un immense sceau déchira alors le ciel tandis que mon instrument continuait de chanter. Probablement trop occupée à m’écouter, la jeune fille ne remarqua absolument pas le cercle qui s’élevait au-dessus de sa tête. Une ombre en surgit alors du portail, provoquant un sifflement sec et strident tel deux lames d’acier qui se frotteraient l’une contre l’autre. Plongeant rapidement et discrètement derrière Rose, celle-ci n’eut à peine le temps de remarquer le bruit et la nouvelle présence, que mon geste brusque sur l’une de mes cordes la rendit prisonnière de plusieurs bras tenaces. Riant sèchement, j’appréciais de voir mon petit invité immobiliser totalement chaque membre de la jeune fleur.

‘’Ahaha ! Permet-moi s’il te plait de te présenter notre nouvel ami ! Le rideau vient de se lever pour Vega, les Griffes du Scorpion ! ‘’


‘’Ce merveilleux jouet vient d’entièrement bloquer chacun de tes membres à l’aide de ses multiples bras. Si tu ne souhaites pas connaître ce que la véritable torture signifie, je te conseille d’être sage et de ne pas tenter une quelconque escapade idiote. Vega se ferait un plaisir de te déchiqueter lentement dans le cas contraire. ‘’

Un élan de sadisme pouvait se pressentir dans mon élocution. J’appréciais cette situation et cette sensation de tenir moi-même la croix en bois était des plus exaltantes. Je me rapprochais lentement de la Princesse des Souvenirs. J’avais décidé auparavant de ne pas lui infliger le calvaire du mutisme, car ma marionnette faisait suffisamment pression sur le torse de ma victime pour la dissuader de gaspiller trop d’oxygène dans des palabres inutiles.

‘’Ma magnifique marionnette, comme tu l’auras sans doute déjà deviné, réagit à ma pensée lorsque je joue de ma Lyre. Ainsi, puisque j’ai cessé de jouer au barde, mon petit bijou a perdu tout souffle de vie et a retourné à l’état de vulgaire morceau de bois imposant et difficile à mouvoir. De plus, puisque ce n’est qu’un pantin et non un être de chair et de sang et qu’il ne possède aucune mémoire, alors ton pouvoir et purement et simplement dénué d’efficacité. Quel dommage n’est-il pas ? Dis-moi belle fleur, que ressens-tu à l’idée d’être prise au piège dans ma toile ? Peux-tu entrevoir le désespoir d’une mort lente et douloureuse offerte gracieusement par le Scorpion ? Tu n’as dorénavant plus aucune issue. Ton destin à partir de cet instant est lié inextricablement à la douleur et pense bien, chère élue de Layca, qu’ayant conscience de la nature stérile de la Mort au sein de cet échiquier, je ne t’offrirai donc pas d’aller simple pour la Fontaine des Fées.''

Tout ce sadomasochisme ne faisait en rien partie de mes habitudes ni même de mes plaisirs exquis. Je n’avais aucun intérêt à interagir avec les autres, que cela soit de façon positive comme négative. Toutefois, l’Orchidée avait franchi bien trop de frontières pour que je lui permette de vivre sans avoir subi ma vengeance d’une manière ou d’une autre. Alvaro Crescent n’était pas n’importe qui et je me devais de lui inculquer le respect pour ma haute personne. Mon visage n’était plus qu’à quelques centimètres désormais et je posais mon doigt sur son front. C’était en quelques sortes ma propre manière d’annoncer le macabre destin qui venait de frapper l’élue. Tel Jules César et son pouce vers le bas. Offrant un dernier sourire, je pris de l’élan avec ma main et je brûlai d’un geste brusque ses joues par deux fois. Je la soulevai par le menton, puis je pris ma rapière.

‘’Alors Rose, tu apprécies cette petite humiliation ? Cela t’apprendra à oser me faire subir un pareil traitement. Bien que nos vies soient éternelles en ce monde, les grandes cicatrices, elles, restent à jamais. Et si je brisais ta beauté divine en mille morceaux ? Une jolie coupure qui défigurerait ton visage à jamais… Une blessure qui te rappellera à jamais les regrets d’avoir osé t’attaquer à Alvaro Crescent. Est-ce que tu trembles à l’idée de perdre de ta magnificence ? Tout le pauvre intérêt que l’on pourrait avoir pour ta personne, balayé pour l’éternité…’’

Mais alors même que la pointe de mon épée se rapprochait du front de la poupée de porcelaine, une sensation me stoppa dans mon élan. Une aura bien familière…


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Kamui
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MessageSujet: Re: La Rose et le Scorpion [CLOS]   Lun 25 Avr - 13:12

Aujourd'hui, j'avais décidé de prendre un peu de recul vis à vis de tout ces massacres. J'avais eu ma dose d'Astaroth et d'Oppsédé pour les deux ou trois jours à venir. J'avais donc décidé de faire le tour de la Cité, et de profiter autant que possible du calme environnant. Tous les grands lieux à l'intérieur de la forteresse y étaient déjà passés. Bien qu'il y ait eu quelques accrochages avec certains pions, tout avait été calmé assez rapidement. Le dortoir était un peu devenu un champ de bataille de polochon. Après avoir remis en place tout ce beau monde, réglé les quelques incidents qu'un pantin n'avait pas su gérer avec le garde manger (et accessoirement baffé Candy qui avait eu la formidable idée de faire sauter un pilier de la Cité pour s'amuser). J'avais décidé de quitter l'enceinte directe de la forteresse et de m'intéresser aux lieux extérieurs. La corniche cachait du regard curieux des Laycaïste un petit couple fraîchement formé qui se promettait amour et fidélité devant ce paysage mirifique. Les gargouilles du toit m'avaient saluées alors que j'observais Jiang Wei méditer dans les hauteurs du toit.
Finalement, tout n'allait pas si mal, j'avais connu des journées bien plus houleuses et pleines de conneries en tout genres. Aussi bien les Élus que les moins gradés, tous étaient de vraies mines à catastrophes. J'avais parfois même envie d'aller m'enfermer dans la Chapelle Sacrée pour n'avoir à croiser personne.. Même s'il y avait toujours Stiigma' pour venir grattouiller à la porte pour quémander une caresse.

Je me dirigeais d'un pas calme vers la cascade, seul endroit que je n'avais pas encore vérifié. Je me doutais bien que j'y croiserai Alvaro, il avait pris pour habitude d'aller lire ou jouer de la lyre là-bas. Ce grand mélodramatique avait vraiment le chic pour jouer dans les clichés.
Plus je m'approchais dudit lieu, plus je me sentis mal à l'aise. J'avais beau être encore assez éloigné, une ambiance pesante si particulière aux champs de bataille ou l'enjeu principal est la mort répandait son venin. A y faire plus attention, je remarquais l'aura d'Alvaro. Comme prévu, il était encore et toujours présent. Cependant, cette atmosphère n'était pas là pour me rassurer. Qu'était-il encore arrivé au tempétueux comédien ? Je me pris malgré moi à avoir une pointe d'inquiétude pour mon Élu, dans quel pétrin s'était-il encore fourré ? Je pris soin de camoufler au mieux mon aura, peut-être étaient-ils attaqués, finalement ?
Mais l'inquiétude fut rapidement remplacée par le doute quand je reconnus l'aura qui accompagnait le brun. C'était celle de Rose. Mais que faisait la plus belle fleur de la Cité dans un endroit si reculé ? Et surtout, pourquoi ces deux là laissaient-ils échapper un sentiment si pesant ?

J'entendais désormais clairement le bruit de l'écoulement de la cascade. Ce son paisible et relaxant n'était pourtant pas là pour me rassurer. Qu'étaient-ils en train de fabriquer ? Pourquoi deux de mes Élus cherchaient-il à se faire la guerre ? J'arrivais finalement à la bordure du haut rocheux de la cascade. Quelques branchages me bloquaient la vue. Je décidais donc de descendre un peu plus bas sur la roche humide afin de rester au couvert du feuillage pour voir sans être vu. Et ce que je vis en contrebas me laissa pantois. Mais la contrariété, et peut-être même par de la colère vinrent immédiatement s'emparer de moi. Mes doigts se crispèrent sur le roche.

La scène qui se jouait à mes pieds était pour le moins incroyable. Je serrai les dents devant ce spectacle. Alvaro dont je n'entendais pas la voix venait d'abandonner sa lyre pour dégainer sa rapière qu'il pointa dans un geste gracieux vers l'une de ses marionnette, que j'identifiais rapidement comme étant Vega. Celle qui sait se battre de ses multiples bras. Mais ce qui me fit bouillir de rage fut quand j'aperçus la belle Rose coincée entre les bras griffus du pantin de bois. Alvaro était-il réellement en train de menacer Rose de sa lame ? La réponse me vint directement lorsque je le vis rapprocher l'arme du beau visage de la fleur. Je pu lire la détresse dans les yeux de ma tendre Élue. Mon sang ne fit qu'un tour, et en quelques bonds agiles, mes pieds frôlèrent enfin l'herbe luxuriante qui entourait le point d'eau où s'écoulait la cascade. J'entendis la voix d'Alvaro s'élever, sadique, promesse de mille et une souffrances.

Humilier Rose ? Briser son beau visage ? Je ne pris pas plus le temps d'écouter la fin du fantasque discours d'Alvaro que je libérais mon aura, invoquant au creux de mes deux mains mes deux chakrams. Je vis Alvaro se tendre, et le regard de Rose auparavant affolé prendre une lueur un peu plus calme. Était-elle rassurée ? Je ne pris pas plus le temps de réfléchir à tout ça. Je perçus simplement un mouvement de la part du brun, et un semblant de frisson le parcourir lorsque d'une voix profonde et animale je prononçais son nom.

- Alvaro.

Simple, net et efficace. Je n'avais pas menace plus effective que le son macabre de ma voix. Je lançais alors mes deux chakrams vers le ciel dans un mouvement ample et gracile. Ceux-ci firent une courbe dans les cieux avant de retomber à pic vers Vega, lui sectionnant chacun de ses bras en une belle ligne. Le brus mat du bois qui tombe dans l'herbe résonna, accompagné du bruit régulier de la cascade. La lame de mes chakrams profondément ancrée dans la terre meuble, j'observais Rose reprendre une grande inspiration, désormais libérée des bras mortels de Vega. Je reprenais ma marche, me rapprochant d'Alvaro, toujours dos à moi. Je tendais une main en direction de Rose, lui intimant de me rejoindre.

Mes yeux rivés sur le dos du brun attendaient impatiemment de pouvoir observer son faciès. Il me faudrait de longues explications avant de pouvoir lui pardonner l'affront qu'il venait de faire subir à ma chère et ravissante Élue. Une fois proche de Rose, j'esquissais un mouvement vers son visage, voulant caresser sa joue sans la brusquer. Pareille à la plus belle fleur du monde que l'on ose à peine effleurer du bout des doigts. Elle pourrait se reculer si elle refusait mon geste, ou venir chercher du réconfort. J'éprouvais de tendres sentiments pour cette jolie poupée de porcelaine. Son charmant sourire, ses grands yeux où l'on pouvait se perdre sans jamais se poser plus de questions.
Parfois, je me plaisais à penser que le don de Rose pouvait trouver un peu de repos à mon contact. Si la belle me touchait, jamais elle ne pourrait lire mes souvenirs. Force de la hiérarchie, mais aussi de mon don supérieur au sien pour la force psychique. Pouvait-elle trouver un peu de réconfort au contact d'un être qui ne lui faisait pas voir son passé au moindre geste affectueux ? Bien malgré moi, je fus pris de la profonde envie d'enlacer la ravissante Rose. Me laisserait-elle faire ? Je retenais ce geste, la couvant d'un regard rassurant. La pauvre enfant devait encore être choquée.

Mais tout sentiment de bonté s'évapora lorsque je vis Alvaro poser son regard sur moi. La flamme du rubis rencontra alors la glace de l'azur. Si l'on avait toujours dit que mon regard reflétait mes émotions, aujourd'hui, mes yeux auraient pu tuer le brun face à moi en un clin d'œil. Je me plaçais instinctivement devant Rose, en un signe protecteur. Ma voix s'éleva, rude et basse, trahissant une haine mal contenue.

- N'essaye plus jamais de poser ne serai-ce qu'un doigt sur Rose. Je te faisais confiance Alvaro. A peine ai-je le dos tourné que tu te mutines et tente de martyriser l'une des nôtres ? Quelle bête t'a piqué ? Je pensais pouvoir compter sur toi.

Mes sourcils se froncèrent alors que ma voix eut un trémolo qui trahissait toute la déception qui petit à petit envahit mon esprit.

_________________

    We each begin in innocence
    We all become guilty


Dernière édition par Kamui le Ven 29 Avr - 16:25, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La Rose et le Scorpion [CLOS]   Lun 25 Avr - 19:51


« Nul ne sait combien douce est la
vengeance de celui qui a reçu l'injure. »

Quelque chose ne collait pas, cela coulait de source. Ces notes qui se balançaient onctueusement dans l'air n'étaient là que pour prédire la fatalité. Bloody Rose fouillait son cerveau de fond en comble à la recherche d'un indice, en vain. Ce sourire attentionné ne correspondait pas ... Il avait l'air trop décalé par rapport à la situation, presque comme si c'était le prélude d'évènements morbides. Doucement, les puzzles manquants s'assemblaient dans sa mémoire, recréant une partie de ses souvenirs déchus. Alvaro Crescent ... Oui, elle s'en rappelait ... C'était ... ! Miséricorde ! C'était lui qui contrôlait ces espèces de marionnettes épouvantables ! Alvaro Crescent, détestable Élu de Layca, ou la malédiction d'une paix fluide et plaisante. C'est à cause de cet obscur personnage que personne ne visite jamais la Cascade. Comment pouvait-elle oublier une chose pareille ? Comment pouvait-elle suivre ses caprices et lire ses souvenirs ? Ne prouvaient-ils donc pas qu'il n'était qu'un lâche, capable de tout pour arriver à ses fins ? Elle aurait du deviner, lorsqu'elle avait entr'aperçu ces marionnettes malsaines. Pourquoi sa mémoire était si perforée ?
Un rapide frisson parcourut l'échine de la ravissante Princesse, tel un courant d'air qui vient mordre les gens sans qu'ils sachent où est sa source. Avant même qu'elle ne se lève pour le stopper, ses yeux se mirent à scintiller d'une manière que l'on ne pouvait appeler autrement que patibulaire. Quelque chose la captura dans ses nombreux bras exécrables, alors que son cri mourrait sèchement au fond de sa gorge. Le rire monstrueux d'Alvaro vint piétiner la totalité de ses doutes.
‘’Ahaha ! Permet-moi s’il te plait de te présenter notre nouvel ami ! Le rideau vient de se lever pour Vega, les Griffes du Scorpion ! ‘’
Une flopée d'adrénaline parcourut ses veines, alors que ses lèvres rappelaient à l'Élu le droit chemin.
- Lâchez-moi ! Traître ! Avez-vous donc oublié qui je suis ? Si vous me faîtes quoi que ce soit, vous serez banni d'ici !
Il n'écoutait pas ses plaintes. Le voilà à lui faire découvrir les nombreuses possibilités de son jouet méphistophélique. De plus, elle n'était pas crédible, ses larmes trahissaient la peur qui s'emparait de son esprit. Elle était maintenant à sa merci, incapable de faire le moindre mouvement. Ne pouvant qu'espérer de briser la barrière qui la séparait de sa mémoire, et prendre le contrôle de son esprit. Mais, avant tout, comment avait-il su qu'elle était apte d'utiliser son pouvoir sur lui uniquement par contact corporel ?
‘’Ce merveilleux jouet vient d’entièrement bloquer chacun de tes membres à l’aide de ses multiples bras. Si tu ne souhaites pas connaître ce que la véritable torture signifie, je te conseille d’être sage et de ne pas tenter une quelconque escapade idiote. Vega se ferait un plaisir de te déchiqueter lentement dans le cas contraire. ‘’
Dans ses yeux, elle ne lisait que cruauté et sadisme. D'où provenait donc toute cette haine ? Le fait de blesser une danseuse si fragile était donc si délicieux ? Que pouvait-elle faire, maintenant qu'elle ne pouvait même pas effleurer sa peau ? S'il était quelqu'un d'autre, une personne normale, avec un psychisme faible et des pouvoirs fastidieux, elle aurait pu percer son âme à nouveau. Mais il n'était que démon, et elle ne saisissait toujours pas pourquoi son aura ne lui dévoilait pas ses misérables souvenirs. Qu'il vienne, qu'il profite de son incapacité à se défendre, qu'elle élimine pour toujours son petit être superficiel. De toute manière, qui pleurerait s'il disparaissait ? Pour elle c'était différent, car ... Kamui. Elle se souvenait de cette personne aimable dont la magnificence contrastait avec le reste des souvenirs nauséabonds de Crescent. Lui, pleurerait surement. Mais ... Qu'est-ce qui liaient ces deux êtres si différents ? Kamui était comme l'antonyme d'Alvaro ! Là où il était la bonté et le pardon, Alvaro n'était qu'ordure et lâcheté. A ce moment-là, elle sut que Kamui allait la sauver.
- Et que dirait Kamui s'il savait que vous brutalisez une de ses Élues favorites ? ... Pensez-vous vraiment qu'il vous apprécierait encore ?
Ses derniers mots, presque inaudibles, n'avaient pas l'air de signifier grand chose à ses yeux. Et cette chose biscornue l'empêchait de respirer.
‘’Ma magnifique marionnette, comme tu l’auras sans doute déjà deviné, réagit à ma pensée lorsque je joue de ma Lyre. Ainsi, puisque j’ai cessé de jouer au barde, mon petit bijou a perdu tout souffle de vie et a retourné à l’état de vulgaire morceau de bois imposant et difficile à mouvoir. De plus, puisque ce n’est qu’un pantin et non un être de chair et de sang et qu’il ne possède aucune mémoire, alors ton pouvoir et purement et simplement dénué d’efficacité. Quel dommage n’est-il pas ? Dis-moi belle fleur, que ressens-tu à l’idée d’être prise au piège dans ma toile ? Peux-tu entrevoir le désespoir d’une mort lente et douloureuse offerte gracieusement par le Scorpion ? Tu n’as dorénavant plus aucune issue. Ton destin à partir de cet instant est lié inextricablement à la douleur et pense bien, chère élue de Layca, qu’ayant conscience de la nature stérile de la Mort au sein de cet échiquier, je ne t’offrirai donc pas d’aller simple pour la Fontaine des Fées.''
Et plus il avançait dans son discours sociopathique, plus les prières de la belle devenaient accentuées. Son corps était comme affreusement affaibli, son âme chutait dans un gouffre sans fin. Le visage d'Alvaro qui lui semblait présentement aussi rebutant que celui d'un lépreux était de plus en plus près du sien. Qu'allait-il faire ? La toucher ? Elle devait saisir sa chance. Concentrant un maximum d'énergie, elle le dévisageait avec peur. Il ... posait son doigt sur le front de la danseuse ! Mais ... quel abruti, pensa-t-elle ! Il avait donc oublié qu'elle pouvait lui effacer la mémoire ... ? Heureusement, elle avait maintenant la possibilité de profiter pleinement de son erreur.
Lorsque ses fabuleuses joues furent brûlées, un cri strident déchira son silence. Était-ce la fin de la beauté de la plus jolie des Princesses ? Mais vite, il souleva aussi son menton, et ainsi, Rose pouvait continuer son sort. Tel le martyre qui n'arrête jamais de croire ... Car elle aurait tout fait pour la Vengeance. Il voulait être majestueux et théâtral ? Le voilà dépourvu du souvenir de sa célébrité, lorsqu'il était adulé et qu'un avenir mirifique lui était annoncé. Pauvre enfant ... Ne sait-il même plus qu'il a un jour été acteur ? Tant mieux. Ses lèvres se plissèrent en un rictus amer. Il allait le découvrir bien assez tôt, et même si à présent, il la défigurait, elle savait qu'il se retrouverait abandonné par ses souvenirs les plus délectables. Alors elle allait être courageuse, se taire, attendre qu'il se lasse de la mutiler.
‘’Alors Rose, tu apprécies cette petite humiliation ? Cela t’apprendra à oser me faire subir un pareil traitement. Bien que nos vies soient éternelles en ce monde, les grandes cicatrices, elles, restent à jamais. Et si je brisais ta beauté divine en mille morceaux ? Une jolie coupure qui défigurerait ton visage à jamais… Une blessure qui te rappellera à jamais les regrets d’avoir osé t’attaquer à Alvaro Crescent. Est-ce que tu trembles à l’idée de perdre de ta magnificence ? Tout le pauvre intérêt que l’on pourrait avoir pour ta personne, balayé pour l’éternité…’’
Et au moment où la pointe de son épée allait toucher le front de la Princesse des Souvenirs, ils virent le Premier Élu de Layca dans toute sa magnificence marcher vers eux.
- Alvaro.
Le ton de sa voix pouvait si bien conclure la suite des évènements ... Ses mouvements gracieux se multipliaient, jusqu'à ce qu'il casse les membres de la marionnette d'Alvaro, laissant ainsi la danseuse respirer. Passant ses petits doigts habiles sur ses joues pour estimer les dommages, Bloody Rose laissa échapper un petit cri. Voilà des blessures bien désagréables ... Ses larmes, elles, ne cessaient néanmoins pas de couler généreusement dessus. Froissée et encore très faible, elle était rassurée de voir le plus pur des habitants d'Alea Jacta Est lui venir en aide, alors que la beauté de ses traits harmonieux a faillit être déchiquetée. Comme une enfant battue par ses parents, elle courrait vers lui avec le peu de force qui lui restait, sans gêne, alors qu'il tendait sa main vers elle. Le temps s'était arrêté, dans son cœur. Elle n'était qu'une gamine blessée qui venait se réfugier aux côtés de son sauveur. Il caressa délicatement sa joue amochée, d'un acte aussi léger qu'elle le sentit à peine. Mais cela lui suffisait, elle était comblée. Avec lui, elle était calme et épanouie. Certains disaient qu'elle était trop familière avec lui, mais cela n'avait pas l'air de le déranger. Toutefois, les souvenirs de Kamui restaient secrets. Son pouvoir n'était pas assez évolué pour les lire. Peut-être qu'un jour elle en serait capable ... Pour l'instant cela l'arrangeait beaucoup. Elle savait que son don ne gâcherait jamais leur relation, et c'était bien plus précieux que l'appel de sa curiosité.
- N'essaye plus jamais de poser ne serai-ce qu'un doigt sur Rose. Je te faisais confiance Alvaro. A peine ai-je le dos tourné que tu te mutines et tente de martyriser l'une des nôtres ? Quelle bête t'a piqué ? Je pensais pouvoir compter sur toi.
Bloody Rose restait une enfant bien maligne. En vérité satisfaite, elle dissimulait cet émotion derrière le chagrin qui était peint sur son visage innocent. Pauvre jeune fille, qu'avait-elle fait pour mériter un tel châtiment ? Crescent lui-même l'ignorait encore ... Ainsi, elle enlaça Kamui, triste et désolée de s'être aventurée ici.
- Pardonnes-moi, Kamui ... J'avais ... J'avais oublié que tu m'avais interdit de venir ici. Et s'en suivit par des sanglots.Je ne m'en souvenais tout simplement plus ... Je ne me souviens plus de rien. Elle jeta un dernier regard vers Alvaro, et se blottit contre le Premier Élu de Layca à nouveau. J'ai vu que ... qu'Alvaro avait fait un cauchemar et ... Je souhaitais simplement l'aider !
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Alvaro
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MessageSujet: Re: La Rose et le Scorpion [CLOS]   Mar 26 Avr - 16:04

Mon plan semblait parfait, ma punition était divinement calculée au détail près. Rien selon moi n’allait pouvoir m’empêcher de réaliser ma vengeance. Mais, comme bien souvent en ce monde, les choses prirent bien vite une tournure inattendue et qui s’opposait entièrement à mes prédictions. L’endroit était pourtant parfait pour concrétiser mon désir. La fontaine était généralement désertée par les pions de Layca, probablement trop effrayés par ma présence continue en ces lieux, ou peut-être même prévenus que me déranger comportait certains risques. La prudence des autres facilitait mon repos et me permettait de prendre le risque de punir cette jeune effrontée sans que personne ne vienne m’interrompre. Mais à ce moment précis, j’avais oublié que s’il existait des pions bien plus faibles que moi, il en existait un qui me restait supérieur et qui n’aurait aucune gêne à venir me voir à la cascade. Les probabilités que cette personne pense à passer par ici étaient pourtant bien faibles, mais pas inexistantes, et cette faute d’attention allait m’apporter bien d’amertume et de regrets…
Consumé par la folie, ma rapière pointant vers le front de la jeune fille, je m’apprêtais à la scarifier pour l’éternité pour mettre un terme à ma soif de vengeance, lorsque mes oreilles furent percées à vif par une voix au ton féroce et violent tout en restant calme. Cette voix, je la connaissais bien. Cette voix qui d’antan savait m’apaiser et calmer mes peines avait littéralement engourdit mes muscles et jeté un véritable blizzard au plus profond de mon âme.

- Alvaro.

C’était lui… C’était sa voix. La seule personne capable de m’arrêter était donc bien venu hanter ces lieux et venait de m’interpeller avant que je ne commette l’irréparable. Mon premier réflexe fut de baisser mon arme. L’impact provoqué par la voix de Kamui me fit frissonner. Il se tenait là, derrière moi, et le ton de sa voix n’annonçait guère de bonne nouvelles… Je ne craignais pas l’élu primordial de Layca, mais ici, il n’était pas question d’avoir peur ou non, ni même de rapport de pouvoirs. L’enjeu ici était tout autre, et cette voix sombre trahissait des sentiments bien négatifs. Elle me glaçait littéralement le sang. Depuis mon arrivée ici, jamais je n’avais pu entendre Kamui de la sorte. Je ne retrouvai plus son ton familier et chaleureux habituel. Tout ici n’était plus que pure déception et incompréhension. Evidemment, le contexte qu’il venait de découvrir ne lui laissais pas d’autre choix que de se céder lui-même au terrain de l’interprétation erronée de la situation. Qu’allait-il donc penser d’un pareil décor de scène ? Je tenais l’une de ses élues en joug et je m’apprêtais à lui infliger un châtiment exemplaire. L’ignorant se voyait obligé de croire que j’avais perdu toute notion de raison et que j’avais sombré dans le sadisme le plus pur.

L’élu primordial ne perdit pas un seul instant, et alors que je restais abasourdi par la situation, il détruisit chaque membre de Vega, la réduisant à un vulgaire morceau de bois inutile gisant le sol. Des journées de travail qui s’effondraient d’un coup de chakrams virevoltants… Le fracas du bois sur le sol me parut insupportable. Kamui avait libérer la princesse des souvenirs des griffes de Vega ruinant mon plan à jamais. Tout ceci commençait beaucoup trop à devenir une vulgaire scène tragique d’une pathétique aventure romantique. Le prince blond a cape blanche qui vient sauver sa belle et misérable princesse du vilain sorcier jaloux et sadique qui la martyrisait sans raison… Ce cliché romanesque n’était-il pas trop évident pour refléter la réalité ? N’était-il pas trop simple de me reclure dans l’enclos des psychopathes ? N’était-il pas purement injuste d’encore et toujours mettre Alvaro Crescent dans le camp des raclures bonnes à jeter ? Evidemment, j’allais être le vilain petit canard encore une fois. Alors même toi Kamui, finalement, tu allais me tourner le dos sans chercher à me comprendre… ? Avais-je eu tort de m’autoriser à croire en toi… ? Alors que nos deux regards se croisaient, je pus voir dans les yeux bleus de Kamui que sa flamme s’était éteinte. Il ne régnait plus qu’un froid intense au fond de son âme… J’avais l’impression que l’intensité de cet échange me déchirait le cœur et le broyait en mille morceaux.

La tragédie shakespearienne ne s’arrêtait pourtant pas uniquement à la libération de la princesse. Kamui alla même la prendre de ses bras en signe de réconfort. Alors même qu’elle était coupable, c’était elle qui recevait le réconfort. C’était elle qui en sortait gagnante. Cette manipulatrice avait donc gagné. Une fois encore, cet horrible masque de douceur avait encore permis la tromperie. L’âme de la discorde semblait bien fragile cachée derrière ce voile de victime. Une pauvre petite poupée de porcelaine qui feignait la craquelure pour qu’on s’occupe d’elle. Ses pensées me donnaient une répugnante envie de rejeter ma bile. Cette attitude typiquement féminine me donnait la nausée. De par mon statut, personne ne cherchait donc à comprendre les raisons de mes actes ? La nature m’obligera-t-elle donc à supporter le second rôle éternellement ? Tout ceci m’était vicieusement insupportable. Et le voir, lui, le seul être que je respectais en ces lieux, se lever contre moi pour protéger cette harpie… Peu de mots pouvaient décrire le flot d’amertume qui coulait dans mes veines à ce moment précis. Et puisque tout conte héroïque se doit d’avoir une conclusion digne de ce nom, le Héros légendaire n’hésita pas à faire usage des menaces pour évanouir tout désir de récidive.

- N'essaye plus jamais de poser ne serai-ce qu'un doigt sur Rose. Je te faisais confiance Alvaro. A peine ai-je le dos tourné que tu te mutines et tente de martyriser l'une des nôtres ? Quelle bête t'a piqué ? Je pensais pouvoir compter sur toi.

''Je te faisais confiance''. Que de déception, que de désarroi dans les paroles du maître des lieux… J’étais donc le coupable proclamé de ce procès illégitime alors même que tous les témoins n’avaient pu exprimer leurs jugements de la situation. Il ne me laissait pas le choix. J’allais devoir remettre les pendules à l’heure, et offrir des explications. Je refusai purement et simplement qu’on me stigmatise au nom d’aprioris déplacés. Mais la tension ambiante me fit perdre mon calme, et mes mots trahirent quelque peu mon état émotionnel. Je ne pus garder mon calme dès lors que j’exprimai mon ressenti.

''Evidemment, le prince blond voit la princesse en détresse non-loin de là, et alors, il accourt la sauver les bras grands ouverts ! ''N’ayez crainte, très chère, je viens vous tirer des griffes du vil chacal !'' Il est vrai que la vie est une belle poésie écrite par un auteur romantique et que j’ai toujours fait preuve de manque de sang-froid. Dans un contexte pareil, il semble EVIDENT que je n’avais absolument aucune raison de punir cette petite peste. Ceci n’était évidemment qu’un jeu malsain, une pulsion qu’il me fallait libérer sous peine de sombrer dans la folie ! Oui ! Palpitante tragédie ! ''


Perdant mon sang froid, je continuais ma tirade en pointant cette fois-ci Rose de mon index, sur un ton accusateur des plus enragés.

''Toi qui me connais maintenant depuis si longtemps Kamui, surtout ne te demande pas les raisons de cet acte, et surtout, ne soupçonne pas cette vipère d’avoir commis l’irréparable ! Regarde-là, avec ces yeux larmoyants et sa voix douce, n’est-elle pas si mignonne ?! Jamais elle n’aurait pu m’avoir fait du mal n’est-ce pas ? Comment une créature aussi fragile aurait-elle pu blesser qui que ce soit ?!''

C’est alors que Rose se blottit d’autant plus dans les bras de l’élu, et qu’elle lui présenta ses excuses de n’avoir pas su écouter ses interdits. Kamui l’avait donc prévenue de se tenir à carreau. Puis, ses lèvres exprimèrent des mots qui me mirent hors de moi. Elle souhaitait m’aider car elle avait perçu mon cauchemar…

''M’aider hein ? C’est ça que tu voulais, garce ? Tu avais donc tant de pitié à mon égard que tu t’es amusée à voler mes souvenirs ? Kamui t’as interdis de venir me voir n’est-ce pas, et bien Kamui, il serait temps que tu apprennes à tes petits pions à retenir leurs envies d’imiter St-Martin. Je n’ai besoin de l’aide de personne, et encore moins d’une femme comme toi. Personne n’a le droit de forcer mon passé ainsi ! Personne vous m’entendez ?! Je ne suis pas un être qui accepte qu’on s’apitoie sur son sort ! Je ne t’ai jamais rien demandé. De quel droit oses-tu m’infliger ça ? Ça t’amuse de me trouver pitoyable n’est-ce pas ? Allez, admet-le, tu adores manipuler les souvenirs des autres pour redorer ton propre orgueil ! ‘’Regardez-le, le pauvre petit Alvaro ! Toute sa vie ne fut parsemée que de souvenirs bons à être jetés à la poubelle ! Riez-vous de lui ! Pointez-le du doigt ! Faites de sa vie un enfer ! ‘’ Avouez qu’au fond, vous n’aspirez tous qu’à ça ! Vous n’aspirez qu’à transformer mon existence en un flot insensé ! ''

D’immenses gouttes perlaient désormais sur mon front. Mon rythme cardiaque s’était violemment accéléré, et mon souffle s’en était retrouvé entièrement saccadé. Le regard de Kamui m’avait mis hors de moi. Je ne pouvais plus me contrôler après avoir vu le seul être que je respectais s’opposer face à moi et me regarder comme si j’étais le dernier des criminels de ce monde. Mon cœur ne tolérait pas cette haine injustifiée à mon égard. Pas lui. Je le refusais purement et simplement…

''Alors Kamui ? Toi aussi finalement tu veux te moquer de moi ? Allez ! Demande-lui ! Demande-lui ce qu’elle a vu ! Qu’elle t’explique à quel point je ne suis qu’un misérable insecte ! Après tout ce que nous avons déjà traversé Kamui, n’hésite plus, achève moi une bonne fois pour toute ! Toi aussi prouve moi que j’avais raison de ne pas croire en l’humanité ! Toi aussi, prouve moi… Prouve moi que je n’existe pour personne.''


Ma respiration se faisait de plus en plus difficile. Jamais je n’avais craqué de la sorte dans le domaine du psychologique, et cette épreuve se faisait des plus ardues. Mais pour ne pas me faciliter la tâche, une terrible douleur au crâne se fit sentir. Une douleur vive. Comme si l’on aspirait le jus de ma cervelle à travers mon épiderme. La douleur était telle que je me vis obliger de m’agenouiller au sol. Une vive sensation de désolation se fit sentir. Je sentis une chaleur particulière s’en aller, une chaleur qui m’était familière et qui à ce moment-là, je savais que je ne la reverrais jamais… C’était comme si l’on m’arrachait tout sentiment de bonheur qui restait encore attaché à mon âme… Un vent angoissant soufflait désormais dans mon esprit. Passant ma main sur ma gorge, j’avais compris. Tout était clair… Je fixais la jeune fille d’un regard angoissé et je lui vouai ces paroles :

''Alors… Tu auras gagné sur toute la ligne… Il ne t’aura pas suffit de ruiner mon passé et mon présent… Désormais, tu me voles aussi mes espoirs d’avenir. Sois maudite… Rose…''


Et jetant un dernier regard désemparé à Kamui, je perdais mes yeux sur la terre fraiche de la cascade. Pour la première fois de mon existence, j’aurais voulu que quelqu’un soit là, près de moi. Que quelqu’un me prenne par la main, me réconforte et me dise que tout ira bien et que la vie…Que la vie avait un véritable sens. Pour la toute première fois, cette solitude dont j’avais l’habitude me semblait des plus insupportables.
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MessageSujet: Re: La Rose et le Scorpion [CLOS]   Mar 26 Avr - 19:15

Je regardais avec tristesse les gouttelettes d'eau perchées au bout de mes doigts. Pareille à la rosée du matin, les larmes qui perlaient des yeux de Rose étaient somptueuses. Pleines de grâce et de sublime. Les fines gouttes caressaient sa peau claire et parfaite dans une caresse si tendre que l'on aurai pu observer ce spectacle jusqu'à ce que l'aube s'estompe, et que l'eau suive son cycle naturel, s'évaporant sous la chaleur étouffante du soleil. Mais aujourd'hui, je ne pouvais me perdre à des contemplations romantiques. Ce symbole du désespoir, désarroi, de la tristesse qui glissaient à flot régulier le long du visage de ma belle Élue m'arrachèrent le cœur. Comment diable pouvait-on blesser une si belle créature. Tout en elle inspirait la gaité, tendresse et volupté. La main que j'avais tendu vers sa silhouette gracile sembla l'attirer, et c'est la démarche légère bien que devenue chancelante qu'elle vint étouffer sa souffrance près de moi. Alors que du bout des doigts j'effleurais à peine la beauté de ses traits, je couvais sa personne d'un regard plein de tristesse. La plus belle fleur de notre Cité semblait à ce moment avoir perdu tant de sa vivacité. Ses joues avaient pris les couleurs de la fleur qui la caractérisait. Ses yeux aux mille larmes scintillaient d'une lueur de détresse qui fit chavirer mon cœur. Pareille aux sirènes qui auraient pu engendrer le naufrage d'Ulysse, je restais fasciné devant la perfection qui régnait sur le visage de la belle. La jeune fille avait toujours été une compagnie plus qu'agréable, ses pas légers et dansants, sa voix fluide et mélodieuse. Tout en elle rayonnait de simplicité. Cette simplicité qui fait des êtres les plus doux des trésors que l'on veut garder cachés du regard d'autrui.

Je cherchais un instant à capter son regard. L'espace d'une bref seconde, j'eus le plaisir de croiser ses fascinantes pupilles. Je ne pris pas le temps de m'attarder trop longuement. Mais au plus profond de moi, j'espérais qu'elle aurai pu lire qu'elle n'aurait plus rien à craindre et que je la protègerai. Je glissais tendrement ma main le long de sa chevelure, déposant un baiser sur son front pour la rassurer. Rose n'aurait plus à pleurer. Pas tant que je serai là pour veiller à ce que sa vie soit un paradis. Personne n'avait le droit de blesser une enfant si pure. Le sang jamais ne pourrait teinter de leur carmin mortel les blancs pétales de la perfection.

La déception et le sentiment de trahison qui m'habitèrent quand je croisais le regard d'Alvaro auraient très bien pu me faire pleurer à mon tour. Était il possible de se tromper à ce point sur une personne ? Celui à qui j'avais offert le plus clair de mon temps depuis son arrivée allait il finalement devenir celui qui briserai mes espoirs ? La tempête qui faisait rage au fond des iris couleur sang me donna presque le vertige. Est-ce qu'Alvaro avait décidé que mon aide n'était pas suffisante ? Avais-je faillis à ma parole ? Ne voyait il donc plus aucun espoir dans notre quête ? Je ne pouvais comprendre ce qui aurai pu motiver un pareil comportement. Mais plus forte que tout, la déception résonna en mon âme comme le glas. Était-ce donc la fin ? N'avions nous pas scellé un pacte ce jour là ? Pouvait-il briser ce que nous avions passé tant de temps à construire d'un coup de pied dédaigneux, sans jamais se retourner ? Il savait pourtant l'importance que j'accordais à mes Élus. Qu'ils portent le titre de pantin ou de marionnette ne leur enlevait en rien la légitimité humaine que j'aimais à faire valoir en chaque être qui résidait en ces lieux. Avait-il oublié ce serment de trouver l'issue de secours ensemble ?

Je m'étais attendu à de nombreux scenarii. Alvaro retournant sa veste et entamant sa vie de renégat. Un élan de folie. Une crise psychotique passagère qui l'aurait rendu avide de sang. Mais le ton fébrile qui pesait dans sa voix, plus que de m'ôter tout doutes, eu le luxe de me faire hésiter sur la marche à suivre. Ses propos étaient emplis d'une haine sans borne envers Rose. Tourner la scène à une tragédie eu le don de me faire réfléchir. N'y avait-il pas souvent un quiproquo, lorsque celui qui était le premier rôle atterrissait sans préambule dans une pièce ou un couple morbide se promettait la mort ? Mais sa voix ne reflétait pas le calme olympien et cynique dont il m'avait gratifié pendant tout ce temps de bons et loyaux services. On aurai dit que tout en lui était édicté par le tumulte de ses sentiments. Avait-il perdu son sang froid ? Et si oui, quel élément perturbateur aurai bien pu déclencher un pareil flot de désespoir.

L'ironie qui miroitait au fond de sa voix me fit frissonner. « Dans un contexte pareil, il semble EVIDENT que je n’avais absolument aucune raison de punir cette petite peste. ». Devais-je croire au loup ? Pris d'un profond sentiment d'indécision, je sentis mon propre esprit trembler face à là rage qu'il me crachait à la figure. Alvaro avait toujours aimé sa paix et son indépendance. Et bien qu'il ai longtemps joué les durs, il n'était aucunement le genre à vouloir en découdre de sa lame avec tout individu qui l'approchait. Mais quelle était donc la raison de tout ceci ? Qu'avait bien pu faire Rose qui mènerai Alvaro dans ses derniers retranchements ? Pris d'une profonde incertitude, je sentis ma colère s'émietter, alors qu'au fond de mes yeux, planait le doute. Alvaro m'avait été dévoué, pourquoi essaierai-t-il de contrecarrer avec tant de véhémence ce que nous avions mis tant de temps à mettre en place ?

Le geste violent que fit Alvaro pour pointer Rose de sa main me fit frissonner. Alvaro finissant sa tirade, ce fut Rose qui vint pleurer au creux de mes bras, s'agrippant à moi. Pour moi, le temps s'arrêta. J'étais perdu au fond des abysses de l'incompréhension. Mes deux Élus en qui j'avais une confiance la plus totale confrontaient avec ardeur leur deux opinions. Je laissais naviguer mon regard du comédien à la danseuse. N'était-ce pas comble d'ironie de vouloir croire sans hésitation aux propos de celui qui toute sa vie s'était évertué à créer la plus parfaite illusion pour se jouer de toutes et tous ? Mais la lueur d'angoisse qui brillait au fond des orbes rougeoyantes ne pouvait être l'artifice d'un artiste. Quelle personne saine d'esprit pourrait imiter par pure folie un sentiment si douloureux ? Était il possible qu'à un moment je me sois trompé sur le coupable à châtier ? Je posais mon regard sur la jeune fille qui se pliait en plates excuses contre mon torse. Je sentais les larmes tremper ma chemise, et mes mains posées sur ses épaules répondaient à l'étreinte de l'inconsolable qui reposait au creux de mes bras. Elle avait oublié ? Je fronçais les sourcils en observant le visage de l'oiselle se secouer en dénégation. Rose n'avait jamais été une récalcitrante. Elle avait toujours obéi à mes ordres sans jamais broncher. Comment pourrait-elle me mentir ? Mais au fond, ne disait-on pas que l'eau la plus pure pouvait parfois être celle qui avait le plus important risque d'être empoisonnée ? La rose aurait-elle déployé ses épines venimeuses ? Toutes ces larmes et ces excuses n'avaient-elles pour but que d'endormir ma méfiance ? Je me sentais pris entre deux feux. D'un côté mon Élu en qui j'avais placé de nombreux espoirs, qui se tenait là, incrédule face à mon comportement. Et de l'autre, la tendre fleur qui cherchait désespérément confiance et chaleur pour se rassurer d'un long cauchemar.

Car c'était bel et bien un cauchemar qui avait déclenché cette sombre folie dans laquelle tout trois étions trempés. A peine Rose eut-elle fini sa complainte qu'Alvaro s'enhardit. Je ne pus m'empêcher de laisser échapper faiblement quelques mots qui trahirent probablement mon trouble.

- Pourquoi ne m'as-tu pas écoutée, Rose...?


Et chaque mot que prononça Alvaro fut aussi douloureux qu'un millier d'épines qui transperçaient mon cœur. Comment celui d'entre nous que je soupçonnais avoir le mental le plus indéfectible pouvait-il se livrer ainsi aux yeux de celui qu'il avait longtemps considéré comme un maître à abattre ? Toute l'aversion qu'il déversait pour Rose n'eus aucunement l'effet de me rassurer sur la tournure à venir de cette histoire. Ne voulant pas exposer la jeune fille à un quelconque débordement de la part de mon Élu, je faisais doucement lâcher la prise qu'avait Rose sur moi. Je glissais un bras devant elle en un signe protecteur, m'avançant pour la protéger de mon être. Ce n'était plus le Alvaro que je connaissais. Cet homme qui s'emportait, rongé par un sang d'encre qui n'était pas le sien. L'eau qui perlait sur son visage, ses mouvements saccadés et son souffle rendu rapide. Ses paroles bien trop empruntes de sentiments. Et tout s'éclaircit d'un coup. Rose avait employé son don sur lui. Rose avait violé l'intimité qui est due à chaque être vivant. Mon regard se troubla, vacillant face au mal être qu'exprimait le brun. Comment avait-elle pu franchir la ligne de la curiosité. Pourquoi avait-elle cédé à cette vile tentation. Dans un mouvement désespéré, je tournais la tête vers Rose, ne pouvant y croire. Je soufflais, ma voix rendue tremblante par l'émotion qui exhalait de tout l'être d'Alvaro.

- Qu'as-tu fait Rose..?

Le contre coup de mon propre don se fit ressentir quand une faiblesse s'empara de tout mon corps. La douleur d'Alvaro était si grande que je la vivais jusqu'à la plus infime partie de ma personne. Je crus rester tétanisé face à l'étendue de souffrance qui s'étalait au fond de mon esprit. L'une de mes mains vint automatiquement se crisper là où mon cœur avait commencé à s'affoler. Bien loin de l'âme du comédien, c'était le désespoir le plus total qui habitait désormais les entrailles d'Alvaro. J'eus l'impression de perdre pied quand la lueur folle qui brillait au fond des yeux du brun vint rencontrer l'océan déchaîné de mes orbes azurées. Mais je fus d'autant plus choqué par les paroles brûlantes de dégoût qu'il m'adressa. Comme pris d'un éclair de lucidité, je tentais de reprendre le contrôle sur mon propre psyché.

Et le déclic se fit lorsqu'il m'invita à bafouer son honneur et le mien en me rabaissant à satiriser la détresse dont il me faisait part. Je fus comme frappé par la foudre. Mon sang n'eus le temps de faire qu'un tour que déjà je m'approchais à grand pas du grand tragédien qui petit à petit cédait sa vie à la désillusion. Mes doigts quelques secondes plus tôt crispés sur le tissu blanc qui protégeait ma peau, je levais la main prêt à l'abattre sur son visage pour calmer les ardeurs malsaines qui lui faisaient proférer des ignominies sur nos deux personnes. Mais le temps me manqua de nouveau, le regard baissé vers le sol, il sembla d'un coup perdre toute volonté. Toute la fougue et l'impétuosité qui l'habitaient semblèrent quitter son enveloppe charnelle. Et sans crier gare, alors que la gifle que je lui destinais était sur le point de s'abattre dans un mouvement franc et vif, il s'effondra à genoux. J'écarquillais les yeux. Alvaro tombé à mes pieds persiffla d'une voix emprunte de douleur.

« Alors… Tu auras gagné sur toute la ligne… Il ne t’aura pas suffi de ruiner mon passé et mon présent… Désormais, tu me voles aussi mes espoirs d’avenir. Sois maudite… Rose… »

Elle avait effacé une partie de sa mémoire ?!

Mon premier réflexe fut de jeter un regard d'incompréhension à mon Elue. Incompréhension qui se transforma en un rien de temps en déception, et même en désarroi. Je ne perdais pas une seconde de plus à fixer le visage de Rose et reportait toute mon attention sur Alvaro, dont je croisais directement le regard. Le rubis affrontait à nouveau le saphir. Mais cette fois-ci l'affrontement n'avait plus rien de trépident. Non... L'alarme que je lisais au fond des yeux d'Alvaro me souleva le cœur. Et lorsque son visage s'affaissa en signe de défaite vers le sol, je sentis mon âme se briser. Sans avoir même à penser au geste, je me laissais tomber au sol, mes bras encerclant d'un geste ferme et rassurant les épaules du brun. La flamme que j'aimais tant voir danser aux fond des yeux d'Alvaro avait comme cessé d'être. La tête de mon Élu posée au creux de mon cou, j'agrippais mes doigts à sa tunique. Dans un dernier élan de discernement, je proposais à Rose d'une voix neutre.

- Tu as accompli ton forfait, Rose, tu peux décider de t'en aller dès maintenant, réfléchir à ta faute. Alvaro n'est lavé d'aucun tort, sois en consciente Rose. Mais les dons que nous ont confié les divinités n'ont jamais été là pour provoquer le malheur au sein même de notre camp.

D'un geste protecteur, je raffermissais ma prise sur le corps comme vide d'Alvaro. Non, personne n'avait le droit de faire vivre tant de douleur à un Homme, aussi fautif soit-il.

- Rose, je suis déçu de ton comportement...

Ma voix mourut en même temps que je posais mes lèvres contre la chevelure de jais d'Alvaro. Je ne pouvais pas accepter que l'un des miens souffre ainsi. Dans un murmure, au creux de son oreille, je prononçais faiblement, la peine altérant ma voix.

- Pardonne mon ignorance. Personne n'a le droit de s'insinuer ainsi dans l'esprit des gens...

Je sentais malgré moi un faible sanglot faire trembler ma voix alors que tout le poids de ma misérable réaction pesait sans vergogne sur mon corps. Quelle idée avais-je eu de m'en prendre ainsi à lui...?

- Ma réaction était purement ingrate.. J'ai... j'ai sauté sur les conclusions... Je... Ce n'était pas...

Un nouveau sanglot plus clair m'échappa, je tentais de l'étouffer dans la tignasse corbeau contre laquelle j'étais appuyé. Non je n'avais pas le droit de pleurer. Il était le seul qui méritait la libération par les larmes... Je pris une inspiration sifflante, puis tentais de reprendre mes esprits. Et soudain la lumière fut. Et, d'une voix pitoyable, je proposais la seule alternative plausible que je me voyais capable de proposer à Alvaro.

- Je sais que tout le réconfort que je pourrai tenter t'apporter ne remplacera jamais ce que tu as perdu... Mais.. Je suis là...

Je laissais glisser l'une de mes mains jusqu'à la chevelure d'Alvaro, y faufilant mes doigts, dans un geste apaisant. J'espérais qu'il pourrait au moins calmer ses émotions... Calmer ses émotions. Je pris une profonde inspiration et soufflait d'une ton éteint.

- Alvaro, nous ne sommes plus au jour de notre première rencontre... Il ne tient qu'à toi de mettre fin à ta détresse. Une simple parole et j'userai de mon don pour calmer tous tes maux...

Plus jamais je ne voulais voir ce déchirement au fond des yeux d'Alvaro. Plus jamais. Et bien que ce fut une idée folle, je me fis la promesse de tout faire pour le protéger. Tout.

_________________

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MessageSujet: Re: La Rose et le Scorpion [CLOS]   Ven 29 Avr - 23:09

Alvaro Crescent aurait pu être un adversaire de taille, grâce à son immense talent d'acteur. Mais voilà que Bloody Rose lui enlevait cette compétence. Il était donc non seulement velléitaire et accablé, mais aussi véritable. Le choix était désormais irrécusable; un homme mauvais et prétentieux qui vient de maltraiter une fillette ingénue et peinée. Il suffisait d'avoir un minimum de bon sens pour deviner qui était le fautif. Dans ce cas, pourquoi est-ce que les choses se sont passées si différemment ? Était-ce l'amitié qui liait les deux serviteurs de Layca qui était trop puissante ? Ou était-ce le corps chétif de Rose qui n'était pas assez endommagé ? Voilà des questions qui seront indubitablement posée encore des milliers de fois dans l'univers d'Alea Jacta Est. Car ce jour-là, quelqu'un arrêta de croire en la plus limpide des âmes de ce monde. Un hérétique, probablement, qui était las de devoir accepter tant de magnificence. Ce jour-là, Bloody Rose quitta pour toujours le Premier Élu de Layca. Ce jour-là, Rose quitta Kamui.
L'ancien acteur agissait comme s'il était contrôlé par des pouvoirs funestes, crachant sans limites des paroles qui ne faisaient qu'accroître la peur de Rose. Elle ne comprenait pas où sommeillait la source de cette haine homérique. Laquelle de ses actions était devenue l'élément perturbateur de l'histoire ? Était-ce son petit voyage parmi ses souvenirs ? Les abhorrer-il à ce point ? Elle ne souhaitait que les rendre meilleurs, alors pourquoi était-il donc si enragé ? Son visage était hanté par un calme olympien, lorsqu'il gisait sur l'herbe verte, attendant de reprendre conscience, et découvrir qui était vraiment la Princesse des Souvenirs. Pourquoi est-ce que son attitude avait donc évolué jusqu'à une si sombre colère ?
''M’aider hein ? C’est ça que tu voulais, garce ? Tu avais donc tant de pitié à mon égard que tu t’es amusée à voler mes souvenirs ? Kamui t’as interdis de venir me voir n’est-ce pas, et bien Kamui, il serait temps que tu apprennes à tes petits pions à retenir leurs envies d’imiter St-Martin. Je n’ai besoin de l’aide de personne, et encore moins d’une femme comme toi. Personne n’a le droit de forcer mon passé ainsi ! Personne vous m’entendez ?! Je ne suis pas un être qui accepte qu’on s’apitoie sur son sort ! Je ne t’ai jamais rien demandé. De quel droit oses-tu m’infliger ça ? Ça t’amuse de me trouver pitoyable n’est-ce pas ? Allez, admet-le, tu adores manipuler les souvenirs des autres pour redorer ton propre orgueil ! ‘’Regardez-le, le pauvre petit Alvaro ! Toute sa vie ne fut parsemée que de souvenirs bons à être jetés à la poubelle ! Riez-vous de lui ! Pointez-le du doigt ! Faites de sa vie un enfer ! ‘’ Avouez qu’au fond, vous n’aspirez tous qu’à ça ! Vous n’aspirez qu’à transformer mon existence en un flot insensé ! ''

You never thought I'd get this far beneath your skin.
I watched you swim with all your lies they pulled you under.

Aider était son seul but depuis le début. C'était son devoir, la profession de Bloody Rose, Princesse des Souvenirs. La mission que lui avait confiée Kamui, et qu'elle comptait accomplir pour le bien de tous. Elle voulait uniquement effacer son cauchemar. Dans ce cas, pourquoi est-ce que son geste aimable s'était transformé en une telle folie ? Car, oui, elle en était sûre maintenant. Alvaro Crescent était fou. Ses mots étaient tâchés par la démence de son âme, et s'enfonçaient dans le cœur de la belle, tel le pieu qui tue le vampire. Croyait-il vraiment être à ce point mirifique pour que tout le monde ne veuille que déchirer son âme ? Bloody Rose ne le connaissait même pas, et n'avait jamais cherché à lui faire du mal.
Il fallait que quelqu'un l'arrête, il le fallait ! Alors pourquoi est-ce Kamui restait taciturne, à fixer le coupable, avec une trace d'hésitation qui enlaidissait ses traits féériques ? Réfléchissait-il vraiment aux paroles absconses du Fou ? Ne voyait-il donc pas que son âme n'était plus celle de Crescent, mais celle du Malin qui en avait pris possession ? L'obscur cauchemar dans lequel nous nous noyons hypnotisait l'Ange. Nous pouvions facilement conclure que Kamui était saisi dans ses propres filets.
- Pourquoi ne m'as-tu pas écoutée, Rose...?
Rose dévisageait Kamui, incrédule. Venait-il de lui demander une chose à laquelle elle avait déjà répondu ?
- Mais ... Je t'ai déjà répondu, Kamui. Je t'avais écouté, sauf que ... je l'ai ... oublié.
Était-il sérieusement désorienté ? Avait-il lui-même oublié la nature de son pouvoir ? Ne se rappelait-il pas des conséquences de ses missions ? Elle voulait continuer de lui expliquer, mais il la lâcha. Immobile, elle restait là à l'observer. Ce symbole d'hésitation la pétrifiait. Elle n'y croyait pas, ce n'était que la continuation du cauchemar, n'est-ce pas ? Elle allait se réveiller, et venir le voir pour recevoir de nouvelles instructions. Il allait rire, de la manière incroyablement séduisante et subtile dont seul lui connaissait le secret, et danser avec elle, comme toujours. Oui, tout allait s'arranger.
Toutefois, la vérité éclatait dans l'air, créant un tourbillon d'émotions aigres et soutenues: c'était le premier pas vers le Schisme. Le premier pas vers le départ de Bloody Rose.

And as you wait for my demise, I'm just getting stronger.
I'm learning who you really are, and nothing can save you.

''Alors Kamui ? Toi aussi finalement tu veux te moquer de moi ? Allez ! Demande-lui ! Demande-lui ce qu’elle a vu ! Qu’elle t’explique à quel point je ne suis qu’un misérable insecte ! Après tout ce que nous avons déjà traversé Kamui, n’hésite plus, achève moi une bonne fois pour toute ! Toi aussi prouve moi que j’avais raison de ne pas croire en l’humanité ! Toi aussi, prouve moi… Prouve moi que je n’existe pour personne.''
Elle commençait à en avoir assez de ses propos: il ne l'intéressait plus. Pour Kamui, c'était différent, ils l'aveuglaient grossièrement. Soudain, elle eût envie de lui répondre qu'elle n'en avait que faire de ses souvenirs lassants et pusillanimes, mais l'expression peinte sur le visage de Kamui l'en empêcha. Ce regard, elle ne l'avait jamais vu auparavant. Et nonobstant ce fait, elle savait parfaitement ce qu'il signifiait.
- Qu'as-tu fait Rose..?
Et la lame avait pénétré son cœur. Cette question vint corroborer ses doutes. Elle baissa la tête, et presque amusée, planta son regard dans celui de Kamui. Les larmes ne perlaient plus ses paupières, elle était maintenant bouleversée par la question de son supérieur. Tremblante et incomprise, elle expliquait pourquoi elle avait aidé Alvaro. C'était le comble du paradoxe, une chose aussi ironique qu'elle n'était plus goûteuse pour personne.
- J'ai fait ce tu m'avais demandé de faire. J'ai voulu l'aider. Après l'observation de sa mémoire, j'ai conclus qu'il faisait des cauchemars à cause des souvenirs de son enfance.
Mais soudain, Alvaro s'agenouilla sur le sol, attaqué par une vive douleur, qui faisait osciller son corps entier. A ce moment-là, Rose avait compris. Il avait maintenant perdu le reste de ses souvenirs, particularité strictement irréversible. Aucun regret, aurait pu chanter Bloody Rose, effleurant ses joues douloureuses, du bout de ses doigts squelettiques. Il méritait de connaître ne serait-ce qu'une once de son courroux. Dans ce cas, pourquoi est-ce qu'ils tous les deux la regardaient comme si elle était la fautive ?
''Alors… Tu auras gagné sur toute la ligne… Il ne t’aura pas suffit de ruiner mon passé et mon présent… Désormais, tu me voles aussi mes espoirs d’avenir. Sois maudite… Rose…''
Et les larmes recommençaient obstinément à dévorer le visage innocent de Rose.
- J'ai voulu t'aider sans rien demander en échange, et toi, tu m'as attaquée. Je n'ai fait que me défendre. S'il y a bien une victime dans l'histoire ...

I will fight until the end, get ready to collide.
And I will watch you fall again, I'll bury you alive.

Mais son discours ne fut pas écouté. Voilà que Kamui la gratifiait du plus désolant des regards. Comment osait-il, après tout ce qu'elle avait fait pour lui ? La victime allait être punie à tort. Et tout ce qu'elle pouvait faire, c'était observer l'erreur fatale du Premier Élu de Layca, terrifiée. Il se laissait tomber au sol, et enlaça le coupable, perdant ainsi une fois pour toutes Bloody Rose.
- Tu as accompli ton forfait, Rose, tu peux décider de t'en aller dès maintenant, réfléchir à ta faute. Alvaro n'est lavé d'aucun tort, sois en consciente Rose. Mais les dons que nous ont confié les divinités n'ont jamais été là pour provoquer le malheur au sein même de notre camp. Rose, je suis déçu de ton comportement...
Et son cœur fut transpercé par la plus brutale des armes. Il n'allait plus jamais battre pour cet individu aveugle.
Elle, qui ne cherchait que paix et délivrance. Elle, qui suivait les ordres de Kamui depuis toujours. Il avait fait d'elle ce qu'elle était aujourd'hui. Cette soif de pouvoir, qui naissait en elle à chaque fois qu'elle rencontrait quelqu'un de nouveau. Il lui avait appris à effacer les mauvais souvenirs des habitants. Elle avait suivi ses conseils à la lettre, perdant ainsi une partie importante de sa mémoire. Elle avait même oublié le jour où il lui avait dit de ne pas venir ici, et le voilà à ne pas comprendre comment ça a pu arriver. Le voilà à la piétiner comme si elle était un vulgaire insecte. Il avait fait d'elle une Élue qui ne fréquentait personne, d'un côté de peur à ce que son pouvoir s'affaiblisse, et d'un autre côté de peur à ce que quelqu'un blesse son arme secrète. A présent, il avait l'air d'avoir oublié. Lui avait-elle effacée la mémoire sans s'en rendre compte ? Il ignorait qu'elle était la victime de l'histoire, enlaçait l'homme qui venait de la brutaliser sans remords. Qui était-il devenu, en ce moment bien qu'éphémère, primordial dans leur vie ? Un traître. Une personne qu'elle ne voulait plus jamais voir. Car dès qu'elle aperçut la tergiversation dans ses merveilleux iris azurés, elle comprit une chose. L'inutilité dans ce qu'elle faisait. Pourquoi s'empressait-elle toujours de suivre ses instructions sagement ? Pour cette frustration qu'il lui faisait subir, ces paroles qu'il lui lançait, sans se rendre compte des effets sur son petit cœur ? Ses propos étaient cent fois plus acerbes que ceux d'Alvaro Crescent. Et une poupée de porcelaine aussi vulnérable que Rose ne pouvait pas les accepter. C'est ainsi que son cœur a accueilli le Schisme. C'est ainsi que la fabuleuse histoire entre Bloody Rose et Kamui s'achevait.
- Comment oses-tu ? ... Je ... J'ai toujours suivies tes instructions sagement, sans broncher ! J'ai voulu aider Alvaro, parce que c'est toi qui m'avais appris à utiliser mon pouvoir de manière pacifique, en éliminant les problèmes des habitants. Il avait fait un cauchemar qui était parvenu jusqu'à moi, vois-tu. De plus, j'étais obligée d'entretenir un contact corporel avec lui pour découvrir ses souvenirs. A présent, je comprends pourquoi. Elle plongea son regard ensorcelant dans celui de Kamui. C'est ton œuvre, n'est-ce pas ? Il n'y a que toi qui serais capable d'une chose pareille. Pourquoi tenais-tu tant à ce que je ne découvre pas ses souvenirs ? Sont-ils ... gênants pour toi ? Elle soupira longuement, avant de continuer son discours. Quoiqu'il en soit, après avoir été attaquée à tort et blessée, j'entends que je te déçois ? Le fait d'avoir fait tout mon possible pour me défendre te déçoit ? Aurais-tu préféré ne pas être intervenu ? Réponds-moi, récita-elle en laissant échapper quelques sanglots.

And I will rise while you calm the monster you have fed.
Let you drown in your despair. Now nothing can save you.

- Rappelles-toi que c'est à cause de toutes les missions que tu m'as confiées que ma mémoire est si déchirée. Parce que ... Tu t'es servi de moi depuis le début, n'est-ce pas ? Pour obtenir des informations auprès des serviteurs d'Oppse. Et moi, candide, je buvais chacune de tes paroles. J'apprenais un maximum d'informations, noyant ainsi ma propre mémoire, pour te les offrir sur un plateau d'argent. Elle fit une pause pour tenter d'arrêter de pleurer, en vain. Tu étais la seule personne qui m'avait toujours soutenue, qui m'avait persuadée que mon pouvoir était bienfaiteur et absolu. Cependant, aujourd'hui, j'ai compris que tu es le pire des fourbes, dissimulé derrière un visage séraphique et des paroles chaleureuses. Et saches que désormais, je ne t'obéirais plus.
C'est en achevant cette ultime déclaration qu'elle partit, et ne s'arrêta plus jusqu'à perdre son souffle. Et, tandis que sa frêle silhouette cherchait le refuge dans des landes meilleures, son cœur se brisait peu à peu sous l'appui lourd d'une tempête qui n'attendait plus qu'une unique étincelle pour l'achever. Devrait-elle, de ce fait, rebrousser chemin et revenir auprès de son Élu Primordial pour lui présenter ses plus plates excuses et oublier tout ce qui venait de se passer ? Une telle alternative n’avait même pas lieu d’exister, alors pourquoi s’obstinait-elle encore à y consentir du regret ? De toute manière, ce n’était plus de son ressort à présent. Tout dépendait de Kamui. Il pouvait la suivre, ou la laisser à jamais. Mais son choix avait l’air d’être déjà fait depuis déjà trop longtemps pour qu’elle modifie son histoire … C’est très certainement là le prélude d’une longue infamie de doléance et confusion, mais elle la traversera coûte que coûte pour ne jamais perdre le peu de fierté qu’il lui reste. Une mission qu’elle s’était forgée seule, à en vouloir trop de la part de Mère Dignité et Mère Sagesse. Et c’est en étant pleinement consciente de ses actes qu’elle se décide à continuer son chemin, tant il l'attire et l'horrifie à la fois ...


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MessageSujet: Re: La Rose et le Scorpion [CLOS]   Sam 7 Mai - 1:46

Le sol me paraissait si vide tout à coup… C’était comme si cette terre qui m’entourait était dénuée de sens. Cette sensation désagréable qui parcourait mon corps me plongeait dans un véritable néant… Que m’avait-elle volé ? Pourquoi me sentais-je si faible tout à coup… Une partie de moi s’était éteinte et ce pour toujours. Je le savais. Au fond de moi, je sentais cette étreinte chaleureuse qui s’étouffait et me quittait pour rejoindre le royaume des morts. J’avais cette horrible impression d’avoir perdu une partie de mon être. Et plus que tout, je me rendais compte au fil des secondes que je n’étais qu’une vulgaire poussière en ce monde. Qu’avais-je de spécial ? Je n’avais jamais rien accompli, et je ne comprenais même pas comment j’avais pu accéder au rang d’élu dans ce monde loufoque. Pourquoi moi ? Je ne comprenais rien, et ce froid qui enveloppait mon esprit m’empêchait de comprendre. Tout ne fut qu’une succession macabre de souvenirs que j’aurais préférés effacé à jamais de ma mémoire. L’orphelinat, la solitude, les conflits, la haine, la peur, la jalousie… Il n’y’avait plus rien de positif à en tirer. Tout n’était plus que désespoir au fond de mon cœur. Et tout ceci n’était que l’œuvre malsaine de cet amas d’épines…

Mais une chaleur vint subitement me couvrir. Comme une couverture qu’on poserait sur un enfant grelottant la nuit, je sentis un contact humain qui m’extirpa immédiatement de cette vague lugubre provoquée par Rose et son don maléfique. Les bras de Kamui s’étaient renfermés sur moi alors même qu’il s’était glissé sur le sol. Cette sensation… Ce bien être… Avait-il entendu mon appel ou ressenti cette détresse qui commençait à sévir en moi ? Peu importe la raison, il était là. Malgré ce sentiment d’impuissance qui émanait de mon esprit, je me sentais en sécurité désormais. Je recouvrai peu à peu ces forces qui m’avaient quittées auparavant. Laissant ma tête se poser au creux de son cou, je laissais le temps s’écouler. J’aurais tant voulu que grains de sable cessent de s’écouler incessamment dans le grand sablier du Temps et me laisse à jamais profiter de cet instant si précieux. Alors même que je perdais tout espoir et que ma vie semblait perdre ses acquis, il était toujours là pour moi. J’avais alors compris que nos deux destins étaient étroitement liés, et que d’une manière ou d’une autre, tant que Kamui serait là, alors je me devais de survivre au mieux et d’aller de l’avant.

Reprenant peu à peu mes esprits, je me rendais alors compte que Kamui semblait toutefois bouleversé par la situation. Une once de culpabilité parcourait ses mots alors que celui-ci s’excusait d’avoir trop rapidement succombés aux aprioris en me voyant attaquer Rose. Mais dorénavant, il avait compris toute l’ampleur de sa faute. Il s’excusait d’avoir fait l’impasse sur les horreurs que m’avait infligées son élue fragile. Kamui semblait désormais comprendre à quel point il était intolérable de fouiller les souvenirs douloureux d’une personne, surtout lorsque celle-ci n’était autre que votre allié. Montrant à quel point il pouvait comprendre ma réaction, celui-ci passait ses mains sur mes cheveux, geste des plus agréables, puis, me proposa son aide à voix basse :

- Je sais que tout le réconfort que je pourrai tenter t'apporter ne remplacera jamais ce que tu as perdu... Mais.. Je suis là...


Avais-je réellement perdu quoique ce soit durant mon existence ? La réalité était plutôt que je n’avais jamais rien eu à perdre. Dès ma naissance j’avais déjà tout perdu, et toute ma vie ne fut qu’un long couloir rectiligne ou la peur du risque n’avait pas lieu d’être. Pas même mon maître spirituel n’avait su créé en moi un attachement suffisant pour que je craigne un jour quoique ce soit qui soit relié à son existence. Ainsi, Kamui avait tort de penser cela. Il n’était plus question de me faire retrouver quoique ce soit, mais bien de m’offrir quelque chose de précieux pour quoi je pourrai me battre pour toujours. Et cette chose n’était autre que sa propre personne. Le réconfort qu’il pouvait m’apporter était si simple à réaliser… Il lui suffisait d’être là, près de moi. Le sentir contre moi m’apportait une paix jamais vue auparavant. Je n’avais jamais éprouvé de pareille sensation. Et tout ceci était largement suffisant pour me permettre de réaliser notre promesse. Je n’avais besoin de rien d’autre que de continuer à le servir et d’être près de lui. J’étais Alvaro, élu de Layca, et désormais, j’avais quelqu’un à protéger. Quelqu’un qui donnait un sens à ma vie. Et me rendre compte de tout ceci me rendait bien plus fort.

- Alvaro, nous ne sommes plus au jour de notre première rencontre... Il ne tient qu'à toi de mettre fin à ta détresse. Une simple parole et j'userai de mon don pour calmer tous tes maux...

User de son don sur ma personne n’était plus utile désormais. J’avais recouvert la volonté de me battre. Je n’allais pas me laisser abattre par ce malheureux sort qui avait frappé ma mémoire et mon être dans sa profondeur. Je n’avais pas besoin de ce genre de solutions. Il me fallait accepter de renier mon passé à tout jamais et de me consacrer dorénavant à mon présent surtout notre futur. La médaille s’était renversée, faisant de la malédiction de Rose une véritable bénédiction. Plus rien ne me retenais à ma vie d’antan. J’étais entièrement voué à la réalisation de notre objectif final. Relevant la tête, et me redressant à nouveau fièrement, je déclinai respectueusement l’offre de Kamui.

‘’Pas la peine Kamui. Je n’ai pas besoin d’artifices ni même de magie. Ironie du sort, le châtiment que m’a offert cette petite peste s’est avéré des plus positif au final. J’ai pu me rendre compte de certaines choses et pu briser à jamais certains liens avec mon passé. Je n’ai plus de raisons de reculer ni même de succomber au desespoir désormais. Je te remercie d’avoir accepté de m’écouter et d’avoir compris les véritables enjeux. Tu sais désormais qui est le véritable coupable et qui mérite d'être puni. Le Scorpion s’est relevé de son agression, et il est prêt à tout pour en finir. ‘’

Serrant le poing, j’avais repris un ton des plus agressifs. Me rappelant la colère que m’avait procurée Rose, je n’en avais pas moins perdu ma volonté de me venger. Mais alors même que Kamui m’avait soutenu et permis de retrouver la raison, Rose quant à elle s’était retrouvée dos au mur et seule. Affrontant son regard, une véritable rupture en ressortait. Son lien avec Kamui semblait s’être brisé, et sans attendre elle s’était opposée à lui aussi bien dans son attitude que dans l’ampleur de ses mots. Ses reproches incessants et injustifiés vinrent remettre en question Kamui et ses agissements. De quel droit se permettait-elle de contester les actions de l’élu primordial alors même qu’elle était coupable ? Ce flot insensé d’accusations vint chauffer le sang qui s’écoulait dans mes veines. Quel culot… Quel manque de recul ! Et surtout, quel irrespect pour Kamui. Je ne pouvais décidément pas tolérer ça. Pas après avoir subi à deux reprises la pire des humiliations de sa part. Déployant ma gorge, je laissa toute ma rage se déverser sur cette maudite poupée de porcelaine.

‘’Assez ! Il suffit ! Comment oses-tu t’adresser de la sorte à ton supérieur?! Tu n’es qu’un misérable pion sur cet échiquier ! Tu n’es rien d’autre qu’un pantin articulé et manipulé ! Comment peux-tu accuser l’élu primordial de pareils méfaits?! Il a toujours tout fait pour rendre ta pitoyable existence dénuée de sens des plus agréables ! N’as-tu donc aucune once de considération pour celui qui t’as permis d’être ce que tu es aujourd’hui ?! Ne t’es-tu donc jamais rendue compte que sans Kamui, tu ne serais qu’une vulgaire âme vagabondant sans raison en ce monde ?! Il a probablement guidé l’ensemble de tes pas, faisant même de toi ton élue, et toi, oui toi vulgaire Rose fanée que tu es, tu ne trouves rien d’autre à faire que de te dresser contre lui ?! Oser le traiter de fourbe ! Tu n’es qu’une pitoyable traitresse ! Si seulement tu ne m’avais pas interrompu Kamui, j’aurais pu offrir à cette pathétique fleur la punition qu’elle mérite depuis le début ! Tu dis que jamais plus tu ne lui offriras d’obéissance ? C’est donc ça que tu veux ? Alors Pars ! Disparais ! Disparais loin d’ici ! Hors de ma vue ! Et n’ose plus jamais te présenter devant Kamui. Entends ces paroles, Rose. Tant que je vivrais en ces lieux, je te surveillerai sans relâche. Le Scorpion a posé sa malédiction sur toi. Tu as proclamé ta propre sentence. Je traquerai le moindre de tes faits et gestes. Si tu tiens à ta misérable vie, va-t’en ! ‘’

Entendre de pareils outrages sur Kamui m’avait mis hors de moi. Comment pouvait-on accuser l’Innocence de Layca de faire preuve de fourberie ? C’était insensé ! Depuis le début, Kamui s’efforçait d’accueillir au mieux ces malheureux pantins dénués d’intérêt qui rejoignaient nos rangs progressivement. Souriant sans relâche, usant toujours de sa voix chaleureuse et prenant toujours le temps de répondre aux questions, l’accuser de la sorte était purement injuste. A l’image de son sexe, elle n’était donc qu’une vipère jalouse et excessive. Qu’on reconnaisse ses torts lui était si insupportable que son masque n’arrivait plus à tenir sur son visage. Se fendre si rapidement… Tout cela me dégoutait. Elles étaient donc toutes les mêmes. Souriant lorsque les intérêts étaient encore palpables, et vous abandonnant à votre sort, vous poignardant dans votre dos lorsque vous ne présentiez plus aucun intérêt ou que vous lui faisiez remarquer qu’elle était dans le tort. Une véritable poupée fragile donc les éclats seraient empoisonnés. Je savais indéniablement que la clémence de Kamui n’allait jamais permettre qu’une pareille trahison soit punie tel qu’il se doit. Mais ma main crispée sur mon fourreau ne souhaitait qu’une seule et unique chose. Elle réclamait une justice. L’honneur de Kamui s’en était vu souillé. Cela dépassait le simple cadre de ma personne. Désormais, mon dard vénéneux se devait de la juger non plus uniquement pour mon passé dévoilé au grand jour et mes souvenirs volés, mais dorénavant pour défendre le seul être qui méritait le respect en cette forteresse maudite. Pour Kamui, je me devais de lever mon épée, encore une fois.

‘’Kamui, j’implore ta personne de faire taire ta légendaire clémence. Ce serpent mérite le jugement dernier. Nous ne pouvons pas tolérer un traitre dans nos rangs. Laisse-moi donc lui apprendre qu’il ne faut pas jouer avec le feu. Nous n’avons pas d’autre choix, élu primordial. Elle ne mérite qu’une chose : L’emprisonnement ad vitam aeternam. La voir pourrir au fond d’un cachot n’est pas une idée qui me déplait, mais je sais hélas que ta candeur est bien trop grande pour me permettre d’assouvir ma vengeance. Ainsi, je ne vois qu’une seule autre solution : Lui ôter tout pouvoir en ces lieux. Il est indigne pour une élue de tenir pareil discours. Ainsi, Kamui. Il n’y’a pas d’autre choix. Il te faut la chasser par toi-même. Je rêve de la voir ramper sur le sol tel une larve réclamant qu’on lui rende sa véritable existence. ‘’


Faisant légèrement glisser la lame de ma rapière hors de mon fourreau, ma colère et la tension ambiante ne me facilitaient guère la tâche. Cette morbide envie de lui faire gouter le fer se faisait de plus en plus ardente, mais je ne pouvais pas succomber à une réaction aussi primitive. Kamui était témoin de la scène, il l’avait vue à l’œuvre et n’avait d’autre choix que de la punir. Il n’y avait au fond pas de jugement plus douloureux que le reniement de son maître à mon sens. L’abandon était à mon sens un châtiment bien plus horrible qu’une simple cicatrice laissée par une arme obsolète. Cet ultime jugement de Kamui … Il me tardait de le voir à l’œuvre.
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MessageSujet: Re: La Rose et le Scorpion [CLOS]   Ven 27 Mai - 4:10

Pris entre deux feux. Sentiment contradictoire qui, face à l'incertitude vous pousse à vous renfermer sur vous même. Prendre la fuite. Courir aussi loin que notre souffle nous le permettait. Combien de fois a-t-on pu penser qu'en temps de crise au sein de sa famille, le meilleur moyen d'éviter une guerre était de s'isoler ? Mais au final, n'était-ce pas abandonner son rôle de membre de cette même famille ? Laisser les deux êtres qui se déchiraient livrés à leur propre sort ? Quand il fallait faire un choix et que votre cœur était scindé en deux parts égales. C'est comme si l'on demandait au plus pur des enfants de choisir entre sa tendre mère et son père protecteur. Quel enfant digne de ce nom aurait su répondre à la question ? Pourtant, l'humain, vil et avide qu'il était se trouvait capable de répondre à cette question. Pour telle ou telle futile raison, nous trouvons facilement une raison de préférer une personne à une autre. Certains parlent d'affinité. D'autres disent qu'ils ressentent les sentiments d'autrui et savent ainsi faire la différence entre les bons et les mauvais. Mais cet esprit manichéen n'était-il pas la base même de ce qui faisait des Hommes un troupeau de bêtes assoiffées du sang de leurs semblables ? Quand il en venait à choisir, il n'était pas bien difficile de dire qu'à un instant donné nous préférions cette personne plutôt qu'une autre. Mais où avait disparu l'altruisme ? L'innocence et la candeur ? Où étaient donc passés ces êtres au cœur pur qui n'œuvraient que pour le bien des autres et ne voulaient point blesser quiconque ? Face aux feux ouverts de deux camps qui cherchent désespérément à s'entretuer, quelle était donc la solution qui permettrait de calmer le jeu ? J'aurais pu passer des heures à m'interroger sur ce problème qui rendait l'humanité infâme et inhumaine. Pourtant ce temps ne m'était pas accordé. Tenant près de moi l'un de mes amis les plus chers, j'observais son désespoir sans savoir comment le consoler. A quelques pas de là se tenait celle que je considérais comme une fleur qui devait être protégée de tous les maux du monde. Elle avait déjà tant souffert, quelle pouvait être l'être qui lui jetterait la première pierre. Lorsque dans ses yeux je vis les larmes perler, je sus qu'il s'agissait de ma propre personne.

Pris entre deux feux, je tentais d'empêcher une âme de se briser en la serrant avec la force de la détresse contre moi. Puis sous mes yeux ébahis, je vis une autre âme scintiller de mille éclats alors que ses fragments se dispersaient comme poussière au vent. Brisée.

Qu'avais-je fait ?

Je retenais le corps d'Alvaro contre moi, ma voix emprunte d'un profond sentiment de culpabilité et de tristesse face à l'état dans lequel était l'homme. Qu'avait donc bien pu effacer Rose pour qu'un pareil état vienne envahir celui qui se dressait fièrement face à tous ? La douleur qui avait imprégné les paroles du brun avant que je ne l'enlace m'avaient secoué. Je me sentais faible. Faible de ne pas avoir su départager directement mes deux élus. Comment avais-je pu prendre parti sans jamais savoir de quoi il en retournait ? Mes doigts s'étaient délicatement crispés contre le corps recroquevillé. Je venais de souffler une proposition qui me tordait le cœur au plus vieux. Je ressentais tant son mal qu'il semblait s'infiltrer en moi par chaque pore de mon être. Ce don qui m'avait été offert par Layca était aussi le plus grand vice qui m'habitait. La miséricorde du monde entier semblait s'abattre sur mes frêles épaules lorsque de profonds sentiments venaient envahir âmes et consciences de ceux qui m'entouraient. J'aurais pu avoir l'impression de suffoquer face à temps de pression, mais les années et l'habitude m'avaient permis d'apprendre à faire abstraction de tout ceci. Je me devais de me tenir droit face à un don qui ne devait que me servir, et non m'affaiblir. Pourtant à cet instant, la chaleur du corps de cet être abandonné me laissait penser que jamais je ne pourrais être insensible à la douleur de mes comparses.

Je relevais la tête lorsque subitement l'atmosphère lourde qui pesait autour de nous deux sembla se dissiper. Je ne compris pas réellement comment tout ceci avait pu changer si rapidement. Pourtant, lorsque la voix suave d'Alvaro vint répondre à ma demande, je compris à l'intonation qui habitait ses paroles qu'il comptait reprendre fièrement son rôle. Plus aucune trace de malaise ne persistait alors que ses yeux se posèrent à nouveau sur moi et qu'il se redressait avec bravoure face à l'adversité. Je fus frappé par la lueur qui scintillait faiblement au fond de ses yeux. De la ferveur. De la dévotion. Et une volonté implacable. Je l'observais avec fascination alors qu'il déclinait ma proposition. Était-il en fait l'un de ces grands oiseaux de légende nommé Phénix ? Pouvait-il indéfiniment renaître de ses cendres ? Pourtant l'injure que semblait lui avoir porté Rose m'avait paru si grande lorsque son regard brisé s'était posé sur moi... Alors comment ? Mais à peine eut-il le temps de me faire comprendre qu'il n'était pas le genre de créature que l'on piétine impunément, j'entendais une voix outrée s'élever.

Toujours assis sur le sol, l'azur vint rencontrer la silhouette gracile de celle que j'appelais affectueusement « Ma Fleur ». Ses propos me semblèrent insensés. Comment pouvait-elle croire qu'une seule seconde j'ai souhaité l'utiliser ? Il était évident que dans le cadre de cette guerre chaque atout devait être utilisé avec précaution. Mais n'avais-je pas été assez attentif à sa personne pour que Rose croit ainsi que je m'étais détourné d'elle, de son bonheur ? J'avais tout fait depuis le départ pour tenter de préserver l'innocence de celle qui à mes yeux représentait plus qu'une élue. Elle jouait un rôle fondamental dans cette guerre. J'avais tout tenté pour la protéger du regard d'Astaroth. Le plus longtemps elle restait cachée des yeux du monde, le mieux elle se porterait... Voilà le raisonnement qui avait motivé mes actes vis à vis de la belle... Mais à l'entente de ses paroles, j'eus le regret de constater que mes intentions, aussi pures furent-elles avaient été considérées comme une marque d'égoïsme impardonnable par la jeune demoiselle. Incrédule, je fixais Rose alors que chacun de ses mots me transperçaient le cœur. J'avais tout tenté pour offrir une existence accoutumée et paisible à Rose. J'avais tout fait pour la protéger. Mais je me devais de réaliser. De faire face à mon erreur. Tant de silence et de secrets semblaient avoir mené Ma Fleur sur la mauvaise piste. Lorsque son regard perçant se plongea dans le mien et qu'elle proféra ces paroles, je sentis tout mon être se crisper.

« C'est ton œuvre, n'est-ce pas ? Il n'y a que toi qui serais capable d'une chose pareille. Pourquoi tenais-tu tant à ce que je ne découvre pas ses souvenirs ? Sont-ils ... gênants pour toi ? »

J'étais plus que choqué par ses paroles. Rose, comment en étais-tu arrivée à pareilles conclusions...? Les sourcils froncés, je vins mordre ma lèvre inférieure pour calmer la peine qui petit à petit s'insinuait en moi alors que ses mots et son aversion pour moi me dardait.

Qu'avais-je fait ?

Les larmes que je vis couler le long des joues de porcelaine m'arrachèrent un gémissement étouffé de peine alors que je ressentais le désarroi qu'éprouvait la belle. Jamais. Jamais je n'avais voulu qu'elle soit blessée. Jamais je n'avais souhaité que l'un ou l'autre soit une seule seconde confronté à l'horreur de la haine. Et plus que tout je désirais garder Rose dans cet écrin de douceur qui lui permettait chaque jour de sourire, rire et danser avec sérénité. L'image du visage rosé de la belle m'apparut alors, son adorable sourire éclaircissant ses traits parfait. Pourtant cette illusion fut éphémère, car je fus rappelé à la réalité par le bruit de ses sanglots qui s'élevèrent. La culpabilité vint s'enraciner en moi. Quelle aurait été la meilleure solution ? Je voulais répondre, lui faire savoir que jamais je n'avais souhaité sa peine et ses larmes. Une personne si pleine de perfection n'aurait jamais dût voir la moindre larme effleurer ses joues opalines. Je soufflais à peine.

- Rose... Je..!

Mais mes paroles furent coupées par la réplique qui suivit. Et alors qu'elle m'accusait d'avoir abusé de son don et de m'être servi d'elle, le regret vint mordre mon cœur à vif. La culpabilité vint ronger mon âme alors que ses paroles venaient marteler mon esprit. Avais-je été si vil envers elle ? J'avais espéré le meilleur pour elle. Elle avait été une demoiselle si chaleureuse et admirable. Mais face à sa colère, je ne pouvais qu'accepter pareils propos... Qui étais-je pour protester...? Pourtant... Jamais je n'avais voulu tout ceci.

« Cependant, aujourd'hui, j'ai compris que tu es le pire des fourbes, dissimulé derrière un visage séraphique et des paroles chaleureuses. Et saches que désormais, je ne t'obéirais plus. »

Ces dernières paroles heurtèrent ma conscience d'une telle vivacité que je sentis mon corps se figer sur place. Étais-je réellement l'être abominable dont elle décriait les méfaits...? Cependant, mes interrogations n'eurent le temps de s'étendre que mon regard troublé fut attiré par la figure crispée d'Alvaro près de moi. Il se tenait debout, fièrement face à Rose, et la pointe de dégoût que je pus percevoir dans son regard n'eus en rien l'effet d'apaiser mon âme. Ses paroles crachées d'une voix si violente et agressive n'avaient pour but que de défendre ma personne... Or la façon dont il osait ainsi insulter Rose restait à mes yeux impardonnable. Bien qu'il agisse de la sorte pour me venir en aide, qui était-il pour proposer pareilles directives à Rose alors qu'il n'en avait aucun droit ? L'emportement l'avait-il poussé à laisser ses paroles aller au-delà de l'entendement et de son rang ?

Je me relevais alors qu'Alvaro déversait son venin avec véhémence et haine sur Ma Fleur. Sans même me regarder, le brun me demanda de ne pas être clément. D'assigner une peine digne de ce nom à celle qu'il considérait comme une renégat, une traitresse. J'écoutais ses paroles sans pour autant en comprendre le sens... Je ne voulais pas comprendre la signigication du dégoût qui animait Alvaro. Pourtant je fus obligé d'y faire face lorsque ses dernières paroles vinrent persiffler à mon oreille, tranchantes et disgracieuses.

« Ainsi, Kamui. Il n’y’a pas d’autre choix. Il te faut la chasser par toi-même. Je rêve de la voir ramper sur le sol tel une larve réclamant qu’on lui rende sa véritable existence. »

Les prunelles incrédules que je vins poser sur sa personne auraient peut-être pu le faire réagir si seulement son regard avait croisé le mien. Tout à sa tirade, sa main sur le fourreau de son épée, j'entendais le frottement métallique de sa lame qu'il extirpait petit à petit de son antre. Je fermais les yeux une seconde, je devais agir. Lorsque mon regard azur se rouvrit sur la scène, je tendais un bras devant Alvaro et prononçais d'une voix claire, mon regard braqué sur Rose.

- Il faut que tout ceci cesse.

Sans attendre une quelconque réaction, j'employais mon don pour calmer la haine qui planait autour de mes deux élus. C'en était trop. Pareil comportement ne mènerait aucun de nous dans le droit chemin. Sentant l'atmosphère changer à l'instant même où je déployais les artifices de mon don, je ressentais derrière moi Alvaro se détendre, alors que le regard de Rose sembla changer. Je fermais les yeux avec force, serrant les dents. Mon bras levé pour retenir Alvaro revint à sa place initiale le long de mon flanc alors que mon poing se serrait avec force. La chair de ma paume sembla craquer sous la pression puissante de mes ongles contre la texture tendre de ma peau. Je rouvrais les yeux, mon regard déterminé et calme, empli d'une sincérité voilée, mais surtout d'une immense part de remords. Ma voix s'éleva de nouveau, neutre.

- Pardonnez-moi de vous forcer ainsi au calme. Vous savez tout les deux combien il me tient en horreur de vous imposer quoique ce soit. Pourtant, je ne peux rester passif face à pareil quiproquo. Il faut que cette comédie cesse...

L'azur vint se poser sur le visage doux de Rose, et bien malgré moi, la tendresse vint s'inscrire au fond de mes prunelles. Je m'approchais de Ma Fleur, laissant toutefois une certaine distance entre nous. Je n'avais aucunement le droit de lui imposer ma présence. Je soufflais, la peine profondément ancrée dans ma voix.

- Rose... J'ai tout fait pour te protéger... Je n'ai jamais désiré tes maux. Ton don est un lourd fardeau... Et j'ai fait tout mon possible dans le but de protéger ta vertu... Tu es... La fleur si fragile qui a fleurit au cœur de cette guerre sanglante. Tu es la lueur d'espoir qui me permet chaque jour que Belzeneff fait d'avancer et de lutter pour le bonheur d'autrui. Rose, tu es si chère à mon cœur... Je... Une plainte s'échappa de mes lèvres alors que mon regard se riva au sol. J'étais le fautif de la peine de Ma Fleur... Je ne pouvais m'en prendre qu'à moi... Je relevais les yeux vers elle, un sourire mélancolique aux lèvres. Rose... Si tu désires me quitter, je ne peux t'imposer de rester près de moi... J'ai commis des erreurs... Et... Celles-ci sont impardonnables... Mais j'ose espérer que tu comprendras que je ne peux juger l'un ou l'autre de mes élus... Tu as fait ce qui te semblait bon... Mais il y a des limites à ne pas franchir... Je... Rose... Si tu souhaites ne plus utiliser ton don à mon service... Je ne suis personne pour t'obliger à répondre à ma volonté. La hiérarchie n'a pas de sens à mes yeux quand ton malheur est ainsi impliqué...

Je détournais les yeux, mon cœur serré par la peine. Je desserrais le poing si fortement fermé, sentant une fine gouttelette de sang filer le long de la jointure de mes doigts. Je n'avais pas le droit d'imposer quoique ce soit à mes élus. Ils étaient peut-être mes subordonnés, mais ils n'en restaient pas moins des êtres humains. Je tournais faiblement la tête vers Alvaro, un sourire triste peint sur mes traits. Je prononçais, alors que je laissais mon don se dissiper, me refusant à contraindre plus longtemps l'esprit de ces êtres qui m'étaient chers. J'espérais simplement qu'ils sauraient calmer leurs excès de rage.

- Alvaro... Je ne doute aucunement du fait que tu souhaites que justice soit rendue dans mon intérêt. Tu es une personne fiable, et je ne doute pas de ta dévotion... Cependant... Je pris une profonde inspiration. Cependant tu n'es pas en mesure de m'inciter à exercer un quelconque choix. En ces lieux, tu es effectivement un ami plus qu'un pion. Mais je reste celui qui prend les décisions. Tes propres injurieux à l'égard de Rose n'ont aucunement lieu d'être. Vous êtes tous les deux aussi coupables l'un que l'autre. Si l'on peut considérer la culpabilité comme étant le qualificatif adéquate... Vous n'avez rien à vous reprocher... Vous avez tenté de protéger les valeurs qui vous sont chères. Et pour ceci, je n'ai aucun droit de punir l'un ou l'autre d'entre vous... J'espère que tu peux comprendre ceci...

Sans bouger, je fermais les yeux. Une unique pensée vint se planter au milieu de mon esprit.

Qu'avais-je fait ?

HRP:
 

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MessageSujet: Re: La Rose et le Scorpion [CLOS]   Sam 24 Sep - 19:41

Je me tenais prêt, prêt à assouvir ma pulsion, prêt à me venger une bonne fois pour toutes. Il le fallait, c'était une question d'honneur. Mon doigt se tendit sur la poigne de mon épée, n'attendant qu'un mot, un signal de l'élu primordial. Mais ce signe là ne vint jamais. Pire, le châtiment qu'elle méritait ne vit jamais le jour. L'Innocence de Layca me montra de par son geste et sa réflexion les raisons d'un pareil surnom. Innocent, clément...Naïf ?

Personne n'en tira rien de cette histoire. Tout ceci restera à jamais comme une page déchirée du grand chapitre d'Alea Jacta Est. Une page déchirée que nous nous apprêtions à jeter au feu afin de ne plus jamais la mentionner, de ne plus jamais nous en souvenir. Une tâche d'encre dans la grande bible de nos destinées. Une rencontre inopportune dans un lieu tout aussi inopportun, qui s'acheva sur du vent. Elle ne fit qu'apporter une souffrance de plus à cet univers. Une peine supplémentaire à subir...Comme si toutes celles que nous avions déjà ne suffisaient pas...

Car cette histoire s'achève bel et bien en laissant le goût amer que les choses ne se firent pas comme elles auraient dû être faites. La Rose de Layca ne fut pas punie pour son geste, elle obtint la grâce du maître des lieux, et tout allait continuer à être comme avant. Elle allait pouvoir continuer à me narguer et à jouir de ses droits malgré ce qu'elle avait fait. Elle continuait à être Rose, élue de layca et j'allais continuer tout autant à être un élu de layca, son égal. Tout ceci me donnait envie de vomir mes entrailles tant la colère qui en résultait de cette conclusion me consumait d'un feu ardent intérieurement.

Car alors même que la sentence clémente fut proclamée, Rose, visiblement bouleversée par tout ceci, prit littéralement les jambes à son cou. S'échappant de la cascade de toutes ses forces, elle ne tarda pas à disparaître, me laissant alors seul face à moi même et face à l'Ange de Layca. Je ne pris même pas la peine de la poursuivre, bien trop désarçonné par la décision de l'élu. Enfonçant alors mon arme dans son fourreau usé, je croisai les bras et retorquai sèchement à l'élu primordial.

''Ne te fatigue plus, Kamui. Si tel en es ta décision, alors soit. Toi seul constatera l'ampleur de ta décision. Sur ce, permet moi de me retirer à mon tour, plus rien ne me retiens ici.

Sur ces courtes palabres, je me retournai, un goût acide issu de la déception et de la colère se mélangeait dans ma bouche. Je n'avais aucune destination en tête, j'avais uniquement l'envie de m'en aller d'ici, de partir loin de cette cascade que je considérais dés lors comme étant maudite. Il me fallait trouver un autre endroit. Une nouvelle cachette pour recueillir mon âme solitaire et meurtrie. Car au sein de cette cascade siégeait le terrifiant souvenir d'un poignard en plein coeur. Quelqu'un avait eu accès à mes souvenirs, à mon passés, à mes douleurs et à mon propre combat. Cette personne avait osé briser mon masque... Et pour tout ceci...Un jour... Un jour elle me le paiera. J'en fais le serment.

Je le jure.

L'élu primordial était resté quelques instants à la cascade, pensif. Je ne sais ce qu'il advint ensuite ce jour-là. Nos trois âmes s'étaient dispersées de par le monde, poursuivant leurs destinées marquées par cette histoire. Qu'allait-il arrivé à Rose ? Allait-elle réellement s'opposer à l'Elu primordial ? Kamui pourra-t-il régler un jour ce conflit interne ? Vais-je obtenir ma vengeance tant souhaitée ?

Que d'attentes et de mystères.

Car tel est le quotidien sur Alea Jacta Est.

On ne sait jamais ce que les lendemain nous réservent...


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